Le Meurtre d'un Skipper Français par des Pirates : Un Rappel Cruel des Dangers des Mers

Les océans, voies de commerce et d'aventure, recèlent malheureusement aussi des menaces impitoyables. La piraterie maritime, loin d'être un phénomène d'un autre temps, continue de semer la désolation, frappant parfois ceux qui, par passion ou par mission, sillonnent les mers. C'est dans ce contexte tragique que plusieurs navigateurs ont perdu la vie, rappelant la vulnérabilité de l'homme face à la violence. Parmi ces victimes, un skipper français, Christian Colombo, a trouvé la mort en protégeant les siens, un destin cruel qui fait écho à d'autres drames, notamment celui du célèbre navigateur néo-zélandais Peter Blake.

La Tragédie de Christian Colombo au Large du Yémen

Samedi, une tragédie maritime a frappé de plein fouet la communauté des navigateurs. Christian Colombo, un skipper français, a été abattu et jeté par-dessus bord par des pirates alors qu'il tentait de protéger son épouse, Évelyne. La scène s'est déroulée à bord de leur voilier, le « Tribal Kat », au large du Yémen. Selon les propos recueillis auprès du Quai d'Orsay par Alain Colombo, le frère du navigateur disparu, et relatés par Gérard Navarin, vice-président du Yacht Club de Toulon auquel appartenait la victime, Christian a été touché par les premiers tirs lorsque les pirates approchaient du bateau. Dans un acte de bravoure ultime, Christian a réussi à passer un message d'appel au secours avant de succomber à ses blessures.

Évelyne Colombo, seule à bord avec son mari au moment de l'attaque, a été récupérée saine et sauve lors d'une opération militaire menée contre les pirates présumés. C'est un navire espagnol de la force Atalante, le « Galicia », chargée de la sécurisation du trafic maritime dans l'océan Indien, qui a intercepté une petite embarcation sur laquelle se trouvait la Française. Le voilier « Tribal Kat » avait été retrouvé vide au large du Yémen par un navire allemand participant également à l'opération Atalante. Grâce à l'intervention rapide des forces internationales, sept pirates ont été arrêtés, apportant une lueur d'espoir pour la justice, mais ne pouvant en rien atténuer la douleur de la perte. Le ministère des Affaires étrangères a confirmé la récupération d'Évelyne par les Espagnols et que Christian avait été tué par des balles tirées par des pirates. Cette attaque illustre de manière poignante les périls persistants auxquels sont confrontés les navigateurs dans certaines régions du globe.

Le Destin Tragique de Peter Blake : Un Géant des Mers Foudroyé en Amazonie

Cette violence gratuite n'est malheureusement pas un cas isolé. Elle résonne avec un autre drame qui a secoué le monde de la voile des années auparavant, celui de Peter Blake, un navigateur néo-zélandais dont le talent et la bravoure lui avaient toujours permis de regagner la terre ferme sain et sauf, le transformant souvent en héros. Épargné par les océans du globe qu'il avait affrontés des centaines de fois, c'est finalement par la main de l'homme que Peter Blake a trouvé la mort, un matin de décembre 2001.

Le skipper est tombé sous les balles d'une bande de pirates qui ont pris d'assaut son voilier au large de Macapa, à l'embouchure de l'Amazone au Brésil. À l'âge de 53 ans, marié et père de deux enfants, Peter Blake participait à une expédition scientifique à bord du « Seamaster », un voilier en aluminium de 36 mètres de long, large et très plat. Anciennement appelé « Antarctica », ce navire avait été construit pour l'explorateur français Jean-Louis Étienne. Partie de Nouvelle-Zélande en novembre 2000 avec six membres d'équipage, l'expédition emmenée par Blake avait remonté les côtes brésiliennes avant d'entrer sur le fleuve Amazone.

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Le drame s'est déroulé un matin à 10 h 15. Selon les premières informations recueillies par la police fédérale brésilienne, sept à huit hommes armés et masqués ont accosté le « Seamaster », ancré à 22 km au sud de Macapa, à bord d'un bateau pneumatique. L'abordage a été bref et ultraviolent. Les pirates, qui convoitaient de l'argent et des objets de valeur, ont semble-t-il ouvert le feu immédiatement, touchant mortellement Peter Blake et blessant deux autres membres d'équipage au dos et à la tête. Le navigateur est mort sur le coup malgré les tentatives de réanimation. Le rapport de la police brésilienne indique que le géant est mort sur le coup en voulant défendre son bateau, tué par deux balles dans la poitrine. Les assassins se sont enfuis en bateau avec un butin constitué d'un moteur de hors-bord et des montres volées à l'équipage. "Tout ça pour des montres", une phrase qui résume l'absurdité de cette fin sèche, brutale, inattendue, comme dans un roman.

Selon des skippers habitués à sillonner les mers du monde, cette zone de l'Amazone ne serait pas spécialement réputée pour ces actes de piraterie. Le lendemain des faits, la police fédérale a annoncé que les deux blessés avaient pu quitter l'hôpital. Un enquêteur a déclaré : « C'est une attaque menée par des pirates, nous avons quelques pistes ». Les pirates appartiendraient à une bande connue dans la région sous le nom des « Rats d'eau », ou "ratos d'agua". Peter Blake, lui, n'a pas échappé à la mort.

