L'évolution de l'analyse de la performance en natation
L’analyse de la performance en natation course est née, dans sa démarche scientifique, au début des années 1970, mais l’observation de la prestation des nageurs est aussi ancienne que la pratique elle-même ! Dans le sport de haut niveau, et en particulier ceux chronométrés, l’apport de la data prend une place de plus en plus importante pour aider les athlètes à repousser les limites de leurs performances. La natation n’y échappe pas, sauf que ce sport est confronté à une difficulté majeure. Autant sur terre, il est possible de récupérer des données physiologiques, techniques et biomécaniques des sportifs relativement facilement, dans une piscine, beaucoup moins. La raison principale : l’eau constitue un obstacle à la transmission des informations.
L’objectif du service “optimisation de la performance” est de fournir aux entraîneurs les données objectives les plus précises possibles, données qui leur permettront de valider leurs propres observations de leurs nageurs et de leurs nageuses. Une équipe d’analystes est présente lors des compétitions majeures nationales et accompagne les équipes de France lors des échéances internationales. Par ce service, les analystes espèrent répondre aux questionnements des entraîneurs, participer activement à la formation continue des entraîneurs, et apporter une aide à la recherche de performance de haut niveau.
Paramètres spatio-temporels et mesures de course
Chaque nageur est filmé dans la totalité de son épreuve. Un logiciel de traitement de la vidéo et l’appui du chronométrage officiel de la compétition permettent ensuite de mesurer les différents paramètres spatio-temporels couramment utilisés par les entraîneurs. Le temps de réaction, en secondes, indique le laps de temps entre le moment du signal de départ et le moment où les pieds décollent du plot, ou du mur en dos, tel que fourni par le chronométrage automatique. Le temps de vol, en secondes, correspond au laps de temps entre le moment où les pieds quittent le plot et le moment où les mains coupent la surface de l’eau.
La distance de coulée, en mètres, est définie au premier coup de bras à la reprise de nage, afin de standardiser au mieux le processus d’analyse. Le temps de coulée, en secondes, représente le laps de temps entre le moment où les pieds décollent du plot ou quittent le mur et la fin du premier coup de bras. Les temps intermédiaires cumulés sont mesurés lorsque la tête passe une ligne virtuelle des 5m, 15m, 25m, 45m pour chaque longueur du 50 au 200m et des 5m, 25m, 45m du 400 au 1500m.
La fréquence est mesurée en nombre de cycles de nage par minute, indiquant le nombre de cycles complets que le nageur effectuerait en une minute en maintenant un rythme identique, avec des valeurs moyennées sur chaque 25 mètres. L'amplitude, en mètres par cycle, estime la distance que parcourt le nageur ou la nageuse à chaque cycle de bras. Elle est calculée selon la formule : distance par cycle (m) = 60 * [vitesse (m.s-1) / fréquence (cycle.min-1)]. Ces valeurs sont également moyennées sur chaque 25 mètres. Enfin, la vitesse par section, en mètre par seconde, correspond à la vitesse moyenne sur chaque section (0-15m, 15-25m, 25-45m…).
