La navigation à la voile de compétition représente l'une des disciplines les plus exigeantes du sport moderne, où l'humain et la machine doivent fusionner pour dompter les éléments. Au cœur de cette discipline, le voilier « Cercle Vert » s'est illustré par des performances remarquables, marquant les annales de la course au large. L'analyse du parcours des skippers Gildas Morvan et Charlie Dalin met en lumière non seulement une maîtrise technique exceptionnelle, mais aussi une capacité d'adaptation stratégique face à des conditions météorologiques complexes.
La conquête de la Transat AG2R
Gildas Morvan et Charlie Dalin se sont imposés dimanche soir. Avec un peu moins de 4 000 milles de Concarneau à Saint-Barth, un peu plus de 22 jours de course et une moyenne de plus de 7,2 nœuds, « Cercle Vert » de Gildas Morvan et Charlie Dalin s'est imposé lors de la Transat AG2R 2012, dimanche soir, à 21 h 55, heure française. Seize duos avaient pris le départ de la Transat cette année à Concarneau. Moins de six heures séparent les dix premiers équipages à l'arrivée, près de 4 000 milles plus loin. Gildas Morvan et Charlie Dalin sur « Cercle Vert » partaient pour gagner. Depuis Concarneau, ils étaient à la lutte avec « Nacarat » d'Erwan Tabarly et Eric Peron mais leur position très nord lors du passage de l'anticyclone des Açores leur a permis de prendre une très sérieuse option pour la victoire.
Cette victoire n'a pas été le fruit du hasard, mais d'une lecture fine des phénomènes atmosphériques. La gestion de l'anticyclone des Açores, véritable pivot tactique de cette transatlantique, a été le moment décisif où le duo a su creuser l'écart. En se positionnant au nord de la flotte, ils ont anticipé les variations de vent, transformant une difficulté potentielle en un avantage compétitif majeur.
Une dynamique de course sous tension
Le suspense a été maintenu jusqu'aux derniers instants de la compétition. Toujours leader, Cercle Vert ! Au nord de la flotte, Gildas Morvan et Charlie Dalin sont beaucoup moins ralentis que prévu par les affres de la dorsale anticyclonique. La flotte de la Transat AG2R-La Mondiale tente toujours de subir le moins possible les affres de la dorsale anticylonique qui s’étend des Canaries aux Antilles. A bord de Cercle Vert, la bonne nouvelle est que Gildas Morvan et Charlie Dalin - pourtant positionnés au nord de la flotte, donc en théorie les plus proches des vents moins soutenus - n’ont pas été réellement ralentis, pour le moment en tout cas.
À six jours d’une arrivée prévue, il ne fallait pas pour autant compter sur Gildas Morvan et Charlie Dalin pour crier victoire. Certes, leur petit matelas de milles était intéressant, avec 43 milles d’avance sur Nacarat ce lundi midi, mais les deux marins de Cercle Vert savaient aussi qu’il restait de la route - environ 1200 milles, donc des aléas et qu’il y a au moins deux scénarios ou deux options pour le final. Tant que la ligne n’est pas franchie, tout peut arriver surtout dans les 36 prochaines heures sous l’influence de la dorsale. « Disons que nous sommes contents d’être où nous sommes et que mieux vaut avoir cette petite avance que rien du tout », plaisait Charlie Dalin, « mais je ne vais pas livrer tout le fruit de nos analyses à Gildas et moi, car cette dernière semaine de course va être elle aussi très stratégique. »
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Gildas Morvan, pendant ce temps, était à la barre, en train de faire glisser le bateau le mieux possible, à coups de petits empannages millimétrés pour tenter de conserver à la fois de la vitesse et à la fois le plus possible de l’écart longitudinal qu’avait réussi à glaner Cercle Vert via sa trajectoire au cordeau depuis 16 jours de course. Seule avarie notable à bord : Gildas ne trouvait plus son lait et c’était ennuyeux pour les corn flakes du matin ! Au pointage de 11h ce vendredi, Cercle Vert était leader à 1225 milles de l’arrivée à Saint Barth’, avec 43,6 milles d’avance sur Nacarat (2e) et 50,4 milles sur Cornouaille Port de Pêche (3e).
