Les Règles de Navigation et de Priorité pour les Dériveurs, Planches à Voile et Autres Engins de Glisse

La navigation en mer est une activité qui allie liberté, adrénaline et respect d'un ensemble de règles conçues pour garantir la sécurité de tous les usagers de l'eau. Que l'on pratique le kitesurf, le wingfoil, le windsurf ou le surf, il est essentiel de connaître et d'appliquer ces principes pour un partage harmonieux de l'espace nautique. Ces règles ne sont pas arbitraires ; elles sont largement issues du Règlement International pour Prévenir les Abordages en Mer (RIPAM), qui encadre la navigation maritime mondiale, et sont adaptées par des instances nationales, comme la FFVL (Fédération Française de Vol Libre) pour les sports de glisse, ainsi que la Division 240 pour les embarcations de plaisance. Loin d'être de simples formalités, ces régulations constituent le fondement d'une pratique responsable et sécurisée.

Définition et Champ d'Application des Règles en Mer

Pour commencer, il est fondamental de comprendre ce qui est considéré comme un "navire" au sens du RIPAM, car c'est cette définition qui détermine le champ d'application des règles de navigation. La Règle 3a stipule que le terme « navire » désigne tout engin ou tout appareil de quelque nature que ce soit, y compris les engins sans tirant d’eau, les navions et les hydravions, utilisé ou susceptible d’être utilisé comme moyen de transport sur l’eau. Cette définition englobe donc un large éventail d'embarcations, des plus imposantes aux plus modestes, y compris les planches à voile, les dériveurs, les kayaks, et même les kitesurfs et les wings.

La réglementation pour les embarcations légères de plaisance, celles dont la longueur est inférieure à 24 mètres, qu'il s'agisse de petits voiliers, de dériveurs ou d'embarcations pneumatiques, vaut pour tous les types d’embarcations, en fonction de l’éloignement d’un abri. Cette régulation est détaillée notamment dans la Division 240, dont la version du 08.12 est souvent citée. Cette division prévoit différentes dotations en matériel de sécurité et d'armement selon la distance parcourue depuis un abri sûr. Par exemple, la dotation dite « basique » sera embarquée pour les navigations à moins de 2 milles d’un abri, la dotation « côtière » pour celles à moins de 6 milles d’un abri, et au-delà, c’est la dotation « hauturière » qui s’appliquera.

Certaines embarcations bénéficient de régimes spécifiques en raison de leur taille, de leur mode de propulsion ou de leur zone de navigation. Sont ainsi exemptées de certaines contraintes : les embarcations dont la longueur de coque est inférieure à 2,50 m, à condition que la puissance maximale de l’appareil propulsif ne dépasse pas 3 kW, sauf lorsqu’il s’agit de planches à voiles ou aérotractées, ou que la propulsion d’une telle embarcation est assurée par un moteur à combustion interne qui entraîne une turbine. De même, les embarcations mues exclusivement par l’énergie humaine dont la longueur est inférieure à 3,5 m ou la largeur est inférieure à 0,45 m sont concernées par ces aménagements. Toutefois, dans le cas d’une embarcation multicoque, la largeur additionnée des coques doit être inférieure à 0,40 m. Il est également à noter que les embarcations mues exclusivement par l'énergie humaine qui ne satisfont pas aux dispositions de stabilité et de flottabilité de l'article 240-2.09, quelles que soient leurs dimensions, entrent dans ce cadre.

Une catégorie particulière est celle des "engins de plage". Ces engins effectuent des navigations diurnes qui n’excèdent pas 300 mètres de la côte. Pour ces derniers, aucun matériel de sécurité et d’armement n’est requis. Le surf est considéré comme un engin de plage, et son activité se pratique de jour dans la bande des 300 mètres. Un kayak, par exemple, est considéré comme un engin de plage s'il correspond aux critères cités plus haut. Les annexes peuvent également effectuer des navigations à une distance d’un abri n’excédant pas 300 mètres, leur navire porteur étant considéré comme un abri. Il est important de souligner que même si une flamme rouge autorise le surf dans la zone de bains, cela ne dispense pas de la vigilance et du respect des autres usagers. L'un des conseils importants est que le flotteur, tel que la planche, est toujours une planche de salut en cas de problème en mer, et il ne faut pas la quitter.

