Au Cœur des Profondeurs : Récits de Plongées et Rencontres Surprenantes avec les Grands Poissons

L'océan, cet univers sous-marin féérique, recèle des mystères insondables et offre des aventures qui scintillent comme les étoiles de mer. Plongez avec nous dans ce monde où les récits prennent vie, explorant des histoires captivantes qui font chavirer le cœur, qu'il s'agisse de jeunes explorateurs en herbe ou de scientifiques chevronnés. Chaque immersion est une promesse de découvertes, un voyage inoubliable au cours duquel les rencontres inattendues, notamment avec les grands poissons, transforment une simple exploration en un moment suspendu, souvent teinté de surprise et d'émerveillement. Ces trésors littéraires, qu'ils soient fictifs ou tirés d'expériences vécues, nous apprennent à chérir les merveilles de l'océan et la richesse de sa biodiversité.

Des Histoires pour Rêver et Apprendre : L'Océan à Portée des Plus Jeunes

L'appel des profondeurs résonne dès le plus jeune âge, invitant à la découverte et à l'imagination. Pour les petits plongeurs en herbe, de nombreux récits sont conçus pour les initier aux beautés et aux secrets du monde sous-marin. Zoé, une petite fille passionnée par l'océan, fait par exemple la rencontre de Lino, un poisson qui parle. Ensemble, ils partent à la recherche d'un trésor mystérieux tout en découvrant les merveilles et les secrets du monde sous-marin, une aventure qui dure environ trois minutes de lecture. De même, Léo, un petit garçon curieux, plonge dans la mer et rencontre des amis marins qui l’aident à surmonter des défis, comme un courant puissant et un coffre mystérieux, une lecture de cinq minutes qui enrichit l'imaginaire des enfants.

Un autre Léo, tout aussi curieux, part à la découverte du monde magique sous la mer, tandis que Tom, un petit garçon également empli de curiosité, plonge dans l'océan avec son masque et son tuba. Il y fait la connaissance de Rémi, un requin gentil, une histoire qui, en trois minutes de lecture, déconstruit les peurs et tisse des liens inattendus. Le rêve d'explorer l'océan n'est pas réservé aux humains : Félix le renard en témoigne. Lors de sa première plongée, il rencontre Octavia la pieuvre et se lie d'amitié avec des créatures marines, découvrant un monde merveilleux rempli de surprises et d'aventures, une lecture captivante de sept minutes. Lumi, une petite fille de 3 ans, plonge sous la mer avec douceur et courage, offrant une perspective unique et innocente sur cet univers fascinant en cinq minutes de lecture. Ces récits sont autant de portes ouvertes sur l'imagination, préparant les esprits à l'émerveillement et au respect de la vie marine. Enfin, Océane, une jeune fille passionnée par la mer, découvre une épave sur la plage contenant un journal de bord mystérieux et des cartes maritimes anciennes, une intrigue qui mêle histoire et aventure sous-marine.

Plonger au Cœur de l'Inattendu : Anecdotes et Moments Inoubliables

Au-delà des contes, la plongée est une activité qui génère d'innombrables anecdotes et moments inoubliables. Cette rubrique, dédiée aux expériences vécues, sert précisément à raconter ces instants passés à explorer les fonds marins, le milieu naturel, et à découvrir la faune et la flore. Que l'on en soit au niveau du baptême ou que l'on soit expérimenté, peu importe : plongé dans un environnement qui n’est pas le sien, on se sent sûrement déjà penser à un aventurier. À son retour à la surface, sans doute a-t-on ressenti l’envie de raconter son premier voyage, ses premières immersions, ses premières rencontres extraordinaires, les merveilles découvertes sous l’eau. Ces récits témoignent que parfois en plongée, il y a des « impondérables » à gérer, des situations imprévues qui, elles aussi, rendent ces moments « inoubliables ». Ces imprévus peuvent être la rencontre soudaine d'un animal majestueux, la découverte d'un site inattendu ou un défi technique à relever.

