Théo Curin, nageur paralympique français de renom, incarne parfaitement l'idée du dépassement de soi. Son parcours, marqué par des défis considérables, est une source d'inspiration pour tous.
Un Début de Vie Difficile
Atteint d'une méningite bactérienne à l'âge de 6 ans, Théo a dû subir l'amputation de ses quatre membres. Cette épreuve, bien que traumatisante, a été le point de départ d'une incroyable aventure humaine et sportive.
La première étape pour Théo a été de surmonter sa phobie de l'eau. Il a décidé de faire face à cette peur en se confrontant à l'eau. À force de persévérance, il découvre dans la natation un moyen de se déplacer avec aisance, malgré son handicap.
L'Ascension Sportive
Cette passion pour la natation l'a conduit sur la scène internationale, où il a représenté fièrement la France lors des Jeux paralympiques de Rio en 2016. Il avait 16 ans à l’époque, et c’était vraiment incroyable pour lui. Il garde que de bons souvenirs et sentir tous ces supporters dans les tribunes l’avait vraiment marqué. Avoir pu participer à la plus grande compétition du monde pour son pays représente une grande fierté pour lui. Il se souvient encore du moment où il a revêtu l’équipement complet de l’équipe de France, et où il est parti avec toute la délégation pour défendre nos couleurs.
Théo Curin a participé à ses premiers Championnats de France de natation à 13 ans. Aux Championnats du monde de 2017 et 2019, il est double médaillé d’argent sur le 100 m et le 200 m nage libre et en 2019, il remporte le bronze sur le 200 m nage libre.
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En 2020, il devient finisher du Half Ironman des Sables-d’Olonne (Vendée), devenant ainsi le premier athlète quadri-amputé à terminer cette course. Le sport peut être à la fois une échappatoire mais également une contrainte. Il faut faire des sacrifices pour atteindre un haut niveau. Durant le premier confinement du printemps 2020, il a été un peu à l’arrêt comme beaucoup de sportifs. Il avait décidé de ne pas participer aux Jeux de Tokyo pour des raisons de changement dans le système de classification qui ne lui laissait aucune chance de podium. Classé S5, il se retrouve face à des adversaires qui ont leurs deux mains et les concurrencer était juste mission impossible. Comme ce qu’il aime le plus, c’est de se fixer de nouveaux objectifs, il avait besoin d’une nouvelle aventure sportive. C’est dans cet esprit qu’il a décidé de participer à l’Half Ironman en septembre 2020 aux Sables-d’Olonne.
Défi Titicaca
En novembre 2021, Théo Curin, nageur handisport plusieurs fois médaillé en championnats d’Europe et du monde, se lançait un nouveau défi : la traversée du lac Titicaca dans la Cordillère des Andes. À ses côtés, deux autres personnes : Malia Metella, championne de natation aux nombreuses médailles, et Matthieu Witvoet, éco-aventurier. Il s’agissait de traverser le lac Titicaca au Pérou en totale autonomie, soit 122 km à la nage dans une eau à dix degrés à près de 4 000 mètres d’altitude. Autrement dit des conditions extrêmes auxquelles il n’était clairement pas habitué ! Les difficultés étaient dans le manque d’oxygène dû à l’altitude, le froid, le peu d’heures de sommeil et l’expédition s’effectuait en totale autonomie, au milieu du lac. Tout en nageant, ils tractaient une sorte d’embarcation spécialement conçue pour l’aventure. Ils pouvaient y dormir, y manger et elle contenait leur matériel (nourriture lyophilisée, vêtements de rechange, sacs de couchage…). Jusqu’à la date du départ, ils ont enchaîné des sessions d’entraînement en mode survie pour se préparer aux différentes situations.
Avant de plonger dans l'eau, les trois nageurs ont été salués par les autorités locales et ont reçu la bénédiction d'une "amauta" -- une "sage" de la communauté aymara -- qui a jeté des pétales blancs dans le lac comme offrande rituelle à Cota Mama (Mère Eau) pour demander sa protection. Le trio s'est élancé depuis la plage du village bolivien de Copacabana et espérait effectuer la traversée en dix jours jusqu'aux îles Uros, dans la baie de Puno, au Pérou. Une douzaine de nageurs de la Fédération bolivienne de natation les ont accompagnés sur les premiers kilomètres.
Outre l'altitude, le trio, qui s'est entraîné pendant plus d'un an dans le lac de Matemale dans les Pyrénées, va devoir affronter le froid dans cette étendue d'eau de 8.562 km2. Les athlètes nagent à tour de rôle en tirant un bateau fabriqué à partir de déchets, dans le but de faire passer un message sur le respect de l'environnement.
En 2021, c’est avec deux autres nageurs, Malia Metella et Matthieu Witvoet, qu’il se lance dans la traversée du lac Titicaca à la nage, en totale autonomie, dans une eau à 12° C, à 3 800 m d’altitude.