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Il existe trois appellations différentes pour un même engin qui a proliféré sur les plans d'eau et en mer. Cela reflète la diversité des pratiques et la nécessité d'adapter les règles sans les rendre excessivement complexes. Cependant, un engin procure des sensations fortes, mais il fait du bruit, et sa vitesse d'évolution constitue un vrai danger pour les baigneurs.

Les Principes Fondamentaux de la Navigation et l'Esprit Marin

Au-delà des règles strictes, l'« esprit marin » et le bon sens sont des composantes essentielles de la sécurité en mer. Le RIPAM lui-même intègre ces notions fondamentales.

La Règle 1 précise que tout ce qui navigue est concerné par ces régulations. C'est un principe universel qui s'applique à l'ensemble des embarcations. Une vigilance auditive et visuelle permanente est exigée par la Règle 5. Il est impératif de vérifier son environnement avant d'effectuer des manœuvres, comme le jibe en planche à voile ou en dériveur. Ne pas observer derrière soi avant d'engager un mouvement, même simple, peut être source de danger.

La Règle 6 stipule que tout « navire » doit maintenir en permanence une vitesse de sécurité telle qu'il puisse prendre des mesures appropriées et efficaces pour éviter un abordage et pour s'arrêter sur une distance adaptée aux circonstances et conditions existantes. Cette règle est particulièrement pertinente pour les engins rapides comme les planches à voile et les kitesurfs, dont la vitesse peut rendre les situations critiques en quelques secondes.

Un principe crucial est énoncé par la Règle 7 : s'il y a doute quant au risque d'abordage, on doit considérer que ce risque existe. Cela implique une approche proactive et préventive de la part de tous les navigateurs. Face à la moindre incertitude, la manœuvre d'évitement doit être envisagée et exécutée.

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Ces règles doivent être exécutées franchement, largement à temps et conformément aux bons usages maritimes, si les circonstances le permettent. Cela résume bien l'idée qu'il ne s'agit pas seulement de connaissances théoriques, mais aussi d'une pratique éclairée et courtoise.

Il n'y a pas de priorité absolue en mer, mais uniquement des privilèges accordés. Ces privilèges peuvent être remis en question au moindre danger évident. Autrement dit, même si une règle vous donne le privilège, la sécurité prime toujours. Si un risque d'abordage est imminent, l'embarcation privilégiée doit également prendre des mesures pour l'éviter. Le bon sens est donc le meilleur allié. Il est important de montrer clairement ses intentions très tôt, soit en lofant (remonter au vent) soit en abattant (descendre au vent), pour éviter toute ambiguïté pour les autres navigateurs. Par exemple, si une personne est en difficulté ou mal à l'aise (en cata complet et surtoilé, lofant à mort), il faut passer loin derrière elle, même si théoriquement on est privilégié. Le nombre d'accidents en mer est significativement bas, ce qui témoigne d'une bonne application de ces principes, mais le développement économique de la glisse (kite, paddle, foil) rend d'autant plus importante l'harmonisation et la connaissance de ces règles.

Comprendre les Amures et les Croisements à Voile

La compréhension des amures est fondamentale pour appliquer les règles de priorité entre navires à voile, y compris les dériveurs et les planches à voile.

Définition de Tribord Amure et Bâbord Amure :* Tribord amure signifie que le vent vient du côté droit (tribord) du navire lorsqu'on regarde vers l'avant. Les voiles sont alors établies sur bâbord. Pour les kites et les planchistes, une personne en tribord amure aura le pied droit en avant, sauf configurations très spécifiques. C'est l'inverse de ce que pensent certains, qui associent "tribord amure" au vent venant de bâbord. Il est crucial de bien retenir que le vent vient par tribord.

  • Bâbord amure signifie que le vent vient du côté gauche (bâbord) du navire. Les voiles sont alors établies sur tribord.

