Partir vivre ou naviguer plusieurs mois sur un bateau, ça ne s’improvise pas. Même si Instagram vous dit le contraire. Il faut du temps, de la méthode et un peu de transpiration (surtout aux manœuvres). Que vous rêviez de larguer les amarres, de troquer votre agenda Outlook contre un coucher de soleil sur l’eau, vos embouteillages contre des grains passagers, et votre machine à café contre une cafetière italienne qui tangue doucement au mouillage, le projet demande une rigueur exemplaire. Depuis quelques années, je vois débarquer sur mon catamaran des Suisses, des Belges, des Français et des Québécois, tous avec la même étincelle dans les yeux : et si on partait ? Une année sabbatique en famille, une retraite sur l’eau, ou simplement un grand bol d’air salin et d’autonomie. Mais très vite, cette étincelle se heurte à un premier écueil : par où commencer ?
La gestion de la sortie de flotte : anticiper pour mieux naviguer
La sortie de flotte de location de votre bateau doit être gérée en toute sérénité. L'organisation commence un an avant ! Le plus important est de vous impliquer personnellement dans chaque étape du processus. Certains propriétaires espèrent que la société de location fera tous les travaux et démarches qu'ils imaginent sans pour autant en parler. C'est possible, mais le mieux reste encore de s'en assurer. Ayez des attentes raisonnables : vous récupérez un bateau d'occasion ayant fait 5 à 6 saisons de location. Il faut donc considérer qu'il aura une "usure normale", c'est-à-dire des heures moteurs pouvant atteindre 3000h à 4000h en fonction des destinations.
Les sociétés de location étant très sensibles à l'équipement du voilier et son entretien dans le but d'éviter les pannes et donc les pertes d'exploitation, les moteurs Yanmar ou Volvo atteignent souvent 8000h à 10000h sans problème ; ils ne seront donc même pas à la moitié de leur capacité. De la même manière, votre bateau aura probablement des petits stigmates cosmétiques tels que quelques chocs sur les boiseries, rayures sur les planchers, panneaux de pont en plexiglas légèrement faïencés par les UV. N'oubliez pas que vous avez été "indemnisé" pour l'utilisation du bateau pendant la durée du contrat de location. Tout doit être en état de marche, mais vous ne recevrez pas de sellerie ni de voiles neuves ou un nouveau moteur, sauf si ces derniers sont fortement et anormalement endommagés.
Ne soyez pas un propriétaire abusif : les propriétaires tireront beaucoup plus de profit de la société de location et de leurs relations avec le personnel de la base s'ils sont amicaux et développent une relation personnelle avec le responsable de base et les techniciens. Trois mois avant la sortie de flotte, organisez l’expertise et le grutage du navire. Faites l’inventaire de ce qui sera compris à la livraison et non compris, et vérifiez l’avance du statut fiscal de votre navire auprès des autorités.
Maîtrise technique et manœuvres : le cœur de l’autonomie
Le vrai luxe à bord, ce n’est pas la clim’ : c’est de savoir faire seul(e). Naviguer, manœuvrer, mouiller, réparer une pompe, lire une carte météo, et garder son sang-froid si l’annexe dérive. J’ai formé des retraités partis autour de l’Atlantique, des familles avec enfants, des femmes seules, des couples néophytes, des sabbatiques surmotivés. Vous n’êtes ni trop tard, ni trop nul(le) pour apprendre.
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Qui se réjouit à l’idée de manœuvrer une unité au fardage toujours trop important lorsqu’il s’agit de se glisser dans une place de port forcément trop étroite ? La condition préalable à une manœuvre réussie est de bien avoir en tête le principe de déplacement d’une unité à deux coques souvent comparé à celui d’un Caterpillar ou d’un char d’assaut. Avec ses deux moteurs, un catamaran possède de redoutables capacités de manœuvre. Une agilité qui le rend apte à réaliser un demi-tour ou un quart de tour sur place et à s’affranchir sans difficulté de n’importe quel vent traversier, le tout sans même toucher la barre.
