Le Vendée Globe, souvent qualifié de l'Everest des mers, demeure la course à la voile la plus éprouvante au monde, un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Cette compétition mythique met à l'épreuve non seulement les compétences nautiques des skippers, mais aussi leur résilience physique et mentale face aux éléments déchaînés et à l'isolement. La diversité des participants apporte à la course une richesse des cultures et de détermination à travers le monde, chacun portant en lui une histoire, un défi, et une stratégie pour affronter l'immensité océanique. Au-delà de la performance technique des bateaux ultra-performants, la survie et le bien-être des marins sont intrinsèquement liés à une gestion méticuleuse de leurs ressources, parmi lesquelles l'alimentation joue un rôle fondamental, parfois poussée à ses limites les plus extrêmes.
Les Visages du Courage : Héros et Défis du Vendée Globe
Chaque édition du Vendée Globe est le théâtre d'exploits humains et de récits poignants, portés par des marins aux parcours singuliers. Parmi les figures emblématiques de cette course, on retrouve des vétérans et des nouveaux venus, tous animés par la même passion pour le large et la soif de l'aventure. Le doyen de cette course, Jean LE CAM, surnommé « Le Roi Jean », incarne l'expérience et la sagesse, un marin respecté par ses pairs et le public.
Yannick BESTAVEN, le dernier champion en titre en 2020, se relance le défi pour sa 3e participation au Vendée Globe. Sa victoire de la dernière édition fut remarquable, car il n’a pas été le premier à franchir la ligne d’arrivée, mais a été déclaré vainqueur grâce à une compensation de 10 heures et 15 minutes pour sa participation au sauvetage de Kevin ESCOFFIER, un acte de solidarité salué par tous. Avec une formation d’ingénieur, il est également co-concepteur de l’hydrogénérateur, témoignant de son implication technique dans le monde de la voile.
Un autre marin dont le parcours est marqué par une reconversion audacieuse est Fabrice AMEDEO. Ancien journaliste pour le Figaro, il décide de se consacrer entièrement à sa passion pour la voile et devenir skipper professionnel, se préparant ainsi pour sa deuxième participation à cette épreuve exigeante. L'engagement et la persévérance sont également illustrés par la troisième participation pour le skipper Romain ATTANASIO, originaire des Hautes-Alpes. Son chemin a été semé d'embûches, comme en septembre dernier, alors que le départ de la course approche, il démâte en pleine nuit en tapant sur une vague. Ce fut un véritable cauchemar pour le skipper qui a dû trouver pas moins de 500 000 € pour réparer son bateau et pouvoir espérer prendre le départ du Vendée Globe, démontrant une détermination sans faille.
De nouveau dans la course avec un tout nouveau bateau à foils, Maxime SOREL décide de viser plus haut pour sa deuxième participation au Vendée Globe, cherchant à tirer parti des dernières innovations technologiques. Parmi les plus beaux palmarès de la course au large, Jérémie BEYOU, impatient de reprendre sa revanche suite aux contraintes rencontrées lors de la dernière édition qui lui a valu un aller-retour aux Sables d’Olonne 9 jours après le départ officiel. Équipé d'un monocoque à la pointe de la technologie en partenariat avec Charal, son bateau fait partie des leaders des bateaux volants pouvant maintenir une vitesse moyenne très élevée, soulignant l'évolution constante de la conception des IMOCA.
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Arnaud BOISSIERES, amoureux des mers du globe, natif de Bordeaux avant de venir vivre aux Sables d’Olonne, est le seul skipper ayant terminé les quatre derniers tours du monde, ce qui fait de lui l’un des chouchous du public et des sablais, symbole de régularité et d'endurance. Arrivé sur le podium de la dernière édition, Louis BURTON a dû faire face au fil des années à de nombreux rebondissements, comme des démâtages lors de la Transat Jacques Vabre en 2021 et la Route du Rhum en 2022, prouvant que la course au large est synonyme d'incertitudes et de défis constants.
