Les piscines romaines, plus que de simples lieux de baignade, étaient des centres de vie sociale et des démonstrations de prouesses architecturales. Cet article explore l'histoire et l'architecture de ces bassins, en se basant sur des vestiges archéologiques et des études récentes.
Introduction
L'histoire des piscines remonte à l'Antiquité, où elles étaient bien plus que de simples lieux de baignade. Elles étaient des centres de la vie sociale, des symboles de statut et des prouesses d'ingénierie. Cet article se penche sur l'évolution des piscines romaines, de leurs origines modestes à leur apogée architecturale, en explorant leur fonction, leur conception et leur impact sur la société romaine.
Origines et Évolution des Piscines Romaines
De Viviers à Lieux de Baignade
À l'origine, le terme latin "piscina", dérivé de "piscis" (poisson), désignait un vivier où les riches Romains élevaient des poissons près de leurs villas. La piscine était à la fois un aquarium et un garde-manger. Avec le temps, le concept de piscine a évolué pour inclure des cuves d'eau bénite utilisées dans les rites purificatoires et les cérémonies religieuses.
L'Influence Grecque et le Développement des Thermes
C'est durant l'Antiquité que les piscines, telles que nous les connaissons aujourd'hui, sont apparues comme des lieux dédiés à la baignade et à la natation. Inspirés par les Grecs, les Romains ont fait de la baignade une pratique sociale grâce aux bains publics et aux thermes. Les premiers bains publics, plutôt austères, ont vu le jour sous la République au IIIe siècle avant notre ère, principalement pour des raisons d'hygiène et rituelles.
Les thermes, quant à eux, se sont développés sous l'Empire. En 25 av. J.-C., l'empereur Agrippa fit construire de grands bains publics appelés "thermae", du grec "thermos" signifiant "chaleur". Ces édifices luxueux étaient des lieux de soins du corps, de natation, de détente et de rencontres sociales. L'historien latiniste Jean-Noël Robert soulignait que les thermes étaient à la fois des bains et des lieux de loisirs, favorisant la mixité sociale.
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La Romanisation à travers les Thermes
La popularité des thermes a contribué à la romanisation de l'Empire. Chaque province romaine devait disposer d'un tel édifice, marquant ainsi l'identité romaine. L'empereur Néron disait que fréquenter le forum, les spectacles, les thermes et porter la toge étaient les signes d'un citoyen romain.
Architecture et Infrastructure des Piscines Romaines
Les Thermes de Caracalla: Un Exemple de Grandeur
Les thermes de Caracalla, construits en seulement quatre ans, sont un exemple impressionnant de l'architecture romaine. Ce "palais du peuple" nécessita le travail de milliers d'ouvriers et décorateurs. Les coûts de construction étaient colossaux, reflétant l'importance accordée à ces édifices.
Les thermes de Caracalla étaient presque un musée, avec des plafonds peints, des murs ornés de bronze doré, des sols couverts de marbre et de nombreuses œuvres d'art. Près de 2 000 Romains pouvaient y déambuler quotidiennement entre les trois principales salles de bain: le tepidarium (salle tiède), le caldarium (salle chaude) et le frigidarium (salle froide) avec sa piscine de 53 mètres de long.
L'Importance de la Natation
L'apprentissage de la natation était primordial chez les Anciens. La natation était considérée comme une compétence essentielle, et les premières brasses des jeunes Romains étaient une source de fierté pour leurs parents. La natation était même pratiquée en compétition, mais seulement en rivière ou en mer.
Piscine d'Ancely: Un Vestige Toulousain
La piscine romaine d'Ancely, située à Toulouse, est un vestige bien conservé et méconnu. Construite en chaux et galets concassés recouverts de mortier de tuileau, elle mesure 13 mètres de large et 19 mètres de long. Elle est percée en son centre par une cage d'escalier en béton et entourée d'un réseau d'amenée et d'évacuation des eaux provenant de la Garonne.
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L'abbé Georges Baccrabère, passionné d'archéologie, a joué un rôle crucial dans la préservation de ce site. Selon lui, la piscine d'Ancely faisait partie d'un système plus vaste de bains comprenant d'autres bassins, une étuve et des salles chaudes. La piscine se visite chaque dimanche entre mai et octobre, en même temps que l'amphithéâtre antique.
Les Thermes de Cluny: Un Parcours Thermal Complexe
Les thermes de Cluny illustrent le concept du parcours thermal romain, basé sur l'exposition du corps à différentes températures de l'eau et de l'air. Selon la médecine romaine, le chaud dilate les pores de la peau, permettant l'évacuation des "humeurs", tandis que le froid les resserre, rétablissant leur fonction protectrice.
