Le monde de la course au large est un univers de défis extrêmes, de persévérance inébranlable et de quête de l'excellence, des qualités qui incarnent parfaitement le parcours de Sébastien Josse. Ce navigateur émérite, dont l'histoire avec le Vendée Globe est profondément ancrée, a su tracer une voie singulière, passant des croisières estivales en Méditerranée aux compétitions les plus exigeantes des océans du globe. Son engagement, sa technicité et sa vision stratégique l'ont positionné comme l'une des figures emblématiques de la voile française, reconnue à travers le monde pour son expertise et sa capacité à repousser les limites. Le Team Gitana, conscient de cette envergure, a d'ailleurs confirmé que leur skipper, Sébastien Josse, rejoindrait la Classe IMOCA et le circuit du Championnat du Monde Ocean Masters dès 2015, avec un objectif clair : prendre le départ du Vendée Globe en novembre 2016. Cette annonce marque une étape significative dans la carrière de Josse, car ce sera la deuxième expérience du Vendée Globe pour le Team Gitana, mais la troisième tentative pour le skipper lui-même, qui a déjà pris le départ de ce tour du monde solitaire et sans escale en 2004 et en 2008.
Les Racines Méditerranéennes et l'Appel du Grand Large
Rien ne prédestinait le navigateur cloharsien, Sébastien Josse, à devenir un des grands noms de la voile et de la course au large, tant son origine est éloignée des bastions traditionnels de la discipline. C'est dans le Nice de son enfance que Sébastien Josse découvre la voile, loin des rives sauvages de l'Océan Atlantique et de la côte bretonne. Ses premiers souvenirs marins sont étroitement liés à des moments familiaux, des expériences formatrices qui ont éveillé en lui une passion profonde pour la mer. « Je suis originaire de Nice, et mon papa avait acheté un petit bateau de 8 mètres pour les vacances, » se remémore-t-il. « On partait tous les étés, durant 2 mois, en croisière en direction de la Corse. J’ai mes premiers souvenirs de nuit en mer, lors de nos premières traversées entre Nice et Calvi. Et cela jusqu’à l’âge de 17 ans. » Ces voyages annuels, empreints d'aventures et de découvertes, ont forgé une connexion indélébile avec l'environnement marin.
Initialement, c'est davantage le monde aquatique que la voile pure qui attire le jeune Sébastien. Pourtant, l'esprit de compétition ne tarde pas à émerger. « À l’époque, mon frère et moi, on s’était un peu essayé à la compétition dans le sud, » explique-t-il. Cette incursion dans le monde de la régate se révèle rapidement prometteuse. « La première année, je finis 2e et je me dis pourquoi pas persévérer… » Cette étincelle se transforme en un véritable feu sacré l'année suivante, en 1998, lorsqu'il remporte une victoire décisive. Cette victoire n'est pas seulement un trophée ; elle lui ouvre les portes d'une nouvelle dimension de la voile, avec, à la clef, un Figaro Bénéteau, un voilier monocoque conçu pour apprendre à faire de la régate au large. Ce moment marque un tournant, le propulsant vers une carrière où la compétition en haute mer deviendra son terrain de jeu privilégié.
La Formation d'un Navigateur d'Élite : L'Excellence à la Française
La transition de la passion juvénile à la carrière professionnelle exige un engagement sans faille et une formation rigoureuse. Sébastien Josse a bénéficié de l'écosystème unique de la voile française, réputé pour son excellence dans la préparation des navigateurs de course au large. Il souligne l'importance capitale de centres spécialisés dans cette éducation. « C’est le seul centre au monde qui forme les navigateurs, à la course au large en solitaire, » affirme-t-il, faisant référence à des institutions comme le Pôle Finistère Course au Large. « C’est une véritable école où on suit des formations sur la météorologie, la sophrologie, la navigation à un rythme soutenu. » Ces centres ne sont pas de simples lieux d'apprentissage technique ; ils sont des incubateurs de talents, comparables à des institutions sportives de haut niveau telles que l'Insep à Paris, mais spécifiquement dédiés à la course au large.
