Stève Stievenart : Le Phoque des Mers, un Surhomme dans l'Histoire de la Nage

Stève Stievenart, surnommé affectueusement « le Phoque » en raison de sa consommation gargantuesque de poissons gras, est un nageur de l'extrême originaire du Nord de la France. Son parcours atypique, marqué par des défis personnels et une passion indéfectible pour l'eau, l'a conduit à réaliser des exploits retentissants dans le monde de la nage en eau libre. Des eaux glacées de l'Antarctique aux courants tumultueux de la Manche, Stève Stievenart ne nage pas : il écrit l’Histoire.

Un Parcours de Vie Hors du Commun

Natif d'Abbeville (Somme), Stève Stievenart a connu plusieurs vies avant de devenir un nageur de l'extrême reconnu à l'international. Issu d'une famille de sportifs, il est très tôt confronté à la culture du sacrifice et de l'investissement nécessaires pour atteindre le haut niveau. Enfant passionné, il lance son premier magazine à l'âge de 13 ans et quitte l'école pour fonder sa propre société d'édition. Parallèlement, il excelle dans les sports mécaniques, remportant notamment l'emblématique Trophée Andros sur neige et devenant champion du monde de jet-ski en 2005.

Cependant, une période difficile marque un tournant dans sa vie. En 2016, il traverse une séparation douloureuse et rencontre des difficultés financières. « Je n’avais plus d’argent, plus de maison, plus rien. » C'est dans cette situation précaire qu'il renoue avec un rêve d'enfant : traverser la Manche à la nage. Il se souvient : « Quand j’avais 5 ans, mon grand-père m’emmenait toujours voir le départ des traversées de la Manche. Cela me fascinait et j’étais très admiratif de ces sportifs. »

La Manche : un Rêve d'Enfant Devenu Réalité

À l'âge de 40 ans, Stève Stievenart décide de se lancer dans la nage en eau libre. Il part en Angleterre pour apprendre auprès des meilleurs et rencontre Kevin Murphy, une légende de la discipline avec 34 traversées de la Manche à son actif. Sous la tutelle de son mentor, il s'entraîne avec acharnement et réalise son rêve en 2020 en devenant le premier Français à effectuer une double traversée de la Manche à la nage sans combinaison.

Cet exploit retentissant, réalisé en près de 35 heures d'effort non-stop dans l'eau, propulse Stève Stievenart sur le devant de la scène médiatique. Il raconte : « J’avais ça dans la tête depuis un moment. J’ai suivi une préparation atypique sur trois ans. J’ai dû adapter mes entraînements en travaillant beaucoup la nuit. »

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L'Ascension d'un Nageur de l'Extrême

Après sa double traversée de la Manche, Stève Stievenart enchaîne les défis et les records. Il réalise le tour de l'île de Manhattan aux États-Unis en 2019 et le double tour en 2021. Fin 2022, il entre de nouveau dans l'histoire en devenant le premier Français à boucler le circuit de la Triple Couronne des Lacs des Monstres, qui comprend le Loch Ness, le lac Tahoe et le lac Memphrémagog.

En janvier 2024, il réalise un nouvel exploit en traversant la Manche en relais avec une équipe de nageurs écossais et anglais, une première en hiver.

Son entraînement atypique inclut des douches froides dans son jardin et une vie en short et t-shirt toute l'année, même en hiver. Il dort même avec ses lunettes de nage pour habituer son visage à la pression.

Oceans Seven : Un Défi Mondial

Stève Stievenart ne s'arrête pas là. Il se lance à la conquête du circuit Oceans Seven, un défi qui consiste à relier à la nage sept canaux à travers le monde. Après avoir réussi la Manche, le North Channel et le canal de Catalina, il s'attaque au détroit de Cook en Nouvelle-Zélande en mars 2024.

Parti du port à 3h45, le nageur de Wimereux s'est jeté à l'eau à 6h10 heure locale de Perano Head et pour 21 km… sur le papier. À l'instar de La Manche, la nage n'est en rien rectiligne car le plan d'eau est particulièrement instable. Le Phoque a nagé 30,8 km, pendant 8 heures et 18 minutes, avec une arrivée à 14h28 à Cape Terawhiti. Et dans une eau à 14 degrès.

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« Je suis super content de cette traversée, nous a confié Stève Stievenart. Ce n'est pas la plus difficile mais il y a pas mal de courant, ça bouge beaucoup. La météo est très changeante, pour avoir une bonne fenêtre c'est assez complexe. Je me suis retrouvé en opposition avec le courant, il a fallu mettre de l'intensité. L'endroit est magique, je n'ai jamais vu autant d'étoiles dans le ciel. » À chaque nage, des rencontres plus ou moins amicales viennent pimenter le trip. Cette fois, de petites méduses en forme de serpentin sont venues chatouiller le Phoque, qui en a même avalé une par mégarde. « Ça m'a piqué la gorge, j'ai eu un coup de stress. Mais heureusement je n'ai pas eu d'effets secondaires. » Sans compter qu'il n'avait pas, pour se protéger, un shark shield pour sa dernière ligne droite avant la terre ferme puis son retour au bateau. « Ça aussi cela m'a stressé, dans ces moments-là tu te sens vulnérable. J'ai vite fait valider ma traversée et je suis revenu au bateau le plus rapidement possible. »

Il lui reste Molokai à Hawaii, le détroit de Tsugaru au Japon et celui de Gibraltar.

