La question de la nudité sur les spots de surf et lors des changements de tenues sur les parkings est devenue, au fil des saisons, un révélateur des tensions sociétales contemporaines. Entre liberté individuelle, revendication artistique et montée d’un puritanisme parfois déconcertant, ce sujet dépasse le simple cadre de la pratique sportive pour interroger notre rapport au corps, à l’espace public et à la décence.
Entre esthétisme et marketing : le corps féminin au cœur du débat
Au sein de la confrérie SurfingVox, le débat sur la représentation des femmes dans le surf est intense. Faut-il donner la parole aux femmes ? On comprend la mairie d’une ville comme Arcachon, qui craint que la vue de corps dénudés ne perturbe la quiétude des chalands. Exciter ces chalands pour la plupart centenaires dans cette belle ville d’Arcachon peut porter à conséquence. Eh oui, conflit avec madame parce que monsieur reluque la poitrine gonflée et le cul ferme de la jeunesse. Et puis, il ne faut pas oublier le risque d’infarctus Messieurs Dames ! On en a vu tomber pour moins que ça.
Le débat s'articule autour de deux axes contradictoires : d'un côté, l'art et l'esthétisme, de l'autre, le marketing « sous la ceinture » et la logique financière. Pour certains, il s'agit de courbes et de carves parfaits, quand d'autres y voient une exploitation du corps féminin. Faut-il voir dans l’avortement prématuré du film de l’australienne Felicity Palmateer, « Skin Deep » en 2019, un indice de la fin de cette liberté de s’exposer, de l’assumer, d’en parler ? L’égérie de Billabong revendiquait pourtant clairement sa liberté d’athlète-artiste : « This project, in particular, is purely art to me. (…) The main thing to me about this is the freedom and the self-expression of living in the moment completely. »
Une aseptisation croissante de la société
Trois faits ayant jalonné l’actualité de l’été post-confinement semblent siffler la fin de la récré et confirmer une aseptisation, voire une désérotisation croissante de la société. La liberté de venir en deux pièces après le dernier plouf dans la piscine n’est manifestement pas transposable en centre-ville.
Mais que dire de la description volontairement outrancière du délit commis par deux jeunes femmes dans un article, qualifiant deux triangles de tenue extravagante ? À quoi la journaliste s’attendait-elle ? Une camisole de force ? Depuis, la photo a été retirée de la toile. Parallèlement, on a vu un zélé vigile barrer l’entrée d’un supermarché à une jeune maman, jugeant sa tenue indécente. Enfin, la dénonciation montante du « no-bra », pratique ayant pris un nouvel essor durant le confinement, illustre cette crispation. Le téton qui pointe sous le T-shirt mettrait à trop rude épreuve le self-control masculin. Plus inquiétant encore, 20% des Français pensent, d’après un récent sondage Ifop, que le fait qu’une femme laisse apparaître ses tétons sous un haut devrait être une circonstance atténuante en cas d’agression sexuelle.
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Le parking et le van : l’espace de liberté menacé
Si l’on n’y prend garde, les surfeurs et surfeuses pourraient bientôt se retrouver privés de déshabillage sur le parking, au cul du van, avant de plonger dans leurs combis. Ce rituel, indissociable de la culture surf, est pourtant essentiel à la pratique. Un sémillant membre de Surfing Vox, médecin de son état, explique que pour retarder la sénescence, il ne faut pas vivre mais sur-vivre, lâcher les amarres.
Le surfeur Koa Smith, de passage en France, a lui-même fait tomber la combi pour une session en harmonie totale avec l’océan. « On est tous nés nus… pourquoi est-ce si mal vu d’être nu ? », interroge-t-il. Il souligne que le malaise vient parfois de l'observation extérieure, comme lorsqu'il a visionné son propre clip au ralenti, entouré de personnes curieuses. Cette pression sociale menace la spontanéité propre au surf, sport exigeant techniquement et physiquement, qui se pratique aussi bien sur la côte basque qu'au cercle polaire.
Le surf Arctique : une pratique universelle
Que l’on soit à Hawaii ou sur la plage d’Unstad, en Norvège, à 150 kilomètres au nord du cercle polaire, l’esprit est le même. Le surf est une pratique universelle. À Unstad, les surfeuses sont nombreuses à braver les températures négatives. La première leçon pour un groupe de surfeuses norvégiennes débutantes dans une mer glaciale prouve que le désir de glisse transcende le confort matériel. Le surf arctique ne date pas d'hier, puisque les premiers balbutiements remontent aux années 60, avec des planches en polystyrène et papier journal mouillé. L'expérience du froid est ici une composante de la pratique, exigeant une préparation rigoureuse et une connaissance parfaite de l'environnement marin.
La philosophie du mouvement : apprendre à « voir venir »
Le journaliste et surfeur Gibus de Soultrait, né à Biarritz, a su marier l'univers de la glisse à celui de la philosophie. Pour lui, le surf n’est pas qu’un sport, c’est une manière d’appréhender le monde. Dans son ouvrage Le surf change le monde, il explore cette dimension du mouvement. Il souligne que les Polynésiens, inventeurs du surf, avaient une intelligence du monde basée sur l'observation des éléments : vent, houle, étoiles.
L’homme moderne, rivé à son GPS et ses données numériques, a perdu cette capacité à « voir venir ». Le surfeur, lui, se laisse porter par le mouvement de la vague, acceptant l'incertitude. Cette approche, faite de « frugalité, oisiveté, gratuité », propose un paradigme alternatif à la course au progrès et à l'enrichissement. Le surf est l'expérience concrète de l'équilibre dans le déséquilibre.
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