L'un des atouts majeurs de ces pôles réside dans l'opportunité unique d'apprendre auprès des meilleurs. « Tous les plus grands marins, Armel Le Cléac’h, François Gabart…, sont passés par cette filière, » note Josse. « Là-bas, on peut profiter de l’expérience et de l’expertise des grands noms de la voile. » Cette transmission directe du savoir et du savoir-faire est un pilier fondamental de l'excellence française dans le domaine. Avec les pôles de Lorient et de La Rochelle, ces centres sont les creusets d'où émergent les meilleurs skippers, une dynamique qui contribue significativement à la réputation internationale de la voile française. Sébastien Josse insiste sur cette spécificité : « C’est aussi ce qui fait l’excellence et la réputation de la voile française. Depuis l’époque d’Éric Tabarly, nous sommes les seuls à faire du solitaire. » Cette reconnaissance de la valeur de la formation et de la transmission est si forte que Josse lui-même s'engage aujourd'hui dans cette voie. « Oui, directement auprès des skippers, » explique-t-il à propos de la transmission. « Par exemple, la semaine dernière (en mars), je suis allé au Portugal pour entraîner un skipper qui débute sur les courses au large en solitaire et qui va faire la Route du Rhum en fin d’année. La théorie ne suffit pas, la transmission passe aussi par l’accompagnement dans la pratique, afin de connaître les limites du bateau. » Cette approche pratique et mentorale est le reflet de son propre parcours et de la philosophie qui sous-tend la réussite dans ce sport.
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Une Carrière Riche et Polyvalente : Au-delà du Solitaire
La carrière de Sébastien Josse se distingue par une remarquable diversité et une constante recherche de l'excellence, qui va bien au-delà de la seule navigation en solitaire. Après avoir remporté le Figaro Bénéteau et ainsi lancé sa carrière, les courses s'enchaînent avec une progression constante et des performances notables. Il participe à The Transat en 2004, où il termine huitième, une performance solide pour ses débuts sur cette transatlantique exigeante. Son succès se poursuit avec une cinquième place à la Transat Jacques Vabre, démontrant sa capacité à exceller également en double. Fort de ces premiers succès, son horizon s'élargit aux défis collectifs et aux tours du monde en équipage. Il participe à la prestigieuse Volvo Ocean Race 2005-2006, une course autour du monde en équipage avec escales, qui lui apporte une expérience inestimable de la navigation en équipe et des conditions extrêmes sur toutes les mers du globe.
Pour Sébastien Josse, la plus grande victoire ne se limite pas à un seul événement, mais réside dans la capacité à maintenir une trajectoire ascendante dans un milieu aussi compétitif. « Plus qu’une course, c’est d’avoir pu enchaîner tous les projets de haut niveau, » déclare-t-il. « C’est le plus difficile dans ce métier, rester dans une dynamique pour accumuler de l’expérience en mer et relever de nouveaux challenges. » Cette philosophie de l'amélioration continue et de l'engagement dans des projets ambitieux a façonné un profil de navigateur exceptionnellement polyvalent. « Aujourd’hui, mon parcours a tellement été riche et varié que je peux naviguer autant sur multicoques qu’en solitaire ou en équipe, » affirme-t-il, soulignant son adaptabilité et sa maîtrise de différentes plateformes. Cette reconnaissance de ses pairs est une validation essentielle de son parcours. « La reconnaissance est en soi une victoire tout aussi précieuse, comme le jour où un équipage hollandais m’a appelé pour faire un tour du monde, The Ocean Race. » Cette invitation à rejoindre un équipage international pour une course aussi emblématique témoigne de sa réputation et de ses compétences reconnues au-delà des frontières françaises. Son palmarès s'étoffe encore avec des victoires significatives, comme celle de la Transat Jacques Vabre 2013, et une impressionnante troisième place à la Route du Rhum 2014, confirmant sa place parmi l'élite de la voile.
