En voile, l'Arkéa Ultim Challenge a représenté l'exercice le plus extrême jamais tenté : une course en flotte autour du monde en solitaire à bord de trimarans géants. Initialement prévue pour s'élancer fin 2023, cette compétition a marqué un tournant décisif dans l'histoire de la course au large. Six Ultim se sont alignés au départ de cette course inédite, propulsant les limites de l'exploration maritime et de la performance sportive. À bord de voiliers de 30 mètres planant sur leurs foils, ces machines exceptionnelles sont capables de naviguer à des vitesses atteignant 40 nœuds. Tourner autour du monde en solitaire à bord d’un trimaran géant n’est pas donné à tout le monde, très loin de là. Seuls de rarissimes skippers avaient tenté et réussi l’expérience par le passé, mais uniquement dans le cadre de la chasse aux records et non au sein d'une course en flotte. C'est pourquoi cette épreuve, une course en flotte, en solitaire, autour du monde, est un événement qui n’avait jamais été tenté auparavant. Le tour du monde en solitaire à bord de ces engins, qui peuvent naviguer à plus de 40 nœuds, était jusqu’ici du seul domaine des records. Cette course solo en Ultim est la suite directe de la course autour du monde initialement inscrite au programme des Ultim, qui devait s’élancer de Brest en 2019 et avait finalement été reportée. Elle incarne un rêve, comme l'a exprimé l'un des participants : « Ce tour du monde en solitaire en Ultime est un rêve que je n’osais même pas espérer dans ma carrière. J’ai toujours été très attiré par le Vendée Globe mais là, à la barre des bateaux les plus rapides de la planète et en mode volant, c’est tout simplement le challenge ultime. »
I. L'Arkéa Ultim Challenge : La Course du Siècle
A. Un Défi Inédit et un Moment Historique
L'Arkéa Ultim Challenge s'est imposée comme une grande première dans l'histoire de la course au large, un défi sans précédent dans sa conception et son exécution. Le top départ de la course a été donné ce dimanche 7 janvier 2024 à 13h30 depuis Brest, marquant le début d'une aventure qui allait écrire une nouvelle page de la navigation. Six marins chevronnés se sont élancés à bord de leurs maxi-trimarans dans cette course autour du monde en solitaire inédite. Ce sont six marins qui ont quitté Brest pour la première course autour du globe en solitaire à bord de maxi-trimarans. Cette épopée pionnière a mis près de 20 ans à voir le jour, témoignant de la persévérance et de l'innovation nécessaires pour concrétiser un tel projet. « Il s'agit du défi le plus extrême jamais réalisé en course au large », a estimé Roland Tresca, président d'honneur d'OC Pen Duick, à l'origine de ce projet qu'il a commencé à imaginer en 2004. L'officialisation de ce tour du monde en solitaire en Ultim a été une très belle nouvelle, attendue avec beaucoup d’impatience par toute la communauté de la voile.
Les marins qui ont pris part à cette aventure, comme le skipper du Maxi Edmond de Rothschild, ont souligné l'importance de ce moment. « Cette course s’inscrit dans les objectifs que nous nous sommes fixés dès 2017 en construisant puis en mettant à l’eau le Maxi Edmond de Rothschild, le pionnier de cette génération de géants volants. Il a fallu un peu de patience pour que la première édition voie le jour mais aujourd’hui le rendez-vous est pris ! » Ce rassemblement de talents et de technologies a été le fruit d'une longue maturation. « C’est une fierté de faire partie de ce groupe de marins associés à des partenaires emblématiques. Il y a eu beaucoup de rebondissements dans la programmation de cette course autour du monde, il a fallu être patient, que les projets arrivent à maturité, cela montre que nous sommes tous interdépendants. Cette course justifie les 20 ans d’engagement et de navigation à haut niveau. Il fallait être dans ce timing sportif et technologique », a témoigné un participant, reconnaissant l'aboutissement de tant d'efforts. Cette course autour du monde est l’aboutissement de notre projet partagé avec la Classe Ultim, et par définition, elle a été un événement exceptionnel. Elle a été exceptionnelle pour les skippers qui ont dû relever un défi sportif et technique sans égal à bord de bateaux aux performances de Formule 1.
