L’odyssée maritime d’Antoine : de la scène au catamaran Banana Split

La figure d'Antoine, de son vrai nom Pierre Muraccioli, est indissociable de son insatiable désir de découverte. Si, selon votre âge, Antoine est un navigateur qui a chanté ou bien un chanteur devenu navigateur, il demeure une icône dont la trajectoire inspire. Ce mercredi 4 juin, Antoine fête ses 81 printemps. Un anniversaire que le chanteur, que l’on sait passionné de voyages, va passer à bord de son célèbre catamaran. Il n’a pas pris une ride. Lorsqu’il décroche le téléphone à quelques jours de ses 81 ans, célébrés ce mercredi 4 juin, on sent tout de suite beaucoup d’enthousiasme et d’énergie dans la voix d’Antoine. Il est comme ça, fidèle à lui-même. Pourtant, le chanteur et navigateur accompli reconnaît ne pas beaucoup apprécier les grandes fêtes : «Pour moi, les anniversaires ne sont pas très importants. Enfin celui-là, c’est quand même 18 ans ! Dans le désordre certes, mais c’est quand même 18 ans !», plaisante-t-il.

Une vie haute en couleurs entre terre et mer

À l’image de ses chemises colorées, Pierre Muraccioli mène une vie haute en couleurs. Connu pour ses chansons, l’artiste est aussi un grand voyageur, toujours animé par la découverte de nouveaux horizons. Lorsqu’il ne réside pas dans sa ferme en Auvergne, achetée avec ses premiers droits d’auteur «une petite année après le succès des Élucubrations», il prend le large. À l’aube de ses 81 ans, il s’apprête à repartir en mer, à bord de son célèbre catamaran. «Je repars pour rejoindre le Banana Split (le nom de son bateau, NDLR) et l’emmener en Indonésie. Je pense rentrer en France, pour passer l’été en Auvergne dans les montagnes, avant le 14 Juillet.»

Contrairement à d’autres, le temps qui passe ne semble pas l’effrayer : «Ça me plaît bien. J’ai vu et je vois encore tellement de belles choses que le temps est mon ami. Je m’entends très bien avec lui», assure-t-il. Antoine ne passe pas sa retraite à lézarder au soleil. C’est pourtant ce que ses détracteurs voudraient faire croire. «Certaines personnes du métier un peu jalouses pensent que je vais bronzer au soleil dans les îles tous les ans. Mais en réalité, j’ai produit beaucoup de livres avec l’aide de ma compagne, notamment trente albums chez Gallimard ou Lamartinière. Donc le paresseux, il a quand même produit ! (Rires)», tient-il à rappeler, précisant qu’il a «cotisé des fortunes». L’argent récolté pour sa carrière de chanteur, mais aussi pour ses contrats publicitaires avec ATOL, lui permet de vivre «confortablement» aujourd’hui. «Ma retraite est correcte.»

La genèse d’une passion : le hasard et le large

Celui qui a parcouru toutes les mers du globe ou presque n'a pas d'eau salée dans le sang, comme il l'explique : "Lorsque j'étais petit, j'ai traversé 4 fois l'Atlantique en paquebot avant l'âge de 10 ans. J'ai vécu sur des îles, mais la navigation et le bateau n'étaient pas dans la mythologie familiale." Déjà enfant, les hasards ont amené Antoine vers les bateaux… miniatures ! C'est en 1969, au cours d'une tournée dans le sud de la France, que le hasard amènera le chanteur au contact de l'eau de mer : "Avec mes musiciens, nous louons une maison à Saint-Raphaël pour l'été. À côté de la maison se trouvait un hangar à demi abandonné. Nous sommes allés le visiter. À l'intérieur se trouvait un vieux dériveur en contreplaqué, le Quiva."

"Nous sommes restés à peine une heure à bord de cette coque de noix qui prenait plus d'eau que nous ne pouvions écoper." Il commence par se documenter. Par hasard ou presque, il tombe sur "Apprendre la voile en dix leçons", un livre préfacé par Eric Tabarly. Le hasard guide les pas de l'aventurier : "Je rentre chez un libraire et je tombe nez à nez avec un livre qui parlait du tour du monde sur une goélette, l'Europe." Pendant ce temps, les compères louent des bateaux pour apprendre encore et encore la navigation, les joies et les déboires du bord. En 1973, Antoine part naviguer en Méditerranée avec son groupe d'amis : "Revenus de Grèce, même si la météo avait été magnifique, j'étais écœuré par la navigation. Au point de clamer…"

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Antoine a tout d'abord été chanteur dans les années 60, puis il est devenu auteur de livres, photographe et enfin vidéaste. En octobre 1974, il découvrait la navigation au large de Marseille. En octobre 2014, son bateau est mouillé dans le Pacifique Sud. Entre les deux, 40 années de navigations autour du monde, quasiment sans discontinuer à bord de trois bateaux : deux monocoques et depuis une trentaine d'années sur son catamaran Banana Split.

