Genèse d’un marin et de ses premiers défis
Le parcours de Lalou Roucayrol est intrinsèquement lié à la quête de vitesse et à l'ingénierie navale, une passion qui s'est heurtée à la réalité brutale de l'Atlantique. Dans ses débuts, Lalou Roucayrol partait sans argent avec le prao « Funambule ». Pendant le convoyage vers le départ, à Belle-Île, il casse un mât, répare en urgence, à la Trinité, les dépenses le lassent interdit bancaire. Il repart, prend un casier de pêche dans la dérive, avec la fatigue il ne le voit pas, la dérive casse. Il a dû renoncer, la mort dans l’âme. C’était une autre époque, les bénéfices de sa société Strato Compo partaient dans le bateau, la boîte fonctionnait avec des TUC (contrats aidés), tous Africains, parce qu’on en avait embauché un premier qui avait beaucoup de cousins et nous les a recommandés.
En 1994, « Lège Cap-Ferret Aquitaine » navigue sous gréement de fortune. On a le bateau, pas l’argent pour la logistique après avoir réparé un mât brisé sur la course précédente. Ça a vraiment été compliqué pour lui de faire un Rhum, cette course, il faut se la gagner. C’est pourquoi il est si content d’avoir amené deux jeunes sur la ligne de départ plus tard dans sa carrière. En 1998, il travaillait alors pour Francis Joyon, skipper de Banque Populaire, mais il avait une chance de la faire en monocoque, comme remplaçant d’Yves Parlier, blessé dans un accident de parapente, et avec lequel il avait travaillé. C’était lui ou Thomas Coville, et c’est lui qui a été choisi, et a gagné. C’était logique, il avait plus d’expérience de ces bateaux, et puis Lalou n’était pas à 100 % : c’était 1998, et un soir d’été on avait refait la finale avec des potes sur un terrain défoncé : fracture de la cheville.
La survie en milieu extrême : L’expérience des trimarans ORMA
Pour Lalou Roucayrol, le Rhum, c’est la course des Multis, depuis cette première édition de 1978 où le petit trimaran de Mike Birch double sur le fil le monocoque de 21m de Michel Malinovsky. En 2002, le défi fut celui de la survie. Il faut rappeler que les ORMAS (trimarans de 17m) étaient des bateaux de dingues, très volages. Pas une classe aujourd’hui n’a un tel rapport poids puissance. En plus il avait une confiance relative dans le sien, ils avaient eu des problèmes de structure, il était trop souple, on l’avait remis tard à l’eau, en septembre. En plus, on a passé une semaine à refaire le rail de grand-voile à l’intérieur du mât car les boulons en alu avaient cassé. Bref, il partait avec un gros stress.
On était 18 au départ, le plus beau plateau de multicoques à ce jour, avec beaucoup de cadors, et trois seulement à l’arrivée, après une tempête terrible dès le début. Il se souvient d’avoir pris une p… de déferlante, elle lui avait arraché un de ses deux cockpits extérieurs, endommagé la coque en frappant le flotteur central du bateau soulevé. Il était à la cape, à l’intérieur du cockpit central et cette vague, il ne l’a pas vue mais il l’a entendue. Il est arrivé vraiment fracassé, le bateau, et le mec, les safrans en vrille. Il se souvient de l’accueil en Guadeloupe, on est arrivés en héros. Dans les moments les plus durs, il n’a pas pensé au risque, il était dans l’action, pour survivre. Et il y avait une part de fascination pour cette furie des éléments, une furie démoniaque. Le vent ne faisait qu’accélérer, tu voyais 25 nœuds, ça montait peu à peu jusqu’à 50, là tu te dis ça va s’arrêter mais non… 55 !
La rupture avec Banque Populaire et l’émancipation
En 2006, Banque Populaire a remercié sèchement Lalou Roucayrol avant le Rhum et l’a remplacé par Pascal Bidegorry. La banque avait alors sous-traité la gestion de l’équipe à une société privée, qui mettait une pression de dingue à tout le monde. Cette pression passait mal dans l’équipe, il avait perdu son directeur technique, Daniel Souben, dégoûté. On lui a refusé de partir avec Mayeul Rifflet pour imposer Bidégorry. C’est pour ça qu’il a décidé de monter sa propre entreprise, ne dépendre que de lui. Parce qu’une fois viré de Banque Pop, il n’avait plus d’amis, plus de journalistes. Du jour au lendemain, tu n’existes plus. Il a quitté la Bretagne et créé Lalou Multi à Port-Médoc peu après.
