Aux origines du concept de Rideau de Fer
La première utilisation de l'expression « rideau de fer » vient du rideau de fer utilisé dans des théâtres (et les boutiques). Comme analogie il avait le sens de « barrière impénétrable », et en 1918, l'auteur russe Vassili Rosanov écrit dans son livre L'Apocalypse de notre temps : « En cliquetant, en craquant et en grinçant, un rideau de fer descend sur l'histoire de la Russie. La représentation prend fin ». Le terme est ensuite repris par Ethel Snowden, une féministe socialiste britannique, qui dénonce les violences du bolchévisme dans ce pays dans son livre Through Bolshevik Russia paru en 1920.
Côté allemand, Joseph Goebbels emploie aussi ce terme (« eiserner Vorhang ») dans Das Reich, journal interne du parti nazi du 23 février 1945, suivi par Lutz Schwerin von Krosigk, éphémère ministre des Affaires étrangères de l'amiral Dönitz, qui déclare à la radio allemande le 2 mai 1945 : « À l'Est, le rideau de fer derrière lequel, invisible aux yeux du monde, la destruction est en œuvre, s'avance inexorablement ». Mais c'est Winston Churchill, le 5 mars 1946, qui rendit l'expression populaire lors du fameux discours de Fulton (Missouri, États-Unis) en prononçant une phrase restée célèbre : « De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu à travers le continent ».
La matérialisation du Rideau de Fer en Europe
Il s'agit d'une expression prononcée par Winston Churchill lors de son discours à Fulton le 5 mars 1946. Alarmé par les violations répétées de la Charte de l'Atlantique et de la déclaration de Yalta sur l'Europe libérée, Churchill fait part dans un télégramme du 12 mai 1945 à Truman de ses craintes de voir les forces soviétiques s’avancer si elles le veulent jusqu’aux rives de l’Atlantique. Avant comme après la Seconde Guerre mondiale, l'armée rouge, les garde-frontières et le NKVD soviétiques ont exercé un strict contrôle le long des lignes de contact entre le monde communiste et le monde capitaliste.
Le rideau de fer longeait les frontières de la RDA, de la Tchécoslovaquie, de la Hongrie et la Bulgarie au contact de la RFA, de l'Autriche, de la Grèce et de la Turquie : il subsiste jusqu'à la chute des régimes communistes en Europe. La section la plus connue n'était pas en connexion avec le reste mais entourait l'enclave occidentale de Berlin-Ouest en Allemagne de l'Est : c'était le mur de Berlin. Un autre mur plus petit coupait en deux le village de Mödlareuth en Allemagne, situé sur la frontière RFA/RDA.
Dispositifs de sécurité et contrôle des populations
Jusqu'en 1952, les Soviétiques laissèrent passer à l'ouest plus d'un million d'Allemands car la jeune RDA dont le territoire n'était ni très étendu, ni très industrialisé, n'était pas en mesure d'absorber seule les millions de réfugiés allemands chassés des territoires à l'est de la ligne Oder-Neisse et comptait déjà 16 millions d'habitants. Mais à partir de 1950, le phénomène devint alarmant car parmi les fuyards, on comptait un fort pourcentage de personnels qualifiés, dont le nouveau régime avait désormais besoin. Devant cette hémorragie des élites et des travailleurs, la RDA promulgua le 26 mai 1952 un décret relatif à des « mesures sur la ligne de démarcation » qui se traduisit par l'établissement à la frontière d'une bande de contrôle de 10 mètres de large, d'un secteur de haute protection de 500 mètres et d'une zone interdite d'accès de 5 kilomètres. Sur la bande de contrôle de 10 mètres, une clôture de fil de fer barbelé fut implantée.
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C’est le 13 août 1961 que commença la construction du Mur de Berlin condamnant la seule ligne de contact par où la fuite était encore possible. Afin d'y faire obstacle, les Soviétiques isolèrent Berlin-Ouest à partir du 13 août 1961. L'ordre secret n°39/61 du 14 septembre 1961 est promulgué sous le titre de « Préservation de la sécurité dans la zone interdite le long de la frontière de l’Ouest de la République démocratique allemande ». Cette décision renforça les mesures d'interdiction en vigueur depuis mai 1952 et porta les autorités à entreprendre de nouveaux travaux destinés à colmater toutes les issues possibles et à perfectionner les dispositifs automatiques de mise à mort.
