Le monde de la course au large est jalonné de défis titanesques, parmi lesquels la traversée des océans et le franchissement des caps mythiques tiennent une place prépondérante. Le tronçon entre Ouessant, point de départ emblématique de nombreuses tentatives de record, et le Cap de Bonne Espérance, la première des trois grandes portes maritimes d'un tour du monde, est un passage où la vitesse et l'endurance des marins et de leurs machines sont mises à rude épreuve. Cette section de l'itinéraire, souvent considérée comme l'acte inaugural d'une circumnavigation, a été le théâtre de performances remarquables, que ce soit en solitaire ou en équipage à bord de trimarans de haute technologie. La ligne de départ, qui est aussi la ligne d'arrivée pour le Trophée Jules Verne, est située entre le phare du Cap Lizard en Cornouailles et le phare de Créac'h sur Ouessant, marquant le début d'une aventure où chaque minute compte.
Le Cap de Bonne Espérance : Le Premier Jalon des Mers du Sud
Le Cap de Bonne Espérance, situé à la pointe de l'Afrique du Sud, représente bien plus qu'une simple longitude à franchir ; il est le signal d'entrée dans les redoutables mers du Sud, un défi que les marins du monde entier rêvent de conquérir. C’est le premier des 3 grands caps d’un tour du monde, un passage symbolique qui marque le début d'une nouvelle dimension dans la course océanique. De nombreux équipages et navigateurs solitaires ont cherché à établir de nouveaux temps de référence sur ce segment crucial entre Ouessant et cette pointe de l'Afrique, repoussant sans cesse les limites de la performance humaine et technique. La capacité à franchir ce cap rapidement est souvent un indicateur des chances de succès sur l'ensemble d'un tour du monde. L'anticipation des conditions météorologiques et une stratégie de navigation précise sont essentielles pour optimiser ce passage, où la mer peut se montrer particulièrement exigeante.
Le Maxi Edmond de Rothschild : La Redéfinition de la Vitesse en Équipage
L'équipage du Maxi Edmond de Rothschild a récemment inscrit son nom dans les annales de la course au large grâce à des performances exceptionnelles sur le parcours entre Ouessant et le Cap de Bonne Espérance. Partis de Ouessant le 10 janvier à 2h33’46’’, les six marins franchissaient la longitude du cap de Bonne-Espérance ce jeudi midi, à 12h27’46’’ après 11 jours 9 heures et 53 minutes de mer. Cette réalisation représente un nouveau record pour ce tronçon, démontrant la puissance et l'efficacité de ce "formule I des mers". En améliorant ainsi de 11 heures et 55 minutes le chrono établi par l’équipage de Banque Populaire en 2012 sur le Trophée Jules Verne, le Maxi Edmond de Rothschild a non seulement repoussé les frontières de la vitesse, mais a également affirmé sa position parmi les prétendants sérieux aux records absolus.
Franck Cammas, Charles Caudrelier, David Boileau, Erwan Israël, Yann Riou et Morgan Lagravière ont ainsi sécurisé le nouveau temps de référence pour la descente de l'Atlantique, améliorant le temps de référence en équipage établi par Banque Populaire en 2012 dans le Jules Verne avec un temps de 11 jours 21 heures 48 minutes. Ils ont également surpassé le temps de référence de François Gabart en solitaire sur cette même section, soulignant la performance collective et individuelle de l'équipage. Un autre cap attendait l'équipage du Maxi Edmond de Rothschild, celui des Aiguilles, à quelques milles de distance. En laissant dans son sillage la longitude du cap des Aiguilles, ce jeudi 21 janvier à 16h37’53’’, le Maxi Edmond de Rothschild a officiellement fait son entrée dans l’océan Indien. Après 11 jours 14 heures et 3 minutes de mer, Franck Cammas, Charles Caudrelier et leurs quatre équipiers attaquaient les mers du Sud avec plus de 1 jour 7 heures et 19 minutes d’avance sur Francis Joyon et les hommes d’Idec Sport. Cette douzième journée de mer aura permis au Maxi Edmond de Rothschild d’ouvrir le tableau de chasse de son Trophée Jules Verne.
