Le monde du cinéma d'action a été marqué par le film culte "Speed", et l'idée d'une suite, "Speed 2 : Cap sur le danger", a suscité à la fois curiosité et scepticisme. Dans ce deuxième opus, l'action se déplace des rues effrénées à l'immensité des mers, embarquant le public dans une croisière qui tourne rapidement au cauchemar. Le film, réalisé par Jan de Bont, qui avait déjà dirigé le premier volet, tente de transposer la formule à grande vitesse dans un environnement aquatique, avec des conséquences inattendues et une réception divisée. Loin de l'ambiance cool et bon enfant que certains pourraient espérer, cette virée en mer se transforme en une confrontation périlleuse, confrontant de nouveaux visages à des défis explosifs.
Un Départ en Croisière sous Faux Semblants : Le Prélude à la Catastrophe
L'histoire débute avec Annie, incarnée par Sandra Bullock, qui a quitté Jack (Keanu Reeves) car elle ne supportait plus sa vie de flic casse-cou. Elle a entamé une nouvelle liaison avec Alex (Jason Patric), qui est également un flic casse-cou, ce qu'elle ignore. Initialement, Alex lui a menti en lui faisant croire qu'il était gardien de plage, évoquant une image plus tranquille et insouciante, bien loin de la réalité de son métier d'agent d'une brigade antigang. Pour se faire pardonner de cette tromperie, Alex lui offre une croisière. Pour expliquer ce changement dans le cœur d’Annie, le scénario joue la complicité avec le spectateur en citant le premier volet : une relation commencée dans l’intensité, pourquoi pas ? Toutefois, on est tout de même dubitatif sur les goûts de la jeune femme à choisir un deuxième policier, sans rire.
Alex et Annie décident de partir en week-end en croisière sur un paquebot luxueux dans les Caraïbes. Le bateau s’appelle le Seabourn Legend et c’est un classique bateau de croisière. Après quelques jours idylliques, l'ambiance sereine de la croisière est rapidement brisée. À bord, un policier est intrigué par le comportement nerveux d'un certain Geiger, qui se prétend golfeur. Geiger, dont le rôle est tenu par Willem Dafoe, se livre en effet à d’étranges manœuvres qui ne présagent rien de bon mais, au moins, donne un semblant d’intérêt à des scènes qui s’étirent. Le film met en place cette tension initiale avec un temps d'exposition qui, selon certains critiques, pose problème. Autant dans le premier "Speed", le début permettait la personnalisation de la lutte entre Jack et le poseur de bombe, autant ici, ça ne sert à rien sinon à créer une tension entre Annie - qui a lamentablement mais avec humour raté son permis - et son compagnon, Alex, dont elle ignorait qu’il faisait partie de la brigade d’intervention de la police, le croyant flic à bicyclette sur la plage.
Le Cerveau du Chaos : John Geiger, un Méchant Mémorable
Le cœur du danger dans "Speed 2" réside dans le personnage de John Geiger, interprété avec une intensité glaçante par Willem Dafoe. Geiger est prodigieux en dingue qui n’a rien à perdre et veut se venger. Il fait même davantage peur quand il sourit - un vrai sourire de requin blanc. Son personnage est amer d’avoir été viré à cause d’une santé qui se dégrade à cause de ses conditions de travail. En effet, Geiger est malade à cause du cuivre, une résonance très moderne pour l'époque. Cette motivation, ancrée dans une injustice personnelle et une détérioration de sa santé, confère une dimension humaine, quoique sinistre, à sa folie. Face à Willem Dafoe, la performance de Jason Patric en Alex fait pâle figure, ce qui représente, selon certains, une énorme faute de casting. Gary Oldman avait initialement refusé le rôle du méchant, préférant jouer dans "Air Force One", ouvrant ainsi la voie à la prestation mémorable de Dafoe.
Durant le dîner à bord du paquebot, un défilé de bijoux nous donne le mobile du crime, mais tout est lent, ce qui est un reproche fait au rythme initial du film. Heureusement, Geiger se montre rapidement, et un policier de bord est intrigué par son comportement nerveux. Le premier moment dramatique à bord est l’assassinat du capitaine. Willem Dafoe fait alors réellement peur et son visage est diaboliquement éclairé, marquant le passage du suspense à l'horreur pure. Ce n’est que lorsque Geiger déclenche son sabotage, à la marque de 29 minutes et 51 secondes dans le film, que l'action s’anime véritablement. Le choix d’éliminer le capitaine ne paraît cependant pas très clair, Geiger le pensait-il plus malléable avec Juliano, le second, devenu capitaine ?
