La Navigation Sous Spi sur Trimaran et Autres Voiliers : Plaisir, Performance et Maîtrise des Allures Portantes

L'expérience de la navigation sous spinnaker, ou spi, représente pour de nombreux marins l'apogée du plaisir et de la performance sur l'eau. Qu'il s'agisse de croiseurs classiques ou de "coursiers" modernes, l'établissement de cette voile impressionnante promet un "pur bonheur, un œil sur le speedo et une seule main sur la barre, complètement décontracté(e)". Cette sensation de glisse et de vitesse, appréciée même par une amie en constante progression qui n'est plus novice depuis longtemps, est à la portée de tous, à condition de comprendre les principes et les techniques associés à cette voile si particulière. Si l'usage du spi n'est pas difficile et qu'il est attrayant, il est impératif d'en maîtriser les spécificités pour profiter pleinement de ses avantages, que l'on navigue sur un monocoque ou un multicoque comme un trimaran.

Le Spinnaker : Une Voile Conçue pour la Vitesse

Définition et Origines d'une Voile de Portance

Le spinnaker, communément appelé spi, est une voile à très fort creux, conçue spécifiquement pour offrir un maximum de surface afin d'exploiter au mieux le vent apparent aux allures portantes. C'est un grand triangle taillé dans un matériau très léger, doté d'un creux important, qui se hisse à l'avant d'un voilier lorsque le vent souffle depuis l'arrière du navire, c'est-à-dire aux allures de grand largue ou de vent arrière. Sa conception légère et bombée lui permet de capter un maximum de vent, essentiel pour gagner en vitesse. Il se hisse sur la drisse de spi, souvent en tête de mât sur les voiliers de croisière, et se règle avec deux écoutes et éventuellement un hale-bas de tangon. Inventé dans les années 1860 pour obtenir de bonnes performances en régate, il s’utilise aujourd'hui tant en course qu'en plaisance, bien qu'il soit absent des navires de commerce ou de guerre.

L'origine du mot "spinnaker" reste incertaine, avec plusieurs théories existantes. La plupart des dictionnaires, dont Webster, suggèrent que le mot spinnaker proviendrait du nom d'un bateau appelé Sphinx, prononcé "spinx". Lors d'une régate, ce bateau aurait hissé une énorme voile de portant dont ses adversaires auraient estimé la surface à une acre (soit 4 000 m²), d'où le nom "Sphinx's acre" prononcé "Spinx aquer". D'autres évoquent "speen", un vieux terme nautique. Une étymologie particulièrement douteuse prétend que le mot proviendrait des commentaires suscités lors de son invention. En français, le terme "foc ballon" a longtemps été utilisé en concurrence avec le vocable anglais spinnaker, qui a finalement été adopté. Les focs ballons étaient d'ailleurs les précurseurs du spi symétrique, devenus ensuite des gennakers.

Distinction entre Spi, Gennaker et Autres Voiles d'Avant

Le spi, qu'il soit symétrique ou asymétrique, est utilisé principalement en navigation de plaisance ou en régate pour profiter des vents arrière. Cependant, il existe d'autres voiles d'avant conçues pour les allures portantes, notamment le gennaker, qui se positionne comme une alternative intéressante.

Le gennaker est une voile hybride entre le spi et le génois, souvent privilégiée en croisière pour sa facilité de manœuvre. Il est moins encombrant qu'un spi et, contrairement à son cousin, ne nécessite pas de tangon. Sa forme est asymétrique, similaire à celle d'un spi asymétrique mais sans la chute volumineuse. Il est également plus facile à affaler et s'enroule aisément autour d'un enrouleur dédié, ce qui le rend idéal pour les navigations en solo ou avec un équipage réduit. Néanmoins, il est moins performant que le spi dans les vents arrière et sa surface de voile est plus petite que celle de certains spis asymétriques.

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Les "coursiers", ou bateaux de régate de haute performance, ne naviguent d'ailleurs plus au vent arrière strict comme le faisaient les voiliers traditionnels. Pour eux, il est plus rapide de tirer des bords en empannant sous gennakers ou spis asymétriques que de tracer une route droite pile vent arrière. Cette stratégie permet de maintenir un vent apparent plus important et d'optimiser la vitesse. Cette approche contraste avec celle de nos croiseurs classiques qui ne déjaugent jamais et volent encore moins, et pour qui le spi symétrique au vent arrière reste une option viable.

