Le marché mondial du nautisme connaît une mutation profonde. Longtemps dominé par des chantiers européens ou sud-africains, le secteur des catamarans voit émerger de nouveaux acteurs chinois, portés par des investissements massifs et une volonté d'innovation technologique sans précédent. De la précision millimétrée des yachts de luxe aux solutions compactes pour la pêche, l'industrie chinoise démontre une capacité d'adaptation et une montée en gamme fulgurantes.
L'émergence des catamarans à moteur : L'exemple Aquila
Fondé en 2014, Aquila Catamarans est le fruit de l'association de trois experts du nautisme, en collaboration avec le chantier Sino Eagle, basé en Chine. Spécialisé dans la fabrication de produits composites depuis plus de 40 ans, Sino Eagle a commencé par produire des kayaks, des avirons et des planches de surf avant de se lancer dans la construction de catamarans à moteur. L'histoire d'Aquila Catamarans est intimement liée au marché du charter. En observant que les catamarans à voile étaient rarement utilisés sous voiles par les plaisanciers, Alex Raas, ancien responsable de Leopard, a eu l'idée de créer un véritable motoryacht catamaran, un "powercat".
La rencontre avec MarineMax, leader américain de la vente de bateaux, marque un tournant décisif pour la marque, permettant son essor rapide. Le premier modèle, l'Aquila 48, a lancé la marque sur le marché. Fort de ce succès, le chantier a rapidement développé l'Aquila 44 Yacht, un modèle produit à environ 200 exemplaires et qui s'est imposé comme le catamaran à moteur habitable le plus vendu. La gamme s'est ensuite élargie avec l'Aquila 36 Sport, un catamaran hors-bord sans flybridge, et l'Aquila 54 Yacht, qui innove avec une grande cabine avant.
En 2025, Aquila a enrichi son catalogue avec les modèles Aquila 42 Coupé et Aquila 46 Coupé. Conçus pour offrir un confort et des performances optimales, ces catamarans à moteur intègrent le système innovant Aquila Hydro Glide Foil System, garantissant une efficacité accrue et une navigation plus douce. Le design de ces nouveaux modèles met l'accent sur l'espace, avec une circulation fluide du pont avant à la poupe, et un intérieur raffiné offrant de spacieuses cabines avec salles de bain attenantes.
Infrastructures et maîtrise industrielle
Installé sur un site de 11 hectares à Hangzhou, le chantier Sino Eagle possède des infrastructures de production modernes comprenant quatre vastes bâtiments de construction, un bassin de test intérieur et un quai de mise à l'eau en bord de rivière. L'ensemble des bateaux Aquila est construit à partir de composites haute technologie, incluant de la mousse PVC haute densité, des résines vinylester et des techniques avancées d'infusion sous vide. Le site abrite également un département R&D dynamique qui travaille sur l'intégration de nouvelles technologies comme les foils fixes, qui améliorent la portance et optimisent la consommation de carburant.
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Depuis son 100ᵉ catamaran en 2017, la production d'Aquila a connu une croissance exponentielle. En 2018 et 2019, le chantier fabriquait environ 60 unités par an. Ce chiffre a bondi à 110 bateaux en 2021, puis 150 en 2022. En 2023, la production a atteint 176 unités et le chantier a réalisé 200 bateaux en 2024. Le chantier ne cesse d'innover et d'explorer de nouvelles solutions technologiques. L'Aquila 42 a été le premier modèle conçu spécifiquement pour le marché européen. Parallèlement, un programme de foils est actuellement testé sur les modèles Aquila 36 et 32, visant à réduire la consommation de carburant de 20 %.
Le HH 44 : L'excellence du composite carbone
Le sigle HH est encore une inconnue sur le marché européen de la plaisance. Rares sont ceux qui ont déjà vu un catamaran chinois sur l'eau dans nos régions. La marque ne dispose pas non plus d'un réseau de revendeurs sur une grande partie du Vieux Continent. Mais le bateau dont il est question ici pourrait tout changer. Car le HH 44 - disons-le d'emblée - fait sans aucun doute partie de ce qui se fait de mieux au monde en matière de navigation sur deux coques.
