L'excellence de la voile océanique : Le Trophée Jules Verne et la quête du record absolu autour du globe

Le Trophée Jules Verne est un défi qui amène les équipages de voiliers à faire le tour du monde le plus rapidement possible, sans assistance. À l’origine, l’objectif était de parcourir le Globe en moins de 80 jours. Le Trophée Jules Verne est né en 1990 de l’imagination de deux marins français, Florence Arthaud et Yves Le Cornec. Le concept de cette course est alors simple, mais ambitieux : réaliser le tour du monde à la voile, sans escale et sans assistance, en moins de 80 jours. Le projet se concrétise grâce à Titouan Lamazou et Philippe Monnet, qui ont contribué à définir le cadre officiel de cette course. C’est, ensuite, le journaliste Didier Ragot, qui arrive à convaincre l’éditeur de Jules Verne, les Éditions Jules Verne, de prêter le nom de l’auteur au défi. Ainsi, en hommage à l’écrivain, le Trophée Jules Verne est devenu une course au record, incarnant les valeurs d’aventure et de performance dans la lignée des exploits maritimes. Les règles du Trophée Jules Verne sont relativement simples mais strictes. Battre le record précédent pour s’adjuger le Trophée. Le Comité du Trophée Jules Verne est chargé de vérifier et de certifier le temps réalisé par chaque équipage.

Depuis sa création, le Trophée Jules Verne a vu de nombreux records se succéder, repoussant les limites de la navigation à grande vitesse autour du monde. En 1993, Bruno Peyron est le premier à relever le défi à bord de son catamaran Explorer, établissant le record initial en 79 jours et 6 heures, juste sous la barre des 80 jours. Le record du Trophée Jules Verne a été battu plusieurs fois au fil des ans, passant sous la barre des 50 jours en 2002 avec Olivier de Kersauson, puis des 40 jours en 2012 avec Loïck Peyron à bord de Banque Populaire V. Le Trophée Jules Verne est bien plus qu’une course : c’est un défi où l’innovation technologique, le courage et la stratégie de navigation s’entremêlent. Depuis les premières tentatives, les bateaux engagés ont évolué, passant de catamarans à des trimarans géants, construits pour la vitesse et capables de maintenir des moyennes élevées sur de longues distances. Avec des équipages prêts à braver les mers pour inscrire leur nom dans la légende, le Trophée Jules Verne continue d’attirer les marins et les passionnés de la mer.

La genèse technologique du maxi-trimaran IDEC SPORT : L'héritage de Groupama 3

Anciennement connu sous les noms Groupama 3 puis Banque Populaire VII, le bateau est aujourd’hui appelé le maxi-trimaran IDEC SPORT. Il possède un palmarès exceptionnel : détenteur du Trophée Jules Verne en 2010, 2012 et 2017, le bateau a également remporté les trois dernières éditions de la Route du Rhum, parmi de nombreuses autres performances. Douze ans après sa mise à l’eau, ce multicoque polyvalent continue de démontrer sa fiabilité et ses performances, alliées à l’expertise de Francis Joyon. C’est en décembre 2004 que Groupama annonce la construction d’un trimaran géant destiné à battre les plus grands records océaniques avec pour objectif ultime le mythique Trophée Jules Verne. À une époque où la course à l’armement maritime bat son plein, Groupama décide de concevoir un bateau de taille raisonnable, le « plus petit » trimaran capable de rivaliser avec Orange II.

Franck Cammas et son équipe optent pour une longueur de 31,50 mètres (105 pieds), conçu par les architectes Marc Van Peteghem et Vincent Lauriot-Prévost du cabinet VPLP. La construction débute en 2005 au chantier Multiplast à Vannes. Après près de 130 000 heures de travail, le bateau est mis à l’eau le 7 juin 2006. Franck Cammas souligne alors : « Nous avons décidé de concevoir un trimaran de puissance moyenne. Groupama 3 est léger mais suffisamment long pour assurer la sécurité dans les mers du Sud. Sa puissance provient de sa largeur, tandis que sa légèreté résulte de l’optimisation de la structure, de la rationalisation de l’équipement et de la qualité de construction. » Groupama 3 innove par son concept, plus proche des trimarans Orma de 60 pieds (comme Groupama 2) que des géants précédents, plus lourds et conçus pour affronter le Grand Sud. Si Orange II (36,80 mètres) excelle dans les mers formées mais peine dans les vents légers, Groupama 3 se révèle beaucoup plus polyvalent, performant aussi bien dans le gros temps que par conditions modérées.