Le "Three Way" de Catalina : Une Performance Historique

En juin 2023, Stève Stievenart réalise une performance historique en devenant le premier nageur à réussir le "three way" de Catalina, une triple traversée du canal de Catalina en Californie. Il nage non-stop pendant 51 heures, 18 minutes et 3 secondes, parcourant plus de 100 kilomètres dans des conditions difficiles.

Accompagné d'une équipe d'une quinzaine de personnes, il part de Doctor Cove à Catalina mardi soir à 20h43, le corps badigeonné de vaseline (pour lutter contre les frottements) et de Sudocrem (contre le sel). Peu de temps après son départ, alors qu'il faisait déjà nuit, le kayakiste qui était à ses côtés lui a violemment heurté le dos et la tête.

« The Seal » a terriblement souffert de son dos durant toute la traversée, au point de presque abandonner une fois arrivé sur un bout de sable de Palos Verdes à San Pedro, à la fin de sa première traversée (15 heures 35 minutes de nage). « Je ne vais pas pouvoir nager encore 20 heures comme ça », a-t-il soufflé. Il a failli tout stopper mais il est reparti malgré tout, tête dans l'eau et bras en mouvement. La moulinette turbine, il est alors 12h25 en heure locale mercredi (21h25 HF).

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C'est sous le soleil chaleureux de Californie, en filant en direction de Catalina, qu'une tribu de dauphins fait son apparition au milieu de l'après-midi. Le soir, lors d'un ravitaillement - ils ont lieu toutes les 30 minutes -, Stievenart se plaint toujours de son dos, qui le fait atrocement souffrir. Là encore, il ne peut s'empêcher de poursuivre son périple et de faire autant que possible abstraction de la souffrance. Et c'est un peu avant le lever du jour jeudi matin, éclairé par une longue torche, à 05h01, qu'il pose les pieds sur une petite crique de la côte Est de Catalina, au pied d'une imposante falaise (2e traversée en 16 heures 42 minutes).

Dans la matinée, une colonie de dauphins s'amuse devant lui, une énergie bienvenue et salvatrice d'autant qu'un mola - poisson-lune à la forme bizarroïde réputé pour son appétit des méduses plutôt que des humains - traîne non loin, ce qui a le don de venir perturber la concentration extrême d'un Stievenard aux lèvres et à la langue brûlées par le sel. La bouche en feu et anesthésiée, il galère de plus en plus pour respirer. Si le soleil tape fort, l'océan est « glassy », sans vent. Des baleines et des dauphins sont de nouveau les rois du spot. Ils improvisent un ballet impressionnant devant le nageur qui poursuit sa quête de cet inédit « three way » en s'employant à mouliner les bras au maximum.

Alors que la côte de Los Angeles est en vue, un fort vent latéral se met à souffler et le courant devient lui aussi un sacré handicap. Le nageur du Pas-de-Calais n'avance alors que très lentement, épuisé aussi par un effort monumental, à cet instant de… 48 heures.

Dans le noir et face aux conditions défavorables, il tente tant bien que mal d'avancer, cette fois vers la plage de Cabrillo un peu plus au sud de Palos Verdes, proche du port de Long Beach. C'est encadré par deux kayakistes que Stievenart finit enfin par atteindre la terre ferme. La délivrance. Mal en point, il arrive tout de même à se mettre debout, ce qui lui permet de valider ce fameux « three way » - 18 heures et 59 minutes pour la 3e portion. Il est alors 00h01 ce vendredi. « C'était terrible, j'avais la bouche toute gonflée et je ne pouvais plus respirer »

« Je suis très heureux d'être venu à bout de ce three way, c'est un bel accomplissement, nous a-t-il confié. Je remercie mon équipe, car sans eux il est évident que je n'aurais jamais pu accomplir ça. La fin a vraiment été très compliquée à gérer, c'était terrible, j'avais la bouche toute gonflée et je ne pouvais plus respirer. Sans compter qu'il y avait beaucoup de courant lors des derniers km, je me déportais, j'avais peur de rater la plage d'arrivée. C'était interminable, je me demandais sans cesse quand cela allait s'arrêter, j'ai dû m'adapter en permanence. C'est fou de voir, et c'est aussi ça qui m'anime, comment le corps fait autant avec si peu. »

Préparation et Hygiène de Vie d'un Surhomme

Pour réaliser de tels exploits, Stève Stievenart suit une préparation rigoureuse et adopte une hygiène de vie hors du commun. Il s'entraîne deux fois par jour, de jour comme de nuit, en s'adaptant aux marées. Il privilégie une alimentation riche en poissons gras, à l'image des phoques, pour lutter contre le froid et l'épuisement.