Aujourd'hui, Sébastien Josse continue d'apporter son expertise à des projets de pointe, illustrant la polyvalence qu'il a toujours prônée. « Là, actuellement, je travaille en tant que technico-naviguant sur le bateau d’Armel Le Cléac’h, en l’occurrence un trimaran de 32 mètres conçu pour sa participation à la Route du Rhum en novembre prochain, » révèle-t-il. Son rôle est crucial : « Je m’occupe des aspects performances, notamment autour de la voile, et de suivre les évolutions. » Cette collaboration avec d'autres grands noms de la voile, dans un rôle qui combine technique et navigation, montre l'étendue de ses compétences et sa contribution continue à l'innovation dans la course au large. « À partir du mois d’avril, le bateau sera mis à l’eau et on pourra démarrer les entraînements quotidiens, » précise-t-il, soulignant la phase intensive de préparation qui précède chaque grande compétition.
Le Vendée Globe : L'Everest des Mers et la Quête Inachevée
Le Vendée Globe occupe une place singulière dans le cœur et la carrière de Sébastien Josse, le défi ultime, l'Everest des mers. « Le Vendée Globe reste à mes yeux, la course la plus exigeante, » confie-t-il. Cette perception n'est pas fortuite ; elle est le fruit d'une expérience profonde et de la pleine conscience de ce qu'implique cette aventure hors norme. « Vous êtes deux mois et demi en mer, tout seul, à en découdre avec des mers hostiles et dures, » décrit-il, soulignant la solitude et la rudesse de l'épreuve. C’est pour cette raison qu’on la surnomme l’Everest de la mer, une appellation qui traduit l'ampleur du défi physique et mental.
Son histoire personnelle avec cette circumnavigation est marquée par des moments de découverte, d'ambition et de frustration. « Mon histoire avec le Vendée Globe a débuté il y a 12 ans, en 2002, quand on m’a confié la barre de mon premier projet Imoca, » se souvient Josse. « C’était le Vendée de la découverte. Je partais sur un bateau ancien qui ne pouvait pas vraiment prétendre à la victoire. Mais ces trois mois de navigation et ma 5ème place m’ont appris bien d’autres choses. Cette course m’a relevé… » Cette première participation en 2004, bien que ne se soldant pas par une victoire, fut une immersion initiatique cruciale, forgeant son caractère et confirmant son attrait pour l'extrême.
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En 2008, l'ambition est tout autre. « En 2008, l’année de ma deuxième participation, je reviens cette fois à la barre d’un monocoque neuf de nouvelle génération, » explique-t-il. Les attentes sont élevées, la préparation intense, mais le destin en décide autrement. « La course s’est malheureusement arrêtée prématurément au large de la Nouvelle-Zélande sur une casse structurelle. » Cet abandon fut une profonde déception. « Cet abandon a été une grande frustration et j’avais jusqu’à ce jour la sensation de ne pas avoir fini mon histoire avec le Vendée Globe. » Cette quête inachevée est une motivation puissante pour son retour sur la ligne de départ. « Je suis très heureux des choix du Gitana Team et je suis conscient de la chance incroyable que m’offrent Ariane et Benjamin de Rothschild en nous permettant de nous engager sur une telle aventure. » Pour cette troisième participation au Vendée Globe, Sébastien Josse a bien l'intention de briller et de monter sur le podium, une ambition nourrie par l'expérience et une préparation méticuleuse.
