La Route du Rhum, événement emblématique de la course au large, incarne une épopée transatlantique en solitaire qui a su, au fil des décennies, graver son nom dans la légende du sport nautique. Cette compétition prestigieuse, dont le départ se tient traditionnellement à Saint-Malo pour une arrivée spectaculaire en Guadeloupe, attire les plus grands noms de la voile, qu'ils soient marins amateurs ou professionnels, tous animés par la même passion pour l'océan et le dépassement de soi. L'édition à venir s'annonce particulièrement riche en défis et en rebondissements, réunissant sur la ligne de départ une flotte diversifiée de 118 skippers officiellement inscrits, prêts à affronter les éléments de l'Atlantique. L'histoire de la Route du Rhum est également jalonnée par des partenariats essentiels, où de grandes institutions financières ont joué un rôle déterminant dans le soutien des ambitions des marins et le développement technologique des navires. Cet article explore cette relation symbiotique, en retraçant l'engagement historique du Crédit Agricole aux côtés de figures marquantes, jusqu'à l'implication contemporaine et ambitieuse du Crédit Mutuel dans la course au large.
L'Épopée des Multicoques et le Soutien Précurseur du Crédit Agricole avec Philippe Jeantot
L'histoire de la course au large et de ses acteurs majeurs est indissociable du soutien de partenaires financiers audacieux. Philippe Jeantot, figure emblématique de la voile française, fut un exemple frappant de cette alliance entre talent sportif et mécénat. Après avoir remporté deux BOC Challenge, des courses autour du monde avec escales, et avant de créer le fameux Vendée Globe, le skipper vendéen bénéficiait du parrainage du Crédit Agricole. Ce soutien d'envergure mit à sa disposition des moyens considérables, lui permettant de se tourner naturellement vers la conception et la construction d'un multicoque pour deux saisons. C'est ainsi que les plans de son catamaran furent confiés à Gilles Ollier, avec une construction réalisée au chantier Multiplast, qui n'était pas encore installé à Vannes à cette époque.
Le bateau en question représentait une amélioration du célèbre Jet Services 2 de Patrick Morvan, témoignant d'une volonté constante d'innover et de repousser les limites technologiques de l'époque. Philippe Jeantot était reconnu pour sa réputation de "tirer sur ses bateaux", exigeant le maximum de ses machines. Le passage du monocoque au multicoque, dans ces conditions de recherche de performance extrême, ne fut pas sans son lot de difficultés et de drames. Le skipper connut des incidents majeurs, notamment des chavirages et des démâtages, qui sont des épreuves redoutables en haute mer. Plus tragiquement encore, il fut confronté à la disparition d'un équipier en octobre 1984, un rappel brutal des risques inhérents à la course au large. Malgré ces épreuves, les deux saisons sous les couleurs du Crédit Agricole furent également le théâtre de très belles victoires, dont la mémorable Tour de l'Europe en 1985, marquant l'empreinte indélébile de Philippe Jeantot et de son sponsor dans l'histoire de la voile.
L'évolution du bateau de Philippe Jeantot ne s'arrêta pas là. À l'époque, Bruno Peyron nourrissait déjà le projet de lancer la construction d'un catamaran de 30 mètres avec Gilles Ollier et Multiplast. Cependant, les règlements allaient changer de manière significative, ramenant la longueur maximale des bateaux à 18,28 mètres. Face à cette nouvelle contrainte, le projet initial de maxi-catamaran de Bruno Peyron fut abandonné. C'est dans ce contexte que Bruno Peyron reprit le catamaran de Philippe Jeantot. Le navire fut alors raccourci pour se conformer à la nouvelle jauge de 18,28 mètres et fut doté d'un mât aile, une avancée technologique pour l'époque, afin d'optimiser ses performances. Malheureusement, Bruno Peyron se trouva souvent en difficulté pour trouver des sponsors réguliers. Le bateau, malgré les vicissitudes, servit de base et de navire de relations publiques pour l'opération Jules Verne, notamment lors du tour du monde sur Commodore Explorer et plus tard durant les tentatives de record du Trophée Jules Verne sous les couleurs d'Orange. L'histoire de ce multicoque se poursuivit encore, le catamaran étant finalement vendu en juin 2019 à un nouveau propriétaire, quittant Lorient le 19 juin pour Antigua. En 2009, il avait été entièrement remis à neuf pour une Route du Rhum avec Servane Escofier, témoignant de sa longévité et de son importance dans le paysage de la course.
