L'Odyssée d'un Skipper Belge : Denis Van Weynbergh et son Aventure au Vendée Globe

Denis Van Weynbergh, un navigateur professionnel belge né le 29 juillet 1967 à Ixelles, a inscrit son nom dans les annales de la course au large en accomplissant un exploit maritime d'une rare intensité. Son parcours, marqué par la persévérance et une détermination sans faille, culmine avec sa participation au Vendée Globe, un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, souvent surnommé l'« Everest des mers ». Bien qu'il ait franchi la ligne d'arrivée hors délai, son aventure a captivé le public et illustre la quintessence de l'esprit de dépassement.

Un Parcours de Vie Riche et Varié : Des Sciences Politiques à la Passion Maritime

La trajectoire de Denis Van Weynbergh est loin d'être linéaire, témoignant d'une soif d'expérience et d'engagement. Né le 29 juillet 1967 à Ixelles, en Belgique, il commence par obtenir une licence en sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles en 1992. Avant de se consacrer entièrement à sa passion pour la voile, il met ses compétences au service de causes humanitaires. De janvier 1995 à janvier 1997, il est logisticien pour Médecins sans frontières, œuvrant dans des zones de conflit et de crise, d'abord au Rwanda, puis au Burundi et en Tchétchénie. Cette expérience forge sans doute sa résilience et sa capacité à gérer des situations complexes, des qualités précieuses pour un futur navigateur solitaire.

Parallèlement à ses engagements, Denis Van Weynbergh développe une expertise dans le monde de la voile. Il est moniteur de voile à l'UCPA et collabore à la revue belge Yachting Sud. Cette immersion progressive dans l'univers maritime renforce son désir d'embrasser une carrière dans la course au large. En 2002, il se lance dans l'entrepreneuriat en rachetant la petite société de messagerie PN Express Worlwide. Il dirigera cette entreprise pendant quinze ans, une période durant laquelle il trouve le temps de se libérer pour s'adonner à la course au large, jonglant entre ses responsabilités professionnelles et sa passion grandissante. Ce chapitre de sa vie démontre sa capacité à mener de front des projets ambitieux, une caractéristique essentielle pour son futur défi.

L'Appel du Grand Large : Des Circuits Mini aux Class40

Le chemin de Denis Van Weynbergh vers les plus grandes courses océaniques s'est construit étape par étape, avec une progression logique à travers différentes classes de voiliers. En 2001, il se lance sur le circuit Mini, une classe connue pour être une véritable école de la course au large, exigeant polyvalence et autonomie. Il participe notamment à la prestigieuse Mini Transat, une transatlantique en solitaire sur de petits bateaux de 6,50 mètres, où il affûte ses compétences de navigateur et apprend à gérer la solitude de l'océan.

Son expérience en Mini le pousse à viser plus grand. En 2009, il acquiert un Class40, le monocoque de 40 pieds idéal pour la course au large en équipage réduit ou en solitaire. Ce bateau, initialement nommé Sail On, change d'identité au gré de ses partenariats, devenant successivement Diabetics Challenges, puis Green Energy 4 Seasons-Diabetics Challenges. À la barre de ce Class40, Denis Van Weynbergh participe à des courses emblématiques. En 2010, il prend le départ de la Route du Rhum, une transatlantique en solitaire, où il se classe 39e sur 44 Class40. Ces premières expériences en Class40 lui permettent de se mesurer à la concurrence et d'accumuler des milles essentiels.

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Il continue à s'illustrer dans cette catégorie avec des projets audacieux. En 2012, à bord de Proximedia, il termine 19e de la Transat Québec-Saint-Malo, une course en équipage. Ce défi est d'autant plus remarquable qu'il skippe alors un équipage composé de trois jeunes diabétiques et d'un kinésithérapeute-infirmier diabéticien, soulignant son engagement au-delà de la simple performance sportive. L'année suivante, en 2013, il participe à la Transat Jacques-Vabre, une course en double. Avec Jean-Édouard Criquioche, ils se classent 16e sur 26 Class40 à bord de Proximedia-Sauvez mon enfant, confirmant sa capacité à naviguer et à performer sur des parcours exigeants. Ces années en Class40 sont cruciales, lui offrant une base solide d'expérience et renforçant son ambition de s'attaquer au défi ultime : le Vendée Globe.

Le Rêve Vendée Globe : Une Transition Majeure et des Défis de Financement

La décision de se lancer dans le Vendée Globe représente un tournant majeur dans la vie de Denis Van Weynbergh, un projet d'une ampleur telle qu'il exige une refonte complète de ses priorités. Lorsqu'il décide de passer à la classe Imoca, les monocoques de 60 pieds conçus spécifiquement pour le tour du monde, il sait qu'il ne pourra plus mener de front la course au large et la gestion de son entreprise. Ce choix radical le mène à vendre PN Express World en novembre 2017, marquant un engagement total envers son rêve.

