Après avoir parcouru le monde, l'exploration sous-marine s'ouvre à tous, y compris aux personnes en fauteuil roulant. Le saviez-vous ? Il est tout à fait possible de faire de la plongée sous-marine en fauteuil roulant. C’est l’artiste Susan Austin, en fauteuil roulant depuis 1996, qui a lancé ce mouvement novateur. Grâce à un fauteuil roulant autopropulsé et à une superbe queue de sirène, elle a démontré que les barrières de la surface n'existent pas sous l'eau. Halte aux idées reçues ! Les activités subaquatiques sont accessibles aux personnes handicapées et offrent de multiples bienfaits, bouleversant les perceptions traditionnelles du handicap et de l'accessibilité.
Le Handicap Soluble dans l'Eau : Une Réalité Transformative
L'affirmation "Le handicap est soluble dans l'eau" n'est pas qu'une simple métaphore. Elle est une vérité vécue par de nombreux adeptes de la plongée adaptée. Dominique Mignot, formateur et moniteur de plongée depuis plus de vingt ans, en est un fervent défenseur. Pour les curieux qui souhaitent se lancer dans une nouvelle aventure, la plongée offrirait de multiples bienfaits aux personnes handicapées. Contrairement aux idées reçues, les activités subaquatiques peuvent convenir à la plupart des handicaps : moteur, sensoriel, psychique, mental. Cette adaptabilité ouvre les portes d'un monde fascinant, souvent perçu comme inaccessible, à une vaste portion de la population. Environ 15 % de la population mondiale souffre d'une forme d'incapacité physique, qu'elle soit présente dès la naissance ou à la suite d'un accident ou d'une blessure, et pour beaucoup d'entre elles, la plongée HandiSub est une opportunité formidable pour gagner en liberté et en force.
Au club Handisub de Guingamp (Côtes-d'Armor), par exemple, dix moniteurs encadrent cinq personnes en situation de handicap aux attentes totalement différentes. Elles bénéficient du même matériel que les "valides", ce qui oblige les instructeurs à adapter la pratique pour garantir la sécurité et le plaisir de chacun. Lors de la première séance, les adhérents obtiennent leur baptême de plongée. Certains reviennent tous les mercredis pour améliorer leurs capacités et relever de nouveaux défis, illustrant l'engagement et la passion que cette activité peut susciter.
Les Merveilles Thérapeutiques de l'Immersion Sous-Marine
La plongée ne se limite pas à une simple activité de loisir ; elle est une véritable source de bien-être, tant sur le plan psychologique que physique. Tous les facteurs associés à cette pratique participent au bien-être du plongeur. La gestion du stress, le dépassement de soi, la création de lien social, le développement de l'estime personnelle et la découverte des fonds marins ne sont que quelques-uns des aspects qui contribuent à une amélioration significative de la qualité de vie.
Sur le plan physique, la poussée d'Archimède facilite les mouvements et permet aux personnes en situation de handicap moteur de retrouver un semblant de motricité, le temps d'une plongée. Elles n'ont aucune contrainte, vivent en 3D et sont portées par l'eau, expérimentant une liberté de mouvement souvent inédite sur terre. La pression hydrostatique, par ailleurs, joue un rôle bénéfique important. Elle peut aider à soulager la pression et l'œdème des muscles tout en augmentant l'amplitude des mouvements. L'eau étant beaucoup plus dense que l'air, le plongeur bénéficie d'une pression de guérison globale. Cette pression agit comme un bandage de compression pour tout le corps et aide à soulager les douleurs et les courbatures tout en stimulant l'exercice au niveau du cœur et des poumons. La combinaison d'une pression constante et d'une relaxation méthodique de la force respiratoire contribue également à cet apaisement général. Se déplacer et faire de l'exercice sous l'eau peut éliminer bon nombre des défis de l'exercice traditionnel. La plongée est un sport très complet et, en tant que tel, aide à contrôler le poids, offrant un moyen d'activité physique doux mais efficace.
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Sur le plan psychologique et social, les avantages sont tout aussi profonds. Pour les personnes avec un handicap psychique ou mental, la valorisation et la relation à l'autre sont essentielles. Une symbiose s'installe entre les moniteurs et les plongeurs, avec un courant très fort qui passe, sans vouloir faire de jeu de mots. Seule sous l'eau, la personne jouit d'une autonomie partielle mais fait également partie d'un groupe, donc elle se sent à la fois unique et entourée. Le premier bénéfice est certainement sociétal. Il parle du droit de faire la même chose que les autres, quelle que soit sa spécificité ou différence. En cela, participer à une activité telle que la plongée, c'est être avec les autres, comme les autres, favorisant un climat d'égalité et d'interconnexion entre les plongeurs. L'atout majeur de cette pratique reste de faire sortir les gens de chez eux, car à cause du handicap, certains s'isolent, déplore Dominique Mignot. La plongée favorise la rencontre ; rencontre avec ses pairs mais aussi avec le monde aquatique et soi-même et les capacités inexplorées de chacun.
Dominique Mignot partage un témoignage poignant : "J'accompagne une jeune femme schizophrène depuis près de trois ans. Ça n'a pas toujours été facile, il a fallu s'appréhender, se faire confiance mais nous sommes parvenus à trouver un équilibre. Récemment, j'ai rencontré sa psychiatre qui m'a dit : 'Ce n'est pas possible, ce n'est plus la même…' Ses progrès sont fulgurants, c'est formidable, j'ai réussi !" Cet exemple concret illustre le pouvoir transformateur de la plongée adaptée, démontrant qu'elle peut réellement changer des vies.
Des Adaptations Spécifiques pour des Expériences Uniques
Chaque plongeur est unique, et la plongée adaptée prend en compte cette diversité pour offrir une expérience personnalisée et enrichissante. La plongée Handisub est limitée à quarante mètres, contre soixante mètres pour les "valides". Cependant, certains, comme les personnes avec un handicap psychique, cognitif ou mental, ne peuvent descendre en-dessous de six mètres. Ces paliers sont fixés par les médecins du réseau, qui, selon Dominique Mignot, "manquent parfois de recul". Quoi qu'il en soit, l'objectif n'est pas de plonger le plus profond possible mais de prendre du plaisir en fonction des capacités de chacun, poursuit-il. Certains, lourdement handicapés, ne feront peut-être jamais de virée en mer mais qu'importe, du moment qu'ils se sentent bien dans l'eau. Il revient à chacun de trouver un intérêt qui lui est propre.
Pour les personnes atteintes de différents types de handicaps, les adaptations sont multiples et pensées avec soin. Nous sommes tout à fait en droit de nous demander pourquoi une personne aveugle voudrait plonger ? En réalité, elle découvre la vie sous-marine sous un angle différent, touche, lorsque c'est autorisé, les différentes espèces, fait travailler sa mémoire et profite du calme absolu. Avec les personnes déficientes visuelles, les moniteurs mettent en place un code tactile et leur décrivent tout ce qu'ils voient, transformant l'expérience visuelle en une immersion multisensorielle. Les personnes sourdes, quant à elles, sont particulièrement à l'aise. Dans l'eau, on ne communique que par signes, donc impossible de savoir qui du moniteur ou du plongeur est