La préparation d'une telle épreuve est une entreprise colossale, s'étalant sur plusieurs années et impliquant une équipe multidisciplinaire. « Il faut à peu près trois ans pour préparer une grande compétition entre la formation d’une équipe, la construction du bateau, les tests en mer et enfin les épreuves qualificatives, » détaille Josse. Cette période intensive couvre non seulement les aspects techniques et logistiques, mais aussi la préparation physique et mentale du skipper. Dans les courses en solitaire, la réussite repose non seulement sur le talent du navigateur, mais aussi et surtout sur la qualité de son entourage. « Il faut surtout bien s’entourer, avoir un bon team manager, des bons préparateurs, un architecte, des ingénieurs… » La conception du bateau est également un facteur déterminant, représentant un pourcentage significatif de la réussite globale. « La conception du bateau, c’est 70 % de la réussite du projet, » affirme Sébastien Josse, soulignant l'importance cruciale de l'ingénierie et de l'optimisation. Le monocoque IMOCA sur lequel il s'apprête à concourir est à l'image de cette exigence. Optimisé pour la vitesse grâce, notamment, à sa légèreté, l'IMOCA a également été largement fiabilisé. En homme averti et méticuleux, Sébastien ne veut rien laisser au hasard, une approche essentielle pour affronter l'imprévisibilité des mers australes.
Stratégie, Performance et l'Évolution de la Course au Large
La course au large, et particulièrement le Vendée Globe, est un domaine où l'on ne parle pas de simple "chance", mais plutôt de "réussite", un terme qui englobe une multitude de facteurs contrôlables et le résultat d'un travail acharné. Sébastien Josse nuance l'idée de la chance : « La chance, non. On ne parle pas de chance, mais de réussite dans le milieu de la navigation. » Il met en lumière l'écart entre l'image médiatique et la réalité du travail accompli. « Derrière les belles images que véhiculent les médias, les gens ne soupçonnent pas le travail qu’exigent la voile et la course au large. » Il s'agit d'une préparation holistique. « Il y a toute une préparation physique et mentale comme pour tout athlète de haut niveau, avec la mécanique en plus. »
L'art de naviguer, tel que pratiqué par Josse et ses pairs, est un mélange subtil de science et d'intuition. Face à l'interrogation sur les multiples facettes de la navigation - techniques, condition physique, chance, instinct - Josse insiste sur l'aspect méthodique et l'importance de l'expérience partagée. « Chacun a sa manière de fonctionner. On essaye de s’inspirer les uns des autres. » Tout en reconnaissant la place des données et de l'analyse, il admet la part de subjectivité. « Certains sont très cartésiens. Il y a beaucoup de feelings et chaque personnalité arrive à s’exprimer. » Cette dualité entre rationalité et sensibilité est au cœur de la performance en solitaire.
Les conditions de navigation varient considérablement d'une mer à l'autre, et Josse, ayant navigué sur tous les océans, en est un témoin privilégié. Il établit une distinction claire entre les environnements de compétition. « Ce n’est pas du tout pareil… L’Océan Atlantique, pour moi, c’est la compétition. » En revanche, la Méditerranée, son berceau, offre des plaisirs différents. « Après j’ai goûté aux joies de la croisière en Méditerranée, c’est complètement différent. » Cependant, pour la compétition, elle présente des défis uniques. « Par contre faire de la compétition en Méditerranée, c’est l’enfer. Il y a des vents qui tournent dans tous les sens, des effets côtiers et thermiques. » Ces observations soulignent la complexité et la diversité des compétences requises pour s'adapter à chaque plan d'eau.
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Certains passages maritimes revêtent une dimension quasi mythique pour les navigateurs, et le Cap Horn en est l'exemple parfait. « Il y a le Cap Horn, » évoque Josse comme l'un de ses plus beaux souvenirs. « Avant d’y arriver, on a déjà passé un mois et demi en mer. C’est un simple bout de cailloux en soi, mais qui est mythique. » Ce lieu, situé à la pointe sud de l'Amérique du Sud, est un symbole de passage et de résilience. « C’est un lieu emblématique et particulier pour tous les marins, il y a eu tellement de naufrages à cet endroit-là où la météo peut être vraiment très mauvaise. » Il ajoute, avec une pointe d'ironie, que des passages réputés moins spectaculaires peuvent être tout aussi redoutables : « Le raz de Sein est parfois plus compliqué à passer, ou la mer d’Irlande où l’on peut se faire tabasser. » Ces comparaisons révèlent la perspicacité d'un navigateur qui a appris à respecter toutes les mers.