Son entraînement est dicté par le rythme des marées : « Je m’entraîne deux fois par jour, à chaque fois que la marée remonte. » Il ajoute : « C'est la nature qui fait mon agenda. Donc je m'adapte, j'adapte mes rendez-vous. La priorité, c'est mes deux entraînements quotidiens de jour comme de nuit. La nuit, c'est hyper important aussi parce que quand je fais un 51 heures, il y a quasi deux nuits complètes, plus la moitié d'une, donc la perception est différente. »

Il explique : « Lors de ma première traversée de La Manche, j’ai perdu 7 kilos en l’espace de 20h. Et ce n’était pas de l’eau, mais uniquement de la graisse. En effet, le froid et l’intensité de l’effort consomment énormément d’énergie. Si bien que pour résoudre ce dilemme, je me suis inspiré de la nature et ai observé le comportement alimentaire des loups de mer avant d’effectuer leurs grands itinéraires migratoires. Depuis, Stève mange environ un kilo de poissons gras par jour, à raison de 5 repas quotidien, seulement accompagnés par quelques légumes, des huiles végétales, des avocats et des oléagineux.

Il précise : « C'est du poisson gras selon la saison bien évidemment, mais la base, c'est le kipper, du hareng fumé. Du haddock aussi, maquereau, sardine, beaucoup de sardines, de l'anchois, un peu de poisson un peu plus maigre selon la saison et encore du cabillaud ou du bar, mais je ne mange pas de viande, en fait.

Mais la préparation du sportif ne s'arrête pas là, car les journées de Stève Stievenart sont organisées en fonction des marées. « C'est la nature qui fait mon agenda. Donc je m'adapte, j'adapte mes rendez-vous. La priorité, c'est mes deux entraînements quotidiens de jour comme de nuit. La nuit, c'est hyper important aussi parce que quand je fais un 51 heures, il y a quasi deux nuits complètes, plus la moitié d'une, donc la perception est différente. »

Il s'habitue aux températures extrêmes en prenant des douches froides et en vivant dans une maison peu chauffée. Il travaille également sa résistance mentale, car « 90% de la réussite des traversées résident dans la préparation mentale ».

Il confie : « Le plus difficile, c'est de s'entraîner l'hiver. Le réveil sonne, il est 2h du matin, il fait 0°C, vous grattez le pare-brise pour aller vous entraîner une heure dans le froid. Vous ressortez de là, il est 3h du matin. On mange, on se réchauffe, je dors. Je suis complètement décalé parce que pour être actif 51 heures, je me suis habitué à ne pas dormir. Donc c'est un peu comme les marins, je fais des quarts, je récupère sur une demi-heure, je fais des micro-siestes. »

Les Dangers de la Nage en Eau Libre

La nage en eau libre est un sport extrême qui comporte de nombreux dangers. Stève Stievenart a rencontré des méduses, des requins et d'autres animaux marins lors de ses traversées. Il a également été pris dans des filets de pêche et a dû faire face à des conditions météorologiques difficiles.

Il témoigne : « En nageant dans ces endroits, tu t’exposes, tu deviens une proie. Surtout la nuit. Les méduses, dont la piqûre peut se révéler mortelle ; les requins ; les orques ; les phoques… Parfois, lorsque quelque chose t’effleure, tu es pris d’un puissant sentiment de panique. C’est l’instinct de survie qui t’enjoint à remonter sur le bateau. Tout l’enjeu est alors de ne pas craquer, être capable de se raisonner. »

Un Engagement pour l'Environnement

Conscient des problèmes de pollution marine, Stève Stievenart a créé la fondation "Stop Plastic Pollution" pour sensibiliser le public à la protection de l'environnement.

Il explique : « Être au contact quotidien de l’élément m’offre le poste de témoin malheureux de l’urgence de la situation. Plusieurs fois, je me suis retrouvé coincé dans un filet de pêche à l’abandon ou je me suis blessé après avoir été percuté par des déchets jetés à la mer. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a poussé Stève à créer la fondation ‘Stop Plastic Pollution’ qui vise à « alerter le monde sur la pollution plastique, sensibiliser à ses conséquences et trouver les solutions pour la prévenir ».

Un Livre pour Partager son Expérience

Stève Stievenart a publié un livre intitulé "Stève le phoque" dans lequel il raconte son parcours, ses défis et ses exploits. Il souhaite ainsi partager son expérience et encourager les jeunes à réaliser leurs rêves.

Il explique : « J’ai reçu de nombreuses demandes sur les réseaux sociaux, notamment au sujet des traversées qui intéressent beaucoup de jeunes. Ils réclamaient un retour d’expérience et des conseils. »

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