Romain Attanasio, marin chevronné et figure emblématique de la course au large, incarne une passion inéébranlable pour la navigation. Originaire des Hautes-Alpes, d'une famille de skieurs de haut niveau, tout semblait l'orienter vers la montagne. Pourtant, Romain Attanasio est parvenu à en faire autrement, piqué par le virus de la navigation alors qu’il était tout petit. Ses vacances en bord de mer chez son grand-oncle, où il naviguait à bord d’un Poker, un petit croiseur familial des années 70, dans les îles de Houat, Hoêdic, Belle-Ile-en-mer, ou sur le golfe du Morbihan, ont été le point de départ d'une carrière exceptionnelle. Cette immersion précoce dans le monde maritime a semé les graines d'une vocation qui le mènerait aux sommets de la course océanique, notamment avec l'intégration des bateaux à foils, véritables symboles de la modernité et de la performance.
Des Premiers Embruns aux Grandes Compétitions : Le Parcours Formateur d'un Marin Alpin
Le virus de la navigation l'a saisi très tôt. Il a commencé par faire du dériveur au club local avant de parvenir à intégrer la section sport-études de La Baule, en laser. C’est là qu’il s’est découvert un vrai talent de régatier. Désireux d’aller plus loin, il a réussi à monter un programme en Mini 6.50, une classe autrement surnommée « l’école maternelle de la course au large ». Pour sa première expérience de transatlantique, la Mini Transat, en 1999, une énorme tempête a secoué le golfe de Gascogne, entraînant le chavirage de son voilier de 6,50m. Il a été sauvé par un cargo, puis rapatrié. Cependant, cette frayeur n'a pas mis fin à sa carrière de marin, bien au contraire. Doté d’une énergie et d’un mental de compétiteur, il a sollicité son partenaire de l’époque, qui, au vu de son départ enthousiasmant lors de la Mini Transat, lui a donné à nouveau les moyens de poursuivre.
Romain Attanasio a alors intégré le Pôle Finistère de Port-La-Forêt, un passage structurant pour les skippers en solitaire et la voie royale des skippers en solitaire. Il en est devenu l’un des piliers et une valeur sûre de la série, alignant d’excellents résultats sur La Solitaire du Figaro, ou encore sur la Transat AG2R. Sa carrière de skipper était lancée et la suite s’est enchaînée presque naturellement. Après avoir régaté une dizaine d’années dans la Classe Figaro et navigué aux côtés des meilleurs en multicoque, notamment avec Michel Desjoyeaux sur le trimaran Géant et Franck Cammas sur le trimaran Groupama, Romain a senti que le moment était venu de participer au Vendée Globe. En 2015, il a également participé à la Transat Jacques Vabre avec Louis Burton, affinant son expérience en double.
L'Évolution vers le Vendée Globe : Des Dérives aux Premiers Foils
L'envie de s'aligner sur l'Everest des mers, le Vendée Globe, a été une étape déterminante. En 2016, il a pris le départ de son premier Vendée Globe et a terminé son tour du monde en solitaire à bord d'un bateau à dérives, malgré de nombreux aléas techniques. Ce premier Vendée Globe, il l’avait fait « pour voir », avec des PME régionales en soutien. Son objectif n’était pas de faire une place, mais bien de faire le tour du monde en solitaire. Il a terminé quinzième en 109 jours, une première expérience positive qui l'a poussé à continuer. À peine arrivé, Romain rêvait déjà d’un tour du monde encore plus rapide, nourrissant l'ambition de s'aligner sur l'édition suivante.
Pour son second Vendée Globe, le projet sportif de Romain a pris de l’ampleur avec l’arrivée de Best Western comme partenaire, et c’est à bord d’un plan Farr vieux de 13 ans qu’il est reparti le 8 novembre 2020. Construit pour Catherine Chabaud, c'était un voilier de dingue. En pleine pandémie de Covid, la descente du chenal des Sables d’Olonne était particulière, mais n’a en rien entamé l’enthousiasme, la spontanéité et la simplicité du skipper de l’IMOCA Pure - Best Western, de la ligne de départ à celle de l’arrivée franchie le 6 février 2021 à 17 heures 06 minutes et 02 secondes. Il a bouclé son deuxième Vendée Globe d’affilée à une méritoire 14e place, gagnant 19 jours sur son précédent parcours, terminant en 90 jours. Tout au long de cette deuxième participation, Romain a confirmé que « le Vendée Globe, c’est 80% de galères et 20% de dingue », tout en trouvant sa recette du bonheur en mer. Jour après jour, il a partagé sa course avec beaucoup d’humour, tournant en dérision et relativisant constamment ses mille problèmes du quotidien, avec son franc-parler et son enthousiasme communicatif.
