La Route du Rhum-Destination Guadeloupe : L'Épopée du Trimaran Olympus et l'Évolution des Géants des Mers

La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, mythique course transatlantique en solitaire, incarne l'essence même de l'aventure maritime. Créée en 1978 par Michel Etévenon, cette épreuve légendaire relie tous les quatre ans la cité corsaire de Saint-Malo à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Au fil des décennies, elle est devenue la plus célèbre des courses au large en solitaire, ouverte tant aux professionnels qu'aux amateurs, offrant un tracé de pure traversée transatlantique où les concurrents s'élancent avec l'objectif d'atteindre le plus rapidement possible la destination antillaise. L'un des aspects les plus fascinants de la Route du Rhum réside dans la variété des voiliers alignés sur la même ligne de départ, accueillant six catégories de bateaux distinctes, ce qui permet à des voiliers de tailles et de conceptions très différentes de naviguer en même temps sur le même parcours.

Les Fondations d'une Légende : Olympus Photo et la Victoire Historique de 1978

L'année 1978 marque la naissance de cette course emblématique, et avec elle, l'émergence d'une légende : le trimaran Olympus Photo. Ce voilier trimaran, destiné à la course au large, est le premier de la série des cinq Acapella. Il est mondialement connu pour avoir vu à son bord le Canadien Mike Birch remporter la toute première Route du Rhum. Ce qui rend cette victoire encore plus mémorable est le scénario dramatique qui a précédé l'arrivée : Mike Birch a dépassé le monocoque Kriter V, skippé par Michel Malinovsky, à quelques milles seulement de la ligne d'arrivée. L'écart entre les deux concurrents fut incroyablement serré, de seulement 98 secondes après plus de 4000 milles de course et neuf heures de régate bord à bord.

Cette victoire, d'une portée immense, a mis en lumière le potentiel des multicoques dans la course au large. En 1978, c’est un trimaran de 11,50 mètres seulement, portant 60m² de voile, qui l’emportait. Les images du petit trimaran jaune terrassant le grand monocoque noir de 21 mètres de Michel Malinovsky ont fait le tour de la terre. Quelques milliers d’années après les conquêtes polynésiennes sur des pirogues à balancier, c’est avec cette performance que les multicoques ont fait un retour au premier plan de la scène nautique internationale. Le dessin de Dick Newick, mis en œuvre par Walter Greene, ne pesait que deux tonnes. Olympus Photo est l’un des tout premiers multicoques à être réalisé selon le procédé dit ‘West System’, un composite bois moulé / époxy, renforcé de kevlar. Son rapport poids / surface de voilure était ainsi de 33,33 m²/tonne, un record pour l’époque, une prouesse technique qui reste d'actualité même sur les trimarans géants actuels.

Mike Birch, l'homme derrière cet exploit, était un personnage à l'histoire aussi riche que sa victoire fut inattendue. D'origine canadienne, il avait exercé tous les métiers : cow-boy adepte de rodéo, chercheur d'or, mécanicien sur de vieux cargos à charbon. Il se découvre une passion pour la voile assez tardivement et devient convoyeur de bateaux de plaisance avant de marquer l'histoire de la course au large. Sa victoire en 1978 a non seulement révolutionné la perception des multicoques mais a également gravé son nom dans la légende de la voile transatlantique.

L'Ère Moderne : Des Performances Exponentielles et des Budgets Colossaux

Depuis l'exploit d'Olympus Photo, la course au large a connu une évolution radicale, transformant la performance, les technologies et les moyens mis en œuvre. La longueur, la largeur, les surfaces de voilure ne forment que la partie visible d’un énorme iceberg. En 1978, Mike Birch avait mis plus de 23 jours pour relier Saint-Malo à Pointe-à-Pitre, avec une vitesse moyenne de 7,16 nœuds sur la transatlantique. Aujourd'hui, les trimarans Ultim, véritables géants des mers, atteignent des vitesses affolantes. Francis Joyon, par exemple, a remporté l'édition 2018 en seulement 7 jours et 14 heures, et le Maxi Edmond de Rothschild a parcouru 4 132 milles à la vitesse de 27 nœuds sur la dernière Finistère Atlantique, soit presque quatre fois plus rapide que l'Olympus Photo.

