La Route du Rhum : Au-delà des vagues, l’architecture des géants et l’essence d’un mythe

La Route du Rhum, véritable monument de la course au large, est bien plus qu’une simple traversée de l’Atlantique. Elle est le point de rencontre entre une histoire économique, celle du rhum guadeloupéen, et une aventure sportive humaine hors du commun. Cette compétition emblématique, incontournable pour tous les amateurs de course en solitaire, relie tous les quatre ans la ville de Saint-Malo, en Bretagne, à la ville de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Lier course transatlantique et rhum guadeloupéen : voilà l’idée fondatrice de la Route du Rhum. Tout commence avec la production de canne à sucre, longtemps au cœur de l’économie locale. Avant d’être appelé rhum, ce breuvage était connu sous le nom de “guildive”. Au XIXe siècle, la Guadeloupe comptait de nombreuses distilleries. L’idée de cette course vient de Bernard Haas, secrétaire général du syndicat des producteurs de sucre du rhum des antilles, qui cherche à faire la promotion du rhum par un autre moyen qu'une campagne publicitaire classique.

La genèse d’une légende bretonne et caribéenne

En 1976, l’éruption de la Soufrière marque profondément le territoire guadeloupéen. Il devient alors essentiel de redynamiser l’image de la Guadeloupe et de renforcer son attractivité. Le projet prend forme grâce à Michel Etevenon, publicitaire parisien et passionné de course au large. La première Route du Rhum débute en 1978. Les règles d’origine sont simples : tous les bateaux sont acceptés à partir de 18,50 mètres, sans moteur. Dès sa première édition, la Route du Rhum entre dans la légende. Le skipper Mike Birch remporte la course en devançant Michel Malinovski de seulement 98 secondes après 27 jours de mer. Depuis, la Route du Rhum Destination Guadeloupe a lieu tous les quatre ans. Avant le départ, la ville de Saint-Malo accueille un grand village ouvert au public. L’ambiance y est à la fois maritime, festive et populaire. Le cœur des Malouins bat au rythme des pontons, des voiles, des conférences et des préparatifs.

Les forces en présence : diversité et prouesses techniques

L’une des grandes forces de la Route du Rhum, c’est la diversité des bateaux engagés. On y retrouve des trimarans, des catamarans, des monocoques puissants et des voiliers conçus pour affronter le large. La course est ouverte à tous les voiliers à partir de 39 pieds. La durée de la course varie en fonction des conditions météorologiques et des performances des bateaux. Au fil des éditions, la Route du Rhum a vu naître de nombreux records et légendes maritimes. La célèbre transatlantique en solitaire a compté jusqu'à 138 bateaux au départ, un record.

La Route du Rhum est une course au large exigeante. Les participants s’affrontent seuls, sans équipage, sur un parcours reliant la Bretagne à la Caraïbe. Chaque navigateur doit gérer son bateau, sa trajectoire, son sommeil, ses réparations, son alimentation et les conditions météo. Une mauvaise décision peut coûter de précieuses heures. L’édition 2022 a marqué les esprits avec la victoire de Charles Caudrelier sur le Maxi Edmond de Rothschild, établissant un nouveau record en moins de sept jours : 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes.

La hiérarchie des multicoques : pourquoi le trimaran domine ?

La catégorie des multicoques est divisée en plusieurs classes, chacune répondant à des critères précis. Les Ultim, ces géants des mers, sont les stars de la course. Ces maxi-trimarans de 32 mètres de long pour 23 mètres de large maximum sont des machines de course hors normes. Ils filent à toute vitesse sur l'eau, atteignant parfois plus de 90 km/h. Les plus modernes s'élèvent au-dessus de l'eau grâce à des appendices latéraux appelés foils. Ces bateaux espèrent battre le record de la compétition en traversant l'Atlantique en six jours.

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Mais pourquoi le choix du trimaran plutôt que du catamaran dans ces classes de haute performance ? Un Ultim, d’abord, c’est un multicoque. En vertu des règles de la classe Ultim, la largeur de ces bateaux est en effet limitée à 23 mètres, tandis que la longueur est limitée à 32 mètres (d’où l’appellation « Ultim 32/23 »). Pour être le plus performant possible, on a intérêt à être aussi long et large que possible… or un bateau de 32 mètres par 23, c’est nécessairement un multicoque. Ensuite, un Ultim, c’est un trimaran. Les trimarans sont, d’une manière générale, un peu plus stables que les catamarans, ce qui est crucial lors d'une traversée en solitaire où la gestion de la fatigue est primordiale.

Au-delà des Ultims, la catégorie Ocean Fifty regroupe huit trimarans de 15 mètres de long, barrés par des marins chevronnés qui devraient mettre entre 8 et 11 jours pour rallier Pointe-à-Pitre. Enfin, la classe Rhum Multi compte 17 bateaux à deux ou trois coques d'une longueur inférieure ou égale à 64 pieds (19,50 m) ne pouvant entrer dans une autre catégorie. La moyenne d'âge de la flotte est de 57 ans, et les skippers sont des amateurs ou d'anciens professionnels, naviguant parfois sur des navires légendaires, comme le voilier doré qui avait permis à Florence Arthaud de s'imposer en 1990.

La résilience des monocoques : technologie et tradition

Si les multicoques attirent les regards par leur vitesse, les monocoques constituent une part essentielle de l'âme de la Route du Rhum. Les IMOCA, ces monocoques de 18 mètres (60 pieds) qui participent également au célèbre Vendée Globe, sont des bijoux de technologie coûtant plusieurs millions d'euros. Sur la 12e édition, 38 de ces navires ont été engagés. Depuis quatre mois, sept skippers ont mis à l'eau de nouveaux voiliers dans la classe et espèrent se servir de cette Route du Rhum comme d'un tour de chauffe avant le Vendée Globe.

La Class 40, quant à elle, est la catégorie la plus représentée avec 55 navires d'une longueur de 12,18 mètres. Plus petits que les Imoca, ces bateaux sont rapides, modernes et plus abordables, permettant à des amateurs et des professionnels de se mesurer à armes égales. Enfin, la catégorie Rhum Mono regroupe des monocoques d'une longueur supérieure ou égale à 39 pieds n'entrant dans aucune autre classe. Cette catégorie est très éclectique, avec des bateaux dont les années de construction s'étalent de 1967 à 2011, illustrant parfaitement la diversité historique de la flotte.

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