Pour réussir vos manœuvres :
- Un catamaran tourne autour d’un point de pivot. Exercez-vous sur un plan d’eau dégagé : votre catamaran est à l’arrêt ; vous embrayez le moteur bâbord en marche avant. Immédiatement, le catamaran engage une rotation dans le sens des aiguilles d’une montre avec comme point de pivot le centre de la coque tribord où le moteur est resté au point mort.
- Utilisez les safrans avec parcimonie. Pour vous simplifier la tâche, contentez-vous de les garder dans l’axe. Pensez qu’en marche arrière, les safrans (non compensés) finiront toujours par partir plus ou moins violemment en butée. Tenez votre barre du pied, de la hanche, ou bien bloquez-la avec son frein pour éviter un retour de barre qui peut être dangereux.
- Sauf conditions particulières, mieux vaut accoster par la jupe avec une approche en marche arrière, puis appareiller en s’appuyant sur l’étrave et en débordant l’arrière.
L’art de la navigation et la gestion des dérives
Les dérives de catamaran sont souvent comparées à des « voiles sous-marines » ou des « foils ». Tout comme une voile au-dessus de l’eau, la voile sous l’eau nécessite un réglage approprié. Lors de la navigation au près, les dérives offrent une résistance sous l’eau et une portance qui compensent l’effet latéral de la poussée vélique. En termes simples, les dérives aident le catamaran à avancer vers l’avant et non sur le côté, et donc à garder le cap. Par conséquent, la meilleure pratique en navigation au près est d’abaisser les dérives. Lors de la navigation au vent arrière, la force exercée par la voile agit presque entièrement dans la direction souhaitée pour le catamaran. Par conséquent, la résistance des dérives n’est pas nécessaire et pourrait même ralentir votre catamaran. Dans cette configuration, il est recommandé de relever les dérives.
Il est essentiel de comprendre qu’une dérive n’est efficace que lorsqu’elle est immergée dans l’eau. Par vent très faible, la pratique courante consiste à lever complètement la dérive au vent et à ne régler que la dérive sous le vent. À mesure que le vent monte, vous pourriez envisager d’abaisser progressivement la dérive au vent pour obtenir une meilleure résistance sous l’eau. Si le vent forcit encore, vous choisirez certainement de prendre un ris dans la grand-voile. Il est plus sûr de relever la dérive sous le vent et de n’utiliser que la dérive au vent en cas de gros temps, car l'abaissement de la dérive sous le vent augmente le risque de « trébucher » (faire un croche-pied).
Vivre à bord : confort, énergie et alimentation
Faire de l’océan sa maison, des eaux son quotidien et de l’horizon sa seule limite, est une aventure de tous les instants qu’il est nécessaire de préparer avec attention. Les catamarans se feront de vrais alliés de choix pour de longues traversées de l’océan nécessitant des bateaux confortables, solides et fiables. À longueur égale, ces bateaux sont deux fois plus volumineux que les monocoques. Cette caractéristique peut générer un brin d’anxiété lors des premières manœuvres de port, mais l’angoisse s’envole en un clin d’œil. À bord des catamarans, deux moteurs riment avec bonheur. Parce que le flux des hélices, implantées au plus près des safrans, tout à l’arrière des coques, ne pourrait être plus efficient.
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La gestion de l’énergie est un pilier de l’autonomie. En grand voyage, on peut couvrir de panneaux solaires la grande surface de roof. Néanmoins, compte tenu des jours de grisaille où les cellules débitent peu et des nuits où elles ne débitent pas du tout, l’ajout d’un hydrogénérateur peut constituer une solution très efficace. À huit nœuds, vitesse moyenne aisément tenue, un appareil de ce type couvrira l’essentiel des consommations du bord. Les besoins énergétiques moyens d’une adulte s’élèvent à 2 200 calories par jour, quand ils atteignent 2 500 calories pour un homme. Comme la dépense physique augmente en mer, certains spécialistes considèrent qu’il serait judicieux de retenir les valeurs respectives de 2 600 et 3000 calories. L'avantage incomparable des catamarans, c’est qu’ils permettent à tout l’équipage de s’asseoir à table et de prendre ensemble les trois repas principaux.
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