L'Origine Hawaïenne et le Pouvoir de la Planche
Histoire de son origine hawaïenne et de ses différentes formes, entre hiérarchisation de la société et mythologie, la planche de surf est un objet de pouvoir. Si cet été tu t’es essayé au surf avec la détermination d’une anorexique dont les parents seraient pâtissiers et l’élégance de Carlos en tutu, alors peut-être vaut-il mieux tout miser sur tes connaissances théoriques afin de sécher d’éventuels surfeurs moqueurs mais ignares qui auraient l’outrecuidance de juger tes médiocres prestations. C’est donc en Polynésie que le surf naquit. Cette envie de surfer - qui se transforme vite en besoin - découle probablement d’une pratique développée au fur et à mesure du peuplement de la Polynésie par vagues de migration successives il y a 50 à 70 000 ans. Le terme « vague » est particulièrement bien adapté ici puisque les déplacements de population se firent essentiellement par voie maritime. C’est à Hawaï que la houle prend toute son importance au sein de la société humaine.
Les vagues étaient considérées par la population hawaïenne comme le fruit de l’interaction entre Lono, dieu de la fertilité résidant dans le ciel et Nu’akea déesse créatrice de la houle et résidant dans les eaux primordiales du dieu Kāne. Lono s’incarne dans les éclairs, les vents marins et tempétueux, tandis que Nu’akea s’incarne dans la houle. Lorsque Lono éveille Nu’akea en bousculant la surface de l’océan, la déesse exploite l’énergie cinétique du dieu pour créer la houle et les grandes vagues. La crête de ces vagues était considérée comme le point de création de la vie. Tenter de se placer au sommet de ces vagues c’était alors dominer la vie, absorber cette énergie électrique concentrée par les deux divinités sur un point instable. En hawaïen, surfer se dit he’e nalu. He’e signifie fuir mais porte une forte connotation évoquant la capacité à se prévenir des maladies, tandis que nalu désigne à la fois les « vagues » et le « liquide amniotique ». He’e nalu signifie donc fuir sur les vagues mais également, dans un sens plus poétique, écarter les maladies de sa vie. La planche de surf, papa he’e nalu, « quelque chose de plat pour glisser sur les vagues », est un moyen de prolonger la vie. C’était réservé aux riches, au sang royal. Le système de kapu permit de réserver des aires de surf aux membres de la royauté.
Les Planches Olo et Alaia : Symbolique et Pratique
Les planches Olo sont celles des membres de la royauté hawaïenne. Particulièrement longues et étroites, les olo pouvaient atteindre 5 mètres de long et peser jusqu’à 70 kilos. Les membres de la royauté se devaient d’avoir un physique flirtant avec l’obésité ; l’ensemble surfeur + planche avoisinait les 100 kilos. Les planches olo étaient conçues pour glisser le plus longtemps possible sur de grosses vagues arrondies, afin de demeurer au sommet de la vie au point d’interaction entre Lono et Nu’akea. Les chefs nommèrent leur royale planche du même nom que la gourde ‘olo, symbole phallique contenant de l’eau représentant les eaux primordiales de Kāne. Surfer sur une planche olo, c’était dominer virilement la houle. Plus la planche était imposante, plus le mec dessus était respecté.
Les planches Alaia, plus petites et facilement maniables, étaient mieux adaptées aux vagues agitées et permettaient de se « déplacer » sur la vague. Elles autorisaient le surf sur des récifs plus accidentés. John Byron nota que pour un habitant des Îles Sandwich, avoir une planche soignée et bien entretenue était comparable en fierté à la possession d’un cabriolet léger par un jeune Anglais.
Genèse d'un Système Global : De la Tradition au Sport
Jérémy Lemarié, docteur en sociologie, explique comment cette pratique est passée d’une « pratique autochtone à un sport mondialisé ». Dans les années 1910, on relevait deux clubs de surf à Hawaï : l’Outrigger Canoe Club et le Hui Nalu. En 1954, le Makaha International devint la première compétition sérieuse. Fred Hemmings et Randy Rarick ont créé l’IPS (International Professional Surfers) en 1976 pour organiser le circuit mondial. Peter Townend est devenu le premier champion du monde par accumulation de points, créant une controverse sur la légitimité du titre. L’arrivée de sponsors extérieurs - boissons alcoolisées, pétrole, cigarettes - a été déterminante pour la professionnalisation. L’IPS fut remplacée par l’ASP, devenue aujourd’hui la WSL. On ne valorise plus seulement la longueur de la glisse, mais la technique.
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Le Mode de Vie et les Stéréotypes
Quand tu rentres dans le surf et que tu comprends cette pratique comme un mode de vie, tu n’en sors plus. La vie d’un surfeur s’organise en fonction des rythmes marins. Un surfeur se lève souvent vers 4 ou 5 heures du matin pour surfer dans de meilleures conditions. Le stéréotype du surfeur « cool », « séducteur » ou « chômeur » est une construction sociale. Dans les années 60, les Beach Boys utilisaient l’image du surf comme support promotionnel. L’idée du « beach bum » ou clochard est un sens commun, car 99 % des surfeurs sont aussi travailleurs que tout le monde. La plupart veulent un océan propre, mais l’attitude écologique demande du temps, un temps non consacré au travail et donc non rémunéré.
Résilience et Inclusion : L'Exemple d'Éric Dargent
Éric Dargent, après une attaque de requin en 2011 ayant entraîné une amputation fémorale, a transformé son traumatisme en un engagement pour l’inclusion. Il a co-inventé la prothèse « Easy Ride » adaptée aux sports de glisse. Fondateur de l’association Surfeurs Dargent, il milite pour que le para surf soit reconnu. « Le surf, ce n’est pas juste un sport pour moi, c’est un mode de vie, une addiction, une forme de thérapie. » Il souligne que l’humain est capable de s’adapter de façon presque surhumaine. Ses titres de champion de France et vice-champion du monde servent à donner de l’espoir à d’autres personnes en situation de handicap.
Le Surf dans l'Imaginaire Cinématographique
Le film The Surfer de Lorcan Finnegan, avec Nicolas Cage, explore la descente psychique d’un homme confronté à un territoire hostile. Le film déconstruit la figure du « bloke » australien, viril et taiseux, en la soumettant à l’humiliation. « You can’t stop a wave. It’s pure energy », dit le personnage. Le surf n’est plus un sport, mais une métaphore de la lutte existentielle. La plage de Luna Bay devient un espace codé socialement où se rejouent les rapports de domination. Le film traite de l’exclusion et de la perte d’identité, où la chute ne procède pas d’un événement spectaculaire, mais d’une érosion lente et insidieuse.
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