Les Variantes du Spi : Symétrique et Asymétrique

Le monde des spinnakers se divise principalement en deux grandes catégories : le spi symétrique et le spi asymétrique. Chacun a ses propres caractéristiques, ses allures de prédilection et ses exigences de manœuvre, influençant le choix des marins en fonction de leur bateau, de leur programme de navigation et de leur niveau d'expérience.

Le Spi Symétrique : Tradition et Puissance au Vent Arrière

Le spi symétrique, la forme la plus ancienne et la plus classique, présente une forme parfaitement symétrique autour de son axe central. Il est gréé entre son point de drisse en tête de mât et ses deux points d'écoute. Le premier point d'écoute, celui qui est au vent, est fixé sur un tangon orientable. Ce tangon est une barre en métal qu'on installe pour utiliser le spi. Il a pour but d'empêcher le spi de partir sous le vent quand on n'est pas exactement au vent arrière. L'une de ses extrémités est fixée au mât, et l'autre extrémité, frappée sur le bras, est réglée en hauteur au moyen de deux cordages : la balancine (ou hale-haut) et le hale-bas de tangon. Ce dispositif autorise à déporter le spi au vent de la grand-voile, lui permettant ainsi de recevoir un maximum d'air et de portance.

Cette voile excelle dans les allures de vent arrière et de grand largue, car elle peut être bien dégagée du dévent de la grand-voile. Le spi symétrique est surtout efficace au grand-largue et au vent arrière. À l'inverse, il est moins bon quand on se rapproche du lit du vent. Des sloops comme les 420, 470, 505 sont des exemples de bateaux qui utilisent couramment le spi symétrique.

La manœuvre d'un spi symétrique est considérée comme complexe, surtout lorsque le voilier doit empanner, c’est-à-dire changer d’amure en passant par le vent arrière. Le tangon, par sa nature mobile, nécessite des cordages particuliers pour son réglage. On y trouve un bras, fixé au point d'amure du spi et glissant librement dans la mâchoire du tangon, ainsi qu'une balancine (ou hale-haut) et un hale-bas de tangon. Ces cordages permettent de régler l'angle ou la hauteur du tangon et constituent également un haubanage "3 points", qui permet de le garder rigoureusement fixe, en dehors des moments de réglage.

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Le Spi Asymétrique : Simplicité et Performance sur Allures Larges

De développement plus récent, le spi asymétrique a été conçu initialement pour la course, en réponse à l'augmentation de la vitesse des bateaux qui fait pivoter le vent apparent vers l'avant. Le spi asymétrique possède un bord d'attaque plus court que son bord de fuite, lui donnant une forme de triangle asymétrique. Sa configuration se rapproche de celle d'un Code 0, mais avec un creux plus marqué.

Cette voile est généralement installée sur un bout-dehors pour l'éloigner le plus loin possible de la grand-voile. Le point d'amure du spinnaker asymétrique est maintenu par le bout-dehors fixé à l'étrave du bateau. Alternativement, il peut être aussi maintenu par un patin d'amure attaché autour du génois enroulé.

Le spi asymétrique privilégie les allures de travers et de largue, où il génère un maximum de portance en s'appuyant sur le vent apparent. Il est plus simple d'emploi et plus stable que le symétrique, et est utilisé du petit largue au grand largue. Un avantage majeur est qu'il se passe de tangon, ce qui le rend très utile pour de très nombreux bateaux de croisière qui en disposent dans leur garde-robe, tels que les Oceanis, facilitant ainsi l'envoi et la gestion du spi. Cependant, il ne peut pas être utilisé pour remonter au vent et son rendement est médiocre au vent arrière pur.

Le choix entre spi symétrique et asymétrique dépend donc du type de navigation et du voilier. Pour la croisière, le spi asymétrique est souvent préféré car plus facile à utiliser sans tangon. Pour la régate, le spi symétrique est privilégié pour ses performances accrues sur les parcours au vent arrière, tandis que les asymétriques et gennakers sont favorisés sur des parcours plus larges.

Préparation et Envoi du Spi : Les Étapes Clés pour un Déploiement Serein

L'envoi du spi, qu'il soit symétrique ou asymétrique, est une manœuvre qui demande de la préparation, de la coordination et une bonne compréhension des conditions météorologiques. Une approche méthodique garantit sécurité et efficacité.