L'Engagement Moderne du Crédit Mutuel et les Ambitions de Ian Lipinski
Aujourd'hui, l'engagement des institutions financières dans la course au large continue de jouer un rôle primordial. Le Crédit Mutuel, à travers son partenariat avec le skipper Ian Lipinski, illustre parfaitement cette dynamique contemporaine, combinant soutien humain, technologique et sportif. Ian Lipinski, skipper du Class40 Crédit Mutuel, a participé à la 12e édition de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, où il a franchi la ligne d’arrivée à Pointe-à-Pitre à 04h23 le 26 novembre. Sa performance, qui s'est soldée par une 13e place après 16 jours 14 heures 8 minutes et 46 secondes de course, le plaçait à 2 jours 11 heures et 06 secondes du brillant vainqueur, Yoann Richomme (Paprec-Arkéa). Sur la distance théorique de 3510 milles (soit 6500 kilomètres), le bateau Crédit Mutuel a progressé à une vitesse moyenne de 8,9 nœuds.
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La course de Ian Lipinski fut marquée par des péripéties techniques qui mirent à rude épreuve sa détermination. Pénalisé par des incidents survenus au plus mauvais moment, il a tout donné pour aller au bout de sa première Route du Rhum, malgré l'impossibilité d'atteindre ses objectifs initiaux. Cinq jours seulement après le départ, le skipper du Class40 a connu une avarie de gréement, le contraignant à changer de cap et à déployer des efforts considérables pour pouvoir monter au mât et réparer ces incidents en cascade. Cette situation, hautement exigeante, fut un premier coup dur. Trois jours plus tard, alors qu'il avait retrouvé un bon rythme de croisière, Ian Lipinski a subi un choc avec un objet flottant non identifié, événement qui causa la déformation du profil du voile de quille. Cette avarie, cruciale pour l'hydrodynamisme, porta atteinte de manière significative aux performances du bateau.
Ian Lipinski a partagé son ressenti sur ces épreuves : « Pendant trois jours, j'ai réussi à faire la course, puis j'ai eu un problème technique qui m'a sorti du jeu. Après l’avoir accepté et digéré, alors que ça allait être intéressant, dans des conditions parfaites pour mon bateau, j'ai tapé quelque chose aux Açores. La quille était touchée et pendant huit jours, j'ai couru moins vite que prévu. Situation étrange, j'étais enfin dans les alizés après une semaine difficile, c'était plutôt agréable sous le soleil et sous spi au portant… et en même temps hyper frustrant parce que la vitesse n’était pas celle espérée. Je n'ai donc pas pu batailler devant alors que c’était mon objectif initial. » Cette déclaration illustre la complexité et la frustration que peuvent ressentir les marins face aux aléas techniques, même après des années de préparation.
Malgré ces difficultés, Ian Lipinski, habitué des podiums depuis la mise à l’eau du Class40 Crédit Mutuel en août 2019, se projette déjà vers l'avenir avec son partenaire. La collaboration avec Crédit Mutuel Alliance Fédérale a été reconduite pour un programme de quatre ans, une marque de confiance significative. Des études sont en cours pour la construction d’un nouveau Class40, destiné à être le fer de lance de ce partenariat renouvelé. Des objectifs sportifs majeurs sont d'ores et déjà fixés, avec The Transat CIC en mai 2024 comme première étape cruciale. En 2026, la Route du Rhum viendra conclure ce second programme sportif pour Crédit Mutuel et son skipper, démontrant une ambition intacte. La 12e édition de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, riche d’enseignements, a permis à Ian Lipinski et à l’architecte David Raison d’étudier la concurrence et de définir les moyens à déployer pour y répondre. Les élus et collaborateurs de Crédit Mutuel Alliance Fédérale ont exprimé leur fierté face à cette performance, saluant l’implication et la détermination inébranlables de Ian Lipinski. Ils soulignent que l’aventure humaine et technologique vécue avec Ian depuis quatre ans n’en est qu’à ses débuts, et que Ian Lipinski a fait preuve d’une combativité sans faille et d’un engagement exceptionnel. La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, reine des épreuves transatlantiques et compétition extrêmement difficile, a permis à Ian d'acquérir une expérience précieuse qui sera utile pour les prochaines épreuves. Ainsi, Crédit Mutuel, vainqueur de la Globe40, fera figure de favori pour cette nouvelle édition de la Route du Rhum dans la catégorie Class40, porté par l'expérience et la détermination de son skipper.
