La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, emblématique course transatlantique en solitaire, s'est imposée au fil des décennies comme un rendez-vous incontournable de la voile de compétition. Né d'une volonté de promouvoir le rhum antillais et d'offrir une course sans les contraintes de jauge imposées par d'autres compétitions, cet événement a forgé sa légende à travers des défis techniques audacieux, des records sans cesse repoussés et des histoires humaines, où la passion se mêle parfois à la tragédie. Chaque édition marque l'esprit par son intensité, les prouesses de ses marins et l'implacable majesté de l'océan, qui reste le maître des horloges, rappelant à tous la prudence nécessaire face à ses colères.
Des Origines Audacieuses à la Reconnaissance Mondiale
L'idée de cette course mythique a germé au printemps 1975, lors d'un déjeuner à Paris entre Bernard Hass, alors secrétaire général du Syndicat des producteurs de sucre du rhum des Antilles, et Florent de Kersauson, frère cadet d'Olivier de Kersauson. Tous deux se connaissaient de l'université de Cornell aux États-Unis. Bernard Hass cherchait une idée novatrice pour relancer la filière du rhum. La réponse de Florent de Kersauson fut claire et inspirante : « Mais il faut faire une course à la voile, bien sûr, qui va vers les Antilles, à l’automne. »
Cette vision novatrice a rapidement pris corps. Bernard Hass et Florent de Kersauson ont naturellement consulté Éric Tabarly et Gérard Petipas, qui présidait alors la société Pen Duick. L'idée d'une course en solo séduisit Éric Tabarly, même si Gérard Petipas, occupé par la préparation de La Transat en double, fut moins enthousiaste initialement. Ils se tournèrent ensuite vers Michel Etevenon, figure emblématique gérant l'Olympia et le budget de Kriter, sponsor d'Olivier de Kersauson. Le projet trouva un écho favorable aux Antilles : Pierre-Louis de la Rochefoucauld, président de la branche guadeloupéenne du syndicat, se montra particulièrement enthousiaste. Louis Claverie Castetnau, ancien directeur général de l’usine sucrière Darboussier à Pointe-à-Pitre, rallia la majorité des producteurs de Guadeloupe dès 1976. Pour motiver les coureurs, les Guadeloupéens firent preuve d'une générosité remarquable, offrant la somme considérable de 500 000 francs de l'époque pour récompenser les six premiers.
Le choix du lieu de départ, comme l'écrit le journaliste et photographe de voile Christian Février, a fait débat. Alors que les rhumiers penchaient pour Bordeaux, port emblématique de l'importation du sucre et du rhum, Florent de Kersauson se battit pour Saint-Malo, imposant ainsi la cité corsaire comme point de départ historique. L'idée fut aussitôt proposée à l'UNCL (Union Nationale pour la Course au Large), et Florent de Kersauson intégra le comité, chargé des courses océaniques et de l'obtention de toutes les autorisations nécessaires.
Un événement majeur de l'époque influença la création de la Route du Rhum. En décembre 1976, les Anglais décidèrent de limiter la taille des bateaux à 17,06 mètres pour leurs courses. Cette restriction sur les courses transatlantiques organisées par les Anglais survint alors qu'Alain Colas venait de participer à la Transat anglaise sur le Club Méditerranée, un impressionnant quatre-mâts de 72 mètres de long. En réponse à cette limitation, Michel Etevenon, adoubé par Jacques Goddet, annonça dans L'Équipe du 14 décembre 1976, son intention de créer une grande course française sans aucune limitation de taille. Après avoir cherché en vain un sponsor pendant tout l'hiver, il finit par croire au projet de Bernard Haas et Florent de Kersauson. Ce dernier avait déjà rédigé un premier règlement de course avec la caution technique de l'UNCL, et obtenu l'aval des ministères des sports, de la Défense (pour la Marine), des DOM-TOM et de l'Intérieur. Seule l'autorisation du ministère des Transports restait à obtenir. C'est ainsi que la société Promovoile fut constituée le 14 mars 1978 par Michel Etevenon et six autres associés, exploitants de sucreries et de distilleries, pour organiser cette course transatlantique en solitaire, prévue tous les quatre ans et baptisée la Route du Rhum.