Évolutions techniques et répression aux frontières
En 1970, un nouveau programme de construction fut lancé en vue de tarir le flux des fugitifs. C'est alors qu'apparurent les premiers panneaux de clôture de 3,20 m, dont la largeur de 5 mm des croisillons en biseau, tranchants comme des épées, est calculée pour ne laisser passer que les doigts nus, sans protection, de ceux qui tentent de se hisser par-dessus. Le nombre de personnes tuées en tentant de franchir cette frontière est l'objet de polémiques, comme pratiquement tout ce qui touche l'histoire des Etats communistes.
La frontière tchécoslovaque était isolée par une zone interdite de 6 à 12 kilomètres de profondeur à l’intérieur de laquelle les habitants devaient être munis d’un passeport spécial. Un dispositif de verrouillage fut mis en place. En 1964, le gouvernement tchécoslovaque, constatant que ces bandes de territoires étaient redevenues sauvages, constituant de véritables réserves de nature et de biodiversité propices à la dissimulation des fuyards, décida de tout raser : le milieu naturel, mais aussi les villages abandonnés des Sudètes situés le long de la frontière et même les routes qui y menaient. L'année 1968, après le printemps de Prague et l'écrasement du socialisme à visage humain, marqua le tournant de la modernisation : la première clôture à trois fils conducteurs de 5 000 volts fut remplacée par une clôture de deux mètres de haut tendue par des poteaux en ciment.
Le rideau de fer hongrois a été établi en 1966 sur les 260 km de frontière avec l'Autriche. Il s'agissait d'un double réseau en grillage barbelé et électrifié. Il a commencé à être démantelé à partir du 2 mai 1989 par les garde-frontières hongrois, à l'aide de pinces coupantes et de bulldozers. En vingt-deux années d'existence, quelque treize mille cinq cents personnes ont tenté de le franchir au péril de leur vie, soit en moyenne deux tentatives chaque jour.
L'émergence institutionnelle de l'archéologie subaquatique française
Parallèlement à la cristallisation des frontières terrestres, le milieu scientifique français s'organisait pour explorer un autre type de frontière : celle du monde sous-marin. Le siège du Drassm est à Marseille, berceau mondial de l'archéologie sous-marine. Créé en 1966 par André Malraux, alors ministre de la Culture, il compte 39 agents, chercheurs et administratifs, en 2024. André Tchernia, éphémère directeur scientifique (1967-1968) de la Direction des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM) créée en 1966, est accompagné de l’Amiral Duray, directeur administratif de la DRASSM dès sa création.
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À cette époque, ces discussions sont au cœur des débats. En effet l’archéologie sous-marine s’est développée avec l’invention du scaphandre autonome qui donnait à tout un chacun les moyens d’explorer le monde sous-marin côtier. Le premier archéologue institutionnel formé à la plongée sous-marine est l’Américain Georges F. Bass. En France, une équipe du CNRS (centre Camille Jullian) et de l’Université d’Aix-en-Provence constituée d’André Tchernia, Patrice Pomey et Antoinette Hesnard lui emboîte le pas, mais les découvertes par les plongeurs sportifs se multiplient rapidement et les archéologues professionnels ne peuvent suivre le rythme.
Rigueur méthodologique sur le terrain : le modèle du Planier
Comme en écho à l’interview TV d’André Bouscaras et de son épouse, en 1966, André Tchernia évoque la rigueur nécessaire à l’étude d’un site archéologique, ici l'épave n°3 du Planier. L’îlot du Planier, au large de Marseille, sur lequel un phare a fini par être construit, a vu sombrer nombre de navires à toutes les époques. Cinq campagnes de fouille d’un mois chacune ont été dirigées de 1968 à 1972 sur ce site à 30 m de profondeur. Trois ont porté sur la cargaison et deux ont permis de commencer à dresser le plan du navire.
Sur une partie du site formant un rectangle de 4 mètres sur 2,80 mètres, chaque élément découvert en cours de fouille, jusqu’au moindre clou, a été positionné. Absolument tout ce qui constitue le fret du navire a été remonté à la surface pour être étudié. Le chercheur insiste également sur la rigueur appliquée au raisonnement qui a permis de dater le naufrage dans une étroite fourchette chronologique de 5 ans, à partir de l’identification des personnages dont les noms sont mentionnés sur les amphores. Se développe alors toute une génération d’amateurs éclairés que rien, en ce qui concerne les méthodes de fouilles, ne distingue des professionnels. À partir de 1966, les autorisations de fouilles, déjà dûment encadrées par les archéologues professionnels dans les Circonscriptions des Antiquités, seront délivrées par la DRASSM.