Lire aussi: Enjeux et formalités du Parcours Aquatique
Innovations technologiques pour l'analyse en milieu aquatique
Avec l’appui de la Fédération Française de Natation, le TechnoSport d’Aix-Marseille Université développe trois nouveaux outils de mesure de la performance des nageurs. Pour surmonter la difficulté de transmission des données dans l’eau, le TechnoSport développe trois nouvelles technologies. Le premier outil est une plateforme immergée dont la fonction est la mesure de la force de propulsion que doivent exercer les nageurs lorsqu’ils prennent appui avec leurs pieds contre le mur du bassin pour effectuer leur virage. « Nous avons détourné des capteurs utilisés dans l’industrie agroalimentaire et nous les avons fixés sur une plaque en carbone, afin de fabriquer un nouvel outil plus léger, qui soit facilement transportable, confie Arnaud Hays, Ingénieur de recherche à Aix-Marseille Université. Nous avons aussi conçu un système pour qu’il se fixe sur le rebord des bassins sans faire de trou. Quant à la problématique liée à la sécurité, elle a été résolue à l’aide d’une alimentation électrique basse tension. »
Mais ce nouvel instrument ne sera pas suffisant pour évaluer la performance des nageurs lors de leur virage, car encore faut-il être en mesure de calculer leur vitesse sur les premiers mètres après ce passage. Une porte chronométrée a donc été développée en collaboration avec le laboratoire LP3 (Lasers, Plasmas et Procédés Photoniques). L’outil, disposé dans le fond du bassin, est capable de produire un faisceau laser et de mesurer le temps de passage des nageurs une fois la ligne laser franchie. « La lumière dans l’eau se propage beaucoup moins bien que dans l’air et nous avons dû trouver la bonne longueur d’onde pour que l’appareil fonctionne, déclare Arnaud Hays. Nous avons également dû régler les problèmes liés à la sécurité, et pour l’instant les nageurs doivent porter des lunettes polarisées pour protéger leurs yeux du laser. »
La troisième technologie développée est un cardiofréquencemètre. « Pour faire des entraînements de qualité, il est indispensable de pouvoir faire une lecture en direct de la fréquence cardiaque des nageurs », assure l’expert d’Aix-Marseille Université. Pour y parvenir, les scientifiques ont instrumenté une ligne d’eau en y installant des capteurs qui récupèrent les données provenant d’une ceinture cardiaque classique. Ces capteurs transmettent ensuite leurs données dans l’air à l’aide du Wi-fi à un appareil de lecture. « Cet équipement permet aussi de géolocaliser la personne dans la piscine et donc de calculer sa vitesse moyenne, et des temps de passage », ajoute Arnaud Hays.
Plateformes numériques et applications de suivi
La technologie a révolutionné le monde de la natation, offrant aux sportifs et entraîneurs de nouvelles façons d’optimiser la performance, de contrôler les progrès et d’améliorer la technique. MySwimPro est l’une des applications les plus complètes et populaires. Cette app permet de personnaliser des plans d’entraînement, d’enregistrer les temps, de calculer les intervalles et de visualiser des statistiques détaillées. Pour les entraîneurs, elle offre une option de suivi à distance des progrès de leurs nageurs. Swim.com est conçue pour ceux qui souhaitent combiner l’aspect social du sport avec le contrôle de la performance, permettant de rivaliser virtuellement avec d’autres nageurs.
Commit Swimming est l’une des plateformes les plus appréciées par les entraîneurs de natation du monde entier, incluant des rapports automatiques, une analyse de la charge hebdomadaire et des comparaisons individuelles et collectives. S’il est question de technologie avancée pour les nageurs, TritonWear est une référence incontournable, permettant d’accéder à des métriques comme le temps de réaction, la distance par mouvement, la fréquence, le nombre de battements et le niveau de fatigue. L’analyse vidéo est devenue l’une des pratiques les plus efficaces pour améliorer la technique, et pour ceux qui recherchent une analyse plus poussée, Dartfish Express offre des fonctions avancées d’évaluation technique très utilisées par les entraîneurs de haut niveau.
Lire aussi: Les défis maritimes de la Route du Rhum
L’intégration de dispositifs intelligents, comme les smartwatches (Garmin Swim 2, Apple Watch Series 9 ou Polar Vantage V3), permet d’enregistrer des données clés comme la distance, le rythme, le style de nage, la fréquence cardiaque et le temps par longueur. L’un des progrès les plus impressionnants a été les lunettes intelligentes, comme les FORM Smart Swim Goggles, qui affichent des métriques en temps réel directement sur la vitre.
Gestion globale et optimisation avec Athlete Analyzer
Athlete Analyzer est une plateforme complète pour les entraîneurs, offrant tout ce dont vous avez besoin pour gérer, surveiller et optimiser l’entraînement et les performances. Cette solution permet aux entraîneurs de gérer tous les types d’entraînement, y compris la force, le conditionnement, le travail de vitesse et la récupération. Elle permet également aux entraîneurs nationaux de partager des blocs d’entraînement avancés avec les clubs locaux, assurant un développement cohérent et un progrès unifié des nageurs.