Amitiés Aquatiques Extraordinaires : L'Incroyable Lien entre l'Homme et le Poisson

Parmi les récits les plus surprenants et touchants, celui de Frank André, un plongeur belge de 52 ans originaire de Namur, illustre une amitié aussi incroyable qu'improbable. Il a créé une relation unique avec un mérou des Bahamas, une amitié qui dure depuis plus de vingt ans. Chaque année, le Belge se rend dans les Caraïbes pour retrouver son ami bien particulier. On connaissait les liens affectueux qui pouvaient exister entre les chats (ou les chiens) et leurs maîtres, mais avec un poisson, c’est plutôt rare. Pourtant, Frank André, instructeur à l’école et club de plongée de Namur (EPN), prouve que c’est bien possible. Depuis deux décennies, il retourne inlassablement sur l’île de San Salvador, aux Bahamas, et y retrouve son acolyte aquatique : un mérou. Visiblement, ce n'est pas la distance qui les effraie, car entre les deux compères s'étendent 7 300 kilomètres, de quoi en faire pâlir plus d’un.

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Ce fan de plongée retourne inlassablement dans les eaux turquoise des Caraïbes pour y faire des expéditions sous-marines et, bien sûr, il en profite pour saluer son ami à nageoires. Leur complicité est palpable sur des vidéos, où le mérou se laisse approcher et caresser comme un félin d’appartement. Bien que cela puisse paraître étrange, les deux se reconnaissent systématiquement. Frank André raconte : « Il a des marques très prononcées au niveau des griffes sur la partie droite de la tête. Et une nageoire un peu abîmée, probablement à cause de combats ou de passages dans des grottes. » Mais le poisson, lui, se souvient-il de lui ? Apparemment oui. Le plongeur s’émeut : « Je crie dans l’eau et il arrive à une vitesse incroyable. »

Cette année-là, c’est la 38e fois qu’il traverse l’Atlantique pour se rendre sur l’île. Et à chaque fois qu’ils se retrouvent, ils passent une grosse heure ensemble. « Il ne me quitte pas. Il m’accompagne dans les grottes, il attend que je le caresse, que je lui fasse des câlins… C’est incroyable », sourit-il. Leur première rencontre date de 2008. À cette époque, Frank André s’était installé dans un spot appelé Grouper Gly, autrement connu sous le nom de « la grotte des mérous ». Il se souvient dans les colonnes du média L’avenir : « Il y en a une petite dizaine qui y tourne en permanence. Les plus âgés sont des poissons très curieux. J’attendais que ce soit eux qui viennent vers moi, et non l’inverse. » Au fil des sorties, il a constaté que l’un d’eux passait de plus en plus de temps avec lui. C’était ce fameux mérou. Le plongeur décrit avec amusement leur interaction : « On se fait des câlins, il vient se frotter, on nage ensemble. Soit je prends une direction et il me suit, soit c’est lui qui m’emmène. Quand on passe dans des grottes, il m’attend. Si des requins s’approchent, il se cache en dessous de mon ventre. Il lui arrive également de chasser d’autres mérous qui s’approchent, par jalousie. » Pour Frank André, c’est un sentiment très particulier, indescriptible.

Son amour pour la plongée se justifie par son appartenance à la « génération Grand Bleu », raconte Frank André, ajoutant « je suis tombé dedans quand j’étais petit ». Il a réellement commencé la plongée à 17 ans, en entrant à l’EPN. Trois ans plus tard, il est parti vivre en République dominicaine où il a travaillé pendant six mois dans un centre de plongée avant de revenir en Belgique. Depuis, le Belge s’est forgé une expérience impressionnante, totalisant entre 5000 et 6000 plongées sur l’ensemble de sa carrière, et entre 1000 et 1200 sur le seul site des Bahamas. Plus largement, cette histoire démontre que les poissons n’ont pas tous des mémoires « de poisson rouge ». Michael Ovidio, un professeur à l’Université de Liège, explique que « Les poissons ont des capacités cognitives importantes », remettant en question une idée reçue.

Visions Majestueuses et Surprises Éphémères des Fonds Marins

Au-delà des amitiés durables, la plongée offre une succession de visions majestueuses et de surprises éphémères. Nos plongées sont souvent très dépendantes de la manière dont nous envisageons l’activité en elle-même. Dès lors, nous ne pouvons qu’espérer faire d’inoubliables rencontres sous-marines. L'exemple d'une plongée en mer chaude, dans un spot inconnu, est édifiant. Après un briefing, le directeur de plongée propose de suivre une autre palanquée, car l’instructrice connaît très bien l’endroit et va faire un exercice avec des N3 avant de partir en exploration. Nous décidons de les accompagner, en restant majoritairement dans la zone des -20m pour faire une longue plongée.