Missions, structuration et rayonnement du DRASSM
Le Drassm explore, étudie, valorise et protège le patrimoine archéologique littoral et maritime de l'ensemble des eaux marines sous juridiction française. Depuis sa création, le département a recensé plus de 6000 épaves sur le littoral français. Il instruit, contrôle et conseille les opérations d'archéologie sous-marine. Il a réalisé l'expertise, dirigé l'étude et contrôlé la fouille de plus de 1600 sites archéologiques subaquatiques et sous-marins en France métropolitaine, en outre-mer et à l’étranger.
Ses compétences lui confèrent également un rôle de conseiller auprès de l’Unesco et il apporte régulièrement son expertise lors de missions internationales. De nombreux pays ont fait appel à lui : Brunei, Égypte, Gabon, Libye, Malte, Pakistan, Philippines, Îles Salomon, États-Unis. Il contribue à la formation des futurs personnels scientifiques pour le ministère de la Culture. Co-fondateur du MoMARCH (Master of maritime and coastal archaeology) avec l'université Aix-Marseille, il organise chaque année des chantiers-écoles à destination des étudiants. Il met à disposition les ressources de son pôle documentaire et accueille chaque année de nombreux stagiaires.
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Conservation et gestion du patrimoine maritime
Le Drassm gère les collections des biens culturels maritimes, objets archéologiques issus du domaine public maritime. Avec la création de la cellule de conservation préventive du Drassm en 2010, aujourd’hui dénommé pôle DSA (données scientifiques de l'archéologie), 63 234 biens culturels maritimes ont été inventoriés parmi ceux qui ont été déclarés. Ils sont conservés dans les 20 dépôts archéologiques gérés par le Drassm, répartis sur tout le territoire, ainsi que dans 240 autres dépôts administrés par des institutions partenaires.
Le Drassm assure également une mission de conseil des chantiers archéologiques réalisées dans les eaux intérieures, qui relèvent de la compétence des services de l’archéologie des directions régionales des affaires culturelles. Il accompagne les responsables de ces opération, notamment en matière de traitement de la documentation et du matériel recueillis. La collection Vitrines du Drassm présente quelques-uns des 65 000 bien culturels maritimes découverts en mer ou sur l’estran inventoriés à ce jour.
Centres de ressources et transmission des savoirs
La Bibliothèque Bernard Liou est la référence en France pour l’archéologie sous-marine et subaquatique. Elle réunit le fonds du Drassm, spécialisé dans le domaine de l'archéologie subaquatique et sous-marine, et celui de l'ancien CNRAS d'Annecy, plus particulièrement dédié à l'archéologie des eaux douces. Elle s'est enrichie en 2009 de la bibliothèque personnelle de Bernard Liou, ancien directeur du Drassm disparu en 2006. Elle compte : 9 533 ouvrages, 458 cartes et plans, 422 travaux universitaires, 260 revues et collections.
Le fonds actuel couvre l'essentiel des domaines de compétence du département : archéologie sous-marine, fluviale et lacustre, histoire maritime, histoire de l'architecture et de la construction navale, naufrages et épaves, sites immergés, histoire de la plongée, études et inventaires des mobiliers et de différents matériaux, épigraphie, numismatique, conservation préventive, restauration, mer et plongée. Le catalogue de la bibliothèque est accessible sur le site du Catalogue Collectif Indexé Frantiq.
La photothèque-vidéothèque du Drassm réunit plus de 120 000 documents numérisés et restaurés. Ce fonds, unique au monde, retrace les grandes étapes de l'histoire de la discipline grâce à : 90 000 phototypes, 250 bandes vidéo de tous types, des centaines de dossiers scientifiques. Toutes les photos et vidéos sont accessibles en ligne, dans la base Mémoire du ministère de la Culture.
Les archives scientifiques du Drassm regroupent l'ensemble des documents relatifs aux biens culturels maritimes des eaux sous juridiction française ainsi que ceux traitant des épaves perdues sous pavillon français en eaux étrangères ou internationales. Chaque dossier d'épave comprend au moins la déclaration de bien culturel maritime ou la référence des archives collectées. En fonction des études réalisées, on y trouve également des rapports d'expertise, des rapports d'opération et des rapports d'analyse ainsi que des publications. Cette documentation permet d'alimenter la base de données nationale Patriarche. Le Drassm édite annuellement un Bilan scientifique, qui permet de présenter les premiers résultats archéologiques des opérations de l’année, ainsi que l’évolution des activités du Drassm.
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