L'univers des poupées, riche en histoire et en symbolisme, a vu naître au fil des décennies des icônes intemporelles qui ont marqué l'imaginaire collectif. Parmi elles, Barbie trône en impératrice du rose et du plastique, mais son succès planétaire a rapidement ouvert la voie à une lignée de personnages qui ont enrichi son monde. C'est dans ce contexte que la poupée Skipper fait son apparition, se présentant comme la petite sœur de Barbie. Bien que sa commercialisation à grande échelle soit souvent associée à l'année 1964, des mentions spécifiques d'une genèse dès 1963 ("This guide covers all Skipper dolls from 1964 (63)") soulignent une période cruciale de développement et de prototypes, marquant le début de son histoire. Cet article explore les caractéristiques des premières poupées Skipper et le contexte qui a vu émerger cette figure enfantine, ainsi que les prémices de ses accessoires, souvent présentés dans des coffrets complets évoquant la notion d'une "malette" d'origine pour les collectionneurs.
Barbie : Une Impératrice avant l'Arrivée de Skipper
Pour comprendre la naissance de Skipper, il est essentiel de revenir aux origines de Barbie, la poupée emblématique dont elle est la déclinaison juvénile. La première apparition de Barbie a lieu au salon du Jouet de New York, le 9 mars 1959. Son designer, Jack Ryan (1926-1991), ancien ingénieur dans l’aérospatial qui avait créé des missiles avant d’être embauché par l’entreprise de jouets Mattel, en Californie, a joué un rôle clé. Pour donner vie à cette bombe moulée en plastique, il s’est inspiré d’une poupée allemande nommée Bild Lilli, ramenée d’Europe par sa patronne Ruth Handler (1916-2002). L'idée fondamentale de Ruth Handler était que sa fille Barbara, dont la poupée tire son surnom, puisse avoir autant de jouets que son frère, et qu'elle n'ait pas à se résoudre à simuler la mère parfaite en traînant son poupon dans son landau à longueur de journée.
En 1959, Ruth réalise son rêve de vendre sa Barbie au grand public pour seulement trois dollars. Le résultat est immédiat : 300 000 exemplaires s’écoulent dès la première année. La poupée, avec ses formes féminines prononcées, éclipse vite la traditionnelle poupée de porcelaine. Elle incarne les critères de beauté de l’époque, Mattel la relookant à l’image de l’actrice hollywoodienne Jayne Mansfield (1933-1967), sex-symbol à la poitrine généreuse qui fait la une des magazines. Cependant, une attention particulière est portée à ne pas mouler de parties génitales ou d’affubler ses seins de tétons érotiques.
Barbie est bien plus qu'une simple poupée ; elle devient une ambassadrice de l’American way of life dans le monde entier et une véritable icône de la pop culture. « L’idée que je me faisais de Barbie était qu’à travers la poupée, la petite fille pouvait devenir qui elle voulait. Barbie a toujours incarné une femme qui a le choix », peut-on lire dans l’autobiographie de Ruth Handler. Ainsi, la figurine bénéficie d’un immense dressing, où l’équipe de designers dessine et coud les vêtements miniatures à la main pour s’adapter à l’échelle 1/6, et de tous les moyens de transport possibles et imaginables, tels que camping-car, avion ou calèche, toujours en plastique. Son partenaire masculin, nommé Ken d’après le garçon de Ruth, Kenneth, incarne les années Alerte à Malibu. Barbie peut exercer tous les métiers : hôtesse de l’air, professeure, infirmière, danseuse étoile, et elle devient même astronaute quatre ans avant que Neil Armstrong pose son pied sur la Lune en 1969.
L'emblématique Barbie a fait son apparition en France en 1963, à la Foire de Lyon. Cette introduction sur le marché français est significative, car elle coïncide avec la période de développement initial de Skipper. Bien que son allure parfaite ait pu, par moments, exaspérer, et que ses ventes aient connu des essoufflements, poussant Mattel à commercialiser en 2016 quatre silhouettes aux formes et proportions plus réalistes, les Barbie inclusives ont depuis relancé l’entreprise. Aujourd'hui, Barbie est considérée comme un véritable objet de collection digne des grands musées, et en France, on trouve des Barbie au musée des Arts décoratifs de Paris, au musée Yves-Saint-Laurent ou au musée des Jouets de Montauban qui en compte plus d’une centaine.