Le maxi-trimaran IDEC SPORT, véritable légende, détient toujours le record du prestigieux Trophée Jules Verne avec une performance incroyable : un tour du monde en un peu plus de 40 jours. Ce chrono, établi sous la houlette de Francis Joyon et de son équipage, reste une référence absolue dans l’univers de la voile. Détenu depuis janvier 2017 par Idec Sport (Francis Joyon) en 40 jours 23 heures 30 minutes et 30 secondes, c’est l’un des records les plus convoités de la planète voile, déjà tenté par Sodebo Ultim 3 en 2020 et en 2024. L’aventure s’était arrêtée sur des avaries dans l’océan Indien alors que le trimaran était dans les temps du record. C’est un challenge absolu qui ne se concrétise pas toujours dès la première tentative.

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Stratégies et ambitions de l'équipage Sodebo Ultim 3

Mais ce week-end, la compétition s’intensifie avec deux nouvelles tentatives. Thomas Coville et son équipage, à bord du maxi-trimaran SODEBO, ainsi que François Gabart et son équipe sur le puissant SVR Lazartigue, ont pris le départ pour défier ce record mythique. Ces deux géants des mers se lancent dans un défi hors norme où audace, stratégie et maîtrise technique seront déterminants. Thomas Coville et son équipage se lancent dans la nuit du lundi 15 au mardi 16 décembre à l'assaut du record autour du monde à la voile. La fenêtre météo est favorable. Temps à battre : 40 jours, 23 heures, 30 minutes.

On ne présente plus le skipper de Sodebo Ultim 3, l’un des marins français les plus expérimentés autour du monde. Entre son premier tour, en 1997 sur le Trophée Jules Verne aux côtés d’Olivier de Kersauson, et son dernier, l’Arkea Ultim Challenge-Brest en solitaire en début d’année 2024 (deuxième place), Thomas Coville aura bouclé neuf fois le tour de la planète à la voile, 5 en solitaire, 4 en équipage, 7 en multicoque, 2 en monocoque. Avec réussite, puisqu’il a détenu le Trophée Jules Verne à deux reprises (1997 et 2010 avec Franck Cammas sur Groupama 3) et le record en solitaire en 2016 (49 jours, 3 heures et 7 minutes, battu l’année suivante par François Gabart). « Thomas a une énorme expérience, c’est à la fois rassurant et un privilège de partager cette aventure avec lui, mais également un gage de performance, car il connaît les spécificités de chaque endroit », résume Frédéric Denis.

Pour s’attaquer de nouveau au Trophée Jules Verne, « un défi unique et singulier », Thomas Coville, animé de « l’envie de se nourrir des autres », a choisi de s’entourer de six équipiers qui, eux, n’ont jamais fait le tour de la planète. « Tous ensemble, on rêve d’être Duplantis (Armand Duplantis, champion olympique et recordman du monde de saut à la perche) et de passer sous la barre des 40 jours. On a l’enthousiasme et l’émerveillement d’aller voler sur un bateau de cette dimension dans des endroits hostiles. »

L'équipage repose sur un mélange précis de compétences. Frédéric Denis, né à Pithiviers, remporte la Mini Transat 2015 en proto, preuve d’un talent certain. Entre-temps, il avait découvert le Team Sodebo qui l’avait accueilli pour son stage de fin d’études en électronique en 2010. Pierre Leboucher est un sportif dans l’âme, qui a commencé la voile en Optimist avant de suivre la filière classique du dériveur qui l’a mené jusqu’au 470. Il est deux fois vice-champion du monde et finalistes aux Jeux Olympiques de Londres en 2012 (7ème). Barreur/régleur, mais également en charge de la mécanique, du gréement et des voiles, l’ancien « olympien » mesure cependant la difficulté de la tâche, celle de se battre contre un chrono et non contre des adversaires : « On sait très bien qu’avant d’envisager le record, il faut arriver au bout, donc préserver le matériel. L’exercice consiste à ne pas l’utiliser à 300%, mais pas à 80% non plus, sinon tu risques de ne pas battre le record. »

Léonard Legrand, arrivé au sein du Team Sodebo en 2015, occupe désormais la responsabilité du pôle électronique et informatique. Son envie d’apprendre et de progresser l’a aussi amené depuis deux ans à naviguer à bord du trimaran Viabilis. « Notre équipe et nos compétences se complètent. On a réussi à avoir le bon mélange à bord entre les techniciens/navigants membres du Team Sodebo, qui connaissent par coeur le bateau, et les marins qui viennent de l’extérieur et apportent leur expérience de la compétition, la précision des réglages. Ce mariage se fait très bien », souligne Léonard qui gérera la partie électronique et aura la casquette de media man. Pour l’un des benjamins de l’équipage, « le Trophée Jules Verne, c’est ce qu’on peut imaginer de mieux en voile, c’est très fort sportivement, mais aussi humainement, il faut réussir à vivre à sept pendant 40 jours dans un espace de 6m². Ça peut faire peur, parce que ce n’est pas sans danger, mais c’est en même temps hyper grisant. »