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Après cette deuxième boucle autour du monde, Romain a souhaité changer de dimension. Le projet a accueilli un nouveau partenaire, Fortinet, et a changé de monture avec le rachat d’un IMOCA doté de foils. Pour la première fois, Romain Attanasio était sur le point de prendre le départ d’un Vendée Globe à bord d’un bateau volant. Le monocoque Fortinet - Best Western n’était autre que l’IMOCA avec lequel Boris Herrmann aurait dû conquérir le podium du dernier Vendée, sans une collision avec un bateau de pêche à quelques milles de l’arrivée. Il a acquis Malizia II, un plan VPLP qui avait terminé 5e du Vendée Globe 2020-2021 sous les commandes de Boris Herrmann. La passation du bateau a duré un bon mois en mai 2021. Romain se souvenait de la première navigation : « La première navigation s’est faite dans 5 nœuds de vent et je me dis “tranquille”. La deuxième était dans 15-20 nœuds, on commence instantanément à voler comme des dingues, et là franchement je me suis dit : “Qu’est-ce que j’ai fait, je n’y arriverai jamais seul !” ». Mais c’était exactement pour ça qu’il avait voulu récupérer le bateau tôt, pour avoir trois ans pour s’y faire, pour découvrir un bateau à foils la première année, se lancer dans le grand bain du solitaire la deuxième, et gagner en performance la troisième.
L'Impact des Foils sur la Navigation : Une Autre Dimension du Défi
Les foils ont radicalement transformé la course au large, introduisant une nouvelle ère de vitesse et d'exigence physique. Ces bateaux sont bien plus éprouvants physiquement. Romain Attanasio a souligné à quel point cela n'a plus rien à voir avec un bateau normal. « Il faut imaginer que je vise un mois de moins que mon premier Vendée Globe, c’est hallucinant le différentiel de vitesse, et à quel point on tire plus sur le bateau et sur le marin. » À force de naviguer, il s’est habitué à la dureté, mais il reconnaît qu’on souffre physiquement. « Je navigue avec un casque, des bouchons, il y a des chocs qui te plaquent les vertèbres, si t’as la bouche ouverte tu sens tes organes trembler. Alors oui, forcément, on se demande ce que ça va faire à l’organisme 75 ou 80 jours comme ça. Mais je n’appréhende pas plus que ça, et quelque part je suis excité de retourner dans l’inconnu. » Son deuxième Vendée Globe restait relativement comparable à son premier, là il replonge dans l’inédit.
Sur le Retour à La Base en décembre 2023, il s’est d’ailleurs blessé à la tête dans un choc, témoignant de l'intensité de ces machines. Le bateau actuel de Romain Attanasio, le Fortinet-Best Western, est un foiler de 2015, construit à l'époque pour Sébastien Josse. Anciennement connu sous les noms de Gitana 16 - Edmond de Rothschild, Malizia II - Yacht Club de Monaco, et Seaexplorer - Yacht-club de Monaco, ce bateau, conçu par les architectes VPLP et Guillaume Verdier et construit par Multiplast, a déjà fait ses preuves en terminant 5e du Vendée Globe en 2021. Avec 85 000 milles au compteur au départ des courses, il représente la première génération d'IMOCA volants et possède encore un bon potentiel. Romain estime que ce bateau est « un 4x4 dans le Sud », ce qui lui offre des opportunités de performance uniques dans les mers australes.
Le Démâtage Pré-Vendée Globe : Un Marathon de Résilience et de Solidarité
La route vers le Vendée Globe 2024, que Romain souhaitait « rapide et aérien », a été semée d'embûches. Moins de trois mois avant le départ, il a été confronté à un événement majeur : le démâtage de son bateau sur le Défi Azimut, le 13 septembre. « Sur le coup, quand ça tombe, je me dis “Putain, il n’y a pas de Vendée pour moi”. Je suis désespéré, tout s’écroule. » Romain Attanasio a réussi l’exploit d’être au départ des Sables-d’Olonne, malgré cette grosse tuile. Cet incident a déclenché une véritable opération commando pour récupérer et financer un nouveau mât, afin de permettre au skipper de rejoindre à temps les Sables d’Olonne.
Ce marathon éreintant a une fois de plus mis en lumière la solidarité des gens de mer, la résilience des équipes de course au large, et la motivation sans faille de ce marin d’exception. « Au final, il y a toujours une solution, c’est quelque chose que j’ai appris. » Il a rappelé avoir déjà affronté des aléas majeurs, comme un safran sur son premier Vendée Globe et le chariot de grand-voile sur le deuxième. Dans ce malheur, ils ont pu profiter d’un élan de solidarité génial. Une cagnotte a été lancée et a « super bien marché », grâce à tous ceux qui ont aidé. Côté skippers, l’entraide a été « hyper forte ». Maxime Sorel lui a vendu son mât de rechange, et Boris Herrmann lui a donné du matériel. Toute l’équipe était à fond, et les partenaires ont répondu présents pour aider à payer la facture.
