La trajectoire de Peter Blake, figure emblématique de la navigation mondiale, est celle d'un homme dont l'empreinte sur les océans dépasse la simple somme de ses victoires. Surnommé le « Tabarly des mers du Sud », ce marin néo-zélandais, né en 1948 à Bayswater, a su transformer sa passion pour la mer en une mission planétaire. Avec une stature imposante de 2,03 mètres et une détermination sans faille, il a marqué l'histoire du XXe siècle, avant de trouver une fin tragique en Amazonie. Cet article explore les facettes de cet homme hors du commun, depuis ses débuts prometteurs jusqu'à son engagement ultime pour la préservation des écosystèmes marins.
L'éveil d'une légende : des premiers milles à la Whitbread
L'histoire de Peter Blake avec l'océan commence très tôt, avec le port de Waitemata comme terrain de jeu. Passionné par l'architecture navale, ce géant blond moustachu a quitté sa Nouvelle-Zélande natale à l'âge de vingt-deux ans pour chercher un embarquement en Angleterre, mu par un goût prononcé pour l'aventure. Sa rencontre avec sir Robin Knox-Johnston, héros du premier tour du monde en solitaire, scelle son destin. Séduit par la force tranquille, la compétence et la convivialité du Néo-Zélandais, le skipper britannique l'embarque pour un convoyage jusqu'au Cap. Cette collaboration initiale débouche sur une victoire lors de la course Le Cap - Rio de Janeiro en janvier 1971, marquant le premier succès d'une longue série.
La Whitbread, course autour du monde en équipage, devient rapidement le pivot central de sa vie professionnelle. Bien que l'aventure 1973-1974 avec le Burton-Cutter se solde par un renoncement dans le Grand Sud face à des avaries techniques, Peter Blake ne se laisse pas abattre. Cette compétition internationale rythme son existence jusqu'en 1990, année de sa consécration. Blake n'était pas seulement un barreur redoutable ; c'était un tacticien hors pair, capable d'évoluer avec une aisance égale entre les bouées et au grand large. Sa capacité à s'entourer des meilleurs et son charisme naturel lui ont permis de transformer un « tout petit pays, où il y a plus de moutons que d'habitants », en une puissance maritime incontournable.
L'art du leadership et la conquête de l'America’s Cup
Au-delà de ses prouesses techniques, Peter Blake était admiré pour son leadership charismatique et son humilité. En Coupe de l'America, il était capable de s'effacer au profit de son équipe, préférant parfois occuper des postes moins prestigieux pour assurer le succès collectif. Son aura a permis à la Nouvelle-Zélande de se placer au centre des cartes océanographiques mondiales, menant le défi néo-zélandais à la victoire en 1995, puis à la défense du titre en 2000.
Ceux qui ont travaillé avec lui, comme Dean Barker, se souviennent d'une présence physique imposante : « Il suffisait qu'il rentre dans une pièce pour savoir qu'il était là ». Pourtant, derrière cette stature de granit et cette moustache légendaire, se cachait un regard malicieux, dépourvu de tout cynisme. Son succès reposait sur ce que les marins appellent « le sens de la mer », allié à un pragmatisme exemplaire. Il savait aller chercher l'argent nécessaire pour financer des défis d'envergure, faisant de lui un bâtisseur autant qu'un compétiteur.
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De la compétition à la conscience écologique : le Seamaster
Un beau jour, celui qui fut ingénieur en mécanique avant de devenir marin, en a eu assez de tout gagner. Assez de la compétition et de la vitesse. Animé par de nouveaux défis, il a tourné son regard vers la protection de l'environnement, conscient que les océans qu'il avait sillonnés sur plus de 500 000 milles - soit près d'un million de kilomètres - étaient en péril.
À bord du Seamaster, ancien voilier de Jean-Louis Étienne rebaptisé, Peter Blake a commencé à sillonner la planète avec le soutien des Nations unies. Il a été l'un des premiers navigateurs à avoir une ouverture vers l'écologie, agissant comme un précurseur dans une communauté maritime qui, par la suite, adopterait massivement cette cause. En menant des expéditions scientifiques, il cherchait à alerter le monde sur les dégradations écologiques. Franck Cammas souligne d'ailleurs cette transition remarquable : « Il aimait aller découvrir le monde grâce à son bateau et montrer qu'il pouvait mal tourner écologiquement, déjà à l'époque. C'est une facette remarquable pour quelqu'un qui venait de la compétition pure ».
Le tragique dénouement en Amazonie
Le destin de Peter Blake s'est brisé brutalement au Brésil, près de Macapa. Le 5 décembre 2001, le Seamaster était au mouillage à proximité du petit port de Balneario da Fazendinha, au sud de Macapa, après une expédition scientifique. Vers 23 heures, à la tombée de la nuit, le navire a été pris d'assaut par six hommes armés et masqués, appartenant à une bande locale surnommée les « rats d'eau ».
Dans sa volonté de défendre son bateau, Peter Blake a été tué sur le coup par deux balles dans la poitrine. Deux équipiers ont été blessés, mais leurs jours n'ont plus été en danger après leur transport à l'hôpital de Macapa. Les assaillants n'ont réussi à emporter que les montres de l'équipage et un moteur, laissant derrière eux le monde de la voile sous le choc. Pour une fin si sèche, brutale et inattendue, beaucoup ont comparé ce dénouement à une scène de roman, tant le contraste entre la stature héroïque de Blake et la banalité criminelle de son agression était frappant.
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