La problématique de l'emport face au port effectif des gilets de sauvetage
La pratique du vol au-dessus de étendues d'eau, qu'il s'agisse de traversées vers les îles Anglo-Normandes ou de voyages vers la Corse, soulève des enjeux critiques en matière de sécurité aéronautique. L'une des zones de tension les plus courantes au sein des aéroclubs concerne le port des gilets de sauvetage. La réglementation distingue clairement l'emport obligatoire du port effectif. Nombre d'aéroclubs, par souci de gestion financière liée à l'usure du matériel et aux coûts des révisions périodiques, mettent les gilets à disposition des membres tout en recommandant de ne pas les utiliser en vol. Cette gestion crée un paradoxe sécuritaire : disposer d'un équipement de survie, mais l'avoir soigneusement empaqueté au fond du coffre ou sous des bagages, rend son usage quasi nul en cas de situation d'urgence soudaine.
Le scénario d'une panne moteur en plein vol, par exemple à 3000 pieds, illustre l'incohérence d'une telle approche. En situation de stress, alors que les passagers peuvent paniquer et que le pilote doit gérer une procédure d'urgence, chercher des gilets rangés dans un compartiment difficile d'accès est une perte de temps précieuse. Il est impératif de prendre conscience que l'avion qui fait "plouf" représente une perte financière et humaine sensiblement plus coûteuse que le renouvellement des gilets de sauvetage. L'argument économique, souvent décrit comme des "économies de bouts de chandelles", ne doit en aucun cas prendre le pas sur la survie des occupants.
Cadre réglementaire : Les exigences du Part-NCO
Pour les aéronefs soumis à la réglementation EASA, les exigences sont définies par le règlement Part-NCO (Non-Commercial Operations). Selon la référence IDE.A.175, les avions terrestres monomoteurs doivent être équipés de gilets de sauvetage pour toutes les personnes à bord, ou de dispositifs de flottaison équivalents pour celles de moins de deux ans, lorsqu'ils survolent une étendue d'eau au-dessous de la distance de plané par rapport à la terre ferme, ou lors de décollages/atterrissages où la trajectoire présente une probabilité d'amerrissage. Ces équipements doivent être rangés dans un endroit facilement accessible à partir du siège ou de la couchette de la personne à laquelle le gilet est destiné.
Dans le cas de vols à une distance de la terre ferme correspondant à plus de trente minutes à la vitesse de croisière normale ou à 50 milles nautiques, le pilote commandant de bord doit évaluer les chances de survie et transporter, le cas échéant, un équipement permettant d'envoyer des signaux de détresse, des canots de sauvetage en nombre suffisant, et des équipements de survie adaptés. Il est vital de souligner que les gilets de sauvetage doivent impérativement être munis d'une balise lumineuse de survie. Cette réglementation, bien que précise, laisse une marge de manœuvre au commandant de bord concernant la décision de port, ce qui place la responsabilité ultime entre ses mains.
Responsabilité du pilote et choix de l'équipement
Face à la réticence de certains clubs à autoriser le port permanent des gilets, le pilote se retrouve devant une décision personnelle importante. Investir dans son propre équipement, notamment un gilet à port permanent, apparaît comme une solution viable pour les pilotes réguliers. Contrairement aux gilets ensachés, conçus pour être stockés et révisés dès ouverture, les modèles à port permanent permettent une réactivité immédiate sans risque de dégradation prématurée liée à des manipulations répétées. Pour les passagers, les gilets ensachés restent une option pertinente, à condition qu'ils soient placés dans une pochette rangée à portée immédiate.
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Lors d'un briefing avant le départ, il est essentiel d'expliquer clairement aux passagers qu'ils ne doivent enfiler le gilet que sur ordre du pilote, et surtout, ne jamais le gonfler avant d'être complètement sortis de l'avion. Un gonflage prématuré à l'intérieur de la cabine pourrait piéger les occupants en cas d'immersion partielle ou de déformation de la structure de l'appareil. La confusion sur ce qu'est un "gilet officiel" est fréquente ; il convient de privilégier du matériel certifié pour l'aviation, évitant ainsi les écueils liés à l'homologation lors d'éventuelles enquêtes administratives après un incident.
Précautions d'utilisation et spécificités techniques
L'utilisation des gilets de sauvetage, qu'il s'agisse de modèles mono-chambre ou double-chambre, requiert une connaissance théorique minimale. En cas de non-gonflage automatique, l'utilisateur doit savoir utiliser les embouts buccaux après avoir dévissé d’un quart de tour les cartouches de gaz. L'activation de la balise lumineuse, via l'enlèvement des obturateurs sur la pile hydroélectrique ou en tirant sur la poignée « pull to light », est une manœuvre qui doit être maîtrisée.
Le cas des enfants nécessite une attention particulière. L'adaptation d'un gilet adulte sur un enfant ou l'utilisation d'un gilet spécifique bébé suit des protocoles rigoureux : passage des sangles entre les jambes, ajustement sans serrer pour permettre la flottaison correcte, et transmission impérative de l'enfant à un adulte responsable. Pour les bébés, la cordelette de retenue doit être utilisée avec précaution, en évitant de l'enrouler autour du poignet de l'adulte pour maintenir une liberté de mouvement tout en assurant une proximité physique. Ces procédures ne sont pas des détails mineurs ; elles constituent le socle de la survie lors d'un amerrissage.
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