Ramzi Boukhiam : L'Odyssée d'un Surfeur Marocain entre Deux Mondes

L'histoire de Ramzi Boukhiam est celle d'une destinée façonnée par l'océan, la résilience et un lien indéfectible entre ses racines marocaines et sa terre d'adoption, le Pays basque. Surfeur émérite et pionnier, il a tracé un chemin sans précédent pour son pays dans le monde exigeant du surf professionnel. Son parcours, jalonné de défis personnels et de victoires sportives, révèle la détermination d'un athlète qui a su transformer les épreuves en tremplins vers l'élite mondiale.

Les Racines Marocaines d'un Champion : L'Éveil à l'Océan à Agadir

La vie de Ramzi Boukhiam, né le 14 septembre 1993 aux Pays-Bas d'une mère néerlandaise et d'un père marocain, a commencé à prendre forme sur les côtes ensoleillées d'Agadir, au Maroc. Il a grandi dans cette ville, passant son enfance au bord de l'océan, où une passion pour le sport allait bientôt éclore. Comme beaucoup de jeunes, Ramzi a d'abord exploré le football, allant même jusqu'à jouer en club. Cependant, c'est l'appel de la mer qui allait finalement définir sa voie.

Le lien de sa famille avec l'océan était fort. Son père, grand amateur de pêche, les amenait souvent, lui et son grand frère, à la plage, précisément entre Taghazout et Imourane, au Rocher du Diable. Pendant que son père partait pêcher, son frère faisait du surf et Ramzi, quant à lui, s'adonnait au bodyboard ou au foot sur le sable. Cette proximité quotidienne avec l'océan a forgé une connexion profonde dès son plus jeune âge. « On pouvait y passer la journée, on a grandi avec cette proximité avec l’océan », se souvient-il.

Le déclic du surf s'est produit alors qu'il avait 9 ans, ou "8 ans, 8 ans et demi sur les plages d'Agadir", selon ses propres mots. Voyant qu'il s'amusait à se tenir debout sur son bodyboard, son frère lui a lancé un défi : « Ramz’, essaie le surf ! » Il a « accroché direct », et c'est ainsi que sa véritable histoire avec la planche a commencé. Cette révélation fut intense, au point que lorsqu'il a eu sa première planche, il dormait carrément avec pendant les premières nuits. « Et pareil pour les autres planches, je pense que ça a duré pendant au moins un an, j’étais complètement surexcité », a-t-il confié, soulignant l'enthousiasme dévorant qui l'animait.

Face à la dualité de ses passions, Ramzi a dû faire un choix. L’entraîneur de son équipe de foot est allé voir son père pour savoir ce qu'il voulait faire exactement. Son père lui a demandé, et la réponse fut sans équivoque : il voulait surfer. Pour un père marocain, cela n’a pas dû être facile à entendre, plaisante Ramzi, mais son père a été "cool". Ce choix précoce, soutenu par sa famille, allait marquer le début d'une carrière prometteuse. Ses talents furent rapidement remarqués lors de son passage au Oualidia Surfland, chez Laurent Miramont, qui a été le premier à prendre conscience de son potentiel et à en informer ses parents.

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Le Nouveau Départ en Terre Basque : Entre Défi et Deuxième Maison

La trajectoire de Ramzi Boukhiam a pris un tournant décisif et prématurément influencé par la perte d’un être cher. « Malheureusement, mon père est décédé en 2005 », une épreuve qui allait remodeler la vie de Ramzi et de sa famille. Une autre source mentionne un déménagement en 2007 suite au décès de son père. Face à cette situation, sa mère a pris une décision pragmatique pour l'avenir de ses enfants : « Ma mère s’est alors dit : ‘l’école en France, c’est gratuit, au Maroc, c’est payant.’ Elle n’avait pas forcément les sous, alors on est parti. »

C'est ainsi que Ramzi et sa mère ont choisi de s'établir en France, précisément dans le Pays basque, une région réputée pour ses spots de surf, dans le quartier de Blancpignon à Anglet. « On a trouvé un appart’, on l’a toujours aujourd’hui, ma mère vit entre Blancpi’ et le Maroc », précise-t-il. Cependant, les premiers mois dans ce nouvel environnement se sont avérés particulièrement compliqués. Le déménagement au Pays basque a mis le mental de Ramzi Boukhiam à rude épreuve.

La première année a été très difficile. Le jeune Ramzi a "beaucoup pleuré", désirant "rentrer au Maroc", surtout durant l'hiver, car il ne connaissait que la chaleur estivale. En se remémorant ses années au sein de la section sport-études du collège Jean-Rostand de Biarritz, il décrit la rudesse de cette période : « Quand tu vas à l’école, il fait nuit, tu rentres le soir, il fait nuit, j’étais là, mais no way ! C’était dur, ma mère a galéré un peu avec moi au début ». Malgré ces difficultés initiales, il s’y est fait.