Croisement de Navires à Voile allant en Sens Inverse :Lorsqu'un navire est en tribord amure et croise un navire en bâbord amure, le navire en tribord amure est privilégié. Le navire en bâbord amure doit se dérouter pour lui laisser la route libre. Cela signifie qu'il doit modifier son cap pour passer au vent ou sous le vent, sans que le navire en tribord amure n'ait besoin de changer son cap et ne soit gêné. Le navire privilégié doit autant que possible maintenir un cap constant. Cependant, cette règle n'est pas absolue et s'inscrit dans le cadre du bon sens marin. Les "légendes urbaines" comme "J’ai toujours la priorité en tribord amure" sont fausses si l'on est plus manœuvrant et que l'on doit céder.

Croisement de Navires à Voile allant dans le Même Sens (sur la Même Amure) :Lorsque deux navires à voile naviguent sur la même amure, c'est-à-dire que le vent vient du même côté pour les deux, la priorité est donnée à celui qui se trouve sous le vent. Le voilier qui se trouve sous le vent de l'autre est privilégié. L'embarcation qui se trouve au vent doit céder le passage à l'embarcation sous le vent. En kite, celui au vent va en plus monter son aile tandis que celui sous le vent va devoir la baisser pour ne pas le déventer. Si les deux bateaux sont bord à bord, il peut arriver que le bateau le plus au vent ait la priorité, car il est parfois moins manœuvrant. Néanmoins, pour qu'il y ait risque de collision dans ce cas, il faut qu'il y en ait un des deux qui serre le vent de plus près. C'est celui-ci, celui qui remonte le plus près du vent, qui est privilégié. L'autre (qui est à son vent) peut être obligé de manœuvrer (loffer, voire même virer) pour lui laisser la route libre.

Le Cas du Navire Rattrapant :Le navire qui rattrape n'est jamais prioritaire. C'est la règle du rattrapant qui doit s'écarter. Le navire rattrapant doit manœuvrer pour ne pas gêner le navire rattrapé, quelle que soit la nature des embarcations ou leurs amures. Par exemple, un voilier rapide qui rattrape un bateau à moteur plus lent doit se dérouter pour le dépasser. Cela s'applique aussi à des planches à voile ou des kitesurfs.

Interactions entre Navires à Voile et Navires à Moteur

Les règles de barre et de route visent à prévenir tout risque d'abordage, et la nature de certains navires leur confère un privilège. Un principe général bien établi est que l'embarcation à voile est généralement privilégiée sur une embarcation à moteur. L'argument théorique derrière cette règle est qu'il est plus facile d'être maître de sa trajectoire avec un moteur qu'avec une voile, qui dépend du vent.

Cependant, cette règle connaît des exceptions importantes. Un navire à voile faisant route n'est prioritaire que face à un navire à propulsion mécanique lorsque ce dernier n'est pas dans un chenal ou n'est pas une embarcation à mobilité fortement réduite. Le voilier qui navigue au moteur est considéré comme un navire à moteur et doit montrer dans sa mâture un cône pointe en bas pour indiquer cette situation. Dans ce cas, il perd son privilège de voilier.

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Par ailleurs, les règles de privilèges connaissent quelques exceptions notables dans les chenaux étroits. Ainsi, un gros navire qui ne peut naviguer qu'au milieu du chenal en raison de son grand tirant d'eau est prioritaire sur un petit navire qu'il rattrape, et même sur des voiliers. Ces navires à propulsion mécanique très imposants, tels que les supertankers, sont difficilement manœuvrables et leur capacité à dévier de leur trajectoire est très limitée. Il est donc du bon sens et de la sécurité que les embarcations plus petites et plus agiles leur cèdent le passage, même si la règle générale privilégie le voilier.

La courtoisie et le bon sens sont essentiels dans ces interactions. Il faut toujours éviter de se gêner quand c'est facile, et ne pas hésiter à appliquer les règles de base du RIPAM, qui stipulent que l'on doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter un abordage. Les bateaux à moteur ont généralement la priorité, car un kite ou un wing est considéré comme navire à voile. Toutefois, les bateaux doivent aussi respecter la règle d’évitement en cas de danger immédiat.