La Route du Rhum 2026 : Un Panaroma Compétitif à Travers les Classes
L'édition 2026 de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe s'annonce comme un événement majeur, promettant des confrontations intenses et une démonstration éclatante de la diversité et de l'innovation dans la course au large. Cent dix-huit skippers, qu'ils soient amateurs ou professionnels, sont officiellement inscrits en ce 16 avril 2026, prêts à s'élancer de Saint-Malo. Les noms prestigieux de Charles Caudrelier, Armel Le Cléac’h, Thomas Coville, Jérémie Beyou, Élodie Bonafous, Francis Joyon, ou encore Jean Le Cam figurent parmi les participants, garantissant un plateau de très haut niveau.
La Classe Ultim : Un Duel de Géants Indécis
Quatre ans après la victoire de Charles Caudrelier sur son Maxi Edmond de Rothschild, le match des maxi-trimarans Ultim s’annonce particulièrement indécis. Le tenant du titre est de nouveau en lice, mais fait face à de nombreuses inconnues. Il n’aura eu que quelques mois pour prendre en main son nouveau bateau, Gitana 18, ce qui représente un défi de taille dans cette classe ultra-technologique. Charles Caudrelier exprime cet enthousiasme teinté de réalisme : « La Route du Rhum, c’est de loin ma course préférée, celle à laquelle j’ai toujours rêvé de participer. Je me souviens être devant ma télé quand Laurent Bourgnon passait le Cap Fréhel en tête, ça me paraissait inaccessible. C’est toujours difficile de réaliser que je fais désormais partie de cette histoire avec ma victoire il y a quatre ans. Cette année, la dynamique est différente pour moi avec ce nouveau bateau puisqu’il faut du temps pour le mettre au point. »
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De son côté, Armel Le Cléac’h, à bord du Maxi Banque Populaire XI, s’élance pour la cinquième fois sur cette transatlantique légendaire. Il rêve d’une victoire qu’il n’a jamais connue sur la Route du Rhum, une ambition qui le pousse à la performance. Il devra composer avec une concurrence féroce, notamment celle de Tom Laperche (SVR-Lazartigue), qui participe à la course pour la première fois et apporte une nouvelle énergie à la flotte. Thomas Coville (Sodebo Ultim 3), fraîchement recordman autour du monde en équipage sur le Trophée Jules Verne, représente également une menace sérieuse. Anthony Marchand (Actual Ultim 4), qui évolue avec l'ex-Gitana 17, le bateau tenant du titre, complète ce tableau de skippers de premier plan, promettant un spectacle nautique d'une rare intensité.
La Classe Imoca : Un Plateau Relevé pour des Batailles Serrées
À ce jour, 26 skippers sont attendus pour participer à la Route du Rhum dans la catégorie Imoca. Ici encore, le suspense sera à son comble tant les candidats à la victoire sont nombreux et le niveau particulièrement relevé. Thomas Ruyant (TR Racing) remettra son titre en jeu, lui qui disputera sa première transatlantique à bord d’un nouveau bateau, à l'image de Sébastien Simon (Groupe Dubreuil Air Caraïbes). Jérémie Beyou (Charal), qui a terminé 3e de la dernière édition et a remporté la Transat Café L’Or à l’automne, et Sam Goodchild (Macif Santé Prévoyance), lauréat de la Course des Caps, tiennent la corde dans les pronostics. Cependant, de nombreux outsiders aspirent à se mêler à la bagarre et à créer la surprise.
Parmi eux, des figures comme Élodie Bonafous (Association Petits Princes - Quéguiner), Fransesca Clapcich (11th Hour Racing), Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), Corentin Horeau (MACSF) ou encore Violette Dorange (Initiatives Coeur) promettent d'animer la course. Élodie Bonafous souligne l'importance de cet événement : « La Route du Rhum, c’est un événement majeur grâce à la reconnaissance du public et au niveau très relevé entre les marins. Forcément, on pense tous à Florence Arthaud, aux courses de légende, aux confrontations très serrées… Traverser l’Atlantique n’a rien d’anodin, surtout avec les conditions difficiles qu’on peut rencontrer en début de course. En Imoca, le plateau sera relevé avec pas mal de pointures. Il y a beaucoup de gros potentiels. De mon côté, j’apprends toujours en solitaire. » Après une année de transition en 2025, la flotte Imoca retrouve des couleurs en 2026, prête à offrir des moments de navigation mémorables.