Le parcours typique comprenait des exercices physiques dans les palestres (gymnases non couverts), le frigidarium (salle froide), le tepidarium (salle tiède), le destrictarium (salle tiède) pour nettoyer le corps avec un strigile, le laconicum (salle à chaleur sèche) et enfin le caldarium (salle chaude) avec ses bassins chauds.
Les Bains Municipaux de Strasbourg: Un Mélange d'Ancien et de Moderne
Les bains municipaux de Strasbourg, construits par Fritz Beblo et inaugurés en 1908, allient béton technique et éclectisme architectural. Ils comprenaient des piscines intérieures, des douches, un sauna, un solarium et un espace de toilettage pour chiens.
Récemment rénovés, les bains municipaux de Strasbourg offrent une expérience moderne tout en préservant l'authenticité du bâtiment. Les travaux ont permis de créer une offre de nage améliorée, respectant les normes de sécurité et d'accessibilité.
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Bains tardifs de l’Antiquité
Dans le monde romain, deux expressions sont utilisées pour désigner les établissements balnéaires : therma (-ae) et balneum (-a). Ces deux mots sont d’origine grecque. Le premier (θερμός) désigne des espaces chauffés tandis que le second (βαλανείον) signifie plus exactement « salle de bains » ou « bains publics ». Il semble qu’à l’époque romaine l’expression balneum soit la plus courante. La première sert à désigner des bains privés ou publics qui appartiennent à des particuliers. Thermae, employée au pluriel, a des nuances plus spécifiques. Elle désigne de grands complexes impériaux, dont les parties chauffées sont plus importantes que dans les balnea. Cependant, dans les textes antiques, balneum et thermae paraissent interchangeables. Dans l’ensemble, on conserve cette distinction jusqu’à la fin de l’époque romaine où, par exemple, au IVe siècle un catalogue des bains de Rome mentionne dix ou onze thermae pour huit cent cinquante-six balnea. Sur les cent trente et un édifices répertoriés dans notre corpus, quatre-vingt-dix-neuf sont des balnea, soit les trois quarts des établissements balnéaires encore en fonctionnement ou élevés durant l’Antiquité tardive. Seuls trente-deux sont des thermae, soit un quart des bains tardifs. Quatre-vingt-huit balnea appartiennent à des villae rurales soit près des deux tiers des thermes de l’Antiquité tardive. On recense ensuite vingt-huit édifices publics localisés dans des capitales ou agglomérations secondaires, soit un cinquième des édifices de l’Antiquité tardive, et onze balnea appartenant à des domus urbaines. Quatre établissements équipent des vicus.
Les Balnea
Dans l’Hispanie romaine, des balnea sont édifiés dans les villae dès le Haut Empire. Ils attestent l’adoption et la généralisation de la tradition romaine du bain, signe d’une romanisation des territoires ibériques. Il s’agit de bains réservés à une élite qui manifeste son pouvoir à travers l’architecture et la décoration de ces espaces. Durant l’Antiquité tardive, ces bains domestiques continuent à être construits dans des grands complexes agro-pastoraux et dans des domus. Ils répondent à des schémas simples de fonctionnement qui présentent toujours trois espaces basiques : l’apodyterium (vestiaire) ou le frigidarium (salle froide) réunis ou non dans une même salle, le tepidarium (salle tiède) et le caldarium (salle chaude). Ces pièces sont toutes de forme rectangulaire ou quadrangulaire avec parfois l’ajout de petits espaces distincts de forme absidiale, octogonale ou trilobées qui abritent des piscines ou des bassins. Elles sont complétées par des sudationes (étuves sèches ou humides) aux formes variables, des unctoria (salles de soins) ou des latrines et plus rarement des destrictaria (pièce où le corps est enduit d’huile pour les exercices physiques). Les balnea sont toujours intégrés dans des complexes résidentiels. Elles forment généralement des unités indépendantes qui obéissent à des contraintes d’approvisionnement en eau et qui sont éventuellement orientées selon les préceptes de Vitruve. Les balnea se situent assez souvent à proximité d’une source d’eau. À défaut, de grandes citernes sont construites à proximité.