Manuel COUSIN, le skipper de 55 ans, ayant son port d’attache aux Sables d’Olonne, a également connu sa part de difficultés, ayant vu son vérin de quille se briser lors de la dernière édition, un incident majeur compromettant la performance et la sécurité. L'histoire du Vendée Globe est aussi celle de performances féminines remarquables, avec Clarisse CRÉMER, la femme la plus rapide de l’histoire du Vendée Globe, son record féminin de 87 jours marquant une étape importante pour la voile féminine.
Charlie DALIN, arrivé sur le podium de la dernière édition, sent comme un goût d’inachevé, après la première place qui lui est passée sous le nez lors du calcul de la bonification offrant la victoire à Yannick BESTAVEN. Déterminé à terminer en haut du podium du Vendée Globe, Charlie DALIN revient avec un tout nouveau bateau ultra-performant, prêt à conquérir la victoire. Sa détermination s'est concrétisée, puisque le 14 janvier 2025, Charlie Dalin entrait dans l'histoire en remportant le Vendée Globe, après 64 jours, 19 heures et 22 minutes de navigation, faisant de lui une légende de la course. Ce que le public ignorait encore, c'est que cette victoire était bien plus qu'une performance sportive : c'était un exploit face à la maladie. À l'automne 2023, le navigateur originaire du Havre apprend qu'il est atteint d'une forme rare de cancer : une tumeur stromale gastro-intestinale (GIST) de 15 cm, une forme rare de cancer logée à l'extérieur de l'intestin grêle. "Tu prends un bus dans la tête et tu ne sais pas ce qui t’arrive", confie-t-il dans un entretien accordé à L’Equipe pour la sortie de son livre, jeudi 9 octobre, La Force du destin (éd. Gallimard). "Dans le ventre, j’avais une tumeur de la taille d’un pamplemousse, raconte le skipper au Parisien. Une taille si importante que les médecins pensaient qu’elle était là depuis plusieurs années." Les tumeurs stromales gastro-intestinales, issues de mutations génétiques (C-KIT ou PDGFRA), sont souvent silencieuses, mais peuvent provoquer douleurs abdominales, vomissements ou hémorragies digestives à un stade avancé. "[Elles] ont souvent une croissance lente, mais elles présentent un large éventail de potentiels malins", précise le Manuel MSD. Privé de la course Transat Jacques Vabre, Charlie Dalin entame un traitement quotidien lourd, qu'il finira par poursuivre même en mer. En 2024, il reprend la compétition : Transat CIC, New York-Les Sables, qu’il remporte malgré une grande fatigue. Puis en novembre, il prend le départ du Vendée Globe, avec à bord son pilulier. "Ce n’est plus le même traitement, c’est plus dur". Arrivé triomphant aux Sables-d’Olonne, Charlie Dalin savoure sa victoire : "Gagner dans ce contexte, avec un pamplemousse dans le bide, c’est incroyable". Mais l’euphorie est de courte durée. Six semaines plus tard, les douleurs reviennent. Le scanner révèle une progression de la tumeur. L’ablation chirurgicale, recommandée pour ce type de cancer rare, est inévitable. Trois semaines d’hospitalisation, sans alimentation, et une convalescence difficile : "En quelques jours, je passe de l’apogée de ma carrière à un moment ultra-dur." Aujourd’hui, le skipper de 41 ans met sa carrière en pause. "Ce n’est plus le même traitement, c’est plus dur. Je vais tout faire pour pouvoir revenir sur l’eau le plus rapidement possible", affirme-t-il. Le Vendée Globe 2028 est hors de portée, mais il n’abandonne pas l’idée de revenir un jour sur les transatlantiques. "L’important, c’est d’avoir un objectif", insiste le navigateur, père d’un petit garçon. Avec La Force du destin, un livre coécrit avec Didier Ravon, Charlie Dalin livre un témoignage poignant, et porteur d’espoir, illustrant la force intérieure requise pour surmonter des épreuves personnelles inimaginables en pleine performance sportive.
Après 8 ans d'absence, le skipper Paul MEILHAT est de retour pour sa deuxième édition après un beau palmarès durant les 10 dernières années, signe de sa persévérance et de son désir de renouer avec la course au large. Pour sa 3e participation au Vendée Globe, Thomas RUYANT est décrit comme un skipper méthodique, technique et passionné, des qualités essentielles pour naviguer en solitaire autour du monde. Damien SEGUIN, emblème du Vendée Globe, est le premier skipper handisport (il est né sans main gauche) à avoir terminé un Vendée Globe. Champion paralympique multimédaillé, vainqueur du tour de France à la voile, il possède un palmarès ahurissant lui permettant de faire passer un message symbolique fort : le handicap n’est pas un obstacle, une source d'inspiration pour de nombreux.
