L'Odyssée des Océans : De la Sunday Times Golden Globe Race aux records modernes

La navigation en solitaire autour du monde représente l'ultime frontière de l'aventure humaine. Entre les débuts héroïques d'une époque pionnière et l'hyper-technologie des trimarans volants contemporains, cette discipline a façonné des légendes, nourri des tragédies et repoussé les limites de ce qu'un individu peut accomplir seul face à l'immensité océanique.

L'aube d'un défi insensé : La Golden Globe Race de 1968

C’est en 1968 que le journal anglais Sunday Time décida d’organiser une compétition jamais vue auparavant : réaliser le premier tour du monde à la voile, en solitaire, sans escale et sans assistance. Aventurier polymorphe et excellent navigateur, Chichester avait suscité un énorme intérêt grâce à la couverture exclusive assurée par le journal The Sunday Times. En mars 1968, la Sunday Times Golden Globe Race était annoncée - la toute première tentative de tour du monde en solitaire et sans escale. Afin de relever ce défi complètement fou pour l’époque, neuf marins répondirent à l’appel.

La Sunday Times Golden Globe Race est rapidement devenue une légende pour les marins comme pour les terriens, avec ses triomphes et ses tragédies, ainsi qu’une grande épopée humaine face à l’inconnu. En effet, Sir Robin Knox-Johnston accomplissait, pour la toute première fois de l’histoire, un tour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance ! Un véritable exploit pour l’époque. All historic video footage and photos of the 1968 Sunday Times Golden Globe Race are the exclusive copyright of PPL PHOTO AGENCY and may not be reproduced in any format for any purpose under any condition and may not be retransmitted at any time without the written permission of the rights holder.

L'illusion tragique de Donald Crowhurst

Mais cette course devenue mythique s’est également fait connaître pour une toute autre raison. Dans ce second article, nous avons décidé de mettre en lumière l’histoire de Donald Crowhurst et de son parcours imaginaire lors de la GGR de 1968. Ce père de famille vivait une vie paisible à Teignmouth, une petit ville portuaire située au sud de l’Angleterre. Passionné par la navigation, il gérait une petite entreprise qui produisait des instruments de navigation maritime. Les ventes de sa société avaient du mal à décoller lorsque Donald entendit parler de la GGR. Il décida d’y participer, et ce malgré son manque d’expérience en navigation. La GGR était à la fois le moyen d’accomplir un rêve, un véritable exploit humain, mais c’était également pour lui une incroyable opportunité de réaliser un coup de pub autour de son affaire.

Après des mois de préparation, c’est finalement le 31 octobre 1968 que Donald Crowhurst prit le départ depuis le port de Teignmouth. Les 15 premiers jours de navigation furent assez médiocres avec des performances bien en deçà des estimations préalablement faites par Donald. Vers le 7 décembre 1968, le bateau se trouva tout proche des côtes de l’île de Santa Antao, au Cap Vert. Déjà à ce moment-là, son trimaran, le Teignmouth Electron, souffrait de plusieurs avaries dont notamment une coque qui prenait l’eau. Devant ce constat, Donald dû rapidement faire face à un dilemme de taille : faire demi-tour et rentrer à la maison défaitiste et ruiné ou bien continuer la course dans de mauvaises conditions et mettre ses jours en péril ?

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Donald Crowhurst entama son voyage fictif en communiquant une première fausse position le 18 décembre 1968. Donald Crowhurst, lui, a effectué un voyage imaginaire autour du monde, alors qu’il tournait en rond dans l’océan Atlantique. Il a simplement transmis de faux rapports de position dans l’espoir de tromper le monde. Afin d’éviter les situations embarrassantes et les questions sur ses positions exactes lors de ses communications par radio, Donald décida de stopper tout échange avec le monde extérieur le 15 janvier 1969. Avant de feindre un problème de radio, il affirma se trouver dans les 40e rugissants à une centaine de milles au sud-est de l’île Gough. En réalité, le Teignmouth Electron se situait au large de Rio de Janeiro, au Brésil.

Soucieux de l’état de son catamaran qui empirait de jour en jour, Donald Crowhurst décida une nouvelle fois d’enfreindre le règlement de la GGR en accostant pour réparer son flotteur endommagé. Afin de s’assurer la plus grande discrétion, il décida de mouiller en février 1969 sur la baie de Samroromon à Rio Salado en Argentine. Le 18 avril 1969, Donald reprit contact avec les commissaires de course basés à Portishead et annonça son passage au Cap Horn. Surpris par de telles performances, les journalistes du Sunday Times et de la BBC relayèrent l’information et encensèrent le navigateur. Pris au piège, Donald Crowhurst était seul face à ses démons. Seul depuis des mois, coupé du monde extérieur durant des semaines, pouvait-il encore avoir une appréciation raisonnable de sa situation ? Dans cette posture inextricable il entra dans une schizophrénie paranoïaque, dans un délire alimenté par son imposture et par son isolation totale. Donald Crowhurst écrivit que la seule façon qu’il avait d’échapper à ce mensonge était de quitter son corps afin de devenir un être cosmique. Il devait devenir un dieu ! Finalement, le Teigmouth Electron fut retrouvé à la dérive en plein milieu de l’Atlantique nord, sans équipage à bord.

Le retour aux sources : La Golden Globe Race contemporaine

Afin de célébrer les 50 ans de cette incroyable course, un nouveau tour du monde a été organisé en gardant le même règlement et les mêmes conditions de navigation qu’en 1968. Plus de 200 jours seul en mer et sans aucun moyen moderne de communication et de navigation : c’est le défi de 16 marins qui ont pris le départ ce dimanche de la Golden Globe Race depuis les Sables d’Olonne. C’est un retour aux sources comme on n’en fait plus ! Seize marins vont faire le tour de la planète sur des bateaux vieux de plus de trente ans et sans aucune assistance électronique, comme en 1968.

Tout à l’ancienne : dans cette course, aucun concurrent n’a de moyen moderne de navigation : pas de GPS, pas d’électronique, pas d’ordinateur. Tout se fait au sextant et à la carte marine. Arnaud Gaist, l’un des Français sur la ligne, explique que le GPS s’est démocratisé et on s’est habitués au confort d’un point absolument précis. Avec un sextant, c’est beaucoup plus dur, moins précis et on n’est jamais sûr de l’endroit où on arrive. Pour Damien Guillou, autre concurrent, ce défi lui donne un sentiment de liberté car on est capable de faire un tour du monde sans électronique. La Sud-Africaine Kirsten Neuschäfer, seule femme au départ, cherche quant à elle à découvrir cette boussole intérieure, ce GPS intérieur. La GGR a poussé son penchant vintage très loin : interdiction des appareils photos numériques et les concurrents ne peuvent écouter de la musique que sur des cassettes audio !

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