Le catamaran : un choix technique pour le grand large

À bord de ses bateaux, il a mouillé dans les plus beaux endroits du monde, des lagons polynésiens aux fantastiques îles grecques, en passant par la Caraïbe et tous les lagons de rêve possibles et imaginables disséminés à travers les océans. Alors, quand nous lui avons posé la question de son mouillage préféré, il lui a fallu un peu de temps avant de pouvoir nous répondre. Et puis, devant notre insistance, il a bien voulu nous envoyer cette photo. On y voit Banana Split devant "son" îlot. Mais de nom et encore moins de coordonnées GPS il ne fut question : le navigateur veut garder cette escale secrète et pour lui seul.

Antoine, le chanteur devenu navigateur, nous a familiarisés avec le catamaran en aluminium. À la barre de son Banana Split - peinture à l’eau couleur mimosa - depuis 1989, il a largement validé le concept du voilier de voyage à deux coques plus solide que le corail. Le programme de notre baroudeur ? Aller loin et partout, des lagons polynésiens au Groenland, assurer un parfait confort à bord et être en mesure d’accueillir un équipier en fauteuil roulant.

Lorsqu'on analyse les structures des catamarans de voyage modernes, comme le SC 48, on comprend les enjeux techniques. Sous la coque du catamaran, le tirant d’eau est souvent réduit. Les moteurs disposent chacun d'une puissance suffisante pour manœuvrer dans les ports, mais l’usage de la voile reste prioritaire. Les systèmes de sécurité comprennent des coffres sous le bateau contenant deux canots de survie et une annexe, des sacs de survie, des sachets de nourriture, une balise de détresse et des systèmes pour désaliniser l’eau. Sur le catamaran, on retrouve généralement 4 cabines et 2 salles de bain, un salon avec un canapé qui se transforme en lit pour permettre la veille pendant que l’autre barre.

Innovation, accessibilité et vie à bord

Le SC 48, présenté au salon des multicoques, illustre l'évolution du concept défendu par Antoine. Avec ses superstructures volumineuses et ses généreux vitrages, il joue sans complexe dans la cour des bateaux de travail. La principale objection, c’est le poids : un multicoque, ça marche quand c’est léger… alors en métal, ça donne quoi ? Les tôles plus fines permettent de tenir un devis de poids raisonnable. Sur l’eau, malgré la forte surcharge, le plan Delion surprend. À la barre, peu de sensations, mais la vue sur le plan d’eau est excellente depuis le poste de pilotage surélevé.

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La plupart des manœuvres sont concentrées sur trois winches. Bosses d’enrouleurs et écoutes de gennaker sont reprises sur une paire de winches, un sur chaque hiloire. Car sur ce catamaran de voyage, on n’a lésiné sur rien - surtout pas sur la robustesse. La structure du bateau est blindée, l’échantillonnage du mât est généreux, les cloisons étanches au rendez-vous, toute l’isolation, de qualité automobile, garantissent un excellent confort sous toutes les latitudes.

Le point fort, en plus d’être un increvable baroudeur, c’est la circulation à bord. Pour satisfaire aux évolutions d’une personne handicapée en fauteuil, l’architecte a prévu deux portes de coupée à l’arrière pour un accès de plain-pied au cockpit depuis le quai, des passavants bien plats et dégagés, et surtout un cockpit avant comme sur les catamarans sud-africains Leopard. Du coup, une porte (elle est sacrément blindée, rassurez-vous) est découpée à l’avant de la nacelle. Ces deux ouvertures, une sur chaque cockpit, révolutionnent la circulation à bord et offrent une ventilation naturelle inhabituelle. Même le cockpit arrière profite de cette aération étonnante : c’est tout de même rare que l’air frais vienne du carré !

L’aventure partagée : le binôme Antoine et Francette

S’il arrive qu’Antoine parte en mer en solitaire, Francette Le Guennec finit toujours par le rejoindre. «Cette fois, elle ne m’accompagne pas, parce qu’elle n’aime pas faire les longues traversées. À la fin de l’année, on a prévu de faire un voyage autour du monde, en passant par la Polynésie, mais aussi rejoindre le bateau en Indonésie quelque temps, et passer aussi par la Nouvelle-Zélande qu’on adore. Les projets continuent !», se réjouit cet éternel optimiste, heureux de partager la vie de la même femme depuis tant d’années. «On s’entend très bien depuis très longtemps.»

Antoine et Francette, c’est aussi un binôme. «Ma compagne est beaucoup plus forte que moi en évolutions technologiques, si bien que ses enfants et petits-enfants viennent la voir quand ils ont un problème», s’étonne encore le chanteur, désireux de rappeler que lui et sa compagne ont été «les précurseurs des YouTubeurs». «À partir des années 2000, on a été les premiers au monde à avoir du matériel informatique pour filmer. La première caméra HD numérique, on l’a eue presque avant même que la maison Sony la reçoive en France.»

En parallèle de la navigation, il met à contribution son temps pour exposer son art. «Quand nous sommes en tournage avec ma compagne, elle photographie pendant que je filme, donc la plupart de nos photos sont signées Francette Le Guennec», explique le voyageur. Jusqu’au mois de novembre, les clichés de voyage pris par sa compagne sont exposés dans les rues de Daoulas, à l’occasion de la 11e édition des Balades photographiques.

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