B. Les Maxi-Trimarans : Formule 1 des Mers
Les Ultims sont de véritables "Formule 1 des mers", des géants conçus pour la vitesse et la performance. Ces maxi-trimarans mesurent 32 mètres de long et 23 mètres de large, avec un mât qui culmine à 40 mètres. Ils sont spécifiquement conçus pour voler au-dessus de l'eau, effectuant des pointes de vitesse à près de 90 km/h, ou 45 nœuds, voire au-delà. Ces "Formule 1 des mers" peuvent ainsi naviguer au-delà de 45 nœuds, soit près de 85 km/h. L'arrivée des nouveaux maxi-trimarans s’est accompagnée d’une rupture technologique telle qu’il était important de s’accorder du temps pour que ce premier évènement soit à la hauteur de la magie de ces bateaux. Les trimarans exceptionnels comme l'Ultim SVR LAZARTIGUE et le Maxi Edmond de Rothschild méritaient cette course en solitaire depuis longtemps. Ils ont été pensés, dessinés, financés, construits et développés spécifiquement pour une telle épreuve.
Malgré leurs dimensions colossales, à bord de ces machines géantes, l'équipage est réduit à une seule personne. « On se sent minuscule sur ces machines géantes de 32 mètres de long, 23 de large et un mât qui culmine à 40 m », a décrit un skipper. Pourtant, les concurrents étaient seuls pour tout faire, les manœuvres notamment, ce qui ne constitue assurément pas une partie de plaisir. Ces voiliers dispendieux chassent les records et éblouissent les spectateurs d’événements à grands budgets, mais derrière la splendeur se cache un défi technique et physique hors norme pour le marin solitaire.
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C. Le Parcours et les Règles de l'Aventure
L'Arkéa Ultim Challenge a proposé un périple de 40 000 kilomètres, qui a conduit les marins à traverser les trois caps mythiques : Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn. Il s'agit d'un tour du monde d'Ouest en Est, un parcours exigeant qui met à l'épreuve l'endurance des skippers et la fiabilité des machines. Les six skippers en lice devaient boucler la course, longue de 40 000 kilomètres, en environ 45 jours, un objectif ambitieux inspiré du record établi par François Gabart en 2017. La ligne d’arrivée a été fermée 100 jours après le départ de Brest, laissant une marge pour les aléas de la navigation.
Le parcours de l'Arkéa Ultim Challenge emprunte le même chemin que le prestigieux Vendée Globe, le tour du monde en solitaire effectué à bord des monocoques de la classe IMOCA. Cependant, à la différence de « l'Everest des mers », des escales techniques étaient autorisées, bien que sujettes à un temps minimum d'arrêt de 24 heures. « Notre sport est vraiment un sport mécanique (…) il en va de la sécurité du marin », a justifié Guillaume Rottée, le directeur de course, expliquant cette règle cruciale pour la gestion des incidents techniques inévitables sur de tels engins.
Pour ajouter encore plus de piquant à la stratégie de course, chaque skipper a eu la possibilité d'activer deux fois durant la compétition un mode "ghost", ou fantôme. Pendant 24 heures, la position géographique du marin était alors cachée au public et à ses concurrents. Le skipper devait en informer la direction de course au moins 12 heures à l’avance, et les autres skippers étaient mis au courant au moment de l’activation. Ce protocole fantôme ne pouvait pas être activé dans un rayon de 500 milles autour de la ligne de départ et d'arrivée, garantissant l'équité de la compétition aux moments cruciaux du début et de la fin de la course.
II. L'Engagement des Marins : Au-delà du Défi Sportif
A. Le Combat Solitaire contre la Machine
L'engagement dans l'Arkéa Ultim Challenge dépasse de loin la simple participation à une course, il s'agit d'un combat solitaire incessant contre les éléments et la complexité des machines. À bord de ces géants des mers, les concurrents étaient seuls pour tout faire, les manœuvres notamment. Ce n'était assurément pas une partie de plaisir. Sur ce type de bateau hors catégorie, les manœuvres prenaient énormément de temps et d'énergie. « Un virement de bord sur un Figaro (un monocoque de 9m14), ça va prendre à peine une minute, sur un IMOCA (un monocoque de 18m28), à peine dix minutes, nous sur un Ultim, c’est quasiment 25-30 minutes », a détaillé Armel Le Cléac’h, skipper de Banque Populaire XI. C’est un effort qui allait être long, difficile, exigeant.