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Les trimarans Ultim, visibles de loin avec leurs mâts culminant à plus de 35 mètres et leurs 450m² de voiles au près, symbolisent cette révolution. La longueur et la rigidité de l’ensemble tout carbone de la plateforme, ainsi que l'intégration de foils, pesant 400 kg l’unité, qui limitent le contact avec l’eau au minimum, expliquent cet énorme écart de performance. Si le rapport poids/surface de voilure d'Olympus Photo était un record pour son époque, il reste pertinent même face aux trimarans géants actuels dont le déplacement est estimé autour de 15 tonnes, quand leur surface de voilure oscille entre 420 et 450 mètres carrés.

L'abyssale différence de moyens entre Mike Birch, solitaire jusque dans sa préparation, et les équipes Ultim d’aujourd'hui est frappante. Ces dernières sont de véritables PME d'une vingtaine de personnes, avec un spécialiste pour chaque poste clé. Hors amortissement de la construction, dont le coût varie de 12 à 17 millions d’euros selon les estimations, leur budget de fonctionnement annuel peut atteindre 5 millions d’euros. À titre de comparaison, le budget alloué par Olympus en 1978 pour une Route du Rhum victorieuse, était de 25 000 francs, soit 3 810 euros actuels. Les budgets ont explosé en même temps que la performance, avec des mâts aile en carbone haut module qui frôlent le million d’euros, des foils à 500 000 euros la paire, et des jeux de voile dont les membranes sont moulées en trois dimensions pour un budget équivalent.

En 1978, il n’y avait pas, ou peu d’électronique à bord d’Olympus. Aujourd'hui, aucun domaine n’a échappé à une évolution radicale en moins d’un demi-siècle : les pilotes automatiques ultra-sophistiqués, l’électronique, l’informatique embarquée, l’analyse météo à bord et à terre, jusqu’à la nourriture du marin devenu athlète de haut niveau. Mike Birch menait son Acapella à la barre franche, seulement protégé par son ciré jaune. François Gabart, quant à lui, pilote littéralement son trimaran Ultim, protégé d’un vent apparent très souvent supérieur à 40 nœuds, à l’abri d’une bulle d’avion de chasse. New-York est toujours à 8 heures d’avion de Roissy, Saint-Malo à 4,5 heures de route de Paris, mais Pointe-à-Pitre n’est plus qu’à sept jours de mer de la Bretagne à la voile !

La Route du Rhum 2026 : Nouveautés et Hommage à l'Héritage

Le 1er novembre 2026, les plus grands navigateurs du monde se réuniront à Saint-Malo pour le départ de la 13e édition de la Route du Rhum. Cette édition, 48 ans de passion transatlantique après la création de la course, promet d'être une très grande fête de la voile à Saint-Malo et dans sa région. La Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2026 introduira des nouveautés marquantes. Les catégories Rhum Mono et Rhum Multi laisseront leur place aux Vintage Mono (monocoques longs à minima de 39 pieds) et aux Vintage Multi (multicoques dont la longueur se situe entre 38 et 79 pieds). Ce changement verra notamment le retour des trimarans Orma, qui ont fait les belles heures de la course pendant de nombreuses années. Ces nouveaux critères de sélection marquent la volonté forte de la part d’OC Sport Pen Duick de valoriser, par les retrouvailles avec des bateaux de légendes ou avec des marins qui ont marqué l’histoire, mêlés à des voiliers plus récents et éco-conçus, l’héritage matériel du Rhum et l’âme même de cette transatlantique de la liberté.

Pour l’édition 2026, la jauge a été fixée à 117 bateaux répartis entre les différentes classes. Ce nombre, volontairement plus sélectif que par le passé, traduit la volonté d’assurer un plateau sportif d’exception. L’accès à l’épreuve se fait désormais au terme d’un processus de sélection renforcé, gage de qualité et de représentativité pour cette épreuve hors norme. Les résultats de la précédente édition en 2022 illustrent l'excellence de la compétition : Charles Caudrelier a été le premier en classe Ultime en 6 jours, 19 heures et 47 minutes ; Erwan Le Roux, premier en Ocean Fifty en 10 jours, 21 heures et 35 minutes ; Thomas Ruyant, premier en IMOCA en 11 jours, 17 heures et 36 minutes ; Yoann Richomme, premier en Class40 en 14 jours, 3 heures et 8 minutes ; Loïc Escoffier, premier en catégorie Rhum Multi en 16 jours, 6 heures et 37 minutes ; et Jean-Pierre Dick, premier en catégorie Rhum Mono en 16 jours, 5 heures et 57 minutes.

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