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Skipper 1963-1964 : La Naissance de la Petite Sœur et ses Premières Présentations
C'est dans le sillage du succès retentissant de Barbie que Mattel a cherché à diversifier sa gamme et à toucher un public plus large. Skipper, la petite sœur de Barbie, fait ainsi son apparition pour contenter « les familles les plus conservatrices » avec son apparence plus enfantine, comme le souligne Marc Charbonnier, expert en la matière. Cette poupée, dont le lancement commercial est souvent daté de 1964, a ses racines dans les réflexions et les prototypes de l'année 1963, marquant les prémices de son existence. Le guide des poupées Skipper vintage couvre d'ailleurs toutes les poupées Skipper de 1964 (63) à 1988, incluant les éditions américaines et internationales, les modes (jusqu'en 1979) et de nombreux articles connexes.
Pourquoi une petite sœur ? Le positionnement de Skipper
La création de Skipper répondait à un besoin de marché. Alors que Barbie représentait une jeune femme glamour et adulte, capable d'embrasser diverses carrières et styles de vie, certaines familles pouvaient trouver son image trop mature pour les jeunes filles. Skipper a été conçue pour offrir une alternative plus jeune et plus innocente, permettant aux enfants de jouer avec une poupée qui reflétait davantage leur propre âge ou un stade de développement proche. Son apparence enfantine permettait à Mattel d'élargir son public et de renforcer le concept de "famille" autour de Barbie, offrant ainsi de nouvelles opportunités de jeu et de collection. Cette stratégie a permis de fidéliser une clientèle qui cherchait une représentation plus juvénile dans l'univers de Mattel.
Les Premières Poupées Skipper : SL Skipper #0950
Les toutes premières poupées Skipper commercialisées étaient les "Straight Legs SL Skipper #0950", produites de 1964 à 1968. Bien qu'elles aient été officiellement lancées en 1964, la mention de "1963" dans les références historiques suggère l'existence de prototypes ou de poupées de test de marché dès cette année-là. Ces premières versions se caractérisaient par leurs jambes droites, une silhouette plus menue que Barbie, et un visage aux traits plus doux et enfantins.
Les variations de Skipper au fil des ans sont nombreuses, reflétant l'évolution des techniques de fabrication et des tendances. Parmi les premières, on retrouve :
- Straight Legs SL Skipper #0950 (1964 - 1968) : La version initiale, avec ses jambes rigides, qui a posé les bases de la ligne.
- Japanese Skipper #S950 (1964 - 1966) : Une version spécifique destinée au marché japonais, montrant l'expansion internationale rapide de la poupée.
- Pink Skin Straight Legs SL Skipper #0950 (1966 - 1968) : Une variation qui met en lumière les nuances de production au fil des années.
Ces premières poupées étaient souvent accompagnées de leurs propres "Dressed Doll Boxes" (boîtes de poupée habillée), qui présentaient la poupée dans sa tenue d'origine. Ces boîtes étaient des éléments essentiels de la présentation, servant à la fois d'emballage et de vitrine pour la poupée et ses accessoires initiaux.
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La Question des Accessoires et des Premières Présentations : L'Esprit de la "Malette"
Le concept de "malette" pour une Skipper de 1963, bien que non explicitement documenté sous cette forme littérale, peut être interprété comme une référence aux ensembles complets et aux coffrets d'origine qui accompagnaient les premières poupées Skipper et leurs tenues. Les "Dressed Doll Skipper Boxes" incluses dans les références, ainsi que les "Skipper and friends vintage and mod gift sets", sont des exemples de ces présentations complètes. Ces ensembles, qui pouvaient inclure la poupée, plusieurs tenues de rechange sous blister, des accessoires, des petites chaussures et parfois même des éléments de décor, représentaient une "malette" de jeu à part entière, offrant tout le nécessaire pour des heures de divertissement.
Pour les collectionneurs, ces premières présentations sont particulièrement prisées car elles conservent l'intégrité de l'expérience de jeu originelle. L'existence de "Prototypes, Sample Fashions, Variations" pour les modes de Skipper et de ses amis souligne également l'importance des accessoires dès les premières étapes de la conception de la poupée. Les informations disponibles incluent des images et des détails sur toutes les modes de Skipper de 1965 à 1979, soulignant l'engagement de Mattel à fournir une garde-robe étendue dès le début de la ligne. Ces articles et coffrets initiaux ont sans doute constitué ce que beaucoup considèrent aujourd'hui comme les "malettes" historiques de Skipper, regroupant la poupée et ses premières parures.
L'Évolution de Skipper à Travers les Décennies
Après ses débuts, la ligne Skipper n'a cessé d'évoluer, introduisant de nouvelles caractéristiques et de nouveaux modèles pour s'adapter aux goûts changeants des enfants et aux avancées technologiques dans la fabrication des jouets. Ce guide couvre toutes les poupées Skipper de 1964 (63) à 1988, ainsi que leurs modes (jusqu'en 1979) et de nombreux articles connexes, incluant des éditions américaines et internationales.
