Le monde de la natation est en constante évolution, marqué par la quête incessante de la performance et la chute de records qui semblent parfois impossibles à dépasser. Au cœur de cette dynamique se trouve un élément qui a profondément bouleversé le sport : la combinaison de natation. Si ces équipements ont connu un grand succès au moment de leur apparition, ils ont vite été controversés car certains ont vu en elles un moyen de rectifier un défaut de nage et d’améliorer ses performances sans effort. L'analyse des performances historiques révèle un chapitre fascinant où l'innovation technologique a redéfini les limites humaines, poussant la Fédération Internationale de Natation (FINA) à intervenir pour préserver l'équité sportive. La question de savoir quels temps réalisés en combinaisons sont encore d'actualité et comment les règlements ont façonné les records mondiaux est cruciale pour comprendre le paysage actuel de la natation de haut niveau.
L'Ère des Combinaisons Intégrales : Accélération et Controverse
Entre février 2008 et décembre 2009, les combinaisons en polyuréthane ont été autorisées, introduisant une période d'intense controverse et d'une effervescence record dans les bassins du monde entier. Elles ont permis à l’époque de battre de nombreux records lors des compétitions officielles, transformant radicalement la dynamique des courses. Ces combinaisons, qu'elles soient en polyuréthane ou en néoprène, ont été perçues comme un avantage considérable. Selon les experts, elles faussaient la technique de nage puisqu’elles permettaient d’améliorer la glisse et les performances des nageurs et de masquer certains défauts de nage. Elles étaient censées favoriser la flottabilité, et donc la performance, grâce au système d'« air-trapping » (apparition de bulles d'air).
L'apogée de cette polémique a été atteinte fin juillet, début août 2009, à Rome, où se tenaient les Championnats du monde en grand bassin. Durant ces mondiaux, la polémique sur les avantages apportés par les combinaisons 100% polyuréthane a atteint son acmé. Les valeurs étaient nivelées, le gainage dévalorisé, et les faiblesses techniques gommées, ce qui a suscité de vives discussions pichrocholines. Malgré l'ampleur des débats, les records continuaient de tomber à une cadence sans précédent. La FINA a finalement agi, interdisant ces combinaisons au 1er janvier 2010. Cette décision a marqué la fin d'une ère, mais les répercussions de ces performances technologiques se font encore sentir aujourd'hui.
Les Records "Survivants" de l'Ère Polyuréthane
Malgré l'interdiction, beaucoup de records établis avec les combinaisons de polyuréthane tiennent encore aujourd'hui. Un examen attentif révèle cependant que moins d'un sur deux désormais a été établi avec des combinaisons Jaked ou X-Glide (Arena), sans que les chiffres ne fassent apparaître de différences notables entre grand bassin (GB) et petit bassin (PB). Il est intéressant de noter qu'ils sont cependant plus nombreux à avoir été battus côté féminin (20/35) que masculin (16/35), avec l'émergence de plusieurs prodiges.
Parmi les records masculins notables de cette période, le plus ancien record collectif qui tient encore est celui du relais américain sur 4x100 m nage libre, réalisé le 11 août 2008 aux Jeux Olympiques de Beijing 2008. L'équipe composée de Michael Phelps, Garrett Weber-Gale, Cullen Jones et Jason Lezak avait alors nagé en 3 min 08 s 24, un temps impressionnant fixé à l'aide de combinaisons. En individuel, chez les hommes, le meilleur temps réalisé avec une combinaison et qui tient toujours est le 400 m nage libre de l'Allemand Paul Biedermann, établi le 26 juillet 2009 en 3 min 40 s 07. Paul Biedermann détient également le record du monde du 200m crawl (1'42''00) établi à Rome en 2009, un record qui tient toujours. L'Américain Michael Phelps, dans des circonstances particulières, a également établi des records qui perdurent. Lors des Mondiaux de Rome en 2009, il a écrasé le 200 m papillon en pantalon (1'51''51) le lendemain de sa défaite face à Biedermann, et le 1er août, il a dominé le 100 m papillon en 49''82. Ces deux records sont toujours en vigueur, bien qu'établis dans une combinaison mi textile-mi polyuréthane, face à des nageurs en 100% polyuréthane.
