La voile océanique, domaine d'exploits et de dépassements, a vu une nouvelle page de son histoire s'écrire avec la performance stupéfiante de Guirec Soudée. Ce navigateur breton, connu pour son esprit d'aventure hors du commun, a conquis le tour du monde à l'envers, défiant vents et courants dominants à bord de son maxi-trimaran MACSF. Ce périple, réputé pour être l'un des plus ardus, non seulement l'a vu établir un nouveau record, mais il a également marqué une première mondiale en multicoque, une prouesse saluée par l'ensemble du monde de la voile.
Le Défi Pharaonique du Tour du Monde à l'Envers
Le projet porté par Guirec Soudée, nommé « Monde à l’Envers », consiste à parcourir en solitaire le tour du monde dans le sens inverse du Vendée Globe, soit contre les vents et courants dominants. C'est le tour du monde le plus audacieux de l’histoire maritime, jamais bouclé en solitaire sur multicoque. Ce parcours sans précédent représente environ 40 000 milles nautiques à affronter vents et courants adverses. Au départ et à l'arrivée de Brest, plus précisément au large de l’île d’Ouessant pour la ligne fictive de départ et d’arrivée, Guirec a franchi le Cap Horn en premier, avant d’enrouler l’Antarctique, de franchir le Cap Leeuwin, le Cap de Bonne-Espérance, puis de remonter l’Atlantique. Ce périple de près de 40 000 milles nautiques au départ et à l’arrivée de Brest est passé notamment par ces caps mythiques, dans des conditions particulièrement exigeantes. Le record du Global Challenge, le tour du monde à l’envers en solitaire, c’est-à-dire le parcours du Vendée Globe face aux vents et courants dominants, n'avait pas été battu depuis 2004 en monocoque. En multicoque, avant la tentative de Guirec Soudée, seules deux tentatives avaient été entreprises, mais aucune n’avait encore abouti. Le défi qu'il s'est lancé se distinguait ainsi comme l’un des plus audacieux de la course au large. Le parcours est intrinsèquement plus long que celui du Vendée Globe « classique » qui bénéficie de vents plus « portants ». En effet, le marin est contraint de faire près de 40 000 milles nautiques pour contourner les dépressions qui lui font face, contre environ 25 000 milles nautiques sur le parcours classique. Une fois chaque cap franchi, Guirec a dû remonter dans chaque océan pour élargir son angle au vent, allongeant ainsi considérablement la route. Le tour du monde à l'envers est réputé plus exigeant qu'un tour du monde dans le sens classique, d'ouest en est, comme le Vendée Globe. « C’est un projet hyper ambitieux que j’ai dans un coin de ma tête depuis longtemps », avait déclaré Guirec Soudée avant son départ. Il a affirmé que « tout ce que j’ai accompli depuis mon premier tour du monde m’y a préparé ».
L'Ultim MACSF : Un Trimaran Historique au Service d'une Ambition
Pour relever ce challenge, Guirec Soudée s’est élancé à bord du maxi trimaran Ultim MACSF, un bateau emblématique du large. L'Ultim MACSF, un trimaran de 31 mètres de long et 21,2 mètres de large, est l'ancien Géronimo d'Olivier de Kersauson, un nom qui résonne dans l'histoire de la voile. Ce bateau avait déjà remporté le Trophée Jules Verne en 2004, démontrant ses capacités exceptionnelles. Entièrement reconstruit en 2014, ce maxi-trimaran est équipé de foils simples, un atout stratégique pour affronter les mers du Sud à contre-courant, car ils sont moins exposés à la casse que ceux de dernière génération. Cet ancien Sodebo Ultim, désormais re-designé MACSF, et détenteur du Trophée Jules Verne, a été mis à l'eau en 2001. Le marin a misé sur un maxi trimaran « extrêmement fiable, robuste et déjà éprouvé ». Il est important de noter que ce type de support, bien que plus rapide, est également plus instable et plus fragile qu'un monocoque dans ce type de navigation à contresens.