La Classe Ocean Fifty : Le Suspense comme Seconde Nature
Chez les trimarans de 50 pieds (soit 15,24 mètres), le suspense est une seconde nature, une caractéristique inhérente à cette catégorie. Il y a quatre ans, seulement 18 minutes séparaient le premier (Erwan Le Roux) du deuxième (Quentin Vlamynck), un écart infime après des milliers de milles parcourus. Le scénario s’annonce tout aussi incertain pour l'édition à venir au sein d’une classe où le niveau ne cesse de se densifier. Chaque skipper possède ses propres atouts et points forts, ce qui rend la compétition d'autant plus imprévisible. Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en peloton) apporte son expérience précieuse, tandis que Pierre Quiroga (Wewise) n’en finit plus de progresser, démontrant une ascension constante dans la hiérarchie. Basile Bourgnon (Edenred) a pour lui la fougue de la jeunesse, une énergie débordante qui peut faire la différence.
Thibaut Vauchel-Camus, qui sera au départ de la Route du Rhum 2026, partage sa motivation profonde : « Gamin, j’ai eu la chance d’assister aux arrivées en Guadeloupe, voir le visage de ces marins avec les yeux qui brillent, c’est toujours un festival d’émotions. J’y retourne parce que personne n’a pu soigner mon addiction (rires) ! Nous avons la chance, en Ocean Fifty, d’avoir un plateau fabuleux avec des jeunes, des expérimentés, des fougueux et surtout de très bons skippers. Il y a une diversité de profils et nos saisons permettent de connaître les bateaux sur le bout des doigts. » Cet engagement passionné et la diversité des profils promettent une course captivante dans cette catégorie.
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La Classe Class40 : Un Nouveau Vainqueur et une Compétition Féroce
Pour la première fois depuis huit ans, la Class40 couronnera un nouveau vainqueur, l'ancien double tenant du titre, Yoann Richomme, évoluant désormais en Imoca, ne participant pas à cette édition. Cette situation ouvre grand les portes à une multitude de prétendants dans cette classe qui connaît un développement constant. Le jeu s’annonce totalement ouvert tant les candidats à la victoire se bousculent. Corentin Douguet (SNSM, Faites un don !), qui avait terminé troisième il y a quatre ans et qui a depuis lors fini toutes les courses sur son nouveau bateau aux deux premières places, pourrait faire office de favori légitime.
Cependant, de nombreux outsiders se positionnent également pour la victoire, notamment Fabien Delahaye (Legallais), Ian Lipinski (Crédit Mutuel) dont l'engagement a été détaillé précédemment, Achille Nebout (Amarris), Alexis Loison (Réel), William Mathelin Moreaux (Patapain - Les Invincibles) ou encore Axel Tréhin. Il faudra également compter sur l’escouade italienne, avec Luca Rosetti (Maccaferri Futura), Matteo Sericano (Lucente) et Andrea Fornaro (Influence 2), qui apporteront une touche internationale à la compétition. Vincent Riou, skipper de Pierreval-Fondation GoodPlanet, capture l'essence de la course : « La Route du Rhum, c’est la plus belle des transatlantiques. L’engouement doit beaucoup à l’histoire mais aussi à la simplicité de la course entre Saint-Malo et la Guadeloupe, un parcours aussi simple qu’engagé. Quand tu es skipper Class40, la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, ce sont nos Jeux olympiques ! Dans la classe, il y a facilement plus d’une dizaine de skippers qui peuvent l’emporter. Le niveau de performance est particulièrement élevé et le fait que la course soit en solitaire va redonner du jeu et augmenter le suspense. »
Les Classes Vintage : La Légende en Mouvement
Les multicoques ont, de tout temps, marqué l’histoire de la Route du Rhum de leur empreinte. Grâce aux classes Vintage Multi et Vintage Mono, autrefois appelées Rhum Multi et Rhum Mono, cette histoire continue de s'écrire au présent. Ces catégories permettent de donner une nouvelle vie à des bateaux qui ont contribué à forger la légende de la course au large, tout en intégrant des préoccupations contemporaines.