La plongée nous gratifie alors de la beauté des fonds marins de la région. C’est le cas notamment lorsque nous croisons quelques bancs de poissons chirurgiens juvéniles bien curieux, et de nombreuses autres espèces. Comme c’est une dérivante, en fin de plongée, le binôme tire le parachute pour signaler notre présence au capitaine du bateau. C'est à ce moment-là qu'une raie manta fait son apparition. J'avertis mon binôme avec mon Buddy Watcher, puis je donne quelques coups de palmes en direction de cette raie manta. Mon binôme ne tarde pas à nous rejoindre et la belle bifurque à quelques mètres de nous pour aller vers le large. Une raie manta volante ? L'émotion est immense, surtout si c'est la première fois que nous avons la chance d’observer une raie manta de si près. J’ai depuis longtemps acquis la certitude que, si nous ne pouvons pas prendre rendez-vous avec la nature, nous pouvons néanmoins provoquer la chance en plongée et réussir notre plongée au-delà de nos espérances. D’une part, en cultivant les attitudes des plongeurs qui profitent plus intensément et plus fort que les autres. D’autre part en privilégiant la lenteur en plongée.

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La chance en plongée se manifeste aussi par des rencontres inattendues avec des créatures imposantes. Lors d'un séjour à l’Ecolodge de Marsa Shagra en Mer Rouge, nous sommes accueillis par le grand sourire de Mohamed qui explique le fonctionnement du centre. Puis Fabrice de l’Argonaute vient décrire l’organisation de l’espace plongée, appelé le shade. Ce qui étonne en premier lieu c’est que chacun fait comme il veut quand il veut de 6h00 du matin à 19h00, avec la possibilité de partir de la plage ou en zodiac, et de revenir avec ou sans zodiac. Pour quelqu'un qui n'a pas plongé depuis deux ans, une certaine inquiétude peut survenir quant à la mémoire des gestes techniques. Les premières immersions se feront donc avec Dorian, en formation d’instructeur, en douceur, en partant du bord. Après avoir ajusté le lestage (2 kilos de plus pour atteindre 8 kilos avec le matériel), une sortie à Elphinstone, un récif à 30 minutes de zodiac, est programmée. La mer est un peu agitée, mais après un bascule arrière, tout le monde se retrouve à 5 mètres. Après une rencontre avec une tortue, et en fin de parcours, nous nous éloignons de la paroi pour nous stabiliser entre 7 et 5m. Le moniteur a déployé le parachute, quand soudain… Oh ! Surprise, le requin est là-bas, une apparition soudaine qui marque les esprits et rappelle la majesté imprévisible de la faune marine.

Les Moluques : Un Archipel entre Histoire, Biodiversité et Mystères Scientifiques

Les récits de plongée ne se limitent pas aux rencontres isolées ; ils s'inscrivent souvent dans un contexte géographique et scientifique plus large. Les Moluques, un archipel au nom étrange, jadis au centre du sulfureux commerce des épices et donc de toutes les convoitises occidentales, semblent aujourd’hui partiellement tombé dans l’oubli. Pourtant, c’est la volonté des pays du Vieux Continent de conquérir cette région qui déclencha toutes ces grandes expéditions de la fin du Moyen Âge. Christophe Colomb n’aurait pas redécouvert les Amériques en 1492 s’il n’avait pas cherché une nouvelle voie pour parvenir à ces îles mystérieuses, aux saveurs si particulières.

Les Moluques appartiennent aujourd’hui à l’Indonésie, un immense pays archipélagique du Sud-Est asiatique. Elles sont divisées en deux provinces : les Moluques du Nord et les Moluques du Sud. Cet archipel se situe au cœur de ce que les scientifiques nomment le Triangle de Corail, terme aux consonances mathématiques désignant en fait un lieu d’une importance écologique capitale. Il s’agit de l’épicentre de la biodiversité marine qui enveloppe plusieurs pays - Indonésie, Malaisie, Philippines, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Timor-Leste et Îles Salomon -, un « hotspot » qui concentre la plus grande quantité et diversité d’espèces marines au monde. Plus de 600 espèces de coraux durs - soit près de 80 % des espèces connues mondialement à ce jour - y servent d’habitat à plus de 2000 espèces de poissons et aux six des sept tortues marines existantes, toutes menacées d’extinction à l’échelle globale. Cette zone géographique foisonnant de vie est essentielle pour de nombreuses communautés humaines qui y pratiquent une pêche vivrière encore très traditionnelle dans les endroits les plus reculés.