Dévoré par son échec de l’édition 2020 suite à un objet flottant lui contraignant d’abandonner au large du Cap de Bonne Espérance, Sébastien SIMON revient en force avec une seule idée en tête, terminer la course. Originaire des Sables d’Olonne, son sponsor vendéen Groupe Dubreuil l’a recontacté pour retenter sa chance en 2024, soulignant la fidélité et la confiance de ses partenaires. C’est à travers l’écriture qu'Isabelle JOSCHKE reprend goût de repartir pour l’aventure du VG2024 après avoir fini hors course en 2020. Un échec qu’elle prend à cœur puisqu’elle souhaite mettre fin à la course au large à la suite de nombreuses déceptions, une décision remise en question puisque son sponsor lui propose de retenter l’expérience, montrant la complexité des émotions et des choix dans cette discipline exigeante. Avec une équipe handivalide depuis 2010, Éric BELLION s’est lancé dans le Vendée Globe 2016 terminant en première position en tant que bizuth, démontrant que l'innovation et l'inclusion peuvent mener à des succès remarquables.
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Le Carburant du Marin : L'Alimentation, entre Survie et Réconfort
Dans cette course où chaque calorie compte, l'alimentation dépasse sa simple fonction physiologique pour devenir un pilier du moral et de la performance. Tous les marins du Vendée Globe pourraient s’approprier un slogan pour une marque de fromage qui est resté dans les mémoires collectives : « bien manger, c’est le début du bonheur » ! Une affirmation qui prend encore plus son sens au large, où les conditions extrêmes magnifient l'importance des apports nutritifs tout au long de la course, mais aussi l’aspect réconfort et plaisir de la nourriture qui est toujours plus prégnant pour les marins.
C’est ce que rappellent les souvenirs de la précédente édition, où après la première forte dépression traversée, Damien Seguin (Groupe APICIL) disait apprécier un morceau de Beaufort, une touche de terroir en plein océan. De son côté, Boris Herrmann (Malizia - Seaexplorer) expliquait s’être concocté un « petit apéro », un instant de détente pour briser la routine. Un peu plus tard, Clarisse Crémer (actuellement L'Occitanie en Provence) s’offrait un bon pamplemousse, une source de vitamine et de fraîcheur bienvenue, tandis qu'Alexis Barrier (TSE-4MyPlanet) détaillait le plaisir d’avoir retrouvé du chocolat fondu, une indulgence sucrée précieuse. Une nuit, Romain Attanasio (actuel Fortinet - Best Western), lui, s’était mis à table… Dans ses rêves. Lors d’une vacation, il racontait en effet : « j’ai rêvé que je mangeais un steak-frites. J’ai approché ma fourchette vers ma bouche mais il n’y avait rien. Du coup, je me suis réveillé en sursaut ! » Cette anecdote illustre à merveille la privation et le désir de nourriture "terrestre" que peuvent ressentir les skippers.
Ainsi, les skippers embarquent près de 150 kilos de nourriture pour tenir entre 70 à 100 jours de mer. Cet avitaillement est l’objet de toutes les attentions et pour cause. Tout le monde a encore en tête Armel Le Cléac’h, vainqueur du Vendée Globe 2016, qui avait perdu 8 kg après avoir trop puisé dans ses réserves dans les mers du Sud. Car il faut impérativement se restaurer pour tenir, résister à la fatigue, et conserver la motivation en passant des semaines entières dans le chaos des océans Indien et Pacifique.