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Chez les femmes, un seul record tient encore grâce aux combinaisons, et il s'agit du plus vieux record, fixé le 21 octobre 2009 aux Jeux nationaux par la Chinoise Zige Liu sur le 200 m papillon en 2 min 01 s 81. De même, en petit bassin, le temps de référence sur le 100 m papillon est encore détenu par la Française Diane Bui Duyet (55''05), qui l'avait établi le 12 décembre 2009. Un autre cas emblématique est celui du 200m 4 nages (GB) établi par l'Américaine Ariana Kukors dans une combinaison Jaked lors des maudits Mondiaux de Rome. Cette performance est considérée comme improbable, Kukors, repêchée à l'issue des trials US dont elle n'avait fini que troisième, avait débarqué en Italie avec un meilleur temps de 2'10''40, qu'elle a amélioré de 3''25. Ces exemples soulignent la persistance de certaines marques de l'ère des combinaisons, particulièrement dans certaines disciplines où l'avantage technologique était le plus prononcé.
La Transition vers le Textile et la Redéfinition des Performances
Après l'interdiction des combinaisons, la natation a connu une période d'adaptation où les nageurs se sont "athlétisés", remplaçant certaines qualités de la combinaison, qui permettaient notamment d'améliorer le gainage, en faisant une meilleure préparation physique hors de l'eau. Le regard de Denis Auguin, entraîneur de renom, aide à comprendre cette transition. Dès la réapparition du shorty, il avait prévenu que le titre olympique du 100 m (libre GB) serait à chercher en 2012 en 47"05, alors qu'il s'était disputé en 47"02 en 2008 avec des combis en partie en polyuréthane. C'est la loi de l'adaptation, de la quête du record à faire à tomber.
Quatre Nages : Depuis l'interdiction des combinaisons, tous les records du monde en 4 nages sont tombés sauf un, celui du 200m (GB) établi par l'Américaine Ariana Kukors. Le 16 décembre 2010, lors des Mondiaux de Dubaï, Ryan Lochte améliore en 3'55"50 la marque du Hongrois Laszlo Cseh (3'57"27). À titre d'indication, l'Américain avait été sacré champion du monde deux ans plus tôt en 4'03"21. Le lendemain, Ryan Lochte double la mise et bat le record du monde du 200m 4 nages (PB) du Sud-Africain Darian Townsend, là encore de plus d'une seconde (1'50"08 contre 1'51"55). Denis Auguin souligne que "pour les premiers records battus on est face à des phénomènes. Il a fallu s'adapter au décalage de performance. Or, Lochte est un nageur ô combien exceptionnel, qui avait sans doute en lui-même une marge de progression qu'il n'avait pas encore exprimée. Il est hors du commun par sa polyvalence : sur le crawl ou le dos, il peut être finaliste mondial."
Brasse : Derrière les épreuves de 4 nages, la brasse est la discipline qui a vu le plus de records tomber depuis le passage au textile avec 83% (10/12). Il ne reste plus de traces des meilleurs temps en 100% polyuréthane côté féminin, où la prodige lituanienne Ruta Meilutyte a réussi une razzia avec les records en grand bassin sur 50m GB et 100 m GB et PB. Son meilleur temps sur 100 m brasse GB (1'4"35) a été établi en demi-finale des Mondiaux de Barcelone en 2013, où elle était arrivée avec un record personnel à 1'5"20. C'est le fruit d'une maturité précoce et d'un travail acharné, selon son entraîneur, le Britannique Jon Rudd, qui affirme : "À douze ans, quand elle est arrivée [à Plymouth], son attitude était déjà très pro. Elle avait déménagé, et ce n’était pas pour rien." Dès 2012, elle était devenue championne olympique de cette épreuve à 15 ans, alors qu'elle était venue y préparer les JO de Rio 2016. Denis Auguin précise qu'"en brasse, il y a une énorme densité de très bons nageurs par rapport à quatre ou cinq ans en arrière. Le niveau s'est beaucoup élevé et resserré. À cela, il faut ajouter la précocité hors norme de Meilutyte. Comme toutes les jeunes nageuses, elle n'a pas eu à gérer la transition polyuréthane-textile."
