Les racines d'un talent international : de l'Afrique du Nord à la Côte basque
Ramzi Boukhiam, surfeur au parcours singulier, incarne une fusion réussie entre deux cultures. Né d'une mère hollandaise et d'un père marocain, il a passé son enfance à Agadir, non loin des spots de Tamraght et Taghazout où son frère l'a mis au surf. Ces vagues marocaines, réputées pour leurs « point breaks » parfaits, ont forgé son style. Cependant, le destin bascule lorsqu'il perd son père alors qu'il est encore adolescent. Sa mère décide alors de déménager avec Ramzi et son frère à Saint-Jean-de-Luz, en France, juste au sud de Biarritz. À l'été 2007, deux ans après le décès de son père, il débarque sur la Côte basque, à Anglet, devenue sa seconde maison. Ce transfert vers les Landes, bien qu'éprouvant, a placé le jeune surfeur au cœur de l'épicentre du surf européen, lui offrant l'accès à une compétition accrue et à un soutien industriel indispensable pour sa progression.
La genèse du champion : les premiers succès européens
Le talent de Ramzi Boukhiam s'est rapidement imposé sur la scène continentale. Dès 2012, dans les vagues canaulaises, il conquiert le titre européen ASP junior. Cette même année, il confirme son potentiel en remportant une épreuve QS 6000 à Zarautz. L'année suivante, il s'illustre en terminant vice-champion du monde junior, juste derrière un certain Gabriel Medina. Avec un style fluide et puissant, forgé sur les « point breaks » marocains et les « beach breaks » d'Hossegor, le surfeur « goofyfooter » d'un mètre quatre-vingt-cinq semblait promis à une carrière au plus haut niveau mondial. Bien que des irrégularités en compétition l'aient parfois freiné dans sa quête d'accession à l'élite, sa capacité à être un « world-beater » lors de ses meilleures journées n'a jamais été remise en question.
Le Soöruz Lacanau Pro : un terrain de jeu privilégié
La relation entre Ramzi Boukhiam et le Lacanau Pro est marquée par une progression constante. Dès 2015, il atteint les demi-finales de l'épreuve, posant les jalons de sa future domination. Lors de l'édition du Soöruz Lacanau Pro, disputée dans des conditions grossissantes avec des vagues de deux mètres et un vent offshore, le Marocain démontre sa résilience. Alors qu'il est provisoirement éliminé à quelques secondes du terme de sa série du « round of 96 », il parvient à sortir de sous ses dérives deux gros turns lui rapportant un 9,67 salvateur. « Je ne suis pas le meilleur dans les airs, et honnêtement, je préfère avoir des grosses vagues comme celles-ci », confiait-il alors. « J’ai plus la possibilité d’utiliser ma puissance pour pousser sur les bottom turns et frapper durement la lèvre. »
Rupture d'hégémonie et sacre historique
L'édition 2018 du Caraïbos Lacanau Pro marque un tournant majeur. Pour la première fois depuis 2014, le trophée échappe aux surfeurs français. Depuis trois ans, les triomphes successifs de Maxime Huscenot (2015), Joan Duru (2016) et Marc Lacomare (2017) avaient instauré une véritable hégémonie tricolore sur ce qui est surnommé le « French Pro ». Cette domination est devenue de l'histoire ancienne quand Ramzi Boukhiam, absent de l'épreuve pendant deux ans, a effectué un retour fracassant. Après avoir dominé Jacob Willcox en demi-finale avec un total de 17 points - dont une vague notée 9,60 - il a su contenir l'Australien Kalani Ball en finale. Ce succès, acquis avec un score de 14,20 contre 13,76, lui permet de se rapprocher du top 30 mondial au classement WQS. « J'adorerais obtenir ce genre de résultats en QS 10 000, mais je prends cette victoire avec grand plaisir. C'était génial d'être de retour ici. Je suis en forme, j'ai des bonnes planches, tout va bien », déclarait le surfeur âgé de 24 ans.
La dynamique compétitive et les défis du circuit QS
La victoire de Ramzi Boukhiam à Lacanau s'inscrit dans une logique de persévérance. Le tableau final de cette édition témoigne de la densité du niveau, avec des surfeurs comme Nommé Mignot, qui s'est arrêté en demi-finales au terme d'une âpre bataille face à Kalani Ball (14,50-14,30), ou encore Andy Crière, le surfeur d'Hendaye qui portait alors les couleurs de l'Espagne. La compétition féminine, remportée par la jeune Australienne Zahli Kelly, âgée de seulement 14 ans, a également souligné le renouvellement des générations. Cannelle Bulard, bien qu'ayant atteint la finale, a échoué à quelques points de la victoire, illustrant la difficulté de maintenir une constance face à des adversaires redoutables. Pour Boukhiam, ce succès à Lacanau a agi comme un tremplin, confirmant sa capacité à transformer l'essai après des performances solides sur d'autres étapes internationales, comme lors de l'US Open.
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