Le HH 44 est construit comme un yacht de régate : extrêmement sophistiqué, donc léger et solide à la fois. La coque et le pont sont composés de carbone, de verre E et de résine époxy avec un noyau de mousse très résistant, recuit dans un autoclave qui chauffe l'ensemble de la coque à 70 degrés pendant 48 heures afin d'assurer une liaison moléculaire homogène entre la résine et les fibres. Le longeron avant, y compris le beaupré, ainsi que les dérives courbées en C sont même laminés à partir de couches de fibres de carbone pré-imprégnées. Les gouvernails, y compris les quadrants, sont également des constructions entièrement en carbone.
Le chantier naval Hudson Yacht Group, basé à Xiamen, a été créé sur un terrain riverain asséché par Paul Hakes et Hudson Wang. Il s'agit d'un complexe qui n'a rien à envier aux meilleurs chantiers navals d'Europe : plus de 30 000 mètres carrés de hangar avec des chariots au plafond, d'énormes fraiseuses multiaxes, des cutters CNC et des robots, ainsi que leur propre petit port. La culture d'entreprise orientée vers l'avenir permet au chantier naval de développer en permanence son savoir-faire et sa profondeur de production. HH dispose de ses propres spécialistes en électronique, de son propre atelier de menuiserie, de sa propre installation de peinture, effectue la découpe au millimètre près des tapis de carbone et de verre électronique ainsi que des noyaux en mousse sur ses propres machines CNC.
Innovations technologiques et durabilité
Le HH 44 brille par d'autres caractéristiques uniques. Il dispose d'une propulsion hybride parallèle extrêmement intelligente qui se passe de générateur, car les moteurs électriques sont placés directement sur l'arbre des deux moteurs diesel trois cylindres et produisent jusqu'à cinq kilowatts de puissance de charge chacun, aussi bien sous voile que sous moteur. HH appelle ce système redondant EcoDrive, et ce nom rend justice à la propulsion. Il est couplé à un toit solaire au-dessus de la structure, qui fournit 3,2 kilowatts crête et fait partie de l'équipement de série très complet.
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Dans un registre différent, le Fareast 42 représente également une avancée majeure. Il s'agit du premier catamaran à voile entièrement électrique du chantier chinois Far East Boat. Pour la motorisation, le constructeur de voiliers a fait appel à ePropulsion, spécialiste du moteur électrique. Ce modèle est proposé en version sportive ou charter et est entièrement équipé avec les batteries, la propulsion électrique et les systèmes de contrôle et de gestion de ePropulsion. Un écran de 5 pouces permet de contrôler le niveau des batteries, la vitesse, l'état de charge, mais aussi de communiquer via les services de connectivités basés sur le cloud.
La montée en puissance du segment "Bateau Amorceur"
Parallèlement aux grands yachts, la Chine domine désormais le marché des bateaux télécommandés spécialisés pour la pêche. Bien que l'on puisse garder en mémoire l'image des premiers bateaux "cheap" trouvés sur les sites marchands, les offres ont radicalement évolué. Le test d'un bateau amorceur V020 révèle des capacités impressionnantes : 40 points GPS enregistrables, précision de la dépose en mode autorun, retour au point d'origine automatique en cas de perte de signal ou de batterie faible, et un mode "croisière" permettant de garder un cap constant.
Avec une portée annoncée à 500 mètres et une capacité d'emport d'appâts avoisinant les 2 kg, ces produits offrent des performances similaires au milieu de gamme des grandes marques occidentales, pour un coût bien inférieur. Bien que des points de friction subsistent - comme la précision du GPS qui peut diminuer avec la décharge de la batterie ou l'ergonomie de certaines trappes - le rapport qualité-prix de ces petits catamarans témoigne de la force de frappe technologique chinoise, capable de démocratiser des fonctions avancées à moins de 200 euros.
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