Papillon : Moins de la moitié des records établis en 100% polyuréthane sont tombés en papillon (5/12). À une exception près, ceux qui tiennent ont été établis dans les trois mois avant le changement de réglementation. Les records de Michael Phelps sur 100m et 200m papillon, établis dans des conditions particulières en 2009, sont toujours en vigueur. Denis Auguin commente le record de Diane Bui Duyet, toujours en vigueur en petit bassin : "Le record de Diane devrait tomber assez rapidement, on s'en approche. Elle avait un profil particulier car elle passait beaucoup de temps sous l'eau. En petit bassin, elle faisait quatre fois quinze mètres sous l'eau. Or les combinaisons en polyuréthane donnaient un avantage en terme de glisse sous l'eau. D'ailleurs, le fait que Michael Phelps batte le record du 200 papillon le lendemain de sa deuxième place sur 200 libre monte que sa défaite n'était pas due à son état de forme."
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Crawl : Moins de la moitié des records sont tombés en crawl (11/24). Huit d'entre eux ont été établis lors des Championnats du monde de Rome en GB, dont celui du 200m de Biedermann évoqué plus haut. À cette époque, une rubrique mi-désabusée, mi-sarcastique intitulée "Le Plastique, c'est fantastique", recensait les records surréalistes, qui sont, le plus souvent, toujours en vigueur. Denis Auguin explique qu'"il y a un facteur de vitesse pour expliquer que les records qui ont été battus en nage libre l'ont été essentiellement au-dessus du 200. Plus on va vite, plus on est freiné. Le tout polyuréthane peut faire la différence pour atteindre certaines vitesses ultra élevées. Ce qui expliquerait aussi que les records aient été battus en nombre en brasse, la nage où l'on va le moins vite." Le record du monde du 100 m libre en petit bassin d'Amaury Leveaux, qu'il a battu en combinaison à base de polyuréthane en 2008 à Rijeka, tient toujours (44''94). Le meilleur temps actuel du 100m GB (46''91 par le Brésilien Cesar Cielo), selon l'ex-entraîneur d'Alain Bernard, Denis Auguin, "n'est pas insurmontable". Il reconnaît cependant que "depuis, l'Australien [James Magnusssen] n'a plus été aussi vite", ce qui laisse penser que le temps de Cielo a de l'avenir sur les tablettes de records. Concernant les records "textile" en crawl, ceux de Grant Hackett sont des exceptions. Celui du 1500 PB date de 2001 (14'10"10), à une époque où le polyuréthane n'était pas utilisé.
Dos : Reste le dos, celui où l'avantage du 100% polyuréthane est le plus important en terme de portance. Logiquement, c'est la discipline qui a vu le plus faible nombre de records battus depuis 2010 (2/12). Les deux seules marques améliorées depuis le changement de réglementation l'ont été, comme Meilutyte en brasse, comme Ledecky en crawl, par une jeune prodige, l'Américaine Missy Franklin, sur 200m GB (2'00"03) et PB (2'04"06). Denis Auguin note que "comme en papillon, les coulées sont très importantes en dos. Un nageur peut parcourir une distance importante sous l'eau, là où le polyuréthane procure sans doute l'avantage le plus significatif. Mais on remarque aussi qu'en 2010, un nageur comme Camille Lacourt a failli battre le record du monde du 100 dos en grand bassin."
Les Nouveaux Records et les Performances Éclatantes de l'Ère Actuelle
La natation continue de produire des moments d'exception et de nouveaux détenteurs de records.
Léon Marchand, le prodige français : Un seul record du monde est actuellement détenu par un Français, et c'est le déjà légendaire 400 m quatre nages de Léon Marchand, réalisé le 23 juillet 2023 aux Championnats du monde au Japon. Décroché sous les yeux de la légende Michael Phelps en 4 min 02 s 50, ce temps a détrôné l'Américain qui détenait avant le meilleur chrono depuis 2008. La photo de 2023 Getty Images immortalise ces moments d'histoire, avec Michael Phelps et Léon Marchand en 2023 lorsque le Français a battu le record de l'Américain.