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En 2006, il a travaillé sur l’hydraplaneur d’Yves Parlier. C’est le bateau le plus fantastique sur lequel il ait jamais navigué, mais il n’était bon que sur un angle de vent très restreint, de 80 à 130 degrés. Là, c’était une fusée, on allait à du 45 -48 nœuds stabilisés. Puis, en 2010, il s’est installé avec son chantier Lalou Multi à Port-Médoc, soutenu par la région Aquitaine. Il a assemblé dans le Médoc son nouveau bateau, de la classe des Multi 50, alors que les ORMAS avaient périclité. Il termine 2e du Rhum, ce qui était inespéré car il n’avait pas le bateau le plus rapide. Mais les deux leaders ont cassé devant lui.
Les chavirages, une réalité du multicoque
Lalou Roucayrol a chaviré quatre fois au total (2000, 2010, 2013, 2018). Chavirer, se mettre sur le toit, en multicoques, cela arrive à tout le monde, c’est comme une sortie de route pour un pilote auto, une chute pour un cycliste. Les chavirages n’ont jamais joué dans sa décision d’arrêter la course en solitaire.
Le 14 novembre 2010, après une très honorable deuxième place en Multi 50 dans la dernière Route du Rhum, Lalou Roucayrol ramène son solide trimaran sur l’Atlantique Nord. Ils sont quatre à bord, ont infléchi leur route en prévision d’un fort coup de vent. Le bateau trace au portant sous grand-voile haute et solent dans 25 nœuds, sous le contrôle du pilote. Soudain un grain orageux violent double le chiffre de l’anémomètre. Une bourrasque à 50 nœuds et hop, « Région Aquitaine-Port Médoc » est catapulté cul par-dessus tête. Lalou agrippe in extremis l’équipier de quart coincé sous le cockpit pour le ramener à l’intérieur. Tout se termine donc bien mais dans la manœuvre, le cargo brise un flotteur du trimaran.
En 2018, il repart avec une très bonne connaissance d’Arkema, pour gagner, et il est en tête un moment. Et là, on fait, collectivement, un choix qui n’est pas le plus judicieux. Au lieu de continuer dans une dépression, on choisit de s’abriter. Une succession d’erreurs, car on ne choisit pas le bon port pour s’abriter, on va à Porto. Le bateau n’est pas bien abrité, un flotteur s’abîme. Là, on tombe dans une spirale descendante en repartant, il cherche à rattraper Armel Tripon, avec des risques pas très bien calculés à cause de la fatigue, porté par l’adrénaline que tu as sur ces bateaux-là, et il chavire. Au moment où il chavire, il prévient l’équipe puis il s’occupe de sécuriser le bateau, qu’il ne coule pas ou ne s’abîme pas davantage. Pendant 15 heures, il n’appelle personne. Le skipper ne sait pas trop ce qui s’est passé. À un moment donné, le bateau a accéléré dans un grain, s’est planté dans une vague, n’a fait que monter. Quand l’eau à l’intérieur est arrivée contre le foil, c’est probablement comme ça que ça a basculé.
Un retournement inattendu
Le trimaran « Arkema » de Lalou Roucayrol, qui avait chaviré le 14 novembre 2018, a été retrouvé à l’endroit. Arrivés sur zone le 21 novembre, Lalou Roucayrol a eu la surprise de découvrir que son Multi 50 Arkema s’était remis à l’endroit. Pour Fabienne Roucayrol, Team Manager, une explication est possible : « Dans la possible cause du chavirage, Lalou a expliqué qu’il y avait de l’eau dans le flotteur tribord de son bateau. Nous ne nous expliquons pas encore comment cette eau est entrée dans le flotteur, mais elle a dû continuer à le remplir alors que le bateau avait chaviré. Cela a certainement « coulé » lentement le flotteur, et avec l’aide du vent et d’une vague, le bateau a dû se retourner et se remettre à l’endroit ».
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Le bateau, après une tentative de remorquage pirate, a pu être récupéré par l’équipe de Lalou Multi. Il est entré en chantier pour être remis en état. Oui, nous avons identifié le remorqueur hollandais qui est venu le remorquer sauvagement, grâce aux traces GPS : le trimaran suivait jusqu’ici une trajectoire très rectiligne, et tout d’un coup, il y a eu un changement de direction pas du tout logique qui montre bien qu’un bateau est venu le long du trimaran et a tiré dessus. Ce remorqueur passait dans le coin, il allait vers les Canaries en provenance des Antilles, c’était une opportunité pour eux de négocier avec notre assurance le prix du bateau, sauf qu’ils ont fait ça comme des sauvages et l’ont abîmé pour finalement le laisser.
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