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Une Tension Montante en Haute Mer : Sabotage et Évacuation
Lorsque Geiger déclenche son sabotage, le bateau tremble et l’effet catastrophe est bien rendu par une succession de désastres localisés. Juliano, le second, devenu capitaine, doit ordonner l’évacuation des passagers. Sous la pluie et de nuit, la scène aurait pu avoir de la force mais elle dure trop longtemps comme si Jan de Bont essayait de meubler en étirant les scènes d’un scénario trop faiblard. Ce manque de continuité entre les scènes est un problème majeur pour le film, donnant l’impression d’un catalogue de scènes plus ou moins spectaculaires que d’un véritable film.
Au milieu de ce chaos, le film nous rajoute même du pathos avec la disparition d’une jeune fille sourde avec qui Alex - qui connaît la langue des signes - a noué un contact. Pour le coup, cet ajout fonctionne. En outre, la mère éplorée est jouée par Loïs Chiles, une actrice américaine célèbre pour avoir été une James Bond Girl dans "Moonraker" (1979), qui réussit à créer de l’émotion sans trop en faire. Elle intervient de temps en temps, donc sans effet de lassitude. Le sauvetage de passagers piégés dans un canot de sauvetage rendu fou est un passage très nerveux et la chute de plusieurs d’entre eux est assez violente. Mais la scène est longue, durant près de 10 minutes, ce qui contribue à la perception d'un étirement.
Puis, soudain, le bateau se dirige droit vers l’île de Saint-Martin ! Qu’il y ait un but, au sens propre comme au figuré, donne de la tension à la narration. La communication radio entre le psychopathe et le héros est un détail révélateur. Cependant, le choix désastreux de Jason Patric donne un effet asymétrique : Geiger est âpre, violent, et l'autre est lisse comme une vitre. Autre mauvaise idée, selon certains, est de séparer Alex et Annie. C’est la symbiose entre les deux qui créait une connexion entre eux et le spectateur dans le premier opus. Ici, chacun sa route, chacun ses problèmes, ce qui pourrait expliquer pourquoi Sandra Bullock ne paraît pas vraiment emballée. Professionnelle, l’actrice jouera le jeu notamment dans les moments romantiques mais sera desservie par des répliques ineptes et une propension à faire passer son personnage pour une quiche. Elle ne la défendra que par intermittence ceci dit. Il n’est pas exclu que le changement de statut de Sandra Bullock ait conduit à une réévaluation du personnage d’Annie. Il fallait trouver des choses à faire au personnage sans le dénaturer totalement, car ce n’est pas Wonder Woman non plus ! Pourquoi pas sauver des passagers coincés ?
Manœuvres Désespérées et Confrontations Épiques : La Course Contre la Montre
La confrontation physique entre Geiger et Alex tourne court ; le fou s’échappe non sans avoir ridiculisé le policier. À nouveau, Willem Dafoe écrase son partenaire de tout son talent ; derrière sa vitre fêlée, Geiger ricane comme une gargouille menaçante. Le sauvetage d’Alex, piégé par des flammes, est toutefois bien mené. Au bout d’une heure et dix minutes, retour à l’air libre. Mais le répit est de courte durée avec un pétrolier en point de mire ! Geiger contrôle le bateau et l’a lancé contre le tanker ! Voilà un moment "Speed" avec une véritable tension et un brin d’angoisse !
Malheureusement, le film retombe dans un travers bien connu : transformer l’héroïsme en demoiselle en détresse. Que Sandra Bullock n’ait plus précisément le profil est passé par pertes et profits. Et ça nous fait encore un clin d’œil avec le premier opus. La comparaison n’est pas raison, mais Willem Dafoe tient bon la barre face à Dennis Hopper, le méchant du premier "Speed". Cependant, Jason Patric n’est pas Keanu Reeves, ce qui donne un avantage à Hopper dans l'imaginaire des spectateurs. Tout le passage est très bien fait, vraiment nerveux et tendu, et Jan de Bont le maîtrise à la perfection.