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Choisir les Bonnes Conditions pour Débuter

Pour ceux qui sont tentés par l'expérience de naviguer sous spi, il est primordial de commencer par temps maniable, idéalement entre 5 et 10 nœuds de vent. Une journée calme et ensoleillée avec peu de vagues est l'environnement parfait pour faire ses premières armes. Par tout petit temps, en dessous de 5 nœuds, il n'est pas facile de faire porter cette voile pour laquelle les écoutes deviennent simplement difficiles à soulever. Inversement, dans un vent soutenu, au-delà de 10 nœuds, le débutant risque de se faire peur, de s'affoler, de réagir à contretemps, de se "mélanger les pinceaux" et de finir par aller au tapis ! Les conditions idéales pour utiliser un spi sont des vents modérés et constants. En croisière, le spi améliore considérablement la vitesse et le confort de navigation, bien que sa manipulation requière une bonne coordination de l'équipage et un équipement adéquat, comme un tangon et des écoutes en bon état.

L'Équipage : Une Coordination Essentielle

La réussite de l'envoi et de la manœuvre du spi repose grandement sur la coordination de l'équipage. À quatre personnes, le jeu n'en sera que plus facile : il faut idéalement un barreur, un équipier à la drisse et au tangon, un autre à l'écoute et le quatrième au bras. Cette répartition des rôles permet à chacun de se concentrer sur sa tâche et d'agir de manière fluide. Les spis asymétriques, plus accessibles pour les marins débutants ou les équipages réduits, peuvent cependant être gérés avec moins de personnel grâce à leur simplicité inhérente.

Sélection et Caractéristiques du Spi Adapté

Le choix du bon spi pour un bateau est crucial. Il dépend de plusieurs critères, notamment la taille du bateau, les conditions de vent envisagées et l'expérience de l'équipage. Un voilier de grande taille bénéficiera davantage d'un spi symétrique pour des performances optimales en régate, tandis que le spi asymétrique est idéal pour des vents larges en croisière.

Les spis sont majoritairement fabriqués en nylon ou en polyamide, des matériaux légers et résistants, parfaitement adaptés aux contraintes de la voile. Les récentes innovations dans la voilerie incluent l'utilisation de matériaux triradial et radial, qui augmentent la durabilité et les performances du spi.

Les dimensions du spi doivent correspondre aux caractéristiques spécifiques du voilier. Une fiche technique précisant les mesures de guindant, de chute et de bordure est essentielle pour choisir la bonne taille. Il est recommandé de se référer aux devis fournis par les spécialistes de la voilerie pour ajuster au mieux le spi aux besoins spécifiques de votre bateau.

Procédure d'Envoi Spécifique à Chaque Type de Spi

Pour le Spi Symétrique

L'envoi du spi symétrique nécessite l'utilisation d'un tangon, qui est fixé sur le mât et orienté vers l'extérieur pour maintenir la voile en position. Avant d'envoyer le spi symétrique, il est essentiel de préparer le tangon, d'ajuster le guindant et de positionner les écoutes de manière symétrique de chaque côté du voilier. Le gréement du tangon est une étape cruciale pour stabiliser la voile et éviter les enroulements.

La procédure d'envoi peut être détaillée comme suit :

  1. Border à fond les deux barbers haulers.
  2. Le barreur (VA) et l'équipier numéro 1 bordent le bras (en vert) pour que l'œillet de la voile arrive jusqu'en butée du tangon.
  3. Le barreur et l'équipier au piano règlent le bras (en vert) pour que le tangon soit perpendiculaire au vent apparent.
  4. Le barreur règle l'écoute (en rouge) pour que le spi soit bien gonflé. S'il y a une larme qui apparaît en haut du spi, il faut border ; il faut être à la limite de cette larme.
  5. Le tangon est perpendiculaire au mât. Toutefois, par petits airs, on baisse le tangon, et par vent soutenu, on le monte. Sur des allures du petit largue au largue, on baisse le tangon, et au vent arrière, on le monte.