De 1965 aux années 70 : L'Ère des Jambes Pliantes et des Innovations
L'innovation majeure des premières années suivant le lancement de la Skipper à jambes droites fut l'introduction des jambes pliantes (Bendable Legs).
- Bendable Legs (BL) Skipper #1030 (1965 - 1971) : Cette version a permis une plus grande flexibilité et de nouvelles possibilités de pose, rendant la poupée plus interactive.
- TNT Skipper #1105 (1968 - 1971) : Également connue sous le nom de "Sausage Curl Skipper", cette poupée a introduit une coiffure distinctive et un mécanisme "Twist 'n Turn" (TNT), permettant une rotation du buste, une caractéristique très populaire à l'époque.
- Living Skipper #1117, #1147, #1586 (1970 - 1971) : Cette série comprenait des poupées comme la "Dramatic Living Skipper Japan" et la "Very Best Velvet Set", caractérisées par des articulations améliorées pour des poses plus réalistes.
- Reissue Skipper #0950 (1970 - 1971) : Une réédition du modèle original, témoignant de sa popularité continue.
Ces périodes ont également vu l'émergence d'amis pour Skipper, élargissant son univers de jeu. Ricky #1090 a été introduit en 1965 et a été produit jusqu'en 1967. Skooter, disponible en version Straight Legs #1040, ainsi qu'en version Bendable Legs #1120 de 1965 à 1967, était également une compagne appréciée. Ces poupées amies de Skipper venaient aussi dans leurs propres "Dressed Doll Boxes" complètes.
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Les Années 70 et 80 : Diversification et Adaptations Internationales
La décennie suivante a vu une diversification accrue de la ligne Skipper, avec des modèles adaptés aux nouvelles tendances et aux marchés internationaux.
- Malibu Skipper dolls (1971 - 1978) : Ces poupées incarnaient le style décontracté et ensoleillé de la Californie, très populaire à l'époque.
- Pose 'n Play Skipper #1179 #1117 (1972 - 1973) : Mettant l'accent sur la jouabilité et la capacité de poser.
- Quick Curl Skipper #4223 et Deluxe Quick Curl Skipper #9428 (1973 - 1977) : Ces poupées étaient dotées de cheveux spécialement conçus pour être coiffés facilement, avec ou sans chaleur.
- Growing Up Skipper #7259 (1975 - 1977) : Une innovation notable, cette poupée pouvait "grandir" en tournant un bras, une caractéristique qui a captivé l'imagination des enfants.
- German Skipper (Twist 'n Turn) #8519 (1972) : Des versions spécifiques pour le marché allemand, montrant l'adaptation aux préférences locales.
- TNT Skipper Europe #8126 (1973/74) : Une autre version Twist 'n Turn pour le marché européen.
- Funtime Skipper #7193 (1975 - 1977) et Partytime Skipper #9926 (1977 - 1979) : Des poupées conçues pour des thèmes de jeu spécifiques, reflétant les activités de loisirs de l'époque.
Les amis de Skipper ont également continué à se développer avec Living Fluff #1143 en 1971, Pose 'n Play Tiff #1199 en 1972, Growing Up Ginger #9222 en 1976 et Funtime Skooter #7381 en 1976. Ces additions ont permis de créer un univers de jeu plus riche et plus diversifié autour de Skipper. La ligne a continué avec des poupées Skipper dans les années 1979 - 1984 et 1984 - 1988, y compris des éditions comme la Korean Skipper, prouvant sa résilience et son adaptation constante. Il est intéressant de noter une Skipper de 1984 qui, fait peu commun chez Skipper, a un peu de poitrine, et une Skipper entièrement d'origine de 1987, peut-être de la série rock-stars.
La Place de Skipper dans le Monde de la Collection
L'histoire de Skipper, depuis ses débuts en 1963-1964, est jalonnée de modèles, de variations et d'accessoires qui en font des objets de collection très recherchés. L'attrait pour ces poupées vintage est palpable, comme en témoignent les ventes aux enchères dédiées.
L'Attrait des Pièces Rares et les Enchères
Une vente aux enchères à Pau, dans le Sud-Ouest de la France, a récemment mis en lumière la fascination immuable de l’être humain pour sa reproduction en miniature, à travers la collection de Sylvette Lhoste, habitante d’Orthez. Cette Béarnaise, aujourd’hui âgée de 85 ans, a précieusement conservé ses poupées de marque américaine ou française, modèles des années 1960 à 1990, dont les cheveux blonds, bruns ou roux tranchent avec ceux grisonnants des visiteurs du jour. Commencée en 1980, cette collection n'avait pas d'ambition mercantile, selon Patrice Carrère, le commissaire-priseur, qui déclare : « Cette collection, elle sent le plaisir, elle a été entamée trop tôt pour être spéculative ».
