La navigation en mer, qu’elle soit pratiquée dans le cadre d’une croisière estivale ou d’une course au large exigeante, impose des contraintes physiologiques et logistiques majeures. La gestion de l’eau n’est pas simplement un détail logistique, c’est le pivot central de la survie, de la performance et de la sécurité à bord. Chaque année, les autorités rappellent les risques inhérents à l’environnement maritime, et une préparation rigoureuse avant de quitter le port reste la première règle d’or.
La sécurité maritime et l’assistance médicale à distance
La sécurité se prépare avant de quitter le port. « Chaque année en Méditerranée, près de 30 personnes trouvent la mort et 1 300 sont sauvées, au cours d’opérations en mer ». Les bons réflexes, le Cross Med ne cesse de les marteler, dans l’espoir de réduire les situations à risques. En cas d’urgence, la procédure VHF canal 16 doit être maîtrisée : il est crucial de préparer son message avant l’appel en notant sa position GPS, le nom et la description du bateau, le nombre de personnes à bord ainsi que leur état de santé, la nature de l’avarie et la précision de la demande d’assistance ou non.
Quand on est en mer et que l’on rencontre un problème de santé important, le Centre de Consultation Médicale Maritime (CCMM) assure une réponse médicale 24h/24. L’activité est dédiée aux médecins du CCMM aux heures ouvrables, au médecin régulateur du SAMU aux autres moments et, si besoin, au médecin d’astreinte. Divers praticiens du CHU sont régulièrement sollicités pour un avis spécialisé : dermatologues, ophtalmologues, chirurgiens orthopédiques, infectiologues, etc. Si dans le milieu professionnel de la mer, 80 % des patients sont pris en charge à bord, le résultat est bien différent pour les plaisanciers qui ne disposent souvent pas à bord de moyens adaptés ni de médicaments adéquats pour réaliser l’intervention médicale. Pour éviter cela, le CCMM a établi trois types de « dotations », en fonction des zones de navigation, incluant la trousse à pharmacie indispensable. Le CCMM peut être joint 24 h/24, 7j/7, 365 jours par an, en direct par satellite ou mobile (au 32 ou 38 sur le réseau INMARSAT, au +33 5 34 39 33 33, VHF canal 16, ou en composant le 196). Pour les consultations non urgentes, le CCMM est joignable de la même manière du lundi au vendredi de 8 h à 18 h et le samedi matin de 8 h à 13 h.
Physiologie de l'hydratation en mer
L’eau est une ressource de base indispensable, vitale. Il nous est possible de survivre quelques semaines sans nourriture, mais seulement quelques jours sans eau. Le corps humain est composé à 60% d’eau, et la déshydratation survient lors d’une augmentation de la perte d’eau (urine, sudation, etc.) qui n’est plus compensée par une prise suffisante. Chaque jour, notre corps élimine 2 à 3 litres d’eau. Pendant un effort physique, le phénomène de sudation est accentué et nous pouvons perdre jusqu’à plusieurs litres d’eau par heure.
Les symptômes de la déshydratation apparaissent avant même d’avoir soif : une diminution de la quantité d’urine dont la couleur devient plus foncée, puis la sensation de soif, synonyme d’une perte de poids en eau d’environ 1%. Par la suite, le manque d’eau entraîne un manque d’énergie, un sentiment de fatigue, une baisse des performances physiques, des maux de tête et des vertiges. En mer, l’effort physique, l’exposition au soleil accentué par la réverbération et le vent desséchant accélèrent ce phénomène. Le crédo reste immuable : il faut boire avant d’avoir soif.
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La survie en milieu extrême et le mythe de l’eau de mer
En cas de détresse absolue, il faut garder son calme : si vous devez sauter dans le radeau de survie, souvenez-vous qu’un homme est resté 13 mois à la dérive et a survécu. Si vous êtes perdu en pleine mer, sans nourriture ni eau, vous seriez probablement tenté de boire de l’eau de mer. L’eau de mer est salée : elle contient des ions minéraux en solution avec une concentration d’environ 30 à 40 grammes par litre. Boire de l’eau de mer fait mourir plus rapidement que si on ne buvait rien, car les cellules se déshydratent.
Toutefois, en attendant la pluie, certaines règles élémentaires de survie peuvent être appliquées pour prolonger l’autonomie :
- Ne pas attendre de souffrir de la soif pour commencer à boire de l’eau de mer, car on est alors déjà déshydraté et elle ne fera qu’empirer les choses.
- Il faut en absorber 500 gr par jour par petites gorgées toutes les 2 à 3 heures en utilisant un doseur.
- Alterner 5 à 6 jours d’eau de mer avec trois jours d’eau douce quelle qu’en soit l’origine (pluie, eau de poisson).
- Ne pas manger d’aliment salé pendant la période « eau de mer ».
- S’abstenir de toute alimentation (hors poisson frais qui contient beaucoup d’eau) car la digestion consomme de l’eau en réserve. On supporte mieux le manque de nourriture que le manque d’eau.
En gérant ses ressources ainsi, un naufragé peut conserver ses capacités physiques et mentales beaucoup plus longtemps, gagnant ainsi des chances supplémentaires pour la vie.
La gestion de l’eau potable à bord
L’approvisionnement en eau douce est un défi logistique. Même si les plaisanciers sont peu susceptibles de se retrouver dans une situation de survie totale, il est indispensable de disposer d’eau potable en quantité suffisante. L’eau en bouteille est une solution simple, mais elle génère des déchets et une problématique de stockage. L’eau potable en réservoirs reste le pivot de l’approvisionnement à bord, bien qu’elle puisse être sujette à une mauvaise odeur ou à une prolifération bactérienne.
Pour maintenir la qualité de l’eau, plusieurs méthodes existent. L’utilisation de purificateurs en poudre ou en tablette (Aqua Clean, Mikropur) agissant avec des ions d’argent permet de garder l’eau potable jusqu’à 6 mois. L’utilisation d’oxygène actif est recommandée pour le nettoyage des réservoirs. Des filtres à charbon actif peuvent être installés sur le circuit d’eau douce ou directement sur le robinet de la cuisine pour éliminer les particules chimiques, le chlore et les bactéries. Pour ceux qui souhaitent s’affranchir des produits chimiques, le dessalinisateur est la solution idéale pour l’autosuffisance. Il transforme l’eau de mer en eau potable via une membrane d’osmose inversée. Il faut veiller à utiliser des préfiltres pour protéger la membrane, élément le plus sensible et le plus coûteux de l’appareil.
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