Le bain de Dehesa de la Cocosa (Badajoz) situé dans l’ancienne province de Lusitanie constitue un exemple représentatif des balnea antiques. Selon l’interprétation de V. García Entero, on pénètre dans ce bain à partir d’un vestibule ouvert, de forme quadrangulaire, constitué d’un sol en opus signinum. Depuis cette salle, le baigneur entre dans un apodyterium de 31 m2. Cet espace, recouvert d’opus signinum, est pourvu d’une petite niche côté nord-est. Le baigneur accède ensuite au frigidarium, grande salle rectangulaire de 48 m2, décorée d’une mosaïque polychrome représentant des animaux marins. Une légère inclinaison du sol permet l’évacuation des eaux usées. Une grande piscine d’eau froide est installée au nord de la salle, elle mesure 3,68 x 4,75 m sur 1 m de profondeur. Trois marches sont aménagées afin que le baigneur accède à ce grand bassin. Le sol est également composé d’opus signinum. La salle est flanquée de deux baignoires de forme circulaire côté est. Celles-ci étaient sans doute remplies d’eau froide. Le baigneur peut, lors de son séjour dans la salle froide, se diriger vers un unctorium. Il poursuit ensuite son cheminement dans les salles chauffées : tepidarium puis caldarium. Le premier de ces espaces a une superficie de 14 m2. Il est pourvu d’un hypocauste constitué d’arcs en brique de 0,58 m de hauteur. À l’est, s’ouvre la bouche du praefurnium. Ce four permet le chauffage de la salle. Enfin, depuis le tepidarium, le baigneur se tourne vers le caldarium. Cet espace de 15 m2 est entouré de chaque côté par des alvei, c’est-à-dire des petites piscines d’eau chaude mesurant 1 x 1,40 m. Au sud, on trouve un grand praefurnium qui chauffe le caldarium et l’eau des alvei.
L’ensemble du complexe thermal de Dehesa de la Cocosa est alimenté en eau grâce à un petit aqueduc qui débouche directement sur le balneum. L’espace situé à l’extrême sud-est constituerait un réservoir à partir duquel se réalise l’ensemble de l’approvisionnement des parties chauffées. Au nord-est, une autre citerne de forme quadrangulaire alimente sans doute les piscines et la salle froide. L’installation balnéaire de Dehesa de la Cocosa adopte ainsi un plan linéaire, les trois salles principales ont en effet le même axe et obligent le baigneur à un parcours rétrograde. Le bain respecte des préceptes vitruviens : les salles non chauffées se situent au nord, les tepidarium et caldarium côté sud. Le grand développement de la salle froide est caractéristique de la seconde moitié du IIIe siècle de notre ère et des bains tardifs de l’Antiquité romaine. Au IVe siècle, cette salle est recouverte d’un nouveau pavement en mosaïque. L’occupation des lieux paraît se maintenir du IVe au VIe siècle. À ce moment, une basilique chrétienne est construite et perdurera jusqu’au VIIIe siècle.
Le balneum de la villa de la Olmeda à Pedrosa de la Vega (Palencia) constitue un autre exemple. Construit au milieu du IVe siècle, ce bain d’une superficie de 900 m2 se situe à l’ouest d’une vaste demeure romaine. Le bain est divisé en deux parties par un large espace. Ce vaste chemin d’accès depuis la villa est interprété par certains auteurs comme une palestre. Au nord, se situent les espaces réservés à la toilette, au sud, le vestiaire et les salles de soins. Le parcours du baigneur est ainsi très nettement séparé. D’un côté, on trouve un apodyterium de forme quasi circulaire complété d’unctoria. De l’autre côté, on accède à une vaste salle froide quadrangulaire aux angles semi-circulaires d’environ 100 m2. Ce frigidarium possède un petit bassin côté nord-ouest. Il est également équipé d’une annexe, sans doute un alveus ou une piscine de forme trilobée. Les parois de cette salle sont maçonnées et recouvertes de plusieurs couches d’enduit. Le sol est constitué d’un sommaire opus signinum qui paraît avoir été posé sur un sol antérieur. Un canal d’évacuation a été mis au jour et l’analyse des enduits et des sols montre l’existence de revêtements antihumidité réalisés en opus signinum. La piscine de 0,54 m de profondeur dispose de marches. D’une superficie de 17 m2, elle permet au baigneur une immersion en position assise. On accède ensuite à un vaste espace, large d’une dizaine de mètres dont on ignore l’étendue exacte. Celui-ci est chauffé par un praefurnium. Cette salle repose sur deux piliers et pourrait donc constituer le caldarium ou le tepidarium du bain. Comme la villa, ce complexe balnéaire fonctionne jusqu’au Ve siècle.
Ces deux exemples révèlent une certaine diversité des modèles et des formes balnéaires durant l’Antiquité tardive. Il n’existe pas un type de bain domestique mais plusieurs solutions architecturales dont les dimensions et la décoration varient en fonction des lieux et du statut du propriétaire. Ces installations balnéaires ont souvent connu plusieurs réaménagements et peuvent avoir comme plan de base des modèles datant du Haut Empire. Des bains sont donc toujours utilisés et même construits au cours du IVe siècle et ils restent occupés durant une bonne partie du Ve siècle.