Sébastien Josse, en tant qu'observateur averti et compétiteur aguerri, offre une analyse éclairante sur l'évolution récente de la course au large, notamment au travers de ses commentaires sur les dernières éditions du Vendée Globe et les performances de ses concurrents. Les progrès technologiques et la maîtrise des skippers ont considérablement rehaussé le niveau de la régate. « La régate est d’un niveau extrêmement relevé, » constate-t-il. Lors de la descente de l’Atlantique, malgré des vitesses qui n'étaient « pas exceptionnelles » compte tenu de la météo, « l’intensité à bord des bateaux était incroyable. » Les manœuvres et les réglages exigeaient une implication totale : « ils étaient à 100% en sachant qu’il y aurait ensuite un bénéfice à être devant. » Ceux qui ont réussi à s'échapper sous Sainte-Hélène sont, sans surprise, « ceux qui ont bien régaté sur la descente de l’Atlantique. »
L'intégration des foils a marqué une avancée technologique majeure, mais non sans défis. « Les foils étaient au point lors de la dernière édition mais en termes de performance, ils étaient un peu fragiles sur les systèmes, » observe Josse. Cependant, une étape significative a été franchie : « Là, j’ai l’impression qu’ils n’ont pas tapé et c’est tant mieux mais c’est sûr qu’il y a eu une étape de franchie. » Les performances des nouveaux bateaux sont remarquables, comme en témoignent les vitesses atteintes. Les moyennes de vitesse de Sébastien Simon sur l’Atlantique Sud ont été « assez phénoménales, » avec des pointages à « plus de 28 nœuds de moyenne sur quatre heures, ce qui représentent des vitesses assez folles : c’est plus rapide qu’un Ocean Fifty ! » Cette amélioration est le fruit d'une synergie entre la technologie et la compétence humaine. « Les foils, la maîtrise des systèmes, la maîtrise des skippers de leurs bateaux, la stabilité… Tout ça a énormément progressé. »
Malgré ces avancées, la course reste une épreuve d'endurance pour l'homme et la machine. « A la fin, il va y avoir un peu d’usure des bonhommes et des bateaux, » anticipe Josse. L'observation des traces cartographiques révèle l'inévitable. « Avec les traces sur la cartographie, on voit que certains bricolent de temps en temps. » Ce n'est pas sans impact sur la stratégie et la dynamique de course.