À l'âge de 15 ans, fort de sa passion grandissante pour le surf, Ramzi a pris la décision de stopper ses études pour se lancer à fond dans ce sport. Cette immersion totale dans le monde du surf a été facilitée par l'environnement du Pays basque. « Le Pays basque, c’est littéralement ma deuxième maison », réitère Ramzi Boukhiam. « J’y ai passé douze, treize ans, c’est énorme et j’y reviens encore. » C’est dans cette région qu'il a tissé des liens forts, se faisant des amis tant dans le milieu du surf qu'en dehors. Il a adoré surfer tout ce temps sur les spots de l’Océan et de La Madrague, à Anglet. La simplicité de cette vie, où il prenait son "petit scoot’" pour partir de chez lui à Blancpignon et arriver à la plage en "deux, trois minutes", a marqué ces années formatrices.

Le Pays basque a été bien plus qu'un simple lieu de résidence ; il a été un creuset pour son développement personnel et sportif. « Sans le Pays basque et ses bonnes vibes, je n’aurais pas été le Ramzi que je suis aujourd’hui », assure-t-il, reconnaissant l'influence majeure de cette région sur son identité et sa carrière.

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Ascension Fulgurante et Épreuves des Circuits Juniors

Le chemin de Ramzi Boukhiam dans le monde compétitif du surf a démarré rapidement après son immersion totale dans le sport. Sa première compétition est arrivée la même année où il a décidé de se consacrer pleinement au surf, marquant le début d'une longue lignée d'épreuves. Ses talents ont été rapidement reconnus sur la scène internationale des jeunes. Il a notamment participé à la finale mondiale des Grommets Trophy à Capbreton, où son style a séduit les juges. « J’étais le petit Marocain qui débarque et j’ai montré que j’avais le niveau », s’enorgueillit-il, se souvenant de cette période où il a commencé à attirer l'attention des grandes compagnies.

C'est ainsi que son aventure avec Quiksilver a commencé, une histoire qui a duré pas moins de 17 ans. Ce soutien précoce a été crucial pour son développement. Son parcours junior fut jalonné de succès notables. En 2012, il a remporté le Championnat d'Europe Junior, puis une épreuve QS6000 à Zarautz la même année. L'année suivante, en 2013, il a terminé vice-champion du monde ASP Pro Junior, s'inclinant face à la future légende Gabriel Medina lors des World Junior Titles. Ces performances laissaient présager qu'il allait inévitablement intégrer le Championship Tour (CT), le circuit élite du surf mondial.

Cependant, la transition vers le circuit senior, les Qualifying Series (QS), a révélé les complexités de la carrière professionnelle. « Ma carrière en senior commençait bien et puis tu passes par des phases où tu manques un peu de discipline, tu te blesses, tu es jeune et tu apprends », se souvient-il aujourd'hui avec le recul. Les inconsistances lors des compétitions lui ont coûté cher, l'empêchant de franchir le cap de la "top table" du surf mondial durant plusieurs années. Pour Ramzi, ces expériences, même difficiles, ont été formatrices. « Je ne regrette pas car c’est mon chemin, j’aurais peut être pu faire ce que j’ai fait l’année dernière, aller chercher la qualification, plus tôt. Mais c’est ce qui m’a formé. J’étais curieux des expériences de la vie. Ce sont mes choix et j’ai passé des moments incroyables. Aujourd’hui j’en suis là où j’en suis, plus mature, plus posé. »

Durant son parcours, le résident d’Anglet a eu la chance de s’entourer de surfeurs landais et de membres de son équipe, qui sont devenus de véritables soutiens. « On était une bonne bande, j’ai beaucoup traîné avec les mecs qui sont aujourd’hui mes meilleurs potes, les gars de générations d’au-dessus comme Marc Lacomare, Jeremy Flores, Charly Martin, Patrick Beven, Miky Picon et Dimitri Ouvré. Ces gars-là m’ont donné beaucoup de conseils. J’ai fait des compétitions avec Dimitri Ouvré avant qu’il ne rentre à Saint Barth’ puis j’ai passé du temps avec Marc Lacomare. » Cette camaraderie et ces précieux conseils ont contribué à son évolution.

Depuis 2019, le surfeur est accompagné par Aziz Bouchga, avec qui il a construit une relation de confiance profonde. « Il m’accompagne sur l’aspect performance mais on est proche donc on discute aussi d’autres choses. Il fait le travail mentalement et me met dans de bonnes conditions sur les compétitions. Du coup j’aime bien l’avoir avec moi, au-delà des conseils techniques c’est important de se sentir juste bien avec la personne qui t’accompagne ». Ce soutien psychologique et technique s'est avéré essentiel dans les phases les plus exigeantes de sa carrière.