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Cette période a été intense : « Les journées sont bien chargées ! » Il a souligné le paradoxe de ce métier où il faut toujours tout caler en amont malgré tant d'imprévus. « Ce qui est drôle, c’est que je n’avais jamais été aussi prêt, et puis en fait non. Cet été vraiment, j’étais tranquille pour la première fois, c’est peut-être un truc de karma d’ailleurs, parce que je voyais certains s’entraîner et je me disais que c’était bien cette fois de ne pas avoir à être dans le jus jusqu’à la dernière minute. » Cette épreuve a renforcé sa détermination : « Il y aura un troisième Vendée Globe, c’est sûr. Enfin aussi sûr qu’on peut l’être en course au large. Ça va être long jusqu’au bout et on aura plein de bricolage à faire aux Sables d’Olonne, mais au moins on va pouvoir montrer concrètement à quoi ressemble notre travail ! »
Ambitions, Communication et l'Esprit du Marin
Pour Romain Attanasio, les ambitions pour ce troisième Vendée Globe sont plus élevées. Il dispose pour la première fois d’un bateau volant et performant, ce qui représente un atout majeur. Il espère pouvoir tirer un peu plus sur son bateau que les autres dans le Sud, où son IMOCA est un véritable 4x4. « En fait, je crois que pour résumer l’idée, j’y vais pour avoir la sensation d’être en Ligue 1, je serais déçu si ce n’était pas le cas. » Il s'attend à une place dans les dix premiers, conscient que ce sera un défi de taille. « J’ai fait à peu près dans les dix premiers à toutes les courses, j’ai du mal à aller au-delà. Ce bateau a déjà deux éditions du Vendée Globe, je me fais déposer par les IMOCA plus récents, alors c’est dur de viser plus haut… »
Romain Attanasio est reconnu comme l’un des meilleurs communicants lors du dernier Vendée Globe, partageant toujours avec une bonne dose d’humour et d’autodérision le quotidien de « quelqu’un d’ordinaire qui fait quelque chose d’extraordinaire ». Homme souriant et ouvert, Rouchette se retrouve parfaitement dans les traits de Romain Attanasio, et est de nouveau partenaire de ce beau duo qui va s’élancer pour la 15ème édition de la Transat Jacques Vabre. La société a intégré le club partenaires Sixième Océan, que Romain a créé pour sensibiliser le public aux dégâts causés par l'être humain sur les océans.
Cependant, la navigation sur ces machines ultra-performantes rend la communication plus difficile. « J’essaie de rester le mec souriant, mais franchement ce n’est pas évident à cause du bateau. C’est hyper exigeant, on a moins le temps pour ça, il y a le mal de crâne, c’est dur de garder la fraîcheur et la spontanéité. Par la force des choses, j’ai moins la candeur des débuts ! » Malgré tout, il tient à garder son honnêteté. « Quand je casse un truc, je le dis. Malgré la difficulté, j’essaie de raconter ce qui se passe le plus sincèrement possible. Je ne sais pas ce qui m’attend, mais je sais que ce que je communiquerai ce sera que du vrai. C’est hyper important pour moi. » Il a toujours partagé avec beaucoup d’enthousiasme et d’humour son quotidien en mer, et le public le suit pour ça. Son récit des moments difficiles, comme lorsqu'il était au large de l'Afrique du Sud et que trois bateaux ont tapé des Ofni, montre sa capacité à documenter la réalité brute de la course. « J’étais au fond de mon bateau à 18 noeuds, dans le noir. Là, je savais que si je tapais un truc, je m’explosais la tête contre la paroie. Et ces moments-là, je les ai filmé aussi. »
La Pression et l'Engagement : Un Projet Collectif
Le budget du projet a considérablement évolué en quatre ans. « Mon premier Vendée Globe avait été fait avec des PME régionales en soutien, là ce sont deux grosses sociétés internationales américaines que je ne veux forcément pas décevoir. J’ai plus de pression qu’il y a huit ans forcément, il y aura plus de monde sur la ligne aussi. » Le soutien des partenaires est crucial. « Mes partenaires se sont des PME, c’est parce qu’ils sont nombreux qu’ils réussissent à faire le Vendée Globe. Chaque entreprise ne pourrait pas le faire seule. Tout le monde est important, je les remercie évidemment. »
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Romain Attanasio se présente également comme conférencier en entreprise, intervenant sur des thèmes tels que la gestion du stress, la prise de décision sous pression, la gestion des risques et des crises, le leadership et le management. Il utilise ses expériences en mer pour illustrer ces concepts.
Il a exprimé son rêve d'avoir un bateau à foils, soulignant que « les bateaux à foils ça me fait rêver, c’est fabuleux ! » Il est aussi un grand partisan de la limitation des coûts dans la course au large. « Je pense qu’il faut établir quelques règles avec la classe IMOCA pour limiter la taille des foils. L’essentiel, c’est que ça reste abordable. On ne peut pas monter sur un bateau la peur au ventre. Actuellement, nous sommes encore dans une période d’essai. On ne peut pas utiliser un foiler partout comme dans la baie de Port-La-Forêt. Il est important qu’il y ait toujours plusieurs façons pour un sponsors de s’engager et que ceux qui ont moins de budget puissent continuer à acheter des bateaux plus anciens. »