Pour le Spi Asymétrique

Le spi asymétrique, quant à lui, ne nécessite pas de tangon et se grée directement sur un bout-dehors ou à l’étrave du voilier. Pour envoyer le spi asymétrique, il suffit de fixer l’amure à l'avant du bateau et d’ajuster le guindant et la chute grâce aux écoutes. Ce type de spi est plus simple à manipuler, ce qui le rend idéal pour les marins moins expérimentés ou pour une navigation en croisière où la rapidité de manœuvre est importante. Une fois le spi envoyé, les écoutes permettent de contrôler la forme de la chute et d’ajuster la voile en fonction de la direction du vent.

Maîtrise des Manœuvres Sous Spi : Réglages, Empannages et Affalages

Une fois le spi hissé, le travail ne fait que commencer. Le réglage constant, les manœuvres d'empannage et la capacité à affaler rapidement en cas de besoin sont les piliers d'une navigation sous spi réussie et sécurisée.

Le Réglage Fin (Trimming) pour Optimiser la Vitesse

Après avoir choisi l'allure, le tangon étant perpendiculaire au vent, manœuvrer demande une attention accrue. Les performances sont là lorsque l'embraqueur recherche "l'oreille sur le guindant" (faseyant) en bordant ou en choquant l'écoute. La règle générale pour le réglage des voiles s'applique : "on borde quand on loffe, on choque quand on abat". Cependant, avec un spi, il faut ajouter une dimension supplémentaire : il faut aussi débrasser quand on borde (choquer le bras) et brasser quand on choque (border le bras).

Le tangon est un élément clé du réglage du spi symétrique. Par petits airs, on baisse le tangon, et par vent soutenu, on le monte. Sur des allures du petit largue au largue, on baisse le tangon, et au vent arrière, on le monte. Le barber hauler sous le vent (du côté de l’écoute de spi) joue un rôle sur la fermeture de la chute. Par vent de travers, on le choque en grand, et par vent arrière, on le reprend à fond. "On borde toujours trop" est un conseil fréquemment donné pour le réglage du spi, invitant à une vigilance constante et à des ajustements subtils. En grand spi, notamment sur des dériveurs sportifs, les deux mains sont nécessaires pour tenir l'écoute de spi, ainsi que des poulies winch et des gants, témoignant de la force exercée par cette voile.

Pour le spi asymétrique, les réglages se font principalement sur les écoutes, le barreur ayant un rôle primordial lorsque le spi est déployé. Le spi asymétrique est particulièrement performant sur les allures larges, où il fonctionne comme une grande voile de portant, offrant une excellente vitesse même avec des vents plus faibles.

L'Empannage : Changer d'Amure avec Agilité

L'empannage est la manœuvre consistant à changer d'amure en passant par le vent arrière. Il est essentiel de savoir empanner, car sous spi, on reste rarement plein vent arrière. Pour que le voilier progresse efficacement, il faut généralement avoir un peu d’angle au vent.

Empannage sous Spi Symétrique

La manœuvre d'un spi symétrique est complexe lorsque le voilier doit empanner. La principale difficulté de l'empannage, surtout par vent frais, réside dans le travail du barreur, qui doit garder rigoureusement le vent arrière. Dans le cas où il lofferait, le spi va se déplacer sous le vent, ce qui va amplifier la faute de barre : le spi va faire gîter le bateau, induisant un coup de lof et donc de gîte supplémentaires, et ainsi de suite. Cela peut arriver même quand le spi est tangonné, en général parce qu'on n'a pas assez réduit la voilure d'arrière, ou que le spi est mal réglé, ou que le barreur n'est pas assez qualifié pour la force de vent. Un virement face au vent est exclu avec un spi symétrique ; il est nécessaire de virer lof pour lof (empanner) pour changer d’amure.

Dans l'autre sens (à l'abattée), le spi risque de se retrouver sous le vent de la grand-voile et de se dégonfler. Il risque alors de s'enrouler autour de l'étai ou de la balancine, ce qui peut le déchirer. La bôme doit également passer rapidement lors de cette manœuvre, certains équipiers se tenant debout, histoire de courir encore plus de risques selon certains navigateurs.

Empannage sous Spi Asymétrique

Empanner avec un spi asymétrique ne présente pas de difficulté particulière si l’on fait preuve d’un peu de méthode et de concentration. Lors de l’empannage, il n’est pas nécessaire de changer de tangon, ce qui facilite grandement la manœuvre. Le barreur joue un rôle primordial. Il faut savoir correctement empanner pour changer d’amures et si possible sans "cocotier", en évitant que le spi asymétrique s’enroule autour de l’étai. De très nombreux bateaux de croisière disposent d’un spi asymétrique dans leur garde-robe.