La force physique est primordiale pour manœuvrer des voiles de plusieurs centaines de mètres carrés de superficie et de plus de 100 kilos. « Il faut encaisser le choc physiquement », a raconté Thomas Coville, qui a pris le départ sur Sodebo Ultim 3 pour son 9e tour du monde, son 5e en solitaire. Il a poursuivi : « Il me faut plusieurs heures pour récupérer d’une manœuvre qui dure entre 25 et 45 minutes et à la fin, j’ai le goût du sang dans la bouche. Il faut que je m’hydrate et que je mange pendant la manœuvre pour tenir le coup et pour la finir. Une voile, c’est 140 kilos, il faut la déplacer tout seul sur un trampoline qui bouge. Pour la monter en tête de mât, c’est à la force des bras avec un mouvement circulaire qui est éreintant. »
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Dans ces conditions extrêmes et sur une course aussi longue, qui pourrait durer 45 jours, il fallait parfois savoir renoncer à une manœuvre pour s’économiser. « C’est là qu’il faut être malin parce que de toute façon, on va être dépassés par la machine », a développé Charles Caudrelier à la barre du maxi Edmond de Rothschild. Il a ajouté : « À certains moments, on ne pourra pas être toilés comme il faut, on ne pourra pas changer de voile, comme on peut le faire sur une course en double, parce que ça va pomper trop d’énergie. Il faudra être patient parfois. En garder aussi sous la semelle pour plus de lucidité. » Sur ces machines capables de pointe de vitesse à 90 km/h, mieux vaut éviter le dérapage incontrôlé. « Une fois qu’on relance la machine après la manœuvre, il faut être vigilant en permanence », a souligné Anthony Marchand qui a vécu son premier tour du monde à bord d’Actual Ultim 3. « Il ne faut pas être trop exténués et ne plus être vigilants après sur la conduite du bateau. Il faut en avoir en réserve parce que nos bateaux peuvent chavirer. »
B. La Préparation Physique et Mentale
La préparation physique est un pilier essentiel pour réussir ce gigantesque défi. Les skippers s'entraînent intensivement pour être à la hauteur des exigences de la course. Charles Caudrelier, âgé de 49 ans au moment de la course, a plaisanté sur la notion d'athlète de haut niveau : « Je ne dirais pas qu’on est des athlètes de haut niveau parce qu’à 50 ans, un athlète de haut niveau, ça n’existe pas. » Malgré cette boutade, l'engagement physique et mental est colossal. Un tel challenge est incroyable, nécessitant une résilience hors du commun. Pour beaucoup, ce tour du monde représentait un objectif majeur. « Ce tour du monde j’y pense depuis deux ans, c’est cet objectif qui me motive et me fait avancer tous les jours », a confié un marin.
Cette course est perçue comme celle qui consacrera une vie d’athlète et de marin, l'apogée d'années d'entraînement et de passion. Au-delà du défi sportif et de la préparation que cela a exigé, les marins étaient fiers de faire partie de ce plateau très relevé avec leurs bateaux comme Actual Ultim 3. La capacité à gérer la solitude, la fatigue et les prises de décision critiques sous pression est aussi importante que la force physique. Les skippers se préparent pour des mois, voire des années, pour être prêts à affronter les conditions les plus rudes et les imprévus de la mer. C'est une aventure hors norme que ces marins d'exception, sur des bateaux d'exception et avec des partenaires engagés, ont vécu.
C. Les Rêves des Navigateurs
Pour les skippers, prendre part à l'Arkéa Ultim Challenge représente la réalisation d'un rêve d'une vie, une opportunité de repousser les frontières du possible en solitaire. « Ce tour du monde en solitaire en Ultime est un rêve que je n’osais même pas espérer dans ma carrière », a exprimé l'un d'eux. « J’ai toujours été très attiré par le Vendée Globe mais là, à la barre des bateaux les plus rapides de la planète et en mode volant, c’est tout simplement le challenge ultime. Mener un tel bateau en solitaire sur un parcours planétaire si exigeant est une aventure hors norme que je suis vraiment fier de partager avec le Gitana Team et sur le Maxi Edmond de Rothschild. »
Ces sentiments sont partagés par d'autres navigateurs. Pour Anthony Marchand, une telle course a permis de réaliser « trois rêves » en même temps. Il a expliqué : « Faire un tour du monde en solitaire, naviguer en Ultim et se battre contre ces marins-là. » Ces déclarations illustrent la passion et l'ambition qui animent ces athlètes, ainsi que le prestige associé à la navigation sur ces machines volantes. Les organisateurs ont également partagé cette enthousiasme, se réjouissant de pouvoir s'appuyer sur le savoir-faire d’OC Sport Pen Duick en tant qu’organisateur pour cette grande première. Cette convergence de rêves, de technologies et d'expertise a permis de concrétiser une aventure qui semblait inimaginable il y a quelques décennies.
