L'abandon en compétition, qu'il s'agisse d'une course au large exigeante comme le Vendée Globe ou d'un marathon sur terre ferme, est un phénomène redouté des coureurs, mais tout de même fréquent. Derrière l'acronyme DNF, signifiant "Did Not Finish" ou "Ne pas terminer une course pour cause d’abandon", se cachent des histoires complexes de défaillances techniques, de blessures physiques, de limites mentales, et de conditions extérieures imprévisibles. Cette décision, souvent prise la mort dans l'âme, n'est jamais facile, mais elle peut parfois représenter un acte de lucidité, voire de survie. Explorer les motivations qui poussent un athlète à jeter l'éponge permet de mieux comprendre la nature même de l'engagement sportif et les défis inhérents à la haute performance.
L'Abandon en Voile de Haute Mer : Entre Avatars Techniques et Défaillances Physiques
Le monde de la voile océanique, avec ses défis extrêmes et ses contraintes uniques, est un terrain où l'abandon est une réalité palpable. Les skippers se préparent pendant des années, investissant un travail colossal avec leurs équipes, pour des courses comme le Vendée Globe, et pourtant, l'impensable peut survenir à tout moment.
Maxime, le skipper de V and B - Monbana - Mayenne, a été contraint de prendre la décision d’abandonner ce vendredi à la mi-journée. Cet abandon est survenu après seulement cinq jours de course, marquant le premier renoncement de cette édition. Les raisons de cet arrêt prématuré étaient multiples et interconnectées, soulignant la complexité des défis rencontrés en solitaire. Depuis le deuxième jour, sa cheville enflait à la suite d’un choc, alors qu'il tentait de réparer ses problèmes de hook et de rail de grand-voile. Une blessure physique, donc, conjuguée à une avarie matérielle cruciale.
Maxime a tenu à réagir et à s’expliquer sur les raisons de son abandon. Il a partagé son vécu : « Ma cheville est sérieusement endommagée depuis quatre jours. Elle n’a fait qu’enfler au fur et à mesure du temps et au fil des manœuvres que j’ai effectuées à bord notamment pour essayer de résoudre mes soucis importants de hook de grand-voile. » Cette douleur s'est avérée de plus en plus incapacitante : « Je souffre au point d’avoir des difficultés à bouger à bord de mon bateau. Désormais même au repos j’ai de grosses douleurs, je ne peux pas continuer à naviguer en pleine sécurité dans cet état. » La sécurité du skipper et l'intégrité de l'embarcation sont toujours les préoccupations primordiales, et une navigation en solitaire exige une capacité physique et mentale sans faille.
En parallèle de cette blessure physique invalidante, une avarie majeure sur la grand-voile rendait toute poursuite de la course impossible. Maxime a raconté les efforts déployés pour évaluer l'étendue des dégâts : « Cette nuit, sous Madère, je suis monté dans mon mât. J’ai réussi non sans mal à affaler ma grand-voile. J’ai constaté que le hook était bien cassé. » De surcroît, le problème ne s'arrêtait pas là : « Parallèlement, le rail de grand-voile est sacrément abîmé. » La gravité de cette avarie était telle qu'elle dépassait les capacités de réparation en mer, d'autant plus dans l'état de santé du skipper. Son équipe a d'ailleurs jugé ce problème de grand-voile « irréparable seul », surtout « avec autant de difficulté à poser son pied sur le pont. » Maxime a souligné l'ampleur de la tâche : « Avec ma douleur ou pas d’ailleurs, il est impossible de changer des portions de ce rail de grand-voile à trois mètres de haut. C’est un travail de chantier. » La combinaison d'une blessure physique grave et d'une avarie technique irréparable a rendu la décision d'abandon inévitable. La souffrance n'était pas seulement physique, mais aussi mentale, comme il l'a exprimé : « Je vous laisse imaginer ma souffrance physique et mentale. » Un abandon particulièrement lourd de sens, car il signifie la fin de quatre années de préparation intensive avec son équipe pour en arriver là. Malgré la frustration, il a souligné le positif : « malgré la trop grande frustration, c’est que cela va me booster pour la suite. J’ai donné tout ce que je pouvais. » Maxime était cette nuit à l’abri de Madère et va désormais s’attacher à passer des radios afin de réaliser au plus vite un diagnostic médical.