En analysant la dynamique d'une course, Josse pointe la division de la flotte en plusieurs groupes. « La flotte s’est clairement divisée en trois paquets. » Aux avant-postes, certaines figures se distinguent, parfois avec des surprises, comme Sébastien Simon. « Ceux que l’on attendait sont aux avant-postes avec une surprise néanmoins : Sébastien Simon. » Malgré un palmarès déjà solide, Simon avait moins navigué et son équipe était « un peu moins structurée que celle de certains. » Pourtant, sa performance a été éclatante : « On ne l’avait d’ailleurs pas trop vu sur les épreuves de qualification, en avant-saison. Il a fait une descente de l’Atlantique Sud assez incroyable et ça fait plaisir de le voir là où il est ! »
Un autre aspect marquant est l'absence de casse majeure à un endroit traditionnellement périlleux. « Ce qui est aussi marquant, c’est qu’il n’y a pas eu de casse au sud de l’Afrique du Sud, comme cela arrive assez souvent. Le cap de Bonne Espérance est généralement un peu le juge de paix dans l’entrée des Quarantièmes. Cette fois, ça s’est super bien passé à part pour Louis Burton. C’est de bon augure pour la suite. »
Le coup magistral de certains skippers, comme Charlie Dalin, est une démonstration de confiance et de maîtrise. « Ensuite, il y a bien évidemment le coup magistral réalisé par Charlie Dalin. On voit qu’il est en confiance, qu’il connaît son bateau par cœur, qu’il ose. Son choix stratégique de ces derniers jours était engagé. Il a réussi à rester devant cette très grosse tempête. Idem pour Sébastien Simon. » Le risque pris est calculé. « Le risque, c’était d’être trop lent ou d’avoir une avarie, et de se faire rattraper par le mauvais temps. Pour finir, tout s’est bien passé. Les nouveaux bateaux permettent ce genre de choses car ils avancent à 23 nœuds de moyenne. »
Malgré l'avance significative de certains, le Vendée Globe reste imprévisible. « Certains, dont Charlie Dalin, s’attendent à ce que les écarts se resserrent un peu au sud de l’Australie. Charlie a un demi voire un système d’avance sur les autres. Il va se glisser sous l’anticyclone. Tout le monde va se retrouver sous l’influence de zone fermée de haute pression atmosphérique. Ça va donc certainement recoller derrière lui mais il a 500 milles d’avance sur Yoann Richomme, ce qui n’est pas rien. Ça lui permet, en tous les cas, de voir venir. » Toutefois, la longueur de la course est un facteur essentiel : « Cela étant, le Vendée Globe est long. Ils ne sont “que” sous l’Australie et il peut se passer encore pleins de choses. » Le style de navigation agressif et la capacité à dicter le rythme sont des qualités précieuses. « En attendant, il marque les esprits en prouvant qu’il est là, chose qu’il avait peu fait sur son premier Vendée Globe. Il prend des risques. Il imprime le rythme quand il faut. »
La Solitude, le Soutien Familial et l'Égalité dans la Course
La solitude est une dimension inhérente à la course au large en solitaire, une épreuve psychologique aussi intense que le défi physique. Sébastien Josse aborde cette facette avec pragmatisme et résilience. Interrogé sur le rôle de la famille comme soutien essentiel face à des mois passés en mer, il explique la préparation spécifique à cette condition. « En réalité, on est conditionné et formé pour gérer cette solitude pendant la course, » affirme-t-il. Cette capacité à évoluer dans une bulle est le fruit d'un entraînement mental approfondi. « On est dans notre bulle, et au final, quand on appelle, c’est davantage pour rassurer nos proches que l’inverse. » Cette perspective révèle la force mentale des navigateurs, leur capacité à maintenir leur concentration et à gérer l'éloignement, tout en étant conscients de l'impact sur leur entourage.
La question de la présence des femmes dans la course au large est également un sujet d'actualité, et Sébastien Josse offre un éclairage sur les dynamiques actuelles. Il évoque sa participation à The Ocean Race aux côtés de Marie Riou, soulignant la rareté des navigatrices dans la discipline. « C’est très éprouvant la course au large. Marie Riou est issue de la voile olympique. Elle est triple championne du monde sur Nacra 17, un catamaran de sport. Cela fait 18 ans qu’elle est dans ce circuit-là, mais c’est très peu médiatisé. » Il explique une évolution naturelle de carrière pour de nombreuses sportives. « Naturellement, les navigateurs de l’olympisme s’orientent à partir de 30/35 ans vers la course au large. » Il salue les efforts pour une plus grande parité, tout en reconnaissant les défis. « On essaye maintenant d’avoir de la parité dans les équipages, mais elles sont peu nombreuses à pouvoir venir faire de la course au large. » Il cite des noms qui se sont imposés dans ce milieu exigeant : « Marie Riou, Clarisse Crémer, Sam Davies en font partie. Après il y a plus de femmes dans les petites séries. » Ces observations mettent en évidence l'exigence de la discipline et l'émergence progressive de figures féminines emblématiques.