Dans le monde fermé et exigeant de la course au large, rares sont les personnalités qui parviennent à conjuguer une soif insatiable de performance avec une discrétion constante à terre. Armel Le Cléac’h incarne cette dualité. Navigateur et skipper breton professionnel, il s’est imposé, au fil des décennies, comme une figure incontournable du nautisme international. Surnommé « Le Chacal » pour sa ténacité légendaire et sa capacité à ne jamais rien lâcher, il a su transformer son talent brut en une carrière jalonnée de succès, de records et d'une résilience remarquable face aux éléments.
Les fondations d’un marin d’exception
Rien, dans ses attitudes en mer et ses mots sur terre, ne peut entraver la nécessaire humilité de ceux qui se retrouvent seuls à batailler au milieu de l’océan. Né en 1977 à Saint-Pol-de-Léon, dans le Finistère, Armel Le Cléac’h découvre les joies de la navigation très tôt. Pour l’ambassadeur Julbo, tout a commencé au nord de la Bretagne. Armel dispute sa première régate dans la baie de Morlaix, à l’âge de neuf ans. Le virus de la voile, il le doit à son papa. La suite, il la doit à lui-même, à son talent, son abnégation et sa rage de vaincre.
Après avoir goûté ses premiers embruns à bord d’un Optimist puis en 420, le Breton, fan des aventures de Tolkien, s’est mis à rêver de grand large et de courses en solitaire, de surfs endiablés entre quarantièmes rugissants et cinquantièmes hurlants. Ingénieur diplômé de l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées) de Rennes, il possède une rigueur analytique qui influence son approche technique de la navigation. En 1999, après avoir remporté le Challenge Espoir Crédit Agricole, il intègre le réputé "Pôle Finistère Course au Large" de Port-la-Forêt, marquant ainsi le début de son ascension professionnelle.
La conquête des sommets en IMOCA et Figaro
La carrière d’Armel est indissociable de son palmarès impressionnant sur les supports les plus techniques. Il s’est notamment fait connaître en remportant la Solitaire du Figaro à trois reprises, une épreuve qui forge les tempéraments et affine la science de la régate. En 2006, il s’est lancé dans le circuit IMOCA avec le soutien de Brit Air. L’année suivante, il rejoint le Team Banque Populaire pour naviguer sur un 60 pieds IMOCA, entamant une collaboration fructueuse qui le mènera vers les plus hauts sommets mondiaux.
Il a été sacré champion du monde IMOCA en 2008, confirmant son statut parmi l’élite. En 2013, il établit un record en traversant la mer Méditerranée en solitaire. Cette quête permanente de perfection est illustrée par son tempérament : réputé pour sa capacité à ne jamais rien lâcher, il fend les vagues et rafle presque tout sur son passage. Ce régatier d’exception est également connu pour son obsession pour la performance, une qualité qui lui a permis de décrocher le titre de champion du monde IMOCA à plusieurs reprises, notamment pour la période 2015-2016, et de recevoir le prestigieux prix Laureus World Sport Award Sportperson of the Year.
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Le Vendée Globe : de la patience au sacre
Le Vendée Globe représente « l’Everest des mers ». Des milliers d’alpinistes ont gravi l’Everest, des centaines d’astronautes sont allés dans l’espace, mais seuls 114 navigateurs ont à ce jour bouclé le tour du monde à la voile, en solitaire, sans escale et sans assistance. Armel Le Cléac’h a dû patienter et essuyer deux deuxièmes places frustrantes en 2009 et 2013 avant de connaître la consécration ultime.
Lors de l’édition 2016-2017, le Vendée Globe a quasiment fait le plein : vingt-neuf marins sont au départ. Le 28 novembre, Armel Le Cléac’h reprend la tête de course et ne la lâchera plus jusqu’à l’arrivée. Le 19 janvier, Armel Le Cléac’h franchit la ligne d’arrivée devant la bouée Nouch Sud à 16h38, établissant un nouveau record en 74 jours, 3 heures et 36 minutes. Donné favori, le discret skipper de Banque Populaire VIII remporte un duel très serré avec le Britannique Alex Thomson. Il est le premier marin à avoir bouclé « l’Everest des mers » trois fois de suite, un exploit qui souligne sa régularité et sa science de la navigation dans des conditions extrêmes.
La transition vers les trimarans géants et les défis technologiques
Après avoir conquis les monocoques, Armel Le Cléac’h a tourné son regard vers les géants des mers : les Ultims. « C’est un cran au-dessus des autres supports dans le plaisir que cela suscite, explique-t-il. Mais c’est aussi une responsabilité et une exigence de chaque instant ». Naviguer à bord d’un multicoque qui dépasse régulièrement les 40 nœuds demande une approche différente. Touche-à-tout sur de nombreux supports, jusqu’au-boutiste de la performance, Armel cultive à chaque navigation le bonheur de pouvoir prendre le large.
Malgré des incidents techniques et des moments de doute, comme les chavirages consécutifs en 2018, la confiance du sponsor Banque Populaire ne s’est jamais démentie. La construction du Banque Populaire XI, un nouveau maxi trimaran, a marqué une étape décisive. Avec ses pointes à 80 km/h, ce navire survole l’eau comme un oiseau. C’est avec cette machine qu’il a notamment remporté la Transat Jacques Vabre 2023. Le skipper ne cache pas son ambition pour le futur : il espère un jour pouvoir s'attaquer au Trophée Jules Verne, le tour du monde en équipage.
La transmission et l’engagement hors du sillage
Au-delà de ses victoires, Armel Le Cléac’h joue un rôle clé dans la transmission de son savoir. En parallèle de ses projets, il a été chargé de former Clarisse Crémer, skippeuse qui lui a succédé dans la catégorie IMOCA. Leur collaboration, notamment lors de la Transat Jacques-Vabre 2019 où ils ont pris la 6e place, témoigne de son investissement dans le développement de nouveaux talents.
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Son implication dépasse également le cadre sportif pur. En 2024, il a été choisi pour une mission hautement symbolique : transporter la flamme olympique vers les Antilles. Le skipper a navigué pendant huit jours pour faire le trajet de la course avant de réaliser des sorties autour de la Guadeloupe. Cette mission illustre la stature d'un homme qui, bien que discret à terre, occupe une place centrale dans le paysage médiatique et sportif. En tant que père de deux enfants, il parvient à équilibrer les exigences d’une vie de compétiteur de haut niveau avec une vie personnelle posée, trouvant même des vertus apaisantes dans la pratique du golf, sport qu’il affectionne particulièrement pour son exigence mentale.
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