Et pourtant, les menaces d’origine anthropique y sont nombreuses et se font déjà bien ressentir. Le tourisme et la pêche intensive représentent des mannes financières considérables, mais fragilisent dangereusement et à court terme la bonne santé des écosystèmes marins, surtout quand viennent s’ajouter les conséquences du changement climatique. D’un point de vue scientifique, si nous comparons avec les provinces voisines, relativement peu d’études ont été consacrées aux Moluques depuis le passage au XIXe siècle du naturaliste anglais Alfred Wallace, qui n’est autre que le codécouvreur de la théorie de l’évolution avec son bien plus célèbre collègue et ami, Charles Darwin, dont il resta dans l’ombre. Les travaux scientifiques récents semblent effectivement s’être concentrés sur les îles et archipels alentours, plus peuplés ou plus fréquentés par le tourisme : Bali, Sulawesi, Raja Ampat. Pourtant, les Moluques et leurs eaux riches et limpides n’ont rien à envier aux îles voisines. Alfred Wallace notait d’ailleurs à son arrivée dans le port de Banda Neira, île des Moluques du Sud d’où rayonna pendant des siècles le commerce de la noix de muscade : « Banda est un charmant petit endroit, dont les trois îles entourent un port sûr d’où l’on ne voit aucun commerce, et dont l’eau est si transparente que les coraux vivants et même les objets les plus minuscules sont parfaitement visibles sur le sable volcanique, à une profondeur de 7 ou 8 brasses. » Par conséquent, il existe encore de nombreux mystères scientifiques à élucider dans cette région du monde, et notamment en mer de Banda, située dans la province sud de l’archipel et qui atteint en certains points des profondeurs records de plus de 6000 mètres. C’est un lieu de passage ou de vie pour de nombreux mammifères marins - parmi eux leurs plus grands représentants, les baleines bleues et cachalots - et de nombreuses créatures tout aussi étranges, comme le nautile, peuplent ces eaux. Une question brûle d’ailleurs les lèvres de ceux qui se sont un peu penchés sur le sujet : est-ce que le fameux Cœlacanthe indonésien, Latimeria menadoensis, ne se cacherait pas non plus dans les profondeurs encore inexplorées de cette vaste région ? Après tout, ce poisson emblématique, qui représente une étape charnière de l’évolution des vertébrés terrestres, a été observé plus à l’ouest, à Sulawesi, et à l’est, en Papouasie. Le volcan Api somnole, trônant fièrement au milieu des eaux calmes baignant les îles Banda, tandis que la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) parcourt ces eaux riches.

Autre aspect intéressant de cette partie d’Indonésie : elle se trouve à l’est de la ligne de Wallace, une démarcation coupant l’archipel indonésien et portant le nom du fameux naturaliste du XIXe siècle, à l’origine de cette découverte. Cette frontière imaginaire, encore d’actualité aujourd’hui à quelques ajustements près, traverse l’Indonésie du sud vers le nord en passant par le détroit de Lombok, séparant les îles de Bali et Lombok justement, puis par le détroit de Makassar, entre les îles de Bornéo et de Sulawesi. On y retrouve d’un côté, à l’ouest, une faune de type asiatique et de l’autre, à l’est, une faune plutôt de type australien. Si la théorie de Wallace se basait essentiellement sur des observations terrestres (invertébrés, oiseaux, mammifères), qu’en est-il sous l’eau ? La ségrégation qui semble avoir affecté les animaux terrestres se poursuit-elle une fois que l’on s’enfonce sous la crête des vagues ? Ces questions fondamentales ont motivé des explorations scientifiques d'envergure.

