La Plongée Autour de la Roche de Bizeux : Un Voyage Subaquatique au Cœur de l'Histoire Malouine

La côte malouine, riche de son histoire maritime mouvementée, offre un terrain de jeu exceptionnel pour les plongeurs. Au carrefour de récits anciens et de trésors subaquatiques, la Roche de Bizeux se dresse comme un point de repère incontournable. Située en sortie d’estuaire de la Rance, au niveau de Saint-Servan, cette roche emblématique marque le début d'une exploration fascinante des fonds marins de la région. La baie de Saint-Malo, à elle seule, recèle près de 350 épaves, témoignant d'une intense activité et de nombreux drames maritimes, depuis les bateaux corsaires jusqu'aux vaisseaux allemands de la Seconde Guerre mondiale. Partir à la découverte de ces navires engloutis et des formations rocheuses qui les entourent, c'est s'immerger dans un véritable musée sous-marin.

La Roche de Bizeux : Entre Histoire et Plongée Initiatique

La Roche de Bizeux est bien plus qu'un simple affleurement rocheux. Elle est ancrée dans l'histoire locale, notamment par la présence d'une statue de la Vierge, haute de trois mètres et érigée en 1897. Cette œuvre du sculpteur Alfred Caravanniez, également à l'origine de la statue de Robert Surcouf visible sur les remparts de Saint-Malo, est un symbole puissant. Le jour de son érection, plus de 5 000 personnes participèrent à la procession, mais l'événement fut marqué par un drame : lors de la bénédiction, une des embarcations naviguant autour du rocher se renversa, emportant toute une famille. Seuls le père et son fils de sept ans purent être secourus. Plus tard, en août 1944, durant la libération de Saint-Malo, un obus traversa la statue à hauteur de son pied droit, la faisant pivoter vers Dinard, un témoignage silencieux des conflits passés.

La roche de Bizeux abrite également des vestiges industriels significatifs. On y trouve les restes d'un caisson, baptisé "Le Bizeux (petit caisson)", utilisé pour la construction du barrage de la Rance. Ces éléments sont situés au nord du rocher. Un autre ensemble, désigné comme "Le Bizeux (grand caisson)", correspond à des restes similaires situés en partie sud du rocher du Bizeux. Ces structures immergées offrent un intérêt historique et écologique, devenant des supports pour la vie marine locale.

Au pied de la face nord de la roche de Bizeux, un site archéologique reconstitué unique en Bretagne a été créé par l'association d’archéologie marine Adramar. Ce site exceptionnel permet de découvrir une épave reconstituée du XVIIIe siècle, telle que les scientifiques les découvrent dans les eaux du Ponant, offrant un aperçu du patrimoine sous-marin et du métier d'archéologue. Accessible au grand public en plongée encadrée, ce site s'étale sur 15 mètres de long et 10 de large, à une profondeur variant de 3 à 10 mètres selon les marées. Canons et une ancre gisent aussi sur le fond, formant un spectacle éducatif et visuellement saisissant pour les plongeurs. La visite de la roche de Bizeux en apnée ou en bouteille est encadrée par un club de plongée de la région, garantissant une expérience sécurisée et enrichissante, même pour les baptêmes de plongée.

L'Anse de Bizeux, face à Saint-Servan, est un lieu privilégié pour l'initiation à la plongée. Lors d'un baptême, l'appréhension initiale cède vite la place à l'émerveillement. Accompagné d'un instructeur, le plongeur est guidé vers les plateaux de sable qui entourent la roche. L'anse sert de nurserie à une grande variété de poissons. Très vite, un ballet coloré se déploie sous les yeux, révélant un gobie léopard à tête violette, des dizaines de crénilabres, de tacauds et de vieilles, tous encore petits. Une coquille Saint-Jacques et même une petite crevette cachée dans une anémone garnissent ce tableau vivant, mêlant le jaune, le bleu et le blanc. Cachés sous des pierres, deux homards imposants veillent au grain, ajoutant à la richesse de la faune observée.

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Exploration des Sites de Plongée Locaux autour de Saint-Malo

La zone autour de la Roche de Bizeux est parsemée de nombreux autres sites de plongée, chacun offrant ses propres particularités et attraits.

La partie Ouest de la Roche de Bizeux, appelée "Le Bizeux (Ouest)", est constituée de la partie immergée du tombant du bizeux. On peut mouiller dans la zone des 5-6 mètres au bord du tombant, permettant une exploration aisée de cette portion du site.

La Battière est une roche très étendue située entre Cézembre et La Conchée, avec des profondeurs allant de 5 à 15 mètres. C'est un vaste terrain de jeu pour les plongeurs souhaitant explorer des formations rocheuses variées.