Entre Lyophilisés et Appertisés : Stratégies et Innovations Culinaires
Pour tous les marins, la base alimentaire est identique, composée de préparations lyophilisées (déshydratées) et d'autres appertisées (sous vide). Les choix et les préférences varient cependant d'un skipper à l'autre. « Je fais un mélange entre les deux », explique Manuel Cousin qui reconnaît « avoir eu du mal à finir les lyophilisés en fin de Vendée Globe ». Ce témoignage est corroboré par Alan Roura (Hublot) qui concède : « Je crois que mon corps n’accepte plus les lyophilisés, ça ne passe pas ». Il préfère les plats appertisés, et tant pis si « c’est plus lourd », le poids étant un facteur crucial à bord d'un IMOCA. Cette divergence de préférences met en lumière l'importance d'une alimentation personnalisée, adaptée aux goûts et à la physiologie de chaque marin.
Jérémie Beyou (Charal), qui s’élance pour une 5e participation, aime quant à lui « préparer lui-même ses repas ». Il adopte une approche plus gastronomique en mer : « J’ouvre plusieurs sachets : un pour les légumes, l’autre pour la viande et j’ajoute ensuite des condiments », détaille-t-il. « Ça me prend un peu plus de temps mais je trouve ça plus appréciable, un peu comme se préparer à manger à terre ». Via son sponsor, Jérémie a également développé une gamme de produits lyophilisés (Charal Sport), témoignant d'une recherche constante d'amélioration de la qualité des repas embarqués.
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D’un bateau à l’autre, on retrouve souvent les mêmes compositions de repas traditionnels, adaptés aux contraintes du large : parmentier, boulettes de viande, poulet tikka massala, Dahl de lentilles corail, salade thaïe, lotte aux épices et puis les recettes à base de riz, de pâtes, de semoule. Même si les progrès sont manifestes ces dernières années, à l’image de l’implication du chef étoilé Éric Guérin qui fournit plusieurs skippers, les marins concèdent que « les plats reviennent souvent », dixit Manu Cousin, soulignant la monotonie potentielle de l'alimentation en mer.
Les Goûts de l'Océan : Quand la Lassitude Gagne les Estomacs
Surtout, les goûts en mer sont parfois différents des goûts à terre. « Il y a des plats que j’aime beaucoup à la maison mais qui ne me plaisent pas trop en mer », confie Manu Cousin, illustrant la transformation des préférences gustatives sous l'effet du stress, de la fatigue et de l'environnement salin. « Les goûts évoluent au fil des années, encore plus au large qu’à terre », abonde Jérémie Beyou, confirmant cette adaptation sensorielle. Entre les repas, les skippers disposent de snacks, précieux notamment pendant les efforts intenses liés aux manœuvres ou au matossage. Le marin de Charal apprécie notamment la viande séchée et les oléagineux (noisettes, noix, noix de cajou), des sources d'énergie compactes et nutritives.
Les concurrents n’étant pas des robots, la dimension plaisir n'est jamais oubliée avec la nourriture. « Je garde toujours un peu de chocolat et des bonbons, ça peut remonter le moral, sourit Alan Roura. Et puis tu sais qu’après plusieurs semaines de mer, avec un petit morceau de fromage sur du pain en conserve, tu peux prendre un plaisir monstrueux ! » Manu Cousin, lui aussi, se dit « gourmand ». Un de ses partenaires et amis, Patrick Gelencser, est maître chocolatier. Lors du dernier Vendée Globe, il lui avait confectionné des biscuits, des gâteaux au chocolat mais aussi de petites tablettes que Manu pouvait déguster au quotidien, des petites attentions qui font toute la différence dans l'isolement. Et pour en profiter pleinement, rien de mieux que de l’associer avec un bon café ! Le skipper de Coup de Pouce dispose à bord d’une machine à café manuelle qui fonctionne « avec une petite pompe ». « Il ne faut pas être pressé mais ça fonctionne très bien » s’amuse-t-il. Parfois, les marins doivent attendre plusieurs jours que la météo se calme avant de pouvoir se préparer un café, mais l’attente fait qu’il est encore meilleur, transformant un simple geste en un véritable moment de bonheur et de réconfort.
Pour les fêtes, un coffret Sodebo est distribué par Sodebo, partenaire majeur du Vendée Globe, à l’ensemble des marins engagés. Il comprend un repas de fête gourmand accompagné d’un petit message personnalisé, une initiative précieuse pour briser la solitude des moments clés.