Règles Spécifiques aux Engins de Glisse (Planche à Voile, Kitesurf, Wingfoil)

Les sports de glisse, par leur nature rapide et dynamique, requièrent une attention particulière aux règles de navigation. La Fédération Française de Vol Libre (FFVL) a adapté les grands principes du RIPAM pour ces pratiques, en soulignant une règle fondamentale : c’est toujours l’embarcation la plus manœuvrante qui doit céder la priorité.

Kitesurf, Planche à Voile et Wingfoil :Entre un kite et une planche à voile, la question de la manœuvrabilité est souvent débattue. Étant donné les 20 à 30 mètres de lignes sur un kite, il est généralement admis que le kitesurfer doit s'arranger pour laisser passer le planchiste, car il est souvent perçu comme plus manœuvrant ou, du moins, présente un risque supplémentaire avec ses lignes. Certains soulignent que, pour les priorités, la différence de vitesse et la distance séparant les planchistes jouent beaucoup. Ce sont souvent les deux critères principaux qui déterminent si l'on passe ou si l'on s'écarte.

L'erreur fréquente qui consiste à penser "J’ai toujours la priorité en tribord amure" est incorrecte si l'on est plus manœuvrant, car dans ce cas, il faut céder. Le principe du "plus manœuvrant cède au moins manœuvrant" est primordial.

Priorité envers les Engins Moins Manœuvrants :Les kayaks, SUP (Stand-Up Paddles) et nageurs sont considérés comme les moins manœuvrants. Ils sont donc toujours prioritaires. Il est impératif de redoubler d’attention en approchant des zones côtières où ces usagers sont plus nombreux. La question de savoir si une planche sans planing a priorité sur une planche au planing peut être posée. Ce n'est pas une règle reconnue officiellement, mais le bon sens pourrait dicter une telle approche, car la planche non au planing est moins manœuvrante. Cependant, entre un funboard de 80 litres non au planing (donc 30 cm sous l'eau) et une planche longue à dérive non au planing, la distinction est plus fine. Si ces deux-là se rentrent dedans, les conséquences ne devraient pas être trop graves étant donné la vitesse de ces engins.

Manœuvres Spécifiques et Zones de Sécurité :Il est crucial de regarder derrière soi avant d'effectuer des manœuvres telles que le jibe (ou "airjiber" en jargon de planche à voile) ou d'autres changements de direction importants. La règle du navire rattrapant, qui doit s'écarter, s'applique ici. Même si un jibe est un mouvement simple, la vigilance est de mise pour éviter les collisions. Le conseil est clair : assurez une vigilance auditive et visuelle permanente.

Certaines "légendes urbaines" circulent sur les spots. Il est faux de croire qu'un débutant est prioritaire ; cependant, par bon sens, il est recommandé de lui laisser de l’espace pour qu'il puisse évoluer en sécurité. Il est également faux de penser que l'on peut sauter où l'on veut ; la zone de sécurité est obligatoire pour ces pratiques acrobatiques. Enfin, "Si je lâche mon aile, je suis tranquille" est une idée dangereuse, car le matériel abandonné devient un danger flottant pour les autres et pour le matériel lui-même.

Sécurité, Responsabilité et Bonne Conduite en Mer

La sécurité en mer repose non seulement sur la connaissance des règles, mais aussi sur un comportement responsable et une bonne éthique.

Marquage du Matériel :Une bonne pratique de sécurité consiste à marquer toujours votre matériel (aile, planche, foil) avec vos coordonnées. En cas de perte ou d'incident, cela facilite l'identification et la récupération, et peut éviter des mobilisations de secours inutiles si le matériel est retrouvé sans son propriétaire.

En Cas d'Urgence ou de Détresse :Un rider en difficulté doit être considéré comme priorité absolue. Toute personne capable doit porter assistance dans la mesure du possible, sans pour autant se mettre en danger. Il est essentiel de connaître les signaux de détresse universels, tels que les bras en croix ou, pour les kitesurfeurs, l'aile retournée sur le dos. En cas de dérive d'un rider ou de matériel, il est vital de prévenir les CROSS (Centres Régionaux Opérationnels de Surveillance et de Sauvetage) en appelant le 196, surtout si l'on a identifié qu’il n’y a plus personne attaché au matériel. Ces gestes simples peuvent sauver une vie et éviter une mobilisation inutile des services de secours.

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