Jeux Olympiques de Paris 2024 : Les Jeux Olympiques de Paris 2024 ont été le théâtre de nouvelles performances de très haut niveau. La finale masculine du 100m nage libre s'est déroulée le 31/07/2024 à la Paris La Défense Arena. Zhanle Pan (CHN) a remporté la médaille d'or avec un record du monde en 46.40, tandis que Kyle Chalmers (AUS) a obtenu l'argent et David Popovici (ROU) le bronze. D'autres finales ont eu lieu, comme la finale masculine du 200m papillon le 31/07/2024 à la Paris La Défense Arena, la finale du 200m 4 nages individuel féminin le 03/08/2024 à la Paris La Defense Arena (Victoria) et la finale du relais féminin 4x100m 4 nages le 04/08/2024 à la Paris La Defense Arena.
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Records de relais contemporains :
- Le relais masculin 4x200 m nage libre des États-Unis (Michael Phelps, Ricky Berens, David Walters, Ryan Lochte) détient le record en 6 min 58 s 55, établi le 31 juillet 2009 aux Championnats du monde (Rome, Italie).
- Le relais masculin 4x100 m quatre nages des États-Unis (Ryan Murphy, Michael Andrew, Caeleb Dressel, Zach Apple) a réalisé un temps de 3 min 26 s 78 le 1er août 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020.
- Pour les femmes, le 4x100 m nage libre est détenu par l'Australie (Mollie O'Callaghan, Shayna Jack, Meg Harris, Emma McKeon) en 3 min 27 s 96, le 23 juillet 2023 aux Championnats du monde (Fukuoka, Japon).
- Le 4x200 m nage libre féminin appartient également à l'Australie (Shayna Jack, Brianna Throssell, Mollie O'Callaghan, Ariarne Titmus) avec 7 min 37 s 50, le 27 juillet 2023 aux Championnats du monde (Fukuoka, Japon).
- Le relais féminin 4x100 m quatre nages des États-Unis (Regan Smith, Kate Douglass, Gretchen Walsh, Torri Huske) a établi un record en 3 min 49 s 34 le 3 août 2025 aux Championnats du monde (Singapour, Singapour).
- Dans les épreuves mixtes, le 4x100 m nage libre des États-Unis (Jack Alexy, Patrick Sammon, Kate Douglass, Torri Huske) a nagé en 3 min 18 s 48 le 2 août 2025 aux Championnats du monde (Singapour, Singapour).
- Le 4x100m quatre nages mixte de Grande-Bretagne (Kathleen Dawson, Adam Peaty, James Guy, Anna Hopkin) est en 3 min 37 s 58, établi le 31 juillet 2021 aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020.
Sarah Sjöström, la "reine des records du monde" : La Suédoise Sarah Sjöström est souvent présentée comme la reine des records du monde. Son talent et sa régularité lui ont permis d'inscrire son nom dans l'histoire de la natation. Par exemple, à Doha en 2014, elle a battu deux records, sur 200 m nage libre (1 min 50 s 78) et sur 100 m papillon (54 s 61).
Réglementation et Gestion des Records par la FINA
La FINA joue un rôle central dans la validation des records et la réglementation des équipements. En mai, la Fina a publié une liste de combinaisons homologuées après avoir pourtant demandé, le 19 mai, aux équipementiers de revoir 136 modèles, 100% polyuréthane. L'Arena X-Glide, identique à la Jaked 01, recalée le 19 mai, a été repoussée dans sa version non modifiée. L'équipementier a alors présenté deux nouveaux modèles, modifiés, qui ont été validés.
La publication de cette nouvelle liste a entraîné l'invalidation par la Fina de six records du monde battus par des nageurs équipés de combinaisons non inscrites sur la liste. Le champion olympique du 100 m nage libre, le Français Alain Bernard, a ainsi perdu son record du monde du 100 m libre (46.94), battu le 23 avril lors des Championnats de France à Montpellier avec une X-Glide. Son compatriote Frédérick Bousquet, premier nageur à passer sous les 21 secondes (20.94) sur 50 m nage libre avec la Jaked 01 lors de la même compétition, a également été affecté, la Fina étant en attente des résultats officiels du contrôle antidopage. L'entraîneur de Bernard, Denis Auguin, a vivement réagi, déclarant : "C'est vraiment se foutre de la gueule du monde et surtout des athlètes." Il a également critiqué l'incohérence totale des décisions, notant l'arrivée de marques opportunistes avec pour seul objectif de faire de l'argent sur le dos des nageurs.