L'Affalage du Spi : Sécurité et Réactivité

L'affalage est une manœuvre critique qui doit être maîtrisée pour la sécurité de l'équipage et l'intégrité de la voile. L'anticipation est la clé : ce n'est pas quand le vent est monté de force 3 à force 4 qu'il faut décider d'affaler. Toujours regarder derrière soi si le vent arrive sournoisement en forcissant est une règle d'or.

Procédures d'Urgence en Cas de Vent Forcissant

En cas de problème ou d'urgence, la première chose à faire est de border l'écoute et de placer le bateau au grand largue (voire vent arrière si vous maîtrisez cette allure sans empannage involontaire !). Le spi sera ainsi abrité par la grand-voile et bridé par l'écoute. Il ne reste plus qu'à régler le problème si une "mise en 8" (la fameuse figure du soutien-gorge) s'est produite, ou à l'affaler rapidement sans oublier de l'"étouffer" au fur et à mesure de sa descente.

Une méthode d'affalage d'urgence consiste à choquer le bras en grand, reprendre sur l'écoute puis choquer la drisse en grand : le spi va se mettre à plat. Il faut le ramener dans la descente le plus rapidement possible avant qu'il ne touche l'eau. Sinon, il sera freiné et le bateau passera dessus, avec la quille et, pourquoi pas, le safran. Une astuce essentielle : ne faites jamais de nœud en huit à l'extrémité de l'écoute et du bras, car en cas de manœuvres choquées trop vite, vous pourriez voir votre spi porter 10 mètres devant l'étrave, les écoutes et bras bloqués par le nœud.

Une autre méthode d'urgence est de se placer grand largue, choquer la drisse complètement (*), en récupérant le spi par son écoute : il va se mettre à plat au-dessus de l'eau et n'exercera plus de force de traction sur le bateau. Ramassez le spi au plus vite, deux personnes ne sont pas de trop pour cette tâche. Une astuce pour cette manœuvre : déroulez entièrement la drisse et jetez-la à l'eau par l'arrière du bateau.

Affalage et Rangement du Spi en Conditions Normales

Pour affaler un spi symétrique dans des conditions non urgentes, il est recommandé de choquer progressivement les écoutes et de guider la voile vers le pont tout en relâchant le tangon. L'utilisation d'une chaussette de spi peut grandement faciliter cette manœuvre, permettant de rassembler la voile sans l’endommager.

Affaler un spi asymétrique est généralement plus simple et rapide. On commence par choquer les écoutes et tirer sur l’avaleur pour ramener la voile vers l’avant du bateau.

Conseils Avancés et Leçons de Navigation

La navigation sous spi est un apprentissage continu, et même les marins expérimentés affinent leurs techniques. Quelques principes et observations générales peuvent grandement améliorer l'expérience.

L'Anticipation et le Rôle du Barreur

L'anticipation est la clé du succès sous spi. Il est crucial de ne pas attendre que le vent monte de force 3 à force 4 pour décider d'affaler ou d'adapter ses réglages. Le barreur a un rôle primordial sous spi. Il y a deux sortes de barreurs : ceux qui envoient le spi et les autres. Un barreur qualifié est capable de "garder rigoureusement le vent arrière" lors d'un empannage sous symétrique, et de gérer les allures larges avec un asymétrique. Le regard de déception chez un second qui a tout vu peut parfois en dire long sur une manœuvre ratée.

Adaptation aux Multicoques : Le Cas des Trimarans

Les principes généraux de la navigation sous spi s'appliquent à tous les voiliers, y compris les multicoques comme les catamarans et les trimarans. Cependant, la vitesse potentielle des trimarans peut rendre les réactions plus critiques et les manœuvres plus exigeantes. La stabilité inhérente des trimarans leur permet d'exploiter la pleine puissance du spi sans la même gîte qu'un monocoque, mais exige une vigilance accrue pour éviter la surcharge et les situations dangereuses dues à une vitesse élevée. Lors des manœuvres, la bôme doit passer rapidement, une action parfois périlleuse, surtout pour les équipiers non avertis.

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