Les Haies de la Conchée représentent un site intéressant et généralement abrité, formant un fer à cheval ouvert sur l'Ouest. Avec des profondeurs de 0 à 20 mètres, ce lieu est particulièrement adapté aux baptêmes de plongée grâce à sa paroi intérieure Nord. Cette paroi comporte des zones planes dans moins de 6 mètres d'eau, où l'on trouve une vie marine abondante et accessible aux débutants. Un tombant longe le bord ouest de la partie nord des Haies de la Conchée, tandis qu'une barre rocheuse est située à l'est de cette même partie nord. Plusieurs têtes de roches offrent une biodiversité et un relief typique de Saint-Malo.

Le Fort de la Conchée, en cours de restauration, propose une plongée située au pied de la fortification. Ce site est toujours riche et permet une immersion même loin des étales, grâce à sa configuration particulière. Non loin de là, la Basse des Rousses est située au Nord-Est du fort de la Conchée. Elle est constituée d'une roche assez étendue qu'il est possible de parcourir entièrement au cours d'une plongée. La partie la plus intéressante semble être le tombant orienté Nord-Ouest, qui offre un mur vertical d'une dizaine de mètres de hauteur, promettant des rencontres variées avec la faune marine.

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Plusieurs autres formations rocheuses et plateaux parsèment la région. La Basse Poulverre est un site assez étendu, entouré de plages de sable. Lors des premières explorations, l'ensemble du site était "poussiéreux", avec beaucoup de dépôts sur les roches. La zone nord présente une pente assez douce avec des marches, où l'on peut trouver quelques homards et congres. Les faces Ouest et Sud, quant à elles, exhibent des parois très marquées et des éboulis, abritant des congres, des homards et des bancs de lieus en grandes quantités. La face Est présente des éboulis mais avec des parois beaucoup moins marquées qu'à l'Ouest et au Sud. La Basse Poulverre se situe sur le même plateau que la Basse Chèvre, à 200 mètres de distance, et est accessible de 6 à 20 mètres de profondeur, permettant de faire le tour de la tête de roche principale.

La Basse Chrétienne est une autre roche d'intérêt, située sur un fond de sable. Sa partie nord descend en pente douce, avec quelques roches et failles propices à la découverte de congres et de homards. Les faces Est, Sud et Ouest présentent des parois très marquées et de nombreux gros éboulis, où l'on trouve des congres en très grande quantité, ainsi que de nombreux bancs de jeunes tacauds et des lieus et homards.

Le Bunel est une très belle roche, assez étendue, dont le tour complet offre de belles formations rocheuses. Le fond de sable rend la plongée assez lumineuse. Au Sud-Est, une belle anse de sable peut révéler la présence de seiches et de lieus. Au Nord-Est, deux demi-sphères métalliques concrétionnées sont visibles, suggérant les restes d'une mine.

Le Petit Lejeon / Anchom est un site assez étendu, remontant au plus à 5 mètres de profondeur. Ses principaux intérêts résident dans la présence d'un énorme homard près d'une ancre et sous une très grosse roche, ainsi que la recherche de syngnathes dans les herbes marines.

La Pierre à Tison est un tombant orienté Nord-Sud, situé à l'Ouest immédiat de Cézembre, avec des profondeurs allant de 0 à 25 mètres. L'intérêt du site est variable, alternant entre des parties très intéressantes et des zones dégagées.

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Le Vieux Banc est une plate qui constitue de nombreux sites de plongée. Un des sites explorés est formé d'un petit tombant, généralement entre 1 et 3 mètres, partant d'une zone de laminaires et descendant vers les 20 mètres de profondeur. Le bord du tombant est en sable, descendant en pente douce vers des profondeurs plus importantes.

La Basse de Becfer est une petite roche, dont l'intérêt en plongée est jugé limité.

Les Araignées désignent un site très étendu, caractérisé par une géographie et des couleurs très particulières. Il ne s'agit pas d'une roche unique et caractéristique, mais plutôt d'un ensemble de roches, de canyons et de langues de sable, offrant une beauté singulière.

Le Pont de Saint Hubert est un site de plongée sur les restes de la fabrication du nouveau pont, où l'on peut observer de nombreux débris, ainsi que des anguilles et des bars.

Des têtes de roches sur plateau offrent la possibilité de réaliser plusieurs plongées différentes. D'autres sont situées derrière le phare des Courtils ou à l'abri du courant dans la baie de Saint-Lunaire, enrichissant la diversité des explorations possibles. Certaines têtes de roches présentent des reliefs significatifs ou sont situées sur de grands plateaux avec d'importants éboulis sur leur partie nord. D'autres encore se trouvent dans des criques protégées, idéales pour des immersions calmes.

Le Cimetière Sous-Marin : Les Épaves de la Baie de Saint-Malo

La "promenade des épaves" de Saint-Malo est un voyage captivant à travers l'histoire maritime. La baie, marquée par sa longue histoire, est le repos éternel de plus de 350 navires, des corsaires aux bâtiments de la Seconde Guerre mondiale.

Au nord de la Roche de Bizeux, gisent les épaves de deux grandes frégates corsaires englouties. Le site sous-marin de La Natière, découvert récemment, fut fouillé pendant dix ans par des archéologues. La première épave, La Dauphine, était une grande frégate de 300 tonneaux. La seconde épave, L’Aimable Grenot, initialement armée pour la guerre de course, fut reconvertie au commerce. Elle se perdit le 7 mai 1749 alors qu’elle quittait Saint-Malo.