Les visiteurs ont défilé devant les 320 lots mis aux enchères, incluant des premières Barbies, des poupées Tressy, mais aussi leur version française Cathie, de la marque Bella. Tenues de rechange sous blister, accessoires, petites chaussures et même quelques mannequins hommes complétaient le tout. La poupée la plus en vue de la journée était une Barbie de 1960, jamais commercialisée en France, acquise pour 300 euros, le plus gros lot adjugé. Marc Charbonnier, expert de la vente, précise qu'à cette époque, « pour se les procurer, il fallait les acheter aux États-Unis ou se les faire ramener par quelqu’un ».
Des collectionneurs comme Laurence et Patrick, venus de Vendée pour « les voir en vrai », ont scruté attentivement les détails, avouant : « On aimerait pouvoir tout acheter, c’est que du bonheur ». Laurence est devenue collectionneuse des Barbie qu’elle « n’a jamais eues étant petite ». Marie, une habitante de Lagor, à quelques kilomètres de Pau, est venue « tâter le terrain », à la tête d’une collection de plusieurs centaines de poupées qu'elle envisage de vendre dans le futur. Elle raconte : « Mon père m’a offert ma première Barbie - une brune pour ne pas faire comme les autres -, quand j’avais 5 ans, en 1969. Je n’ai arrêté ma collection que depuis cinq ans ». Outre les quelques personnes présentes dans la salle de vente à Pau, les enchères ont surtout séduit des acheteurs via Internet, atteignant un total de 20 000 euros selon la fourchette basse des estimations. Patrice Carrère s’enthousiasme : « C’est d’une singularité absolue, une vente comme ça, c’est rarissime ». Ces événements soulignent la valeur historique et sentimentale des poupées comme Skipper pour les collectionneurs.
Collectionner Skipper : Entre Passion et Préservation
Collectionner les poupées Skipper, en particulier les modèles des premières années (1963-1964) et leurs accessoires d'origine, relève d'une véritable passion. Les collectionneurs recherchent les "Prototypes, Sample Fashions, Variations" ainsi que les "Dressed Box Skippers" dans leur état le plus intact possible. Les "Skipper and friends vintage and mod gift sets" sont également très prisés car ils représentent des ensembles complets avec toutes leurs composantes d'origine. La recherche de poupées "anciennes sans marque ni date" ou de modèles comme une "Skipper encore plus ancienne" dont on se demande si ce n'est pas une "Toots", avec ses défauts tolérés en raison de son âge, montre la profondeur de l'engagement des collectionneurs. Ces poupées, qu'elles aient les jambes articulées ou en plastique dur et non articulées, témoignent de l'évolution de la conception et de la production au fil des ans.
La préservation de ces poupées est primordiale pour les collectionneurs, qui voient en elles non seulement des jouets, mais aussi des témoins de l'histoire du design, de la mode et de la culture populaire. Les guides de collection, tels que celui couvrant toutes les poupées Skipper de 1964 (63) à 1988, incluant leurs modes et de nombreux articles connexes, sont des ressources inestimables. Ces ressources fournissent des informations détaillées et des images, souvent issues de collections personnelles, permettant d'identifier les variations, les éditions internationales et les amis de Skipper. Le partage de connaissances et la recherche de "constructive criticism" sont essentiels dans cette communauté.
Le Monde des Poupées : Contexte et Concurrentes
L'univers de Skipper ne se limite pas à sa propre lignée ou à celle de Barbie. Il s'inscrit dans un paysage plus vaste de la poupée, marqué par une riche histoire de création, d'innovation et de concurrence. À côté des icônes de Mattel, d'autres fabricants ont proposé leurs propres visions de la poupée, certaines devenant elles-mêmes des figures cultes.
Cathie et Tressy : Les Concurrentes Françaises
Lorsque Barbie est apparue en France en 1963, elle a rapidement éclipsé la traditionnelle poupée de porcelaine. Cependant, elle n'était pas sans concurrentes. L’emblématique Barbie, avait également sa concurrente Tressy. Tressy était une poupée très populaire, notamment pour ses cheveux qui pouvaient s'allonger, offrant une interaction unique.
La version française de Tressy, nommée Cathie, était produite par la marque Bella. Les poupées Tressy et Cathie se sont étalées sur des tables lors de la vente aux enchères, présentées dans leurs emballages roses ou derrière des vitrines pour les plus précieuses. Cathie, de la marque Bella, représentait une alternative locale à la poupée américaine, s'adaptant aux goûts et aux habitudes du marché français. Le marché français des poupées de mode était dynamique, avec des marques comme Bella cherchant à innover et à captiver l'attention des jeunes filles.
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