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La Route du Rhum relie Saint-Malo, dans le nord-est de la Bretagne, à Pointe-à-Pitre, sous-préfecture et port de la côte est de la Guadeloupe. La ligne de départ est stratégiquement située légèrement à l'ouest de la Pointe du Grouin, sur la commune de Cancale. Pour le spectacle, une marque de parcours devant le cap Fréhel doit être laissée à tribord par les voiliers, permettant au public de profiter du début de la course. De même, l'île de la Guadeloupe doit être contournée par le nord puis l'ouest, en passant par le canal des Saintes, avant de franchir la ligne d'arrivée devant Pointe-à-Pitre.
L'Édition Record de 2022 : Une Affluence et des Défis Sans Précédent
L'édition de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe a marqué un tournant historique en battant le record du nombre de concurrents jamais réunis sur une épreuve en solitaire. Après 44 années d'existence, la course n'avait jamais été aussi courtisée. Le dimanche 6 novembre, pas moins de 138 marins se sont alignés au départ de la plus célèbre des courses transatlantiques en solitaire.
Cette affluence massive s'est concrétisée dès l'ouverture des inscriptions. En juillet 2021, lors de la publication de l’avis de course, OC Sport Pen Duick, l'organisateur de La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, avait initialement annoncé l'ouverture des inscriptions à 120 marins. Cependant, l'engouement fut tel que l'organisateur a reçu 149 dossiers, constatant une affluence particulièrement forte du côté de la Classe Imoca et des Rhum Multi et Mono. Face à cet intérêt exceptionnel, les équipes d'organisation ont cherché à pousser au plus juste le curseur de la jauge de l’épreuve afin de contenter un maximum de marins, tout en garantissant le respect des contraintes logistiques et de sécurité. Une réflexion approfondie a permis d'ajouter 18 noms supplémentaires aux 120 marins initialement annoncés.
Ces 18 « wild cards » ont enrichi le contingent déjà impressionnant. La Classe Imoca, qui comptait la plus longue liste d’attente, a logiquement vu ses rangs grossir le plus, avec l'attribution de 10 wild cards. Cette décision a permis à des marins de renom tels que Yannick Bestaven, Damien Seguin, Rodolphe Sepho ou encore Alan Roura de faire officiellement partie des inscrits à La Route du Rhum - Destination Guadeloupe. La flotte des monocoques 60 pieds est ainsi passée de 27 à 37 concurrents, montant définitivement en puissance en termes de représentation, juste derrière les 55 Class40 qui sont restés les plus nombreux dans leur catégorie.
Les Rhum Multi ont également accueilli de nouveaux concurrents, avec l'attribution de 4 wild cards à des marins emblématiques de l'histoire de la course. Philippe Poupon a fait son grand retour sur La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, 36 ans après sa victoire sur la deuxième édition de l’épreuve. Il s’est aligné à la barre du célèbre Pierre 1er de Florence Arthaud, un bateau qui, à lui seul, a marqué l'histoire de la course au-delà de l'édition 1990. Roland Jourdain, vainqueur du Rhum deux fois (en Imoca en 2006 et en 2010), a retrouvé la ferveur malouine à bord d’un catamaran en fibre de lin. Marc Guillemot, deuxième de l’édition 2002 (en trimaran Orma), a lui aussi repris une rasade de Rhum à la barre d’un catamaran qu’il a lui-même construit. La famille Escoffier, intimement liée à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, a écrit une nouvelle page de son histoire avec la course grâce à la participation de Loïc, qui a décroché une des dernières wild cards en Rhum Multi.
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Du côté des Rhum Mono, 2 nouveaux concurrents, Julien Reemers et Jean-Sébastien Biard, ont fait leur entrée, portant à 14 le nombre d’inscrits dans cette catégorie. Enfin, les deux derniers sésames ont été attribués aux trimarans de la Classe Ultim 32/23, avec l'entrée en lice de Romain Pilliard et Arthur Le Vaillant. Cela a porté à 8 le nombre de ces géants des mers à Saint-Malo, une première et un véritable tour de force pour une édition qui a mérité tous les superlatifs. Amarrés dans les bassins de la cité corsaire, ces formidables machines ont été l’objet des regards admiratifs du public avant de prendre leur envol le dimanche 6 novembre, donnant le LA d’une édition historique, incarnée par une formidable photo de famille de 138 marins.