Plus au nord-ouest, repose Le Garibaldi, un bateau de type sloop, c’est-à-dire un bâtiment à un seul mât avec une seule voile à l’avant. Construit durant la seconde moitié du XIXe siècle à Murton en Angleterre, ce navire de 25 mètres de long était dédié au transport du charbon. L'épave du Garibaldi offre une visite de sa cargaison d'ardoises, rendant la plongée unique.

En poursuivant au nord-ouest, se trouve le M4600, un patrouilleur allemand de 32 mètres de long, coulé lors de la Seconde Guerre mondiale. Non loin de lui, gît par 30 mètres de profondeur Le Frémur, épave d’un sablier de 39 mètres de long. Le Frémur, d'une longueur de 40 mètres, a coulé en 1972 par mer forte après avoir embarqué trop d’eau.

Derrière l’île de Cézembre, à 20 mètres de fond, repose le Fetlar. Ce petit cargo à vapeur, construit à la fin du XIXe siècle à Glasgow, effectuait principalement du cabotage et des liaisons transmanches. L'épave complète est posée droite sur un fond de sable et de rocaille. Comme l’expliquent les plongeurs, la visite du Fetlar ne comporte pas de difficulté particulière. Ses cales peuvent être visitées, ainsi que sa machinerie, offrant une immersion complète dans ce vestige du passé.

D'autres épaves notables incluent :

  • Le Hinrich ou Heinrich Hey, un chalutier armé à vapeur d'une longueur de 55 mètres.
  • Le Walter Darre, également un chalutier armé à vapeur, mesurant 60 mètres de long.
  • Une épave de frégate météorologique, d'une longueur impressionnante de 92 mètres, identifiée comme étant LORAIN.
  • Le Chalutier, épave d’un chalutier ou caseyeur, situé au nord du fort de la Conchée. L’épave est très cassée et se trouve dans la zone des 30 mètres. La partie arrière est reconnaissable avec le safran encore en place et l’arbre d’hélice auquel il manque l’hélice. Un très gros treuil est posé sur cette partie de l’épave. La partie avant est très abimée, on pourra à peine reconnaître la proue. Le kiosque est presque complet et posé à une vingtaine de mètres du reste de l’épave, donc non visible de celle-ci. Pour rejoindre le kiosque depuis l’épave, il suffit de rejoindre le treuil puis de partir plein Ouest, il doit apparaître très rapidement. Autour de la partie principale de l’épave se trouvent de nombreux coffres métalliques à l’utilité non connue, peut-être des viviers.
  • Le M422 St Sulliac, une épave complètement détruite, dont de nombreux morceaux sont éparpillés dans le chenal.

La région abrite également plusieurs épaves de la Seconde Guerre Mondiale : un patrouilleur de 45 mètres de long, un chalutier de 45 mètres de long armé par les Allemands, et un cargo de 55 mètres de long, réquisitionné par les Allemands. Un patrouilleur allemand de 32 mètres de long, probablement le M4600 déjà mentionné, ajoute à la liste des sites historiques accessibles aux plongeurs.

Une barre rocheuse et une épave se situent au milieu d'une crique de rochers, où le rocher de la Hamone offre une diversité biologique typique de la zone, complétant l'exploration des vestiges maritimes.

La Biodiversité Marine de la Baie de Saint-Malo

Au-delà des structures et des épaves, les fonds marins de la baie de Saint-Malo sont un écrin de biodiversité. Les zones de roche et les tombants, comme celui partant d'une dizaine de mètres au mouillage jusqu'à 20 mètres de profondeur, sont très riches en vie sous-marine, abritant de nombreux homards et congres. Les têtes de roches offrent un refuge pour une multitude d'espèces, créant un relief et une richesse typiques de Saint-Malo.

Des rencontres avec la faune sont fréquentes et variées. Outre les homards et congres déjà mentionnés, on peut observer des syngnathes cachés dans les herbes, des gobies léopards, des crénilabres, des tacauds et des vieilles en abondance, particulièrement dans les zones servant de nurserie. Des coquilles Saint-Jacques et des petites crevettes dissimulées dans les anémones ajoutent à la beauté des paysages sous-marins. Dans les fonds sableux ou près des rochers, des seiches et des lieus peuvent être aperçus, tandis que les anguilles et les bars colonisent les débris et les structures artificielles comme ceux du Pont de Saint Hubert. Les plus gros éboulis sont des habitats privilégiés pour les bancs de jeunes tacauds, offrant un spectacle vibrant de vie.

La richesse de la faune est aussi visible dans des sites spécifiques comme la Basse Chrétienne, où des congres sont présents en très grande quantité, ou la Basse Poulverre avec ses nombreux homards, congres et bancs de lieus. Les plongeurs peuvent régulièrement observer ces espèces, qui témoignent de la bonne santé de l'écosystème marin local.

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