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Guillaume Pirouelle, originaire de Normandie, est un talent précoce, double champion d’Europe et double vice-champion du monde en 420. Barreur/régleur à bord, également en charge de l’accastillage, de l’hydraulique et de l’avitaillement, Guillaume - le plus jeune de l’équipage - considère que « le Trophée Jules Verne est un défi hors norme. Pour moi, c’est le record ultime, très dur à battre, il faut réussir à tenir dans la durée, tant physiquement que mentalement. » Benjamin Schwartz peut se targuer d’une solide expérience du large. Ce Lyonnais d’origine a été le skipper de Holcim PRB sur les dernières étapes de The Ocean Race 2023. Membre de l’équipage de Yann Guichard en 2018, l’exercice du stand-by et du Jules Verne, il connaît. Thomas Coville a proposé à Benjamin Schwartz de relever le défi sur Sodebo Ultim 3 car il a beaucoup travaillé sur la gestion du stand-by, le parcours et la météo.

Enfin, Nicolas Troussel, originaire de la baie de Morlaix, est, après Thomas Coville, le plus expérimenté de l’équipage. Il a marqué de son empreinte le circuit Figaro en remportant la Transat AG2R en 2004 puis à deux reprises la Solitaire du Figaro, en 2006 et 2008. « Comme il a été lui-même skipper d’un projet, Nico a la faculté de se mettre dans ma tête en prenant le lead à certains moments », commente Thomas Coville. À noter également la présence de Basile Bourgnon, 22 ans, qui sort de trois saisons réussies sur le circuit Figaro, avec notamment une 2e place sur la Solitaire en 2023.

The Famous Project : L'odyssée d'Alexia Barrier et l'équipage féminin

Alexia Barrier et ses sept coéquipières navigatrices sont parties de la rade de Brest, ce samedi 29 novembre 2025. L'équipage s'élance pour le trophée Jules Verne, un tour du monde sans escale et sans assistance, sur un trimaran, avec l'idée d'écrire une page de la voile. Alexia Barrier et son équipage passeront à l'année 2026 en plein milieu du sud de l'océan Pacifique. Le maxi-trimaran IDEC Sport est en approche du point Nemo, l'endroit en mer le plus éloigné de toute terre émergée sur la planète.

Cependant, la fin du trophée Jules Verne s'apparente à un chemin de croix pour l'équipe d'IDEC Sport. L'équipage d'Alexia Barrier va rejoindre la ligne d'arrivée au ralenti. En souffrance avec leur grand-voile, partiellement déchirée le matin même au point de devoir la réduire de deux ris, Alexia Barrier et son équipage ont perdu, jeudi soir, le restant de la principale voile du maxi-trimaran engagé autour du monde depuis 55 jours. Grand voile totalement arrachée, un mât aile de 30m² pour finir. "Il était 21 heures quand, durant la manœuvre d’empannage déclenchée pour contourner l’île de Terceira aux Açores, la tête de la grand-voile s’est déchirée", indique l'entourage de l'équipage 100% féminin, toujours en lice pour être le premier à boucler le Jules-Verne. "Les navigatrices vont désormais devoir naviguer exclusivement propulsées par leur mât aile (30m²) et leurs voiles d’avant."

"On arrive à avancer à une vitesse de 10 à 12 nœuds, et on arrive à gérer les vagues", indique Alexia Barrier dans un message du bord où on aperçoit la voilure de fortune. Alexia Barrier et ses équipières ont laissé les îles des Açores derrière elles et vont désormais affronter, au ralenti, la périphérie d'une importante dépression avec des rafales de vent de plus de 35 nœuds et des vagues de plus de 6 mètres en direction de la ligne d'arrivée dessinée entre Ouessant et le cap Lizard. En l'état des choses, IDEC Sport, parti 16 jours avant, va être dépassé dans la journée de ce vendredi 23 janvier par Sodebo Ultim 3 de Thomas Coville, engagé lui aussi sur le trophée Jules Verne et en passe de battre le record de Francis Joyon établi en 2017 en un peu moins de 41 jours.

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Les navigatrices de The Famous Project CIC ont passé la ligne d'arrivée du Trophée Jules Verne au large d'Ouessant ce lundi à midi pile. Elles établissent le premier temps de référence d'un équipage 100% féminin sur le tour du monde à la voile sans escale et sans assistance : 57 jours et 21 heures. Le 26/01/2026 à 12:05, cette performance marque l'histoire de la discipline, malgré les avaries majeures rencontrées dans les derniers milles.

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