Pourquoi les nageurs ont des marques rondes sur le corps?

Depuis le début des Jeux de Paris 2024, l'attention s'est portée sur les marques rondes et violacées que certains athlètes, notamment les nageurs, arborent sur leur corps. Ces marques, loin d'être des tatouages ou des stigmates de blessures, sont le résultat d'une pratique ancestrale connue sous le nom de "cupping" ou "hijama", une technique de médecine douce utilisant des ventouses.

Qu'est-ce que le "cupping" ou "hijama"?

Le "cupping", aussi appelé "hijama" ou ventouse-thérapie, est une technique qui consiste à appliquer des ventouses sur la peau. Traditionnellement, ces ventouses sont chauffées avant d'être appliquées, créant ainsi un effet de succion qui attire la peau à l'intérieur du bocal. Cette action est censée favoriser la circulation sanguine et détendre les muscles.

La technique est simple : des bocaux ventouses, préalablement chauffés, sont apposés sur la peau. Une fois refroidis, un effet de succion a lieu, attirant la peau à l’intérieur. Les ventouses vont alors attirer le sang vers les muscles, diminuant la douleur et favorisant la récupération sportive.

Cette thérapie ancestrale est très utilisée au Moyen-Orient ou en Asie et s’est développée depuis une bonne dizaine d’années chez les sportifs occidentaux.

Comment ça marche?

L'application des ventouses crée un étirement topographique et local au niveau de la peau et des structures sous-jacentes, comme les fascias et les muscles. L'aspiration favorise également un afflux de sang vers la zone traitée, ce qui est supposé aider à réduire la douleur et à accélérer la récupération musculaire. Keenan Robinson, le responsable de la préparation physique de l’équipe américaine de natation, explique que le "cupping" est conçu pour faire circuler le sang dans des zones spécifiques où il y a de la tension ou de la fatigue musculaire. Ça favorise le mouvement des cellules sous la peau, l’évacuation du stress. Le procédé laisse de larges bleus sur le corps qui peuvent mettre jusqu'à deux semaines pour s'estomper.

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David Redrado, ostéopathe du sport, explique que la "ventouse-thérapie" a plusieurs effets. Il y a d'abord un effet mécanique qui est lié à l'aspiration de la ventouse sur la peau. Celle-ci va créer un étirement topographique et local au niveau de la peau et des structures qui sont juste en dessous, c'est-à-dire les fascias, les muscles, etc. Et il y a aussi un aspect hémodynamique. La succion va créer un afflux de sang au niveau de la zone.

Qui utilise cette technique?

De nombreux athlètes de haut niveau ont recours au "cupping" pour améliorer leur performance et leur récupération. Parmi eux, on retrouve le nageur italien Nicolo Martinenghi, le boxeur algérien Mourad Kadi, et, par le passé, des stars comme Michael Phelps et Karim Benzema. Même des stars d'Hollywood comme Katy Perry, Cameron Diaz ou encore Gwyneth Paltrow et Jennifer Aniston s'y sont mis. Le gymnaste américain Alex Naddour affirmait même que c’est mieux que tout l’argent qu’il a dépensé pour tester d’autres choses.

La légende de la natation américaine arbore des marques circulaires sur le corps depuis le début des Jeux Olympiques. Dès sa première course, le relais 4 X 100m nage libre qui lui a permis de rafler une 19e médaille d'or (record absolu aux Jeux Olympiques), l'Américain a dévoilé d'étranges taches circulaires sur ses bras, ses épaules et son dos. De quoi susciter la curiosité voire l'inquiétude des amateurs de natation.

Efficacité et preuves scientifiques

Si le "cupping" est de plus en plus populaire, son efficacité fait débat au sein de la communauté scientifique. Certaines études suggèrent un effet potentiel sur l'acné, l'herpès, la paralysie faciale et l'arthrose cervicale, mais les preuves restent limitées et souvent considérées comme peu convaincantes.

Une étude menée en 2012 et publiée sur le site PLOS ONE notait que la technique avait un effet potentiel pour traiter les herpès, l’acné, la paralysie faciale ou l’arthrose cervicale.

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Le docteur Robert H. Shmerling explique que, d'un point de vue biologique, la manière dont l'application d'une succion et l'aspiration du sang dans une zone située sous la peau peut soulager la douleur des muscles n'est pas claire. Par ailleurs, "un certain nombre d'études" se sont penchées la question de l'efficacité, sans "y avoir apporté de réponse convaincante".

En France, le Conseil national de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a rendu un avis sur cette méthode en 2021, indiquant qu'elle est dénuée de toute preuve d'efficacité et n'est donc pas considérée comme une bonne pratique. L'Ordre impose à tous les kinésithérapeutes d'agir selon les données de la science et déconseille, voire interdit, cette pratique.

Edzard Ernst, professeur au département de médecine complémentaire de l’Université d’Exeter, expliquait qu'il y a évidemment des clients satisfaits depuis 3.000 ans, mais qu'il n’y a aucune preuve de son efficacité. La méthode n’a pas été soumise à des essais cliniques. David Colquhoun, professeur de pharmacologie à l’Université College de Londres, parlait lui au mieux de technique avec un effet placebo, au pire de charlatanerie. "On ne fait que tirer de la peau, cela n’affecte pas le muscle", observait-il.

Risques et précautions

Bien que généralement considérée comme sûre, la "ventouse-thérapie" peut entraîner des effets secondaires tels que des hématomes, des douleurs et des infections cutanées si elle n'est pas pratiquée correctement. Il est donc essentiel de consulter un professionnel qualifié et de s'assurer que les ventouses sont correctement stérilisées.

Selon un avis de l'Ordre des kinésithérapeutes, il y a différents risques. Créer un hématome, selon moi, c'est créer une lésion. Sur ces Jeux, j'ai vu des nageurs avec des hématomes circulaires sur le dos, les épaules.

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Jennifer Aniston de dos. Le "cupping" doit se prendre au sérieux et s'employer avec précaution en vue des effets secondaires pouvant entraver la santé.

Dopage ou simple effet placebo?

L'utilisation du "cupping" dans le milieu sportif soulève également la question du dopage. Si certains praticiens affirment que cette technique peut avoir un effet dopant en stimulant la circulation sanguine et en favorisant la récupération, elle est généralement considérée comme une forme de dopage physiologique et non chimique, et donc autorisée.

Michel Henry, le président de l’association internationale des praticiens de la médecine des ventouses, expliquait en 2016 au magazine L’Express que le cupping a un effet antalgique et un effet dopant. Mais c’est autorisé, car c’est du dopage physiologique et non chimique.

Cependant, il est important de noter que l'effet placebo peut également jouer un rôle important dans les bénéfices ressentis par les athlètes. Le simple fait de croire en l'efficacité d'une thérapie peut avoir un impact positif sur la performance et la récupération. Plus qu'une vraie pratique médicale, le cupping a un réel effet sur la personne, mais d'un point de vue moral. C'est surtout un moyen de se rassurer, de se sentir mieux dans sa tête.

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