En janvier 2018, il présente officiellement son projet de Vendée Globe 2020. Le budget estimé pour une telle entreprise est colossal : il table sur un budget global de 2,5 millions d'euros, une somme considérable à réunir pour un skipper belge. Le bateau choisi, un ancien Imoca, devient Eyesea sous ses couleurs. Cependant, les réalités du financement et de la préparation le poussent à repousser son objectif. En juillet 2021, ayant finalement trouvé un sponsor, il lance un nouveau projet de Vendée Globe, cette fois-ci pour l'édition 2024-2025. Le bateau prend alors le nom de Laboratoires de Biarritz et est basé aux Sables-d'Olonne, le port emblématique du Vendée Globe.

La recherche de partenaires financiers est une constante dans le parcours de Denis Van Weynbergh. En février 2023, il trouve un nouveau soutien majeur en la société d'investissement belge D'Ieteren Group. Le bateau est rebaptisé D'Ieteren Group, un partenariat significatif. D’Ieteren Group, fondée en 1805 et basée à Bruxelles, est une société familiale cotée en bourse, reconnue pour investir dans des entreprises qui sont ou ont le potentiel de devenir leaders dans leur marché et de générer de la valeur durable pour leurs collaborateurs, leurs clients, la société au sens large et leurs actionnaires. Ce soutien apporte une stabilité bienvenue à un projet qui, malgré tout, conserve une dimension fortement amateur et collaborative. L'ambition de Denis est claire : participer et terminer la course, symbolisant une "dernière grande aventure du monde moderne", comme l'illustre l'élan populaire autour de son départ.

La Quête de Qualification : Persévérance Face aux Obstacles

Le chemin vers la ligne de départ du Vendée Globe est semé d'embûches, et Denis Van Weynbergh n'échappe pas aux rigueuses étapes de qualification et aux inévitables imprévus techniques et physiques. Pour accumuler les milles nécessaires et se familiariser avec son Imoca, il participe à plusieurs courses préparatoires. À la barre de son bateau Eyesea, il finit 17e et dernier de la Bermudes 1000 Race le 9 mai 2019. Plus tard, le 3 août, Denis Van Weynbergh et Lionel Régnier sont 18es sur 20 Imoca dans la Fastnet Race, des résultats qui reflètent la difficulté de la compétition et la nécessité de progresser.

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En mai 2022, lors de la Bermudes 1000 Race suivante, Denis Van Weynbergh se classe 21e sur 24. L'épreuve suivante, la Vendée-Arctique-Les Sables-d'Olonne, met à rude épreuve sa détermination. Victime d'une déchirure d'un muscle ischio-jambier, il doit faire face à une douleur intense. Le lendemain, à moins de 20 milles de l'arrivée, le safran tribord de son bateau casse. Contraint de renoncer à franchir la ligne, il abandonne la course, remonte le long de la côte est de l'Islande et finit par trouver refuge près de Fáskrúðsfjörður. Un safran neuf doit être acheminé depuis la France, illustrant les défis logistiques et financiers constants auxquels il est confronté.

Malgré ces revers, la détermination de Denis reste intacte. En juillet 2023, en double avec Erwan Le Mené, il finit 27e sur 29 Imoca dans la Fastnet Race. En septembre, ils sont 27es sur 33 dans les 48 Heures du Défi Azimut. La qualification pour le Vendée Globe repose sur des critères stricts, incluant la participation et la validation de milles sur des courses spécifiques. Le Retour à la Base, qui part le 30 novembre, est une course en solitaire cruciale. Le binôme skipper-bateau doit terminer le parcours dans un temps ne dépassant pas de plus de 50 % le temps du vainqueur (qui était de 9 jours 3 minutes 48 secondes). Denis Van Weynbergh termine 30e sur 32, en 13 jours 14 heures 35 minutes 53 secondes. Ce temps, bien que respectable, ne lui assure pas encore la qualification directe, car il excède la limite des 50% du temps du vainqueur.

La tension monte alors que le printemps 2024 approche, avec seulement deux dernières chances de se qualifier : The Transat et la New York-Vendée-Les Sables-d'Olonne. En mai, il s'engage dans The Transat. Il termine 24e sur 33 Imoca. Cette fois, son temps de 12 jours 3 heures 2 minutes 26 secondes n'excède pas de plus de 50 % celui du vainqueur (8 jours 6 heures 53 minutes 32 secondes). La nouvelle tant attendue tombe : Denis Van Weynbergh est enfin qualifié pour le Vendée Globe, concrétisant des années d'efforts et de sacrifices.