Dans les semaines précédant le départ, les skippers constituant la flotte ont dû s’atteler à remplir l’ensemble des formalités imposées par l’avis de course, à commencer par s’acquitter d’un parcours de qualification de 1200 milles validé par la Direction de Course. Leur préparation et leurs portraits ont été à découvrir sur le tout nouveau site internet dédié à l’évènement, véritable vitrine de l’épreuve. Cette plateforme, développée par Niji, Fournisseur Digital Officiel de la course, a offert une expérience entièrement repensée, rendant le contenu beaucoup plus accessible et offrant une immersion unique dans l'univers de la Route du Rhum.
Les Géants des Mers et l'Évolution Technologique : À l'Assaut des Records
L'histoire de la Route du Rhum est intrinsèquement liée à l'évolution fulgurante de la conception des bateaux, notamment les multicoques. Dès la première édition en 1978, l'absence de distinction par taille ou type de bateaux, permettant aux monocoques et multicoques de concourir ensemble, a ouvert la voie à l'innovation. En effet, de 1990 à 2018, tous les bateaux vainqueurs ont été conçus par le cabinet d'architectes VPLP design, témoignant de leur influence majeure sur la performance. Le maxi-trimaran Groupama 3, sous différents noms et skippers, est notamment devenu triple vainqueur successif des Route du Rhum en 2010, 2014 et 2018.
Cette quête incessante de performance a eu un impact considérable sur les temps de course. Entre 1978 et 2014, l'amélioration du temps réalisé par le vainqueur a été spectaculaire, ayant été divisé par trois. Les Ultimes, ces trimarans de 32/23 mètres, sont devenus les "bateaux volants" de la course, repoussant les limites de la vitesse et de la technologie. Charles Caudrelier, à bord du « Maxi-Edmond-de-Rothschild », un monstre des mers optimisé pour la performance, a pris le départ de la course transatlantique en solitaire, remportant l'édition 2022 et battant le record de la course.
Cependant, cette évolution n'est pas sans défis. En 2022, après la victoire de Charles Caudrelier, la question de l’homologation du bateau volant de François Gabart, « SVR-Lazartigue », deuxième de la course, s'est posée à nouveau, après une bagarre sur l’eau qui a conduit la classe Ultime à envisager de se réconcilier sur terre. La justice avait déjà donné raison à François Gabart plus tôt, en juillet 2022, lui permettant de disputer la Route du Rhum, suite à un conflit l'opposant à la classe de maxi-trimarans Ultime concernant la date butoir fixée entre les parties pour trouver une issue à leur différend. Armel Le Cléac’h, de son côté, a affirmé que « On sait que l’on va gagner des courses avec des bateaux volants », après avoir annoncé en 2019 la construction d’un nouveau maxi-trimaran volant, « Banque populaire XI », suite à son chavirage de 2018. François Gabart lui-même, en 2018, se disait persuadé que « l’avenir sera[it] aux bateaux volants », exprimant sa seule frustration de ne pas avoir pu voler plus longtemps.
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L'édition 2018 a été particulièrement révélatrice de l'impact de ces technologies et des défis qu'elles posent. Les Ultimes y ont passé leur "crash test". Si cette nouvelle classe de trimarans de 30 mètres arrive en tête aux Antilles, l’avenir des courses en serait radicalement changé. Le record établi par Loïck Peyron en 2014, 7 jours 15 heures 8 minutes 32 secondes, à bord du maxi trimaran Banque populaire VII, a été un jalon majeur. Franck Cammas, à bord du trimaran Groupama 3, avait été le premier arrivé en fin d'après-midi le 9 novembre 2010 après 9 jours, 3 heures, 14 minutes et 47 secondes de course avec une moyenne de 16,14 nœuds. Ces performances soulignent l'ingénierie avancée et la maîtrise requises pour dompter ces machines.
