L'odyssée de la plongée sous-marine expérimentale : De l'aventure humaine à la maîtrise des abysses

La plongée sous-marine expérimentale est une discipline qui repousse sans cesse les frontières physiologiques et technologiques de l’intervention humaine. Historiquement façonnée par les besoins de l’industrie pétrolière offshore et les impératifs de souveraineté étatique, cette activité a permis à l’homme d’atteindre des profondeurs autrefois considérées comme inaccessibles.

Les fondements historiques et l'apport de la Comex

Sous l'impulsion d’Henri-Germain Delauze, la Comex a acquis une expertise et une réputation mondiale dans l’exploitation du pétrole offshore, en développant des sous-marins d’exploration profonde civils et militaires, des engins d’assistance et des techniques d’exploitation et de soudure sous-marines. Henri-Germain Delauze est né le 17 septembre 1929 dans un village du Vaucluse, Cairanne, à une quarantaine de kilomètres d’Avignon. En 1941, il rentre au collège technique d’Isle sur la Sorgue et obtient, 4 ans plus tard, les CAP d’ajusteur, de tourneur et de soudeur.

En 1949, Henri-Germain Delauze a 20 ans et vient d’obtenir son diplôme d’ingénieur. Il demande à partir au Vietnam dans la Marine, où il découvre la mer « en direct ». Après son service militaire, il crée une société de bâtiments à Tulear. En 1952, retour à Marseille où il rencontre l’équipe du commandant Cousteau. En 1956, il entre dans la société des Grands Travaux de Marseille pour diriger le chantier du tunnel autoroutier sous-marin dans la baie de la Havane à Cuba. Ce sera le premier tunnel construit par l’assemblage de caissons de 20 000 tonnes fabriqués en cale sèche et jointés bout à bout par plongeurs.

En 1959, suite à l’invitation de l’US State Department, Henri-Germain Delauze reprend ses études à l’Université de Californie à Berkeley et obtient, en 1960, un « master of sciences » en Géologie Marine. C’est lors de ses week-ends en Californie à faire de la géologie pétrolière de reconnaissance des anticlinaux sur le fond qu’il descendait dans la tranche des 100 mètres en bouteilles. Il s'est alors rendu compte qu’à partir des années 60, le pétrole viendrait sous la mer.

L'ère de la saturation et du développement technologique

Le développement de scaphandres autonomes au 20e siècle a fait progresser rapidement la durée des plongées. Toutefois, ces technologies ne permettent pas à l’Homme de dépasser la limite des 60 mètres en raison de l’ivresse des profondeurs. L'alternative fut le développement des « maisons sous la mer » (Sealab aux États-Unis et Précontinent en France). L’Homme peut ainsi vivre pendant plusieurs jours en saturation : il est maintenu pendant toute la durée de son séjour à l’intérieur d’un habitacle pressurisé.

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En 1963, Henri-Germain Delauze procède à l’ingénierie du premier Centre Expérimental Hyperbare (CEH) de capacité 360 mètres. En 1965, il procède au concept du premier système industriel opérationnel embarqué de plongée profonde avec tourelle « ascenseur pressurisé ». Toute l’astuce revient à mettre les plongeurs en saturation au sec et au chaud, à la pression de travail dans un ensemble de caissons embarqué à bord d’un support de surface. Les allers et retours des plongeurs s’effectuent dans une tourelle de plongée sous pression.

En France, la durée d’une plongée en saturation ne peut dépasser 30 jours. 3 équipes de 3 plongeurs travaillent en alternance dans l’habitat hyperbare. Leur vie est rythmée par les plongées : pendant que l’une remonte du chantier par la tourelle, l’autre se prépare à plonger tandis que la dernière tente de dormir. À l’extérieur des caissons, sur le bateau, une équipe reste vigilante quant à la vie des plongeurs. Pour pallier les problèmes de communication, des décrypteurs de voix ont été mis au point.

La maîtrise des mélanges gazeux et les défis physiologiques

La plongée à l’air comprimé comporte des limites liées à l’essoufflement, la toxicité de l’oxygène et la narcose à l’azote. Dans les années 30, la Marine américaine décide d’alimenter le plongeur en mélange respiratoire synthétique dans lequel l’azote est remplacé par l’hélium : l’HELIOX. Mais au-delà de 150 mètres, l’HELIOX pose de nouveaux problèmes : vertiges et tremblements.

Pour pallier cela, la Comex se lance dans l’expérimentation de nouveaux mélanges, notamment l’HYDROX (hydrogène et oxygène) et l’HYDRELIOX (hydrogène, hélium et oxygène). Ces mélanges permettent de limiter les effets du « Syndrome Nerveux des Hautes Pressions » (SNHP). En 1992, lors du programme HYDRA 10, un plongeur atteint la profondeur de 701 mètres en caisson. La coopération avec la Marine Nationale, établie dès 1976, a également joué un rôle crucial dans le partage d’expertise.

La plongée scientifique : Collecte de données et exploration

La plongée scientifique sert à collecter de la donnée sur le milieu marin. Les activités du plongeur scientifique incluent l’installation de matériel de mesure, le comptage d’espèces, le repérage et les prélèvements. Si le scaphandre en circuit ouvert est la norme, les recycleurs se démocratisent pour faciliter la plongée profonde et augmenter l’autonomie.

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Il faut de solides connaissances techniques et scientifiques sur le milieu marin pour devenir plongeur scientifique. Un grand nombre de cursus existent : BUT, licence, master, voire doctorat. Bien que le domaine soit encore perfectible, la plongée scientifique s’est beaucoup féminisée ces 20 dernières années. Les trois stations marines d’EMBRC-France proposent des services techniques de plongée scientifique disposant de personnels qualifiés et d’équipements spécifiques.

La reprise des capacités d'intervention par la Marine nationale

Depuis 2023, la Marine nationale, et plus particulièrement le Centre expert plongée humaine et intervention sous la mer (CEPHISMER), a repris progressivement les plongées expérimentales à saturation. Après avoir réalisé en 2025 une plongée en saturation à 200 mètres avec recycleur électronique dans son caisson hyperbare CH 500, la Marine s’apprête à pousser l’expérience jusqu’à 265 mètres avec le projet ENTEX 51.

L'objectif est de compléter les drones et robots sous-marins dans les opérations liées à la maîtrise des fonds marins et aux missions de sauvetage de sous-marins. L’idée est de pouvoir réaliser des plongées humaines sur le plateau continental, jusqu’à 300 mètres, avant de descendre très rapidement à plusieurs milliers de mètres par engins robotisés. Le danger principal demeure le SNHP et l’hypothermie, gérés par des protocoles de compression progressifs et des contrôles électroencéphalographiques constants.

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