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"C’est beaucoup d'émotions. Il y a beaucoup de monde sur la plage, je ne m’attendais pas forcément à ça", a déclaré peu avant le départ le jeune sportif, amputé des quatre membres quand il avait six ans à la suite d'une méningite foudroyante."Et dire qu’il y a un an, on était seulement en train d’écrire l’histoire. Maintenant, c’est à nous de jouer", a ajouté le nageur handisport, qui est accompagné pour ce défi de deux coéquipiers français, l'ex-nageuse Malia Metella, 39 ans, et Matthieu Witvoet, 27 ans, qui se présente comme un "éco-aventurier"."Ça fait peur, quand même, on ne va pas se cacher. Mais (…) on a été préparé pour ça toute l'année, donc on est prêt à faire face à la météo, quoi qu’il arrive", a ajouté Théo Curin.
Il n’éprouve pas les mêmes sensations que dans les bassins, même si l’eau est un élément qu’il connait bien. Quand tu t’entraines dans de l’eau à neuf degrés, c’est à toi de t’adapter et tu as la confirmation que la nature est plus forte que nous. Ça rend d’autant plus conscient de la nécessité de protéger notre environnement. Au-delà des valeurs sportives et du dépassement de soi, cette aventure revêt une dimension écologique et solidaire.
Inspirations et Modèles
Le nageur dit être inspiré depuis ses jeunes années par Philippe Croizon, quadri-amputé auteur d'une traversée historique de la Manche à la nage en 2010. En plus de ses capacités physiques et mentales, sa rencontre avec Philippe Croizon, un autre nageur quadri-amputé, a été déterminante. Il a acquis le goût de l’eau, du sport et de l’effort en gommant sa différence : il a les mêmes sensations que les valides, il se déplace et il flotte comme eux.
Son modèle, c'est son grand-père ou encore les gens qui travaillent très dur et se sacrifient pour nourrir leurs enfants. On le cite souvent Mike Horn ou Thomas Pesquet, mais il y a beaucoup plus de gens inspirants qu’on ne l’imagine. Un jour, un chauffeur de taxi parisien lui racontait qu’il cumulait trois boulots pour s’occuper de ses enfants et de sa femme malade… Ça, c’est courageux !
Un Homme aux Multiples Talents
Pour Théo Curin, le sport ne se limite pas aux podiums et aux médailles. C'est un moyen de transcender les limites physiques et de repousser les frontières de ce qui est possible. Après son bac, il a préféré apprendre de manière autodidacte plutôt que de poursuivre des études, parce que pour lui, l’école de la vie est une des meilleures. Les personnes avec qui il travaille le savent et l’épaulent. C’est passionnant pour lui et gratifiant pour eux de transmettre leur savoir-faire. Aujourd’hui, il vit de ses multiples passions et il ne saurait pas dire quel est vraiment son métier car il a différentes casquettes : il fait des conférences, des chroniques radio et télé, il est acteur débutant, ambassadeur de marques et il mène des missions sur des événements, comme récemment, l’animation de la cérémonie d’ouverture des Abilympics, des olympiades des métiers qui promeuvent les compétences professionnelles et s'adressent aussi aux personnes en situation de handicap.
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En plus de ses exploits sportifs, Théo Curin est également présent sur nos écrans. Il a fait ses débuts aux manettes de l’émission Slam, sur France 3 et il anime l’émission T’es au top sur France 4. Il a lancé la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques de Paris 2024, depuis la place de la Concorde. Il a participé à la seizième saison de Pékin Express All Stars au Sri Lanka et il a donné la réplique à Alessandra Sublet dans le nouveau téléfilm Handigang, diffusé sur TF1. La série Plus belle la vie l’accueillera, pour une trentaine d’épisodes.
Messages et Valeurs
À travers son parcours extraordinaire, Théo Curin nous rappelle l'importance du dépassement de soi, de la résilience et de la solidarité. Son histoire nous invite à repousser nos propres limites, à croire en nos rêves et à transformer les obstacles en opportunités.
Il faut faire de sa différence une force ! C'est bien que son histoire touche les gens, qu'elle les pousse à se remettre en question, mais sans donner de leçon. Il peut vous arriver n’importe quoi, on a tous la capacité de rebondir. Si j’ai réussi, vous aussi. Il n’est pas un super-héros : quand tu n’as pas le choix, tu te bats et tu trouves des ressources insoupçonnées en toi. Bien sûr, il rend hommage à tous ceux et celles qui l’ont accompagné : parents, sœur, grands-parents, amis, infirmière, aide-soignant, entraîneur… Car sa traversée n’a pas été solitaire, elle s'est nourrie de ces rencontres et de moments de vie tout simples : un aller-retour en balançoire, un baiser à l’école, des pâtes à la bolognaise ! (Rires.) Il y a un milliard de choses à vivre. Comme tout le monde, parfois cela ne va pas et son handicap peut vraiment l’énerver : douleur, inconfort…. Et puis il y a les exigences du sport de haut niveau : préparation, stress d’avant compétition… En s’entourant de ses proches, en croyant très fort en ses projets et en ses rêves, on peut surmonter les difficultés et atteindre de grandes victoires, sur soi, sur la maladie et sur le monde.
Il trouve que les mentalités évoluent, que les choses sont en train de changer, même si le handicap est un sujet délicat et qu’il reste encore beaucoup de préjugés. Mais la question de la différence au sens large est davantage évoquée aujourd’hui. On le voit dans les domaines du sport, du monde professionnel, de l'orientation sexuelle… On est sur la bonne voie !