Avec Athlete Analyzer, les entraîneurs disposent de la flexibilité nécessaire pour concevoir des plans d’entraînement tant pour les nageurs individuels que pour des équipes entières, avec des programmes sur mesure facilement ajustables. Les outils d’analyse vidéo d’Athlete Analyzer permettent aux entraîneurs de télécharger des vidéos, de les revoir image par image et de fournir des commentaires détaillés avec des annotations. La plateforme propose aussi une bibliothèque de 1500 exercices de force avec des vidéos animées pour améliorer la performance et prévenir les blessures. De plus, l’analyse de performance puissante aide à ajuster l’entraînement en temps réel et projeter la performance d’un nageur lors d’événements futurs, permettant de planifier le pic de forme pour les compétitions clés. Enfin, l’intégration avec les appareils Garmin et Polar permet de surveiller la récupération (HRV, sommeil) pour ajuster l’intensité et éviter le surentraînement.
La mobilité comme pilier de la technique
La natation est souvent décrite comme un sport basé sur la technique, mais la technique n’existe pas de manière isolée ; elle est limitée par la capacité du corps à bouger. Chaque phase du mouvement, de l’entrée dans l’eau au tirage jusqu’au retour aérien, dépend d’une amplitude et d’un contrôle suffisants au niveau des articulations clés. Une flexion limitée des épaules peut réduire l’allonge en début de mouvement, diminuant la distance parcourue par cycle. Une extension et une rotation thoraciques limitées peuvent altérer la position du corps, tandis qu’une extension limitée des hanches entraîne un affaissement des jambes, augmentant la traînée et perturbant la propulsion.
C’est précisément là que GOWOD intervient. GOWOD commence par un test de mobilité qui analyse l’amplitude de mouvement au niveau de zones clés comme les épaules, les hanches et la colonne vertébrale. À partir de cette évaluation, l’application crée des protocoles de mobilité personnalisés. Pour les nageurs, cela signifie souvent améliorer la mobilité des épaules pour un catch plus efficace, la mobilité thoracique pour une meilleure rotation, et le positionnement des hanches pour réduire la traînée. Plutôt que de suivre des routines génériques, l’athlète travaille sur ce qui limite réellement ses performances.
Lire aussi: Automatiser son journal de plongée via VBA
Limitations physiques et prévention des blessures
La natation est un sport très répétitif, impliquant souvent des milliers de cycles de nage par séance. Comprendre les adaptations musculaires est essentiel pour identifier où des limitations peuvent affecter la performance. L’épaule est l’articulation la plus sollicitée, notamment en crawl, en papillon et en dos. Les mouvements répétés au-dessus de la tête peuvent entraîner une diminution de la mobilité en flexion et en rotation interne. Une raideur du rachis thoracique peut entraîner des compensations excessives au niveau des épaules ou du bas du dos, menant à des mouvements asymétriques. De même, des fléchisseurs de hanche raides peuvent entraîner un affaissement du bas du corps. Enfin, une mobilité réduite des chevilles peut limiter la capacité à générer de la propulsion via le battement.
La natation est souvent perçue comme un sport à faible impact, mais sa nature répétitive impose une charge cumulative importante sur le corps. Les problèmes liés aux épaules, souvent regroupés sous le terme de « swimmer’s shoulder », figurent parmi les blessures les plus fréquentes, associées à une combinaison de volume d’entraînement élevé, d’inefficacités techniques et de limitations de mobilité sous-jacentes. Une prévention efficace repose sur la gestion du volume d’entraînement, le maintien d’une bonne mobilité dans les zones clés et la récupération active. Le travail de mobilité joue un rôle central pour mieux répartir les contraintes et réduire les charges inutiles sur certaines structures, préservant ainsi la capacité à s’entraîner de manière régulière et à exprimer une technique efficace sur le long terme.
#