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Le pétrolier évité, pourquoi pas lancer le ferry sur un port bondé ? Mais là, c’est trop. D’autant que, sentant sans doute la lassitude engourdir ses spectateurs, le réalisateur parsème cette lancée de saynètes humoristiques complètement inappropriées et qui consternent plus qu’autre chose. Un membre d’équipage aura même cette phrase : « Non, pas encore, y’en a assez ». Le réveil se fait quand le bateau percute l’île de Saint-Martin. La scène est certes spectaculaire mais est perçue par certains comme du sous-Michael Bay, n'atteignant pas le même niveau d'originalité ou d'impact. Revenons à Annie, elle s’échappe, Geiger la rattrape, Alex les poursuit. S'ensuit une scène hallucinante d’un canot à moteur coursant un hydravion, et Alex s’agrippant à l’avion à l’aide d’une canne à pêche - une pêche au gros, mais quand même - pour finalement sauver Annie. Le méchant finira mal et les amants seront réunis.
Le Casting Face au Défi de la Suite : Entre Héritage et Renouveau
Si l'on retrouve bien Sandra Bullock dans "Speed 2 : Cap sur le danger", Keanu Reeves, lui, est absent de ce second volet, un fait qui a marqué la production et la réception du film. Annie est une nouvelle fois confrontée à un problème de taille. Après le bus du premier volet, cette fois-ci, c'est le bateau sur lequel elle a embarqué qui est détourné par un homme ivre de vengeance ! Finalement, elle ne doit pas être si mécontente que ça d'avoir un petit ami membre d'une brigade antigang et non un gardien de plage pour se sortir de ce pétrin. Dans le rôle dudit petit ami, on retrouve Jason Patric qui remplace Keanu Reeves.
Pourquoi Keanu Reeves a-t-il été remplacé par Jason Patric dans "Speed 2 : Cap sur le danger" ? Dans "Speed", Keanu Reeves incarnait Jack Traven, un officier du SWAT qui parvient à sauver tous les passagers du bus, et notamment Annie qu'il embrasse à la fin du film. Il n'était donc pas totalement inconcevable de le voir reprendre son rôle. Si certains médias ont émis l'hypothèse d'une mésentente entre Keanu Reeves et Sandra Bullock sur le tournage du premier volet, l'acteur a donné une tout autre explication auprès de CNN. "À l'époque, je n'ai pas donné de retour après la lecture du script", a-t-il confié : "Je voulais vraiment travailler avec Sandra Bullock, j'avais aimé jouer Jack Traven et j'aimais Speed, mais un paquebot de croisière ? Je n'avais rien contre les artistes impliqués, mais à ce moment, je sentais que ça n'allait pas le faire". Et on ne peut pas l'en blâmer car si "Speed" est un formidable film d'action à pleine vitesse, "Speed 2 : Cap sur le danger" tient plus du naufrage qu'autre chose pour de nombreux observateurs.
Jason Patric, alias Alex Shaw, est un acteur américain qui a débuté en 1986 dans "Solar Babies" avant de se faire remarquer dans "Génération perdue" (1987). Son association avec Sandra Bullock n'a pas atteint la même alchimie que celle du duo original. Willem Dafoe, alias John Geiger, acteur américain, débute au théâtre, qu’il pratique toujours. Il obtient son premier rôle dans "La Porte du Paradis" (1980) avant d’enchaîner avec "Les Prédateurs" (1983), démontrant une carrière solide et une capacité à incarner des personnages complexes et souvent menaçants. Loïs Chiles, qui joue Céleste, la mère de la jeune fille sourde, est une actrice américaine également célèbre pour avoir tourné dans "Gatsby le Magnifique" (1974) et "Mort sur le Nil" (1978), en plus de son rôle de James Bond Girl. Enrique Murciano, qui incarne Alejandro, est un acteur américain d’origine cubaine pour qui "Speed 2" est son premier film. Au cinéma, il jouera par la suite dans "Traffic" (2000), "La chute du faucon noir" (2001), "Miss FBI : Divinement armée" (2005, où il retrouve Sandra Bullock), et "La planète des singes : l’affrontement" (2014).
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