Le Grand Départ et la Réalité de l'Océan

Le départ du Vendée Globe est un moment d'une intensité rare, marquant le début d'une aventure qui changera la vie des skippers. Denis Van Weynbergh, comme les 39 autres concurrents, s'est élancé pour un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, une prouesse humaine et technologique. La foule était présente en masse sur les pontons et les quais de la Chaume dès 3 heures du matin pour saluer ces héros. Les 40 skippers du Vendée Globe se sont élancés toutes les trois minutes, offrant un spectacle inoubliable.

Les pontons de Port Olona et la descente du chenal des Sables-d'Olonne sont des lieux chargés d'émotion, où se mêlent l'excitation du public et la tension palpable des marins. Denis Van Weynbergh, l'un des bizuths de la course, a pu savourer un "dernier bain de foule" avant de se retrouver seul sur son Imoca D'Ieteren Group. Ce moment est particulièrement fort en émotion, après les dernières embrassades à la famille, aux amis et aux membres de l'équipe. L'ambiance était au rendez-vous, avec les cris et applaudissements de la foule, mais aussi les klaxons et les sirènes, créant un "joyeux bazar sur l'eau" avant le signal de l'envolée. Denis, comme les autres marins, a profité de ce "petit shoot d'émotion" pour s'enivrer de ces moments positifs avant de passer en mode guerrier.

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Au lendemain du départ, Denis partage son ressenti : "Hier au départ, j’ai vécu quelque chose d’énorme. Le monde, l’affection du public, la chaleur des spectateurs… On a mis du temps pour en arriver là mais j’ai bien savouré !" C'est une expérience marquante qui reste gravée dans sa mémoire. Cependant, la réalité de la course se rappelle vite à lui. "J’ai regardé le classement ce matin et c’est vertigineux de se dire qu’il nous reste encore 24 000 milles à parcourir !", déclare-t-il, soulignant l'immense distance et les défis à venir. Le passage du mode festif au mode "guerrier" est brutal, mais nécessaire pour affronter les vastes étendues océaniques.

L'Odyssée Autour du Monde : Entre Joies et Épreuves

L'aventure du Vendée Globe est une succession de moments intenses, de défis techniques, de combats contre les éléments et d'introspection profonde. Denis Van Weynbergh a abordé cette course avec une philosophie prudente, comme il le décrit : "Je voulais gérer ce Vendée Globe en bon père de famille, avec les compétences que j’ai. L’idée n’était pas d’aller de manière effrontée dans des gros coups de vent." Malgré cette approche mesurée, les risques sont omniprésents. Il a dû monter plusieurs fois à son mât de 27 mètres de haut, des manœuvres périlleuses en pleine mer.

La vie à bord est un mélange d'efforts constants et de petits bonheurs. "Les petits bonheurs c’est de manger un bout de chocolat, boire un café dans la tasse de mes enfants. Mais le grand bonheur c’est d’être là, toujours en course !", confie-t-il, révélant la simplicité des joies dans cet environnement extrême. Le quotidien est rythmé par les avaries et les réparations. Denis doit composer avec les dysfonctionnements de sa girouette, les complications électroniques et des problèmes récurrents de grand-voile. Un coup dur supplémentaire survient lorsque son ami, Szabolcs Weöres (New Europe), est contraint à l'abandon en raison de problèmes techniques, soulignant la brutalité de la course.

Malgré les difficultés, Denis avance sans se soucier de l'écart qui se creuse avec le reste de la flotte. Il se retrouve longtemps non loin du duo formé par Manuel Cousin (Coup de Pouce) et Fabrice Amedeo (Nexans-Wewise), un "match dans le match" qui contribue à sa motivation quotidienne. Le passage des grands caps est un événement marquant. "Denis déploie une bouée dans l’Atlantique Nord, au nord du cap Vert. « Elle est partie pour un voyage dans une autre dimension ! Le skipper belge savoure après trois semaines de compétition." L'entrée dans le Pacifique est également un moment fort : "Ça y est, je suis dans le Pacifique ! C'était mon souhait d'y être pour le passage en 2025." Il franchit le cap Horn de nuit, un grand moment de joie et d'émotion, marquant le passage vers la remontée vers l'Atlantique.