Les Limites du Rationnement et les Surprises de l'Océan
La gestion de la nourriture devient un enjeu critique lorsque les conditions météorologiques ne sont pas clémentes. Les marins n'ont pas été gâtés par les conditions météo lors de certaines éditions, et les marins vont devoir être attentifs à la gestion de la nourriture jusqu'à l'arrivée aux Sables d'Olonne. Encore un peu de grains, des nuages, des zones de courant, les skippers en tête de course naviguent environ par 12-15 nœuds de vent d'Est-Nord-Est (environ 22 km/h). Les conditions météo sont parfois meilleures que ces derniers jours, mais l'édition du Vendée Globe, que l'on pensait plus rapide que les précédentes, est finalement souvent plus longue. Les marins n'ont pas été épargnés par les mauvaises conditions météo. Du coup, pour certains, il faut impérativement gérer ce qu'il reste en nourriture pour terminer le tour du monde.
Armel Tripon, à bord de l'Occitane en Provence, avait emmené 80 jours de nourriture, notamment des pâtes, du riz, de la semoule, mais aussi du chocolat et des plats lyophilisés, des plats déshydratés (en poudre) auxquels il suffit d’ajouter de l’eau chaude pour les consommer. Cela représente au total 200 kg de nourriture, une quantité significative par rapport, par exemple, à Arnaud Boissières qui, à son 4e tour du monde, s'est contenté d'embarquer entre 50 et 60 kg de nourriture, démontrant des stratégies d'avitaillement très différentes. Après 65 jours de course, Armel Tripon a dû se rationner, ne pensant pas arriver aux Sables d'Olonne avant mi-février, un décalage par rapport aux prévisions initiales. Un avantage tout de même : il est arrivé en climat tropical, et donc il avait moins besoin de manger que dans les grands froids, où les skippers dépensent davantage de calories, comme l'a expérimenté Armel Le Cléac'h qui avait perdu 8 kg. La planification de la nourriture doit donc anticiper ces variations de dépenses énergétiques, le skipper devrait essayer de se garder de la nourriture pour le golfe de Gascogne, réputé pour ses conditions souvent difficiles.
Yves Parlier et les Algues : L'Extrême Limite de l'Ingéniosité
L'histoire du Vendée Globe est jalonnée de situations extrêmes où l'ingéniosité et la résilience des marins sont poussées à leurs paroxysmes. L'un des récits les plus saisissants est celui d'Yves Parlier. En 2001, lors du 4e Vendée Globe, il s'est retrouvé plusieurs semaines sur les rochers d'une île en Nouvelle-Zélande : son mât s'est cassé et il a dû le réparer tout seul, un défi technique colossal en solitaire. Pour manger, il a puisé dans ses réserves de nourriture, mais face à la durée inattendue de son escale forcée, il a dû trouver des solutions alternatives. "Il s'est nourri avec des algues pendant un demi-tour du monde", se souvient le médecin du Vendée Globe, Jean-Yves Chauve. Ce fait incroyable témoigne d'une capacité d'adaptation et d'une volonté de survie hors du commun. Selon Jean-Yves Chauve, "On peut tenir longtemps sans avoir d'apports énergétiques extérieurs", une déclaration qui, bien que vraie dans des situations extrêmes, met en lumière les incroyables ressources du corps humain face à la privation, mais aussi les risques encourus.
D'autres marins ont également dû faire face à la pénurie. En 2008, lors de son premier Vendée Globe, Armel Le Cléac’h avait dû lui aussi taper dans ses réserves dans le grand Sud. À son arrivée aux Sables d'Olonne, il n'avait plus de nourriture et avait perdu près de 8 kg, une illustration concrète des conséquences d'une gestion tendue des provisions. En 2017, après une inondation à bord de son IMOCA TechnoFirst-Océan, c'est Sébastien Destremau qui s'est retrouvé au bout de ses réserves après plus de 115 jours de mer. Lui aussi, il a fallu qu'il pêche pour subvenir à ses besoins, montrant que la nature peut parfois offrir des ressources insoupçonnées aux marins les plus démunis. Ces histoires soulignent la précarité de la vie en mer et l'importance vitale de chaque calorie, de chaque morceau de nourriture embarqué.