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La longue relation avec Quiksilver s'est conclue lors de la pandémie de COVID-19. Ramzi avait vu cette étape arriver au fil des années et ne l'a pas forcément regrettée. « J’ai passé de très belles années avec Quiksilver mais ma relation était beaucoup avec Pierre Agnès (disparu en mer en 2018). Quand il est parti, j’ai senti les choses changer, l’état d’esprit de la marque a évolué. Avant on était vraiment une famille, c’était soudé des plus anciens aux plus jeunes, du junior aux gars sur le CT. Ce sont des choses que je ne ressentais plus sur la fin et mon attachement à la marque était moins fort que lorsque j’étais plus jeune. » Aujourd'hui, Ramzi s’appuie sur deux sponsors marocains, Aïn Atlas et Taghazout Bay, en tant qu’ambassadeur, et travaille avec JS Industries pour ses planches. Il exprime cependant le désir d'obtenir un équipementier dans le milieu du surf, car le circuit CT coûte cher, et il aimerait représenter une marque de surf avec un sticker au nose.

De la Persévérance aux Jeux Olympiques : Une Reconnaissance Mondiale

La persévérance de Ramzi Boukhiam est une caractéristique constante de sa carrière. Les années passaient, et les doutes commençaient à s'installer chez le surfeur professionnel, notamment face au niveau de plus en plus élevé sur le circuit QS, où les jeunes talents émergent de plus en plus tôt. « Ma pire année mentalement c’était en 2019, juste avant ma qualification aux Jeux Olympiques », confie-t-il. Il traversait alors une saison horrible, ne se reconnaissant plus, tant dans son surf que dans sa vie personnelle, au point d'avoir voulu arrêter après le QS d’Anglet.

Encouragé par son coach, il a accepté de se donner une dernière chance pour quatre échéances supplémentaires : Pantin, les ISA Surfing Games au Japon (Miyazaki), Ericeira et les Açores. C'est cette seconde compétition, au Japon, qui a changé la donne. Alors qu'il était déterminé à arrêter et n'avait aucune attente de l'événement, Ramzi a décroché sa qualification aux Jeux Olympiques 2020. C'était un moment historique, marquant la première fois que le surf serait représenté aux Jeux Olympiques. Il a retrouvé ces sensations oubliées, le feu de la victoire qui « efface tout le reste », et le déclic était là. Avec les JO en ligne de mire, il s’est retrouvé animé d'une nouvelle flamme qui ne le quitterait plus.

Le début de l'année 2020 s'annonçait comme la consécration de cette nouvelle dynamique. Il a remporté l’Oi Hang Loose Pro Contest, un QS 5000 au Brésil. « Je me dis que ça y est, c’est mon année. J’ai des boards de malade sous les pieds, je sentais que mon surf avait passé un cap. Et puis la pandémie est arrivée », raconte-t-il, soulignant la force du destin qui l'a coupé dans son élan. Malgré l’arrêt des compétitions, Ramzi a maintenu le cap mentalement. L'année 2021 ne s'est pas déroulée comme il l'aurait souhaité, mais les Jeux Olympiques l'ont maintenu sur sa voie. « J’aurais dû me qualifier en 2021, il y avait peu de compétitions et peu de points nécessaires. J’avais 28 ans et je pouvais redescendre, je me suis dit que c’était hors de question. »

Concernant les Jeux de Tokyo (qui se sont tenus en 2021), il a été « fier de représenter le Maroc et être porte-drapeau c’était la cerise sur le gâteau ». Toutefois, l'expérience compétitive fut mitigée : « les vagues n’étaient vraiment pas pour moi ». Malgré cela, il n'a pas lâché mentalement, restant sur cette dynamique retrouvée deux ans plus tôt. C'est en 2022 que le "goofy footer" a entamé sa saison sur les Challenger Series avec une détermination nouvelle. Il a réalisé de solides performances, notamment une 5ème place au Boost Mobile Gold Coast Pro, une 17ème au Sydney Surf Pro et une 9ème à l’US Open Of Surfing. « Je savais qu’il me fallait une performance au Brésil, surtout que je voulais me qualifier avant Hawaii. Malgré ma sortie au premier tour au Portugal j’ai refusé de lâcher, je suis allé au bout. Je suis allé chercher la performance mentalement, ce qui n’est pas quelque chose que j’aurais pu faire avant », analyse-t-il, illustrant sa maturité et sa force mentale accrues.

Le 1er décembre 2022, Ramzi Boukhiam a finalement rejoint le circuit élite, le Championship Tour (CT), un événement qu’il a célébré en surfant avec le drapeau marocain sur le dos. C'était une étape majeure : il est devenu le premier surfeur marocain à atteindre ce niveau, une reconnaissance mondiale qui a fait la fierté de son pays. « Avant lui, les Marocains n’avaient jamais vu de surfeur de leur pays à ce niveau », et il a contribué à « démocratiser le surf dans son pays, le Maroc ».

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