Le skipper a souligné l'importance de ce premier succès : « C’est un beau premier temps puisque c’est le record absolu sur ce parcours entre Ouessant et la pointe de l’Afrique du Sud. Même si c’est un record qui ne compte pas beaucoup, il est important pour nous parce qu’il nous permet de franchir ce passage avec presque 1 jour et demi d’avance sur le record du Trophée Jules Verne détenu par Francis Joyon et c’est l’objectif qu’on s’était fixé. » Cette avance stratégique est jugée cruciale, car, comme le skipper l'explique, « Puisqu’ensuite Francis a eu des mers du Sud complètement dingues et on a très peu de chance de trouver ça. Et d’ailleurs nous n’aurons pas un océan Indien aussi rapide donc nous sommes ravis d’avoir cette marge-là qui est à peine suffisante pour rester devant lui ou avec lui à la sortie je pense. Donc notre premier objectif n’est pas trop mal réussi ! Et le bateau est en parfait état, et ça c’est l’essentiel ! »
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L'équipage du Maxi Edmond de Rothschild vit les premiers milles de sa carrière dans les mers australes, tout comme David Boileau et Morgan Lagravière qui débutent leur première traversée de l’Indien. Cependant, les marins savent bien que c’est ici que les choses sérieuses commencent, où les éléments se montrent plus impitoyables. À noter également que, jusqu’à ce 21 janvier, le chrono absolu sur ce tronçon entre Ouessant et le Cap de Bonne Espérance était détenu par un solitaire en 11 jours 20 heures et 10 minutes, un temps que le Maxi Edmond de Rothschild a brillamment dépassé. Le sentiment général était celui d'une satisfaction mesurée, malgré les défis : « Moins de 11 jours 10 heures pour aller à Bonne-Espérance c’est quand même bien, ça veut dire que la fenêtre était bonne, on a bien fait de la prendre ! Après on a toujours l’impression d’avoir perdu du temps sur le chemin, notamment dans le Pot-au-Noir, mais bon, on est content d’être là et à ces vitesses-là. »
Ce record revêt une dimension émotionnelle particulière pour le Gitana Team. Depuis vendredi dernier, le Gitana Team, l’écurie de course au large qu’il a fondée avec son épouse Ariane de Rothschild en 2000, est endeuillé par la disparition de son armateur. L'équipage a souhaité, à sa manière, depuis le large qu’il aimait tant, lui rendre un dernier hommage. « Le sillage du Maxi Edmond de Rothschild marquera l’histoire des bateaux volants et de la course au large. Nous ne remercierons jamais assez Benjamin de Rothschild de nous avoir embarqué dans cette aventure incroyable et d’avoir cru en ce projet et en notre équipe pour le concrétiser. Il a su transformer son héritage avec audace et passion. » Cette réussite est donc aussi un témoignage de la vision et du soutien de Benjamin de Rothschild pour l'innovation et l'excellence dans la voile.
Sodebo Ultim 3 : Une Nouvelle Tentative de Record Imminente
L'esprit de compétition et la soif de records continuent d'animer les équipages des trimarans Ultim. Les sept marins de Sodebo Ultim 3 devraient franchir le Cap de Bonne Espérance ce vendredi 26 décembre et battre un nouveau record. Cette annonce intervient alors que les marins de Sodebo Ultim 3 étaient en bonne position pour battre le record de temps entre Ouessant et Bonne Espérance, un record détenu par le Maxi Edmond de Rothschild après 11 jours, 9 heures et 53 minutes. Avec plus de 1300 milles d’avance sur la trace d’Idec Sport, l’équipage était en bonne posture.
Cependant, les conditions de navigation peuvent être délicates dans cette région du globe, et les défis ne manquent jamais. Depuis jeudi soir, les sept marins de Sodebo Ultim 3 naviguaient à la même vitesse qu’un front situé juste derrière eux, ce qui ajoute une complexité tactique à leur progression. La vigilance est donc de mise pour concrétiser cette tentative de record. Le passage du cap de Bonne Espérance est prévu ce vendredi vers 20 heures pour les sept marins de Sodebo Ultim 3, un moment clé pour confirmer leur avance et potentiellement écrire une nouvelle page dans l'histoire de la course au large.
Spindrift 2 : L'Endurance et la Stratégie face aux Anticyclones
Le trimaran Spindrift 2, avec Yann Guichard et ses 11 membres d'équipage, a également marqué de son empreinte le parcours du Trophée Jules Verne, notamment en ce qui concerne le Cap de Bonne Espérance et le Cap des Aiguilles. The first of the three symbolic Capes of this round the world sailing race, the Cape of Good Hope, was reached after just 12 days 13 hours 8 minutes, un temps qui compte parmi les meilleurs jamais réalisés dans le cadre du Trophée Jules Verne, dont l'histoire a débuté en 1993. Cependant, the time reference comes into its own several miles away to the South East, at Cape Agulhas, which marks the entrance into the Indian Ocean. Spindrift 2 reached the longitude of Cape Agulhas on Tuesday at 0240 UTC (0340 French time), after 12 days, 14 hours, 58 minutes, sailing from the Atlantic to the Indian Ocean.
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Malgré un détour contraint, l'équipage a su maintenir une avance précieuse. Despite this detour, which forced the black and gold trimaran to dive South up to 43°, Yann Guichard and his 11 crew members keep a lead: 6 hours and 43 minutes, (equivalent to 300 miles) on the reference time of IDEC Sport, the current record holder. Yann Guichard a expliqué la manœuvre tactique : “We had to take a large detour to get around the Saint Helena anticyclone: we had to go down to 40° South before turning left!” Cette stratégie, bien que rallongeant la route, était nécessaire pour optimiser la progression.