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L'Expédition Deep Reefs of the Far East : À la Quête des Profondeurs Inexplorées

C’est dans ce contexte passionnant que l’expédition Deep Reefs of the Far East, soutenue par Blancpain et menée par l’association française UNSEEN (« Underwater Scientific Exploration for Education ») et ses collaborateurs indonésiens de l’Université Pattimura d’Ambon, a vu le jour. Le premier volet de 2022 s’est concentré en mer de Banda, où des plongées techniques en recycleur à circuit fermé ont été organisées pour la première fois à des profondeurs dépassant les 100 mètres, afin d’y documenter habitats et animaux encore méconnus. La quête de nouvelles espèces marines - poissons, éponges, coraux -, l’étude de la pollution plastique et l’objectif inavoué de découvrir des habitats propices à une nouvelle population de cœlacanthes furent les moteurs de cette aventure humaine et scientifique à hauts risques. Jamais aucun plongeur n’avait jusqu’alors atteint de telles profondeurs dans cette région reculée d’Indonésie.

La complexité de monter de telles expéditions dans des endroits aussi isolés est effectivement un frein pour beaucoup d’aventuriers. Il fallut entre autres obtenir les indispensables permis de recherche auprès du gouvernement central, lever des fonds suffisants, sourcer l’oxygène et l’hélium pour nos mélanges respiratoires, puis organiser l’envoi de plus de deux tonnes de matériel depuis Bali et Jakarta vers Ambon, la capitale provinciale. Heureusement, nos nombreuses années passées en Indonésie nous ont permis de développer un réseau de partenaires suffisamment fiables pour pouvoir rebondir à chaque obstacle rencontré, souvent à la dernière minute. Par exemple, comment envoyer quarante-huit mètres cubes d’hélium de Jakarta vers Ambon lorsque le capitaine du bateau sur lequel les huit bouteilles devaient être chargées change subitement d’avis et refuse de les embarquer, au moment même où elles viennent d’être livrées sur le quai ? Comment récupérer en urgence et réexpédier en express du matériel bloqué dans un conteneur sur un bateau prêt à appareiller de Jakarta, alors que ce matériel aurait déjà dû être pratiquement arrivé à destination à Ambon, à deux semaines du début du projet ? Ce ne sont que quelques-uns des imprévus que notre petite équipe de passionnés a dû résoudre en quelques heures seulement, pour pouvoir mener à bien et dans les temps ce projet. Sans oublier la flambée des prix du pétrole qui a sévi début 2022 et qui a grandement impacté le budget de l’expédition.

Une fois ces obstacles administratifs, financiers et logistiques résolus (et il y en eut beaucoup !), le départ est donné le 12 octobre 2022, et nous mettons enfin les voiles pour trente jours de mission autour des îles mythiques jalonnant l’immense mer de Banda. Après une plongée d’échauffement à -87 mètres devant l’île de Maulana, située à quelques encablures à l’est de notre port de départ, notre goélette met le cap sur Banda Neira, à plus de douze heures de navigation. La traversée nocturne se déroule sans accroc et l’équipe semble déjà amarinée. Banda Neira, quel nom mythique ! L’aura qu’il dégage s’accorde merveilleusement avec les lumières resplendissantes du lever du soleil qui inondent cette île au petit matin, lorsque nous arrivons vers 6h. Dire que c’est d’ici, pendant des siècles, que repartirent les bateaux aux cales remplies à ras-bord de noix de muscade, tant prisées par l’aristocratie européenne.

Équipage et membres de l’expédition ont travaillé de concert pendant 30 jours consécutifs, sillonnant avec engouement la mystérieuse mer de Banda. Même si nos plongées sont dédiées aux disciplines scientifiques de la biologie et de l’écologie, étant donné l’histoire de ce lieu et les siècles d’échanges commerciaux qui sillonnèrent ses eaux, comment ne pas rêver de tomber sur une épave de l’une de ces embarcations affrétées par de riches marchands chinois, arabes ou, bien plus tard, occidentaux ? Nous troquerions provisoirement la biologie et l’écologie contre l’archéologie, discipline tout aussi passionnante. Malgré nos nombreuses plongées profondes au cœur des eaux baignant ces îles somptueuses, aucune trace d’une épave millénaire n'a été découverte. Mais cette absence fut largement compensée par le foisonnement de vie que nous avons eu la chance de côtoyer lors de nos immersions.

