La navigation maritime demeure, à travers les âges, l'une des professions les plus exigeantes et périlleuses au monde. Les marins sont confrontés non seulement à de longues périodes d'isolement et à des conditions de travail difficiles, mais aussi à des risques importants pour leur santé et leur sécurité. Malgré les progrès technologiques, les cadres réglementaires et les programmes de formation, chaque année, des centaines de personnes perdent la vie en mer pour diverses raisons : accidents du travail, problèmes de santé, suicides, disparitions en mer et autres causes indéterminées. La communauté internationale célèbre la Journée des gens de mer le 25 juin en reconnaissance de leur contribution vitale à l'économie mondiale, mais cette date souligne également la nécessité de promouvoir l'amélioration des conditions de vie, le soutien à la santé mentale et la sécurité au travail.
La réalité des statistiques et le défi de la collecte de données
Des données valides, fiables et actualisées sur les décès de marins sont essentielles pour élaborer des politiques de sécurité efficaces, contrôler leur efficacité et identifier les domaines nécessitant des mesures préventives. Cependant, alors que de nombreux pays suivent les décès dus aux accidents du travail, il n'existe pas de système complet de suivi des décès de marins dus à d'autres causes, telles que les problèmes de santé, les suicides ou les incidents impliquant des personnes tombées à la mer. La pandémie de COVID-19 a mis ces lacunes en évidence, alors que les restrictions de mouvement et les durées de service prolongées ont altéré la santé mentale des équipages.
En réponse, la Conférence internationale du travail a approuvé en 2022 des amendements à la convention du travail maritime (MLC, 2006), entrés en vigueur fin 2024. Une collecte de données expérimentale menée en 2024 a marqué la première tentative mondiale d'établir une base de données standardisée. Sur 57 pays sollicités, 51 ont fourni des données. L'une des conclusions majeures est l'existence de disparités notables dans la qualité des sources d'information. Les statistiques révèlent que la principale cause de décès est la maladie, avec 139 cas sur 403 signalés. Ces affections, souvent cardiovasculaires, sont aggravées par la nature physiquement exigeante du travail, le stress chronique et un accès limité aux soins immédiats.
Analyse des risques par profil et environnement
Le risque est intrinsèquement lié à la position professionnelle et au département d'affectation. Les marins qualifiés, représentant près de 50 % des victimes, sont davantage exposés aux accidents du travail en raison de leurs tâches manuelles à haut risque. Si les membres du service pont ont une probabilité presque égale de succomber à un accident, à une maladie ou à une chute par-dessus bord, le personnel du service des machines, bien qu'évoluant dans un environnement plus contrôlé, est plus vulnérable aux causes liées à la santé et présente une fréquence plus élevée de suicides.
La localisation du navire influence également la nature des risques : en mer, les décès dus à des problèmes de santé sont presque deux fois plus fréquents que ceux liés aux accidents, en raison de l'éloignement des infrastructures médicales. À l'inverse, au port, la proportion d'accidents du travail mortels s'accroît. Par ailleurs, la taille et le type de navire jouent un rôle déterminant : les vraquiers, cargos, porte-conteneurs et pétroliers totalisent près de 70 % des décès, les vraquiers représentant à eux seuls 25 % des cas.
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La chute à la mer : Premier facteur de mortalité
La chute d'une personne en mer est la première cause de décès et de disparition. Entre 2010 et 2017, 89 décès de marins professionnels ont été recensés en France. L'Institut Maritime de Prévention (IMP) insiste sur une stratégie en quatre axes : « Éviter » (identifier les risques), « Flotter » (port du VFI/gilet), « Localiser » (moyens de repérage) et « Récupérer » (procédures et exercices). Le port du gilet est désormais comparé à la ceinture de sécurité automobile : une nécessité indiscutable.
Les témoignages récents, comme ceux concernant le skipper Philippe Benoiton disparu au large du cap Finisterre, ou Joël Lanilis retrouvé mort dans son voilier à la dérive, illustrent tragiquement ce danger. De même, la disparition d'Hervé Laurent, figure emblématique de la voile, renforce l'idée qu'aucun niveau d'expérience n'exempte de la vulnérabilité face aux éléments. Les récits de naufrages, comme celui de deux plaisanciers près du fort de Brégançon ou du skipper heurté par sa bôme lors du Rallye de l'ARC, rappellent que la mer ne pardonne pas l'imprudence ou l'absence d'anticipation.
Stratégies d'anticipation et maintenance préventive
Assurer sa propre sécurité en mer est avant tout une affaire d'anticipation. Un bateau sûr est un bateau entretenu. La négligence dans la maintenance peut transformer une croisière en cauchemar : batteries défectueuses, pompes hors service, ou tuyauteries non conformes. L'entretien régulier des voiles, du moteur, du gréement et des systèmes de sécurité est une servitude indispensable. Les câbles de gréement, par exemple, doivent être changés régulièrement car l'inox devient cassant avec le temps.
La prévention des voies d'eau repose sur la vérification systématique des vannes et des passe-coques. Un équipement efficace doit inclure, au-delà des obligations réglementaires, une pompe manuelle actionnable depuis le cockpit et des moyens de lutte contre les Objets Flottants Non Identifiés (OFNI), qui représentent une menace majeure pour les navigateurs.
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