La Solitude, le Courage et les Dangers Implacables de l'Océan
La Route du Rhum est bien plus qu'une simple course : c'est un corps à corps avec un océan puissant, doté d’un caractère de vieille divinité qui ne s’en laisse pas compter. Elle exige des marins une pugnacité, un courage, une excellence et une prudence hors du commun. La solitude imposée par cette traversée en solitaire, longue de 6 562 kilomètres entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre, en fait un combat intense, où chaque skipper doit affronter non seulement les éléments, mais aussi ses propres doutes et peurs.
La course se déroule au cœur de l’automne, saison où la mer est d’une humeur ténébreuse, ajoutant une couche de complexité et de danger. Les skippers s’apprêtent régulièrement à affronter de nouvelles dépressions, comme ce fut le cas en 2022 où un front froid avait déjà secoué la quasi-totalité des concurrents. Charles Caudrelier, interviewé avant le départ de l'édition 2022, a souligné un aspect fondamental de la course en multicoque : « En multicoque, il faut vivre avec l’idée qu’on peut chavirer. » Cette phrase résume la constante menace qui plane sur ces navigateurs.
Le courage est, sans aucun doute, une des armes nécessaires à cette course. Le fameux dicton : « Passer par-dessus bord et voir le bateau qui s’éloigne, c’est la hantise de tous les solitaires. On fait tous ce cauchemar un jour ou l’autre », prononcé par Alain Colas, illustre parfaitement l'angoisse profonde qui habite chaque marin. Cet homme, qui a lui-même été emporté par la mer, a su exprimer l'essence de la peur de l'homme face à l'immensité océanique.
Malgré les avancées technologiques et la préparation méticuleuse, la Route du Rhum reste intrinsèquement dangereuse. Les récits de chavirages et d'avaries sont monnaie courante. En 2022, Thibaut Vauchel-Camus a été secouru sain et sauf après son chavirage, un rappel brutal des risques. L'édition 2018 avait également été marquée par de nombreuses avaries pour la flotte, notamment un chavirage pour Armel Le Cléac’h au large des Açores, qui avait dû abandonner. Près d’un tiers de la flotte avait alors connu des difficultés, après des conditions météorologiques particulièrement difficiles dans le golfe de Gascogne. Ces incidents soulignent que, quelle que soit la sophistication des navires, l'océan conserve toujours le dernier mot.
Tragédies et Disparitions : Le Tribut Fatal de la Route du Rhum
Dès sa première édition, la Route du Rhum a été endeuillée, marquant à jamais son histoire d'un sceau tragique. Deux grands noms de la voile ont disparu corps et âme, sans que le scénario de leurs derniers instants ne soit jamais connu, soulignant que cette Transatlantique est bel et bien dangereuse.
Le premier skipper emporté par les éléments fut Alain Colas, un nom inoubliable des courses océaniques. Étonnamment, l'homme était né au cœur du Morvan, très loin de la mer. En 1965, à 22 ans, il rêvait de pousser les murs de l’univers paisible de son enfance, animé par une voix l’appelant à « sortir de sa peau ». L’aventure débuta par un voyage en Australie où il décrocha un poste d’enseignant à Sydney. Les vastes horizons de la mer de Tasman l’envoûtèrent immédiatement. Il y fit ses armes en participant à des régates et se retrouva équipier d’Éric Tabarly le temps d’une course, la Sydney-Hobart. Le plus taiseux des navigateurs distilla parcimonieusement ses précieuses expériences océaniques, incarnant aux yeux de Colas un statut de mentor. Son destin de marin était scellé.
De retour en France, Alain Colas passa victorieux la ligne d’arrivée de la Transat de 1972. Les « feux de la rampe » se focalisèrent sur lui, pas toujours avec bienveillance, le panache teinté d’hubris et le verbe singulier de cet homme crispant souvent les loups de mer à la parole bourrue. Après un grave accident en 1975 qui faillit lui faire perdre un pied, il se lança en 1978 dans la première Route du Rhum à bord du trimaran Pen Duick IV, rebaptisé Manureva. C'est au-delà des Açores que la mort l’attendait, emportant l'homme et son bateau sans jamais rien rendre.