Peter Blake : Un Palmarès Inégalé et une Vie Dévouée à la Mer

Peter Blake, par sa corpulence, son charisme et son goût de l'aventure, avait d'ailleurs des petits airs de Jack London. Avec ses deux mètres de haut, sa moustache et sa stature de granit, il était de toute façon difficile de le louper. Ce qui frappait avant tout chez Blake, avant même sa présence physique, c'était ce regard malicieux, dépourvu de tout cynisme. Mais, lorsqu'il s'agissait de défier la mer et ses adversaires, Blake retrouvait alors son instinct de tueur. Le skipper, puis team manager de Team New Zealand, était une figure emblématique.

Né le 1er octobre 1948 à Auckland, Peter Blake a été élevé dans le monde de la mer. Ingénieur de formation, il s'est, à l'âge de 22 ans, dès la fin de ses études, consacré essentiellement à la course en mer. Il a tout gagné ou presque. Il est déjà un navigateur renommé quand en 1994, à la barre d'Enza, il remporte le Trophée Jules-Verne en bouclant le Tour du monde en 74 jours 22 h 17' 22'', ravi à Bruno Peyron.

Le 13 mai 1995, Peter Blake réussit en effet la performance d'apporter à la Nouvelle-Zélande sa première Coupe de l'America en battant le bateau américain de Dennis Conner (5-0). Cet exploit fut répété en mars 2000, dans la baie d'Auckland, en infligeant un cinglant 5-0 à Luna Rossa (Prada). Il a été anobli en 1995 par la Reine Elizabeth II d'Angleterre en récompense de sa brillante campagne qui lui avait permis de remporter le plus prestigieux trophée de la marine à voile, la Coupe de l'America. Sir Peter Blake, donc, a su se servir de son aura pour placer la Nouvelle-Zélande au centre des cartes océanographiques.

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Le navigateur kiwi est le seul à avoir remporté la Whitbread (course autour du monde en équipage et par étapes), le Trophée Jules Verne (tour du monde en équipage sans escale et sans assistance) et donc, la Coupe de l'America. Comme le Français Eric Tabarly, le natif d'Auckland aura influencé des millions de marins dans le monde. Dean Barker, l'un de ses successeurs à la barre du défi néo-zélandais en America's Cup, se souvient : "Il suffisait qu'il rentre dans une pièce pour savoir qu'il était là". Franck Cammas admire : "C'est un exemple car il a embrassé presque tous les domaines de la voile, et avec une réussite égale." Il ajoute : "On a toujours l'impression de recommencer à zéro quand on se lance dans une nouvelle aventure." Tacticien hors pair, barreur redoutable, aussi à l'aise entre les bouées qu'au grand large, Peter Blake avait ce que les marins appellent "le sens de la mer." On l'a ou on ne l'a pas.

Ce n'était pas un défaut, il avait aussi le sens pratique. On ne parvient pas à gagner autant de courses sans savoir s'entourer des meilleurs. Marc Pajot se souvient : "C'était un leader charismatique, populaire. Il savait aller chercher l'argent." Dans sa lourde foulée, "un tout petit pays, où il y a plus de moutons que d'habitants, est parvenu à financer un défi multivictorieux sur la Coupe de l'America", remarque Marc Pajot. Et il y est arrivé sans jamais utiliser la méthode forte. Alain Gautier admirait beaucoup la classe du personnage. "Blake était très humble. En Coupe de l'America, notamment, il lui arrivait de laisser la place du barreur à un coéquipier pour prendre la bastaque par exemple, ou un autre poste moins prestigieux."

De la Compétition à la Conservation : Le Combat Écologiste de Peter Blake

Un beau jour, pourtant, celui qui fut ingénieur en mécanique avant de devenir marin, en a eu assez de tout gagner. Assez de la compétition et de la vitesse. Il avait d'autres défis, encore plus importants, à mener : sensibiliser le monde à la protection de la nature et des océans. Peter Blake était un fervent militant écologiste.

Une fois la campagne de la Coupe de l'America terminée, Peter Blake avait un autre projet : poursuivre l'œuvre du commandant Cousteau à la tête de la Calypso II, comme le lui avait proposé Francine Cousteau, la veuve du célèbre explorateur. Sur son bateau, le Seamaster, Peter Blake, soutenu par les Nations Unies, a commencé à sillonner la planète pour étudier et alerter. Marc Pajot se souvient : "Il a été un des premiers navigateurs à avoir une ouverture vers l'écologie. Aujourd'hui tous les marins ont cet esprit. Blake était en ce sens un précurseur." Ce que confirme Franck Cammas : "Il aimait aller découvrir le monde grâce à son bateau et montrer qu'il pouvait mal tourner écologiquement, déjà à l'époque. C'est une facette remarquable pour quelqu'un qui venait de la compétition pure. Dans l'idéologie, on peut dire qu'il était dans la même lignée que Cousteau."

L'expédition en Amazonie, sa dernière, était le reflet de cet engagement profond. Il menait à bien une expédition scientifique dans cette région particulièrement sensible. Sur son journal de bord, ce jour-là, son dernier, il note : "La navigation est agréable. Il fait 36 degrés." Des mots simples qui témoignent de sa passion intacte et de son dévouement jusqu'à la fin.

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