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D'autres skippers ont également fait face à l'inéluctable. Louis Burton, par exemple, a été contraint d'abandonner à son tour après avoir subi une "sérieuse avarie" aux portes de l'océan Indien. Déjà victime d'une avarie mi-novembre, le skipper de Bureau Vallée 3, 3ᵉ du dernier Vendée Globe, a tenté de réparer, en vain, un élément mécanique ne lui permettant "plus de manœuvrer" son bateau. En route vers Cape Town, en Afrique du Sud, il est devenu le deuxième concurrent à renoncer après Maxime Sorel. C'est "la mort dans l'âme" qu'il a mis un terme à son Vendée Globe. Cette nouvelle avarie, la deuxième depuis son départ des Sables-d'Olonne, le 10 novembre dernier, touchait "un élément mécanique du gréement qui ne lui permet plus de manœuvrer le bateau", a indiqué son équipe. Mercredi, "aux alentours de 13h" (heure de Paris), "Louis Burton a prévenu la direction de course du Vendée Globe et son équipe technique qu'il rencontrait une sérieuse avarie sur un élément mécanique du gréement de son Imoca", relate le communiqué des organisateurs. "Dix heures durant, le skipper de Bureau Vallée a cherché une solution pour réparer, en vain."
Sébastien Destremau, à la barre de Merci, a également annoncé son abandon définitif du 9e Vendée Globe à la suite d’une série d’avaries dont il est victime depuis plusieurs semaines. Avant de jeter l’éponge dans ce 9e Vendée Globe, Sébastien Destremau aura subi une série impressionnante d’avaries en tous genres à bord de son Imoca Merci. Le skipper, qui s’était classé dernier de l’édition 2016-2017, était en bonne santé et son Imoca pouvait encore naviguer en sécurité, mais la succession des problèmes, dont une avarie majeure où « La quille se balade », a eu raison de sa détermination. « Jour après jour, le dernier du Vendée Globe 2016-2017 a retardé l’échéance, jusqu’à l’inéluctable conclusion. » Sébastien Destremau a dit Adieu à sa course samedi matin et a prévenu le PC course de son abandon définitif. Il fait désormais route vers la Nouvelle-Zélande, en direction du port de Dunedin.
La Douleur Physique : Un Compagnon Implacable sur les Sentiers et les Mers
Qu'il s'agisse des vastes étendues océaniques ou des sentiers de montagne, la douleur physique est l'une des raisons les plus fréquentes et les plus difficiles à ignorer pour un abandon. Malheureusement, elle peut être monnaie courante lors d’un marathon ou d'une course de longue haleine. La distance reine ne pardonne pas et n’épargne personne. Au-delà des petits bobos et des gênes inconfortables, la douleur, elle, devient parfois insupportable. Tous les coureurs la redoutent, et pourtant… beaucoup y sont confrontés.
L'expérience de Maxime, dont la cheville "n’a fait qu’enfler au fur et à mesure du temps et au fil des manœuvres", illustre parfaitement ce point. L'incapacité à bouger à bord de son bateau, même au repos, avec de grosses douleurs, a rendu la poursuite de sa navigation en toute sécurité impossible. Cette situation rappelle que la prudence est de mise. Mieux vaut un abandon qu’une blessure à long terme. C’est a priori une des raisons les plus louables de jeter l’éponge. Cependant, soyons honnêtes, ce n’est loin d’être aussi simple que cela. On se découvre souvent une âme de guerrier, prêt à souffrir le martyr pour atteindre coûte que coûte ses objectifs. Mais alors, jusqu’où faut-il aller et quand faut-il décider de renoncer ?
Pour les coureurs de trail et de marathon, la douleur peut se manifester de multiples façons. L'expérience du syndrome de l'essuie-glace lors du trail des Templiers 2016 est un exemple concret de cette décision douloureuse. Même si la décision d'abandonner n'est jamais facile, l'expérience a fait réfléchir sur le seuil acceptable de souffrance. Il est difficile d'imaginer continuer 6 km avec "2 poteaux à la place des jambes", et si personne d'autre ne retient cet "exploit", à quoi bon pousser son corps à l'extrême ? L'analyse de la raison exacte est importante pour pouvoir repartir de l'avant. Pousser son corps au-delà de ses limites raisonnables peut avoir des conséquences désastreuses, comme cet exemple d'un finisher de l'UTMB qui, tout de suite après l'arrivée, s'est retrouvé à l’hôpital les reins flingués. Cet exemple brutal met en lumière l'importance de l'écoute de son corps et la nécessité de ne pas compromettre sa santé pour un simple accomplissement sportif, si glorieux soit-il.
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Le Poids du Mental et la Perte de Motivation : Au-delà de la Force Physique
Sur un marathon ou une course au large, au-delà de l’effort physique, la dimension mentale est extrêmement importante. En plus d’avoir les jambes en forme le jour de la course, il faut un mental d’acier pour avancer. Mais parfois, il y a des jours sans. Le stress, le froid et bien d’autres facteurs peuvent obliger à y faire face un jour. C’est un terme très souvent utilisé, et l’image parle d’elle-même.