La troisième édition de la Route du Rhum, en 1986, fut à son tour entachée d’un deuil avec la disparition de Loïc Caradec, dont le corps n’a jamais été retrouvé. L'homme, pourtant aguerri, avait confié son état d’esprit avant le départ, affirmant que cette course l’inquiétait : « Je mentirais, je serais fou si je disais le contraire. Ça fait peur de traverser l’Atlantique en solitaire, d’autant plus sur ces maxi-bateaux que l’on n’a jamais menés en solitaire, avec le point de perfectionnement et de sophistication auxquels ils sont arrivés. C’est à la fois angoissant et extraordinaire. »
Loïc Caradec savait que l’impressionnant mât aile de son catamaran Royale était un vrai danger à partir de vents de force 9, risquant par sa taille gigantesque de faire chavirer le bateau. Ce qui arriva mi-novembre 1986 au large de l’Espagne. Le constat des premiers secours à l’approche de Royale fut sans appel : le mât, arraché sous l’effet du gros temps, avait profondément endommagé la nacelle. Florence Arthaud, la première à découvrir le maxi-catamaran (26 mètres), n’avait pas caché son immense inquiétude. La balise de détresse de Royale avait été déclenchée le 13 novembre aux aurores, puis plus rien. Pour la seconde fois dans cette course mythique, un grand skipper disparaissait sans que personne ne puisse, encore aujourd’hui, reconstituer les drames.
Les tragédies ne se sont pas limitées aux skippers concurrents. En 2022, un accident mortel a eu lieu à l’arrivée en Guadeloupe. Un bateau suiveur du navire vainqueur, qui accompagnait Charles Caudrelier dans les derniers kilomètres avant l’arrivée à Pointe-à-Pitre, a chaviré le 16 novembre, entraînant la mort de deux de ses occupants. La région Guadeloupe a été perquisitionnée à la suite de ce drame, soulignant la gravité et la complexité des risques associés à un tel événement, même pour les embarcations d'accompagnement. Ces événements tragiques rappellent sans cesse l'humilité nécessaire face à l'océan.
Des Retours Emblématiques et la Diversité des Participants
La Route du Rhum est aussi une course qui voit des marins de légende revenir sur les flots, animés par ce qui s'apparente parfois à une véritable « addiction ». Des noms tels qu'Halvard Mabire, Philippe Poupon et Roland Jourdain, des skippers de plus de 60 ans, ont participé à nouveau à la course transatlantique en solitaire.
L'édition 2022 a été particulièrement riche en retours emblématiques. Philippe Poupon, 36 ans après sa victoire sur la deuxième édition de l’épreuve, a fait son grand retour à la barre du Pierre 1er de Florence Arthaud, un bateau mythique. Roland Jourdain, double vainqueur en Imoca (2006 et 2010), a retrouvé la ferveur malouine, cette fois à bord d’un catamaran en fibre de lin. Marc Guillemot, deuxième de l’édition 2002 (en trimaran Orma), a lui aussi repris une rasade de Rhum à la barre d’un catamaran qu’il a lui-même construit, une preuve de son engagement personnel et de sa passion.
Au-delà des légendes, la Route du Rhum est une affaire de famille pour certains. La tribu Escoffier, famille malouine intimement liée à l'histoire de la course, s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire grâce à la participation de Loïc, qui a décroché une wild card en Rhum Multi. L'article soulignait en 2022 que, bien que la passion de la course au large soit une tradition de génération en génération dans cette fratrie, elle ne parvenait pas toujours à dissiper une brouille profonde entre les frères Franck-Yves et Bob, révélant la complexité des relations humaines même au sein de cette communauté maritime.
La course attire un large éventail de participants, des amateurs aux professionnels les plus aguerris. En 2018, avec 123 concurrents, la Route du Rhum a enregistré, après l'édition 1976 de la Transat anglaise (126 concurrents), le plus grand nombre de concurrents pour une compétition océanique, confirmant son attrait universel. L'édition 2022 a de nouveau battu ce record, accueillant 138 marins. Cet attrait démontre la capacité de la course à fédérer, année après année, des profils variés autour d'un même défi.
La question de la féminisation de la course au large est également un enjeu. L'édition 2022 a vu sept femmes sur 138 solitaires prendre le départ. C'est un pas, mais les navigatrices avancent que l'une des clés pour accentuer la mixité dans les courses hauturières se trouve du côté des sponsors, soulignant la nécessité d'un soutien accru pour encourager la participation féminine et faire évoluer les mentalités.