Les conditions météorologiques sont une source constante d'apprentissage et de défi. "De l’Indien, je vais garder l’image d’un bonhomme, comme dans les dessins animés au-dessus de moi, qui de temps en temps fait une blague et souffle sur mon bateau avec ses très grosses joues ! D’un coup, il souffle très fort et là, tu te retrouves en vrac !", décrit-il, illustrant la puissance imprévisible de l'océan. La gestion de la fatigue et de l'isolement est cruciale. "Je n’ai jamais autant pleuré et fait de crise de nerfs", avoue-t-il, témoignant de la charge émotionnelle de l'expérience. "Au-delà de la voile, tu découvres plein de choses sur toi." La plus grande frayeur de Denis n'était pas les dangers immédiats, mais de ne pas terminer la course.

Les derniers jours sont particulièrement compliqués. "Ce n’est pas la joie aujourd’hui. J’étais revenu sur Manuel (Cousin) et Fabrice (Amedeo) mais ils se sont échappés devant parce que je suis bloqué dans une zone de molle." La casse de son loop de grand-voile dans l’Atlantique Nord l'oblige à n'avancer qu'avec trois ris dans sa grand-voile, rendant sa progression pénible, surtout dans la houle du cap Finisterre et le golfe de Gascogne. Mais, puisant en lui une incroyable force et faisant preuve d’une sacrée combativité, il continue d'avancer coûte que coûte, s'efforçant de rentrer le plus vite possible.

Un Exploit Personnel : Terminer l'« Everest des Mers »

Après 117 jours en mer, le 8 mars 2025, Denis Van Weynbergh devient le 33ème navigateur à remonter le chenal des Sables d'Olonne. Il termine son Vendée Globe avec un temps de 117 jours, 20 heures et 28 minutes. Cependant, la ligne d'arrivée ayant fermé ses portes le 7 mars, il franchit le seuil symbolique du port hors délai, à un jour près. Il est donc non classé officiellement. Malgré cette absence de classement, son arrivée est saluée par une liesse populaire remarquable, et Denis Van Weynbergh est unanimement reconnu comme le premier Belge à avoir bouclé le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. L'exploit est d'autant plus grand qu'il a mené un projet considéré comme 100% amateur.

Son objectif principal n'était pas le classement, mais bien d’atteindre l’arrivée aux Sables d’Olonne, de "faire son tour du monde et d’aller au bout", comme il le confie. Cette persévérance, malgré les galères qui l'ont affecté jusqu'à la fin - notamment l'impossibilité de hisser complètement sa grand-voile pendant près de deux semaines - démontre une résilience exceptionnelle. "Le skipper belge ne s’est pas attardé sur le fait d’être hors délai - la fermeture de la ligne a eu lieu vendredi à 8 heures - lui qui s’évertuait surtout à avancer coûte que coûte : « il y a un temps imparti, ça fait partie de la course. Moi j’essaie juste de tout faire pour rentrer le plus vite possible »." Son retour en terre natale était attendu avec impatience, et ce qui aurait pu être perçu comme un échec sportif a paradoxalement décuplé sa popularité.

Une semaine après son arrivée, le samedi 22 mars 2025, Denis Van Weynbergh est célébré en héros sur la Grand-Place de Bruxelles. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour l'accueillir, à l’image de grandes figures sportives belges comme Remco Evenepoel ou Eddy Merckx. Reçu par le bourgmestre Philippe Close, il a pu saluer une foule dense depuis le balcon de l’hôtel de ville. Une petite surprise lui est même réservée : le célèbre Manneken Pis est habillé d'une salopette de marin pour l’occasion, un clin d’œil touchant pour celui qui avait embarqué une réplique de la statue à bord de son Imoca. Cette célébration témoigne de l'impact de son aventure sur l'imaginaire collectif, bien au-delà du simple cadre sportif.

L'Héritage d'un Projet Amateur : Sacrifices et Reconnaissance

Le parcours de Denis Van Weynbergh met en lumière la nature particulière de son projet, souvent qualifié de "purement amateur" et comparé, avec enthousiasme, à "un club belge de 3e division jouant la Ligue des champions avec le Real Madrid". Cette dimension amateur est au cœur de son récit. Son projet, initié en 2018 alors qu'il était encore patron de PME et moniteur de voile, l'a poussé à mettre en suspens tous ses autres engagements. Après l'acquisition de son Imoca (l'ex-Spirit of Hungary, mis à l’eau en 2014), il a dû batailler ferme pour rassembler les budgets nécessaires, se réorientant en 2021 vers une approche plus audacieuse, misant sur les circuits courts et la réutilisation de matériel.