L'entrée dans l'océan Indien apporte son lot de changements et de défis pour Spindrift 2. Taking confidence from this reference time entering the Indian Ocean, which remains the third best time in the Trophée Jules Verne, the skipper, his crew and their onshore router, Jean-Yves Bernot, sont plutôt confiants pour la prochaine étape. The Mascareignes Anticyclone (Southern Madagascar) is well placed on Crozet Island and will start to head North over the next few days towards the Kerguelen archipelago, pushed by a southern depression. Les conditions météorologiques dans cette nouvelle zone sont très différentes. “The sun has been up for a couple of hours and we really know we’re in the Indian Ocean! We’ll be reaching 50° South soon, the weather’s grey and temperature of the water is 2°C… But with albatross at our side, it’s amazing!” Les marins se préparent aux rigueurs des mers australes. “The conditions are on our side to help us reach Kerguelen quickly. We’ll leave the Kerguelen to the North as we’ll undoubtedly go down to 53-54° south.”
Cependant, une nouvelle menace se profile à l'horizon, nécessitant une vigilance accrue. “However, we’ll also have icebergs ahead of us from Wednesday: we’ll need to keep watch on the radar and with our infrared glasses. It’s looking a bit tense…” Le risque de rencontrer des glaces dérivantes est une réalité dans ces latitudes extrêmes. “We should sail the length of the anticyclone while being powered along by the southern winds: it’s looking pretty good up to the Kerguelen, but after that, we’ll have several gybes to go which will slow us down a little.” If this southerly course enables the team to shorten their route while benefiting from a sustained current, going down to 53° South would present them with the problem of drifting ice and where a number of icebergs have been clearly located by the CLS satellites. Sur ce tronçon de la route, Spindrift 2 doit être très rapide parce que Francis Joyon et son équipage ont traversé l'océan Indien extrêmement vite, détenant toujours le record WSSRC (5 jours 21 heures 8 minutes). La stratégie et la surveillance des conditions environnementales sont donc primordiales pour Spindrift 2 dans cette phase exigeante du Trophée Jules Verne.
Francis Joyon et l'Exploit Solitaire : Une Ligne Directe vers l'Absolu
L'histoire des records entre Ouessant et le Cap de Bonne Espérance ne serait pas complète sans évoquer les prouesses des navigateurs solitaires, dont Francis Joyon est une figure emblématique. Sa tentative de record du tour du monde à la voile en solitaire en 2007-2008 est restée gravée dans les mémoires, démontrant qu'un homme seul peut rivaliser, voire surpasser, des équipages aguerris sur des machines géantes. Le vendredi 23 novembre 2007 à 11h22, à bord de son nouveau trimaran Idec, Francis Joyon s'est élancé de Brest dans une nouvelle tentative de record du tour du monde à la voile en solitaire.
Dès le début de son périple, Francis Joyon a établi des temps remarquables. Il a coupé l'équateur le 30 novembre 2007 à 4h03 heure française en seulement 6 jours 16 heures 58 minutes. Ce chrono exceptionnel représentait dix heures de moins que celui d'Orange II en équipage dans le Trophée Jules Verne, une performance qui annonçait déjà l'ampleur de son défi. Mais c'est sur la distance entre Brest et Bonne Espérance qu'il a réellement marqué les esprits, en établissant en 15 jours, 7 heures et 16 minutes un record inégalé pour un solitaire. Ce chrono exceptionnel a fait de lui le skipper le plus rapide de tous les temps en solitaire sur ce parcours, mais il a aussi amélioré les records établis en 2002 et 2003 par les multicoques géants Orange I et Géronimo, pourtant manœuvrés en équipage. Cette comparaison directe avec des équipages souligne la performance extraordinaire de Joyon, qui a su tirer le meilleur de son trimaran Idec en solitaire.
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La suite de son parcours a continué d'être une succession de records. Le dimanche 16 décembre 2007 à 01h33 TU, Francis Joyon a coupé la longitude du Cap Leeuwin, un autre des grands caps d'un tour du monde. Il a établi sur la distance Cap de Bonne Espérance-Cap Leeuwin parcourue à la voile un nouveau temps de référence en 7 jours 8 heures et 12 minutes, consolidant ainsi son avance sur les temps de référence existants. Son tour du monde, riche en rebondissements et en défis, a finalement trouvé son apogée. Après les derniers jours de course sous la menace d'un démâtage pour cause de fixation de hauban desserré, le chronomètre s'est enfin arrêté. Francis Joyon a franchi la ligne le dimanche 20 janvier à 00 h 39' 58" (heure française). Il est ainsi redevenu le skipper en solitaire le plus rapide autour du monde en 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes. Il a pulvérisé en 57 jours, 13 heures, 34 minutes, 6 secondes le fabuleux réalisme d'ELLEN MACARTHUR dans le TOUR DU MONDE à la VOILE en SOLITAIRE, et a accroché le deuxième chrono absolu autour du monde, toutes catégories confondues.
Le 20 janvier 2008, FRANCIS JOYON accoste, cherche les siens, savoure l'accueil, congratule l'ensemble de son staff, répond aux journalistes (malgré son énorme fatigue), et rejoint le plancher des terriens. Il est ému, heureux, et sa performance a suscité l'admiration du public et des professionnels de la voile. Sa réussite illustre parfaitement la recherche de l'absolu par ces marins hors-pairs, un aspect qui fascine au-delà même des cercles des "voileux".