Vintage Multi : Des skippers de renom se sont attachés à restaurer et à faire naviguer des Orma, ces trimarans mythiques qui ont jalonné les grandes heures de la course. Ce sera le cas de Damien Seguin (ARKEA - Handicap International), Francis Joyon (Pour les Oceans), Éric Péron (French Touch Oceans Club) et Gilles Lamiré (Groupe GCA). Par ailleurs, les critères de sélection ont été modifiés pour cette édition, accordant un soin particulier aux préoccupations environnementales dans la conception et la préparation des bateaux. Damien Seguin partage son attachement à cette course : « C’est une course à part qui a beaucoup compté dans ma passion pour la course au large. J’ai grandi en Guadeloupe, j’avais 10 ans lors de la victoire de Florence Arthaud et j’ai de nombreux souvenirs de la Route du Rhum. Je suis très heureux d’y participer pour la 5e fois à bord d’un multicoque. Le fait qu’il y ait autant d’Orma, des bateaux qui ont contribué à la légende de la Route du Rhum, c’est vraiment génial. » Il est également à noter qu'Éric Loizeau reprend la barre du trimaran Flo, l'ancien Pierre 1er de Florence Arthaud, ajoutant une touche d'histoire vivante à la course.
Vintage Mono : Dans la catégorie Vintage Mono, ils devraient être treize sur la ligne de départ. Tous ces marins s’attachent à faire vivre des bateaux d’antan, tout en recherchant la performance et le dépassement de soi. Composée en grande partie d’amateurs éclairés, cette catégorie est un concentré de belles histoires de mer. Sur la ligne de départ, on comptera trois cinquante pieds monotypes : ceux de Patrick Isoard (USHIP pour Enfants du Mékong), Titouan Pilliard (Use it Again for youth) et Tanguy Caradec (Eurvad). L’aventure de Tanguy est particulièrement riche en symboles, lui qui s’inscrit dans les pas de son père, Loïc, tragiquement disparu lors de l’édition 1986. Wilfried Clerton, de son côté, s’élance pour la troisième fois à bord du mythique Kriter VIII. Il faudra également garder un œil attentif sur Jean Le Cam, figure emblématique de la course au large, qui disputera la transatlantique à bord d’un Swan 59 qu’il rénove avec passion depuis quatre ans.
Jean Le Cam, surnommé le « Roi Jean », exprime sa vision unique de la course : « La première image qui me vient en tête en pensant à la Route du Rhum, c’est Mike Birch et Michel Malinovsky et cette arrivée qui a fait basculer la course dans la légende. J’avais envie d’y concourir en écrivant une autre histoire à bord de bateaux qui vont moins vite, qui tapent moins. Depuis quatre ans, je rénove un Swan 59 : j’ai essayé de garder un esprit vintage, du bois, tout en le dotant de technologie moderne. Mais je sais que ce ne sera pas de tout repos cette course. Dans une catégorie avec des bateaux très différents, c’est difficile d’avoir une idée du résultat. » Son bateau, l'ex-Pegasus of Northumberland, un Open 50 avec lequel Tanguy Caradec participera également à la Route du Rhum 2026, illustre cette démarche de préservation et d'adaptation, amarré au môle Caradec à La Trinité-sur-Mer.
La Stratégie Complexe de la Traversée Atlantique
La descente de l’Atlantique, bien qu'elle fasse partie du « quotidien » des coureurs au large français, peut se révéler redoutable pour tous les participants. Le choix de la route est une décision stratégique cruciale, souvent dictée par les conditions météorologiques. Généralement, deux options principales sont à l'étude : l’une par le sud, l’autre par le nord.
La route sud, bien que plus longue en milles, implique de faire glisser la flotte au plus près des côtes ibériques et de l’Afrique du Nord, idéalement jusqu’aux Canaries. Cette trajectoire se révèle souvent optimale car elle permet aux bateaux d'avancer au portant, leur allure la plus rapide et la plus efficace. Les alizés, vents réguliers venant de l'est, sont l'objectif principal de cette route, propulsant les voiliers vers les Antilles.
L’autre route, dite nord, pousse en réalité la flotte vers l’ouest, cherchant à passer de l'autre côté des systèmes dépressionnaires de l'Atlantique. Le choix entre ces deux routes, Nord ou Sud, est principalement dicté par le déplacement des dépressions automnales. Ce flux, qui provient du Nord-Est, traverse l’Atlantique nord et propulse les voiliers d’un bout à l’autre… en principe. Il faut parfois descendre très au sud pour les toucher, comme cela a été le cas récemment, jusqu’aux îles du Cap-Vert, pour trouver les conditions de vent favorables. La navigation est rendue particulièrement délicate par l’imprécision des fichiers météo, souvent pris de vitesse par les changements rapides et imprévisibles des conditions atmosphériques en mer. Cette incertitude ajoute une dimension tactique et un défi constant pour les skippers qui doivent adapter leur stratégie en temps réel.