Cette initiative collaborative est portée par une équipe 100 % bénévole, soulignant la passion et l'engagement désintéressé qui animent ceux qui l'ont accompagné. Ce modèle, selon Denis, représente une ère en voie de disparition : "Je pense qu’on est les derniers des Mohicans, ça ne sera plus possible." Il déplore le manque de soutien institutionnel en Belgique pour ce type d'aventure : "Il n’a bénéficié d’aucun soutien au niveau belge. "Il y a très peu de soutien, parce que je ne rentre pas dans le cadre, dans le canevas des subsides."

La réalité financière de la course au large est vertigineuse. Le skipper rappelle que tout coûte cher sur un bateau : à titre d’exemple, une grande voile représente un investissement de 40 000 euros, et l’inscription au Vendée Globe est de 20 000 euros, à laquelle s'ajoute une caution de 20 000 euros. Ces chiffres illustrent la difficulté de monter un projet de cette envergure sans un financement conséquent. Malgré les contraintes, Denis Van Weynbergh a su inspirer et mobiliser, prouvant qu'avec une volonté inébranlable, il est possible de concrétiser des rêves considérés comme inaccessibles. Les sacrifices personnels ont été nombreux : "On a fait beaucoup, beaucoup de sacrifices, mais je pense que ce sont des projets qui en valent la peine et que si on veut réaliser des choses un peu intéressantes, il faut sortir de sa zone de confort", explique-t-il, un message qui résonne avec ceux qui aspirent à changer de carrière ou de mode de vie.

La Spécificité Belge dans la Course au Large : Sur les Traces de Patrick de Radiguès

La participation de Denis Van Weynbergh au Vendée Globe, bien que marquante, n'est pas la première tentative belge. Il est en effet le deuxième Belge à avoir participé à cette course mythique. L’autre s'appelait Patrick de Radiguès. Son expérience, bien que différente, offre une perspective sur les défis rencontrés par les marins belges dans ce sport. Patrick de Radiguès a disputé deux Vendée Globe (1996-1997, 2000-2001) mais, comme Denis lors de sa première tentative, n'est jamais parvenu à aller au bout. Lors de sa première participation, il était lui aussi arrivé hors course.

L'ancien skipper, habitué aux défis sportifs - il a notamment participé aux 24 Heures du Mans automobile et au Bol d’Or en moto, et à la Québec Saint-Malo à la voile, et même fait du bobsleigh - est désormais installé au Maroc, où il "sillonne le désert plus que la mer". Contacté à l'occasion de l'arrivée de Denis Van Weynbergh, il a porté un regard bienveillant sur l’aventure de son compatriote, le qualifiant de "super ce qu’il a fait". Patrick de Radiguès souligne que "ce n’est jamais anodin de terminer un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance". Il relativise également la question du hors délai, expliquant que "ça fait partie du jeu et ce n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est l’exploit personnel d’être arrivé au bout. L’objectif de Denis était de prendre le départ, de faire son tour du monde et d’aller au bout."

Patrick de Radiguès se souvient de sa propre expérience, notamment d'une tempête dans les Kerguelen ayant causé de nombreux dégâts à son bateau. L’organisateur, Philippe Jeantot, lui avait alors demandé de venir à l’arrivée pour déclarer son abandon. Il a repris la mer et a fait tout le tour, arrivant un mois après le premier, avant de faire sa déclaration d'abandon. Il partage les sentiments contradictoires ressentis à l'arrivée : le contentement d'arriver et de retrouver ses proches, mais aussi la mélancolie de voir cette "belle aventure" se terminer. Il maintient que le Vendée Globe est inégalable : "Ça mérite vraiment son surnom d’« Everest des mers »."

Le fait qu'il n'y ait eu que deux Belges à participer s'explique, selon Patrick de Radiguès, davantage par des questions de budget que de résultats sportifs. "J’aurais bien aimé qu’il y ait un Belge dans les délais ! Je pense que si nous n’avons été que deux Belges à participer, c’est plus une question de budget que de résultat." Il se souvient avoir eu de bons résultats, ayant même terminé 3e de la Transat Jacques Vabre, mais n'arrivait pas à trouver d’argent. Il a dû vendre sa propre entreprise pour participer au Vendée Globe, puis son bateau pour récupérer des fonds, soulignant qu'"il est très difficile de trouver les fonds nécessaires en Belgique". Cette observation résonne avec les difficultés rencontrées par Denis Van Weynbergh et explique pourquoi la voile de très haut niveau, comme la Coupe de l’América, reste hors de portée pour les marins belges, malgré l'existence de "très bons marins". Les récits de ces deux skippers illustrent les obstacles structurels et financiers spécifiques auxquels les marins belges sont confrontés dans l'univers de la course au large.

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