Durant cette première semaine d’expédition, la National Geographic Society nous a prêté la caméra grandes profondeurs que leurs scientifiques ont développée, la « deep-sea cam », pouvant être abandonnée pendant des heures aux profondeurs enivrantes de 3500 mètres. Jonatha Giddens, docteure en biologie de la conservation et spécialiste des milieux marins profonds, était aussi là pour apporter son expertise dans le déploiement de cet engin au design futuriste, permettant d’élargir notre champ d’investigation en documentant les profondeurs inatteignables par les plongeurs. Dans notre cas, la caméra demeure immergée plusieurs heures d’affilée entre -160 et -430 mètres, enregistrant tout ce qui passe devant son objectif. Requins des grands fonds, nautiles et poissons inconnus témoignent des mystères vivants sous haute pression. Ces milieux si sombres et impénétrables dans lesquels ces animaux évoluent agissent comme une cape d’invisibilité, un pouvoir spécial qui les préserverait du regard de l’homme.

Dotée de ses deux lumières LED et d’un appât servant à attirer les prédateurs des grands fonds, la caméra glisse sans difficulté vers le sol océanique et y arrache quelques heures de vidéo, avant de remonter comme un bouchon vers la surface une fois le temps écoulé, sans se soucier d’avoir à respecter de longs paliers de décompression. Elle nous offre plusieurs heures de voyeurisme scientifique, nous permettant de mieux comprendre les espèces peuplant ce monde qui échappe à la lumière du soleil. Quelle surprise de voir passer le Requin-hâ d’Indroyono, Hemitriakis indroyonoi, par 300 mètres de fond. Cette espèce, décrite seulement en 2009 à partir d’un malheureux mâle encore immature à la vie brutalement écourtée et ayant atterri sur l’étal d’un marché aux poissons de Bali, est déjà listée par l’UICN comme en danger d’extinction. Nous détenons probablement la seule vidéo à l’heure actuelle d’un individu filmé dans son milieu naturel ! Puis c’est au tour du magnifique Requin perlon, Heptranchias perlo, de se partager la scène avec une énorme murène lors d’un ballet subaquatique improvisé à 180 mètres sous la surface.

Les plongées profondes ne s’arrêtent pas pour autant et nous alternons immersions des plongeurs et de la caméra au cours des journées éreintantes qui se succèdent. Le 15 octobre à 5h30, un groupe d’étudiants et de chercheurs locaux très matinaux, emmenés par l’ONG indonésienne Luminocean - co-fondée par la chercheuse et biologiste marine Mareike Huhn - nous a fait le plaisir de répondre positivement à notre invitation et nous a rendu visite à bord de notre bateau, alors à proximité de Banda Neira. Nous avons pu leur parler de notre mission, expliquer le fonctionnement de nos recycleurs de plongée et de la « deep-sea cam » de National Geographic, que nous avons déployée avec eux ce jour-là. Quelle joie de voir l’émerveillement dans leurs yeux lorsqu’on leur présente les quelques images glanées lors de nos premières immersions en zone mésophotique en ce début de mission. Une richesse que les communautés locales connaissent empiriquement, chérissent et exploitent, notamment en pêchant à la ligne de manière traditionnelle sur les tombants. L’un des chercheurs nous a demandé de lui partager quelques-unes de nos photos afin qu’il puisse s’en servir pour encourager les autorités locales à une meilleure protection de la région face à cette nouvelle menace grandissante, typique de ce XXIe siècle tourné vers les activités de loisir. Nos images ont ainsi pris soudainement une dimension très concrète.

Puis, quelques jours plus tard, c’est au tour de Mark Erdmann, docteur en écologie marine et spécialisé sur les écosystèmes coralliens, de nous faire l’immense honneur de monter à bord et de partager notre quotidien pendant trois jours, une petite parenthèse dans son emploi du temps extrêmement chargé. Aujourd’hui vice-président des programmes Asie-Pacifique de l’ONG Conservation International, Mark Erdmann est depuis longtemps lié à l’Indonésie où il travaille depuis plus de vingt ans. C’est d’ailleurs durant sa thèse de doctorat sur Sulawesi, en 1997, que sa femme et lui ont découvert le premier spécimen indonésien du cœlacanthe sur un marché aux poissons de Manado. La découverte fit grand bruit à l’époque et quelques années plus tard, il fut confirmé que l’espèce était bien différente de celle retrouvée aux Comores, Latimeria chalumnae. Les échanges furent riches et intenses et lors de dîners animés, nous avons eu le plaisir d’écouter quelques-unes des anecdotes passionnantes relatant des événements singuliers de la carrière de cet homme, à l’origine de la description de très nombreuses espèces de poissons en Indo-Pacifique.

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