Les thermae
En parallèle, les thermae, bains monumentaux des villes, continuent à exister durant l’Antiquité tardive. Ces édifices adoptent des formes différentes ou des aménagements particuliers selon l’évolution du statut de la ville dans laquelle ils ont été érigés : capitale de province, chef-lieu de cité ou encore agglomération secondaire. Comme le souligne Á. Fuentes Domínguez, il convient de distinguer les thermes relevant des nouvelles capitales de provinces comme Tarraco, Corduba, Cartago Nova, Emerita et Braccara ainsi que les centres ayant des charges administratives importantes : Caesarugusta, Hispalis, Asturica, Barcino et Valentia. De l’autre côté, sont regroupées les anciennes villes moins importantes et en voie de ruralisation durant l’Antiquité tardive. Dans le premier groupe, on constate un maintien des thermes publics jusqu’à la fin du IVe siècle et au début du Ve siècle. Le cas des bains de la rue Padre Blanco y Santiago Crespo d’Astorga est, à ce sujet, intéressant. En effet, les fouilles ont révélé une occupation tardive du site. À l’image de l’ensemble urbanistique qui l’entoure, l’édifice bénéficie d’un programme de rénovation. Ces réfections montrent l’entretien continu des systèmes hydrauliques.
À Cumplutum (Alcalá de Henares) les fouilles du forum ont mis au jour des aménagements tardifs et des thermes associés à cet espace public. Les premiers, construits au cours du Ier siècle de notre ère, sont abandonnés à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle. Les structures balnéaires sont remployées et intégrées à la basilique adjacente dans un grand programme de réaménagement du forum. Au même moment, les bains publics au nord cessent d’être utilisés avec la construction d’un grand édifice administratif. En revanche, les thermes méridionaux du forum sont toujours en activité et pleinement intégrés à la réforme générale du IVe siècle. D’après le matériel mis au jour, ils sont abandonnés dans la première moitié du Ve siècle.
Ces bains s’inscrivent dans un espace de forme rectangulaire inspirés du plan des thermes provinciaux : une succession stricte du nord au sud de trois salles (frigidarium, tepidarium et caldarium) avec un accès depuis le decumanus mineur situé au nord. La superficie de l’édifice représente près de 190 m2. Le frigidarium, d’environ 110 m2, est le plus vaste espace du complexe balnéaire. Le tepidarium atteint une superficie de 32 m2 et le caldarium de 39 m2. La norme vitruvienne, qui préconise un rapport de deux tiers entre largeur et longueur dans la salle chaude, est quasiment respectée. Le tepidarium et le caldarirum sont chauffés par un hypocauste. Les piles sont de forme carrée, constituées de briques probablement remployées des thermes du nord. Ce type de plan, linéaire avec un parcours rétrograde du baigneur, fait partie des modèles hérité du Haut Empire que l’on connaît durant l’Antiquité tardive. Le plan est adapté aux besoins de cette période dont la population accorde sans doute moins d’importance au bain dans la vie sociale.
Dans l’ancienne Carthago Nova (Carthagène), un complexe thermal public a été découvert à la fin des années 1960 et a été fouillé en 1982 sur la place Tres Reyes. Le bain présente plusieurs salles, imposantes en taille, disposées selon un axe longitudinal. Au nord, un vaste frigidarium de 118 m2 est doté d’une piscine quadrangulaire de 2,30 m de côté. Celle-ci est recouverte de fines plaques de marbre et pourvue de deux marches d’accès. La salle est entièrement couverte de grandes dalles de marbre. La pièce suivante repose sur un hypocauste. Elle mesure 11,30 x 7,35 m (soit 83 m2) et elle communique avec le frigidarium par une porte de 1,75 m de large. Il s’agit du tepidarium qui est séparé de la salle précédente par des murs d’1 m d’épaisseur. La pièce devait sans doute être recouverte d’une voûte. L’espace suivant est le caldarium également pourvu d’un hypocauste. Cet espace mesure 11,50 x 10 m soit 115 m2. Un puissant praefurnium qui chauffe le caldarium et le tepidarium est situé au sud de la salle chaude dans une enceinte quadrangulaire délimitée par de grands blocs en opus quadratum. Un petit espace de 5,25 m de côté, à partir duquel on accède depuis la salle froide, pourrait être interprété comme un sudatio.
Ce vaste complexe thermal est complété par une palestre à l’est et par une grande piscine à l’ouest. Le parcours du baigneur est sans doute linéaire et rétrograde. Si le moment de construction de cet édifice est difficile à déterminer, on sait que son abandon doit se situer au cours du IVe siècle. Toutefois, il est possible que le site soit brièvement occupé à l’époque byzantine.
La pratique du bain dans le monde romain évolue au cours du temps et selon les lieux. Durant l’Antiquité tardive, on assiste à un certain repli des pratiques balnéaires dans le domaine privé. Les grandes thermae des villes sont de moins en moins fréquentées et parfois abandonnées. En revanche, les balnea des villae continuent à être construits et utilisés, témoignant d’une permanence de la culture du bain au sein des élites rurales.