L'intensité des duels en fin de parcours
Si la tête de course était dominée par « Cercle Vert », le reste de la flotte offrait un spectacle tout aussi haletant. La victoire de « Cercle Vert » est superbe. Pour autant, la plus belle des batailles finales s'est jouée entre « Banque Populaire » et « Skipper Macif ». Durant les 250 derniers milles, les deux bateaux se doublent à tour de rôle jusqu'à n'être qu'à 2 mètres l'un de l'autre. À 11 h, dimanche matin, ils sont bord à bord, le suspense est à son comble.
« Nous leur avons mis une grosse pression, au moins autant que celle que nous nous sommes mise Jeanne et moi ! On est allé la chercher loin, cette 3e place, et on ne pouvait pas imaginer qu'elle nous échapperait. Nous avons manœuvré dans tous les sens et joué le moindre petit coup. J'ai dormi une heure en deux jours, c'est complètement digue ! », raconte le Rochelais Gérald Véniard. « J'étais à la barre, Jeanne à la manœuvre, dans le rouge, et c'était pareil sur l'autre bateau. Juste avant la fin, il y a un virage à 90° qui emmène sur la ligne, on a pris l'intérieur, là où "Macif" a préféré jouer la sécurité et empanner pour prendre plus large. Nous connaissions le terrain, et ça nous a permis de prendre 300 mètres d'avance, les 300 mètres décisifs ! »
Cette édition 2012 n'a pas fait de cadeaux aux figaristes : des grains à plus de 50 nœuds, un anticyclone très sud, du calme, des algues dans la quille et dans les safrans, il a fallu puiser loin dans les réserves pour demeurer performant à chaque instant. À ce petit jeu des nerfs, l'équipage soudé et expérimenté Grégoire-Véniard a su garder le rythme et tenir la cadence infernale imposée par le duo de tête. Le « match race » final entre les deux bateaux restera dans les mémoires de la course comme un incroyable souvenir de régate.
Défis techniques et nouvelles frontières de la navigation
Les spécificités du parcours et la nature des bateaux utilisés, notamment dans le cadre de circuits comme l'IMOCA, imposent une préparation logistique rigoureuse. Les trajectoires suivies, parfois inhabituelles pour les skippers IMOCA, ne permettent pas toujours de retrouver les alizés porteurs classiques des routes transatlantiques. Chaque course devient alors une exploration de nouvelles manières de naviguer.
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La Vendée Arctique - Les Sables d’Olonne illustre parfaitement cette complexité. Quitter le port des Sables d’Olonne ravive la passion des spectateurs et les doux souvenirs des skippers du Vendée Globe. La flotte longe ensuite les côtes jusqu’à la pointe de la Bretagne avant de filer jusqu’au Fastnet. Ensuite, la remontée vers le nord continue, direction l’Islande avec un objectif : contourner l’île puis rallier un ‘way point’ (un point de passage) au cercle polaire. Un monument symbolique, et un sacré défi pour les skippers : « Globalement, souligne Francis Le Goff, le directeur de course, cela s’apparente à la météo d’une Transat anglaise, mais ils devront se rendre dans des latitudes nord que nous ne connaissons pas en IMOCA ».
Au total, 3 500 milles nautiques sont à parcourir, soit 5 633 km. Les plus rapides devraient en terminer après 11 à 12 jours de mer. Mais la direction de course met en garde contre « les phénomènes un peu plus violents qui passent rapidement, qui peuvent être aussi courts que virulents ». Il faudra donc être vigilant, d’autant que les moments de répit peuvent être rares. « En somme, c’est l’équivalent d’une transat sur une route plus compliquée, décrypte Francis Le Goff. Il y aura beaucoup de transitions, des états de mer qui changent… Les bateaux seront sollicités en permanence ». Il conviendra donc de savoir où placer le curseur, entre la volonté d’attaquer et de se battre pour les places d’honneur, tout en préservant les monocoques.
Des options possibles sont mises sur la table par la direction de course pour parer les coups de Trafalgar météorologiques qui pourraient s’installer dans cette zone où bien peu naviguent à la voile. Ainsi, les skippers pourraient contourner l’Islande par le nord-ouest ou seulement franchir un ‘way point’ à l’est du pays. Un troisième parcours est également dans les tuyaux en fonction de la météo et de ce qui peut se passer durant les 5 jours après le départ. Celui-ci prévoit un passage au sud de l’Islande avant de bifurquer vers le sud. Après ce passage dans le nord, tous redescendront pour contourner une bouée virtuelle au milieu de l’Atlantique, à la latitude des Sables d’Olonne avant de revenir vers le port vendéen.
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