L'abandon est souvent une affaire de gestion de notre amour-propre. Il est normal de "gamberger et de comprendre pourquoi" après l'abandon, sauf en cas de force majeure avérée, comme une blessure grave par exemple. Cependant, les raisons objectives qui ont rendu ces abandons possibles sont une chose, mais à notre niveau, un objectif essentiel doit primer : le plaisir. Ne pas courir pour personne d'autre que soi et accepter que rien n'oblige à se "taper 50 km et 4000 m de D+". La seule raison qui doit motiver, c'est le plaisir que l'on va en retirer. Dans ces conditions, il n'est pas, ou plutôt plus, question de galérer juste pour se dire que l'on l'a fait.
Il ne s'agit pas ici de la baisse de motivation ou de moral passagère, de la petite douleur, du petit coup de fringale ou de moins bien, mais d'un manque d'envie permanent qui s'installe. Bien sûr, une petite part de galère est normale sur une grosse distance et un grand dénivelé positif, mais la part de plaisir doit rester majeure. Le sentiment de Maxime, « tout a été magique du début à la fin même si j’ai l’impression que rien n’a été normal depuis mon départ dimanche », révèle une lutte interne entre le rêve et la réalité éprouvante. Le défi mental est d'autant plus intense quand les attentes sont élevées, avec des années de préparation. « Si on avait su ce qui allait se passer avant de prendre le départ du Vendée Globe, jamais on n’y retournerait, » exprime-t-il, soulignant l'impact psychologique des aléas.
Un aspect souvent sous-estimé est la variable de la facilité de rapatriement. Le fait de savoir à l'avance qu'un rapatriement sera plus ou moins facile peut, non pas inciter, mais ajouter une variable à la décision d'abandonner. Si l'on sait qu'il faudra "poirauter 2 h dans une grange humide et se taper 3 h de navette", on peut préférer galérer quelques heures de plus pour rallier l'arrivée. Par contre, se dire qu'en quelques minutes, on peut se retrouver sous la douche puis sous la couette, peut changer la donne. Ce facteur logistique, bien que pragmatique, peut peser lourd dans la balance mentale d'un athlète épuisé.
Les Facteurs Environnementaux et la Gestion de Course : L'Art de l'Anticipation et de l'Adaptation
Au-delà des problèmes intrinsèques aux athlètes ou à leur matériel, les conditions extérieures jouent un rôle prépondérant dans la décision d'abandonner. Que les conditions météorologiques soient "trop chaudes, trop de vent, trop de pluie, trop froid…", il n’est pas facile d’avancer. Quand les éléments se déchaînent, la difficulté s'accroît exponentiellement.
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Dans le cas de la course au large, la mer est un milieu naturellement hostile où les intempéries peuvent rendre la navigation dangereuse et les réparations impossibles. Pour les coureurs à pied, une chaleur écrasante peut aussi être éprouvante. Il faut boire régulièrement tout en s’alimentant régulièrement. Nous ne supportons pas tous ces conditions de la même manière. L'exemple du trail des passerelles de Monteynard 2013, où l'auteur a "failli abandonner à cause de la chaleur", avec sa femme se souvenant de son "arrivée en titubant", illustre bien les effets dévastateurs de conditions extrêmes.
Parallèlement aux conditions climatiques, une mauvaise gestion de course est une cause majeure d'abandon, surtout sur les longues distances. Plus la distance est longue, plus une mauvaise gestion de course peut être source d’abandon. Il est fréquent d'arriver "très fatigué le jour J" en raison d'une préparation "trop light" par rapport à la difficulté théorique de la course, ou à cause de conditions avant course (repos, diététique, stress…) mal gérées. La tentation de prendre un départ rapide, surtout lorsque l'on est très motivé et que l'on veut bien se placer dès la première difficulté, peut s'avérer contre-productive. Sans s'en rendre compte, on peut se mettre "vite dans le rouge".
À cela s'ajoutent souvent des erreurs de ravitaillement. Oublier de s'hydrater et de s'alimenter régulièrement est une faute courante. Du coup, on mange et boit de trop grosses doses d’un coup, ce qui peut entraîner des problèmes digestifs. Et puis, les conditions peuvent se gâter, la température chuter, et on a traîné à mettre son coupe-vent, ce qui expose à l'hypothermie. Parfois, la fatigue accumulée mène à la décision de faire un break au ravitaillement, voire un petit somme si l'on est sur une longue distance. Tous ces éléments combinés peuvent créer une spirale négative qui pousse à l'abandon. Analyser ce qui a pu se passer - préparation, conditions, départ, ravitaillement, météo - est crucial pour éviter de répéter les mêmes erreurs.