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III. L'Héritage des Tours du Monde à la Voile
A. Des Pionniers aux Chasseurs de Records
L'Arkéa Ultim Challenge s'inscrit dans une riche histoire de tours du monde à la voile, tout en marquant une évolution significative. Avant cette course en flotte, seuls de rarissimes skippers avaient tenté et réussi l’expérience de faire le tour du monde en solitaire à bord d’un trimaran géant, mais uniquement dans le cadre de la chasse aux records et pas dans une course en flotte. Dans l’histoire récente, ce fut seulement le cas de trois hommes : Thomas Coville, Francis Joyon et François Gabart. Le tour du monde en solitaire à bord de ces engins capables de naviguer à plus de 40 nœuds était jusqu’ici du seul domaine des records. Cette course solo en Ultim est la suite directe de la course autour du monde initialement inscrite au programme des Ultim, qui devait s’élancer de Brest en 2019 et avait finalement été reportée, soulignant la patience nécessaire pour structurer un tel événement.
L'exploit de Charles Caudrelier, vainqueur de l'Arkéa Ultim Challenge, est une rareté dans l'histoire de la course au large. Depuis Alain Colas en 1974, seulement huit marins avaient bouclé un tour du monde en solitaire sur un trimaran, un support bien plus fragile et risqué que les monocoques du Vendée Globe. Cette statistique met en perspective la difficulté et la bravoure des navigateurs qui se sont lancés dans ces défis. Ces figures ont ouvert la voie à des générations de marins, montrant que les rêves les plus audacieux peuvent être réalisés.
B. L'Évolution de la Course au Large
L'histoire des tours du monde à la voile est jalonnée d'aventures extraordinaires et de défis audacieux. C'était une aventure d'imaginer qui pourrait être le premier à faire le tour du monde en solitaire, sans escale, sans assistance. Neuf marins au départ, un seul à l'arrivée : l'épopée fut remportée par Sir Robin Knox Johnston, à bord de son ketch en bois de 32 pieds, SUHAILI. Il établit un nouveau record l'année même des premiers pas sur la lune, un an avant Alain Colas.
Plus tard, les Britanniques organisèrent la première course en équipage autour du monde, la Whitbread Round the World Race, une course pleine d’histoires et de personnages hauts en couleurs, d’aventures humaines et de défis en haute mer. Le 8 septembre 1973, un samedi matin ensoleillé à Portsmouth, en Angleterre, 18 voiliers s'alignèrent au départ. La course les conduisait d’abord au Cap, en Afrique du Sud, puis à Sydney, en Australie, avant de plonger vers le sud pour contourner le Cap Horn, puis jusqu’à Rio avant de revenir à Portsmouth, 27 000 milles plus tard. Au total, 324 membres d’équipage furent impliqués. Tragiquement, trois ne reviendraient jamais, perdus en mer dans les tempêtes de l’océan Austral. Cinq voiliers abandonnèrent et trois autres démâtèrent. Ce fut une course fantastique qui marqua les esprits.
Les 20 années suivantes, l’aventure se poursuivit avec une Whitbread tous les quatre ans. Les marins de tous niveaux, de tous âges et de toutes origines purent réaliser leur rêve : naviguer autour du monde en compétition et à la voile. Cependant, les voiliers sont devenus plus rapides, et les coûts ont grimpé. Lors de la 5e édition, en 1989, un armateur engloutit 6 millions de dollars pour tenter de gagner. La 6e édition, en 1993, a marqué la fin d’une histoire pour la plupart des marins souhaitant y participer, car la Whitbread est devenue une course professionnelle. D’après les organisateurs, c’est devenu la Formule 1 de la course océanique. Une audience internationale croissante, des technologies de pointe et des budgets colossaux ont mené Volvo à prendre la barre. La course est devenue une compétition extravagante, gigantesque, avec des skippers d’élite, que nous connaissons et respectons. Aujourd’hui, ces voiliers dispendieux chassent les records et éblouissent les spectateurs d’événements à grands budgets.
En parallèle, à l’occasion du 50e anniversaire de la Whitbread originelle, McIntyre Adventure (organisateur de la Golden Globe Race) et le Globe Yacht Club sont fiers d’annoncer qu’après 30 ans comme spectateurs, les marins vont pouvoir à nouveau participer à cette course autour du monde, revenant ainsi aux origines de la première Whitbread. Le mot d'ordre est de naviguer comme en 1973 ! L’Ocean Globe Race (OGR) est faite pour les marins ayant un rêve et le sens de l’aventure - Pure et simple. Cette dualité entre courses technologiques de pointe et retours aux sources enrichit le paysage de la course au large, offrant différentes avenues pour les rêves maritimes.