Guirec Soudée : Un Marin-Aventurier aux Multiples Facettes
Guirec Soudée, le skipper des Côtes-d'Armor, est un personnage haut en couleur, dont la vie est jalonnée de défis audacieux. Marin aventurier, il s’est fait connaître par ses expéditions engagées bien avant cette tentative de record. Il a notamment effectué un tour du monde à la voile par les pôles, hivernant sur la banquise avec une poule nommée Monique, une aventure qui a captivé le grand public de 2014 à 2018. Il a également réalisé deux traversées de l’Atlantique à la rame en solitaire : d'abord d'est en ouest en 74 jours, puis d'ouest en est en 107 jours, en 2020 et 2021. Avant de se lancer dans l'aventure IMOCA, il n'avait jamais participé à une régate de sa vie. Cet homme, qui s'était rendu en Australie à l'âge de 18 ans sans connaître l'anglais, y a d'abord vécu dans la rue, a parcouru le pays et a travaillé entre autres comme pêcheur sur un crevettier. Il est entré dans la classe IMOCA comme une personne plutôt inhabituelle qui changeait de voie. Ensuite, il a enchaîné plusieurs saisons en IMOCA, participant à une petite dizaine de courses, dont des transatlantiques prestigieuses comme la Route du Rhum, la Transat Jacques Vabre et la Transat CIC, et en 2022, la Vendée Arctique, la Bermudes 1000 et Le Défi Azimut. Son engagement dans cette série a culminé avec une première participation remarquée au Vendée Globe 2024-2025. Il a terminé 23e sur 40 challengers, et 5e parmi les non-foilers, bouclant son périple après 89 jours, 20 heures et 16 minutes. Guirec Soudée, qui a grandi sur l'île familiale d'Yvinec en face de Plougrescant dans les Côtes-d'Armor, et qui a fêté son 34e anniversaire le 3 janvier, est un navigateur expérimenté et tenace. Très attaché au partage de ses aventures, il incarne des qualités humaines et un engagement dans la durée qui résonnent avec l'identité mutualiste de son sponsor.
La MACSF : Un Partenariat Stratégique pour une Année de Transition
La MACSF est devenue le sponsor principal de Guirec Soudée sur son tour du monde à l'envers. Ce partenariat s'inscrit dans une année de transition pour le programme IMOCA de la MACSF. Après une première participation remarquée au Vendée Globe 2024-2025 avec Isabelle Joschke, et l’annonce de Corentin Horeau comme nouveau skipper en vue de l’édition 2028, le nouvel IMOCA de la MACSF, actuellement en pleine saison nautique sous les couleurs de Paprec-Arkéa, ne sera livré qu’au début de l’année 2026. Cette situation imposait une pause temporaire sur ce circuit. Afin de maintenir une présence forte dans le paysage de la course au large et de poursuivre la dynamique engagée avec le dernier Vendée Globe, la MACSF a choisi d’accompagner ce projet hors normes de tour du monde à l’envers en multicoque. Stéphane Dessirier, directeur général du groupe MACSF, a souligné cet engagement : « Nous avons été enthousiasmés par ce projet de Guirec Soudée. C’est un défi humain et sportif marqué par la recherche de la performance, ce qui correspond bien aux valeurs de la MACSF ». Il a ajouté : « Très peu de marins ont osé s’embarquer en solitaire, sur un si grand bateau pour un tel parcours autour du monde. C’est très différent mais aussi très complémentaire du projet de Vendée Globe que nous poursuivons par ailleurs ». Pour Stéphane Dessirier, « très peu de navigateurs ont osé s’aventurer seuls sur un si grand bateau pour un tel tour du monde. Nous sommes très heureux d’accompagner Guirec dans cette incroyable aventure. Elle est très différente du projet Vendée Globe que nous continuons à suivre, mais elle le complète aussi très bien ». Ce projet est également un moyen de fédérer les collaborateurs et sociétaires du groupe MACSF autour d’une aventure singulière, renforçant l'identité mutualiste de l'entreprise.
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Préparation et Test en Conditions Réelles : La Traversée Atlantique avec Inoxtag
La préparation de Guirec Soudée pour ce défi ultime a inclus une étape clé : une traversée de l'Atlantique en juillet 2025 à bord de l'Ultim MACSF. Il était accompagné d’un passager atypique : Inoxtag, star de YouTube aux millions d’abonnés. Guirec Soudée et Inoxtag ont quitté Lorient le 9 juillet 2025 pour rejoindre, dix jours plus tard, la Martinique, où leur arrivée à la marina du Marin a été chaleureusement accueillie par de nombreux spectateurs. Pour le navigateur, cette traversée avait un double objectif : tester l’Ultim MACSF dans des conditions réelles et se préparer aux exigences de son prochain défi. Au fil des jours, Guirec Soudée a pu évaluer les performances de son trimaran, ajuster ses réglages à bord et affiner ses réflexes de navigation. Fruit de cette aventure, le film « Dix jours pour traverser l’océan Atlantique » est disponible sur la chaîne YouTube d’Inoxtag depuis le 20 septembre 2025. Ce voyage, destiné à offrir une immersion authentique à un novice de la voile, a été salué par plus de 500 spectateurs à leur arrivée au Marin, applaudissant l’exploit du duo. Cette transat réussie a constitué une étape clé dans la préparation du tour du monde à l’envers de Guirec Soudée.
Un Parcours Semé d'Embûches et une Stratégie de Navigation Adaptative
Le 23 décembre 2025, à 11h36, heure française, Guirec Soudée a lancé sa tentative de battre le record du tour du monde à la voile en solitaire contre les vents et courants dominants, juste avant le réveillon de Noël. Son périple, bien que couronné de succès, n'a pas été sans embûches. Le nouveau temps de référence de Guirec Soudée s’est construit dans l’adaptation permanente. Dès le soir du 27 décembre, après quatre jours de mer, Guirec Soudée avait parcouru ses premiers 1 500 milles dans l’eau, tout en traversant une phase sans vent. « Quand je suis parti, c’était la première fois que je me trouvais seul sur ce type de bateau. Il y a des moments compliqués… J’ai parfois dû rallonger la route à cause de la météo », expliquait-il en mer. Pour contourner les dépressions et profiter de vents plus favorables, Guirec Soudée a parcouru 15 500 milles nautiques de plus que Jean-Luc Van Den Heede en 2004, « pratiquement deux fois la route normale », selon ses propres mots. Après le Cap Horn en janvier, il a notamment dû monter très au nord, loin de la route directe. Cette stratégie était essentielle afin d’éviter des conditions trop rudes et de préserver son trimaran. Plus sérieux encore : après le Cap de Bonne-Espérance, une collision avec un engin de pêche a endommagé son safran tribord, une partie du gouvernail, le contraignant à naviguer ainsi pendant plusieurs semaines. Cette avarie a failli compromettre sa tentative. Mais l’aventurier costarmoricain est allé au bout du défi qu'il s'était fixé, démontrant sa ténacité.
Un Record Pulvérisé et une Arrivée Triomphale
Le navigateur breton de 34 ans, Guirec Soudée, est devenu le skipper le plus rapide à avoir effectué un tour du monde d'est en ouest, à contre-sens des vents et des courants dominants, à bord de son maxi-trimaran MACSF. C'est une page de l'histoire de la voile qui s'est écrite le samedi 28 mars au large de Brest. Parti de Brest le 23 décembre dernier, Soudée a parcouru plus de 37 670 milles nautiques, soit environ 70 000 kilomètres autour de la planète. Il a franchi la ligne virtuelle d'arrivée, tracée entre l'île d'Ouessant et le cap Lizard (Angleterre), à 9h34 ce matin. Guirec Soudée a bouclé son périple autour du monde d'est en ouest en 94 jours, 21 heures et 58 minutes. Il a ainsi pulvérisé de près d'un mois le précédent record, vieux de 22 ans, détenu par Jean-Luc Van Den Heede. Le record du tour du monde à l’envers en monocoque était détenu depuis 2004 par Jean-Luc Van Den Heede (122 jours et 14 heures, 3 minutes et 49 secondes exactement), à bord du monocoque Adrien. Guirec Soudée a donc amélioré de plus de 27 jours le précédent temps de référence. Jamais encore un marin n’était parvenu à mener à bien, en multicoque et en solitaire, un tour du monde à l’envers. Le Breton est ainsi le premier à le réussir en multicoque, après les échecs d’Yves Le Blévec en 2017 sur Actual Ultim' et celle, en duo, de Romain Pilliard et Alex Pella en 2021 sur Use it Again. Avant Guirec Soudée, seuls trois navigateurs et une navigatrice, tous en monocoque, avaient réussi à boucler en solitaire un tel voyage.
À son arrivée, l'émotion était palpable. « C’est passé à une vitesse folle », a réagi le navigateur depuis son bord dans un message audio transmis à la presse, confiant avoir eu les larmes aux yeux en franchissant la ligne. « Je suis très heureux, très ému et aussi très soulagé d’avoir terminé. Je reviens avec un bateau un peu fatigué mais qui est encore vaillant. » Guirec Soudée a été accueilli en héros sur les quais de Brest par des centaines de supporters enthousiastes, scandant « Guigui, Guigui ! » et agitant des drapeaux bretons. « À l’envers, t’es le meilleur », proclamait une pancarte. Le navigateur Jean-Luc Van Den Heede lui-même, âgé de 80 ans, attendait Guirec Soudée sur le ponton. Il s'est dit « très content » d’avoir vécu « assez longtemps pour voir quelqu’un battre (son) record ». Thomas Coville, 57 ans, récent vainqueur du Trophée Jules-Verne et détenteur du record du tour du monde en équipage (40 jours, 10 heures et 45 minutes), est également venu accueillir Guirec Soudée à Brest. Il a vanté « le côté éclectique » de son cadet : « Il m’émeut parce qu’il est tout ce que je ne suis pas. Il est très libre dans sa manière d’être, très aventurier dans sa manière de penser et dans ce qu’il entreprend », a-t-il décrit. Jean-Luc Van Den Heede a ajouté, avec une pointe d'humour : « Je suis content pour lui, content de voir mon record battu de mon vivant. Ça fait quand même 22 ans ! »
Au-delà de l'Exploit Sportif : Une Mission Humaine
Au-delà de l’exploit sportif, ce tour du monde porte également une mission humaine. Guirec Soudée est ambassadeur du centre de rééducation de Trestel et du fonds de dotation LIAMM. Son engagement vise à promouvoir l’accès aux soins dans les hôpitaux bretons. Cette dimension solidaire et engagée vient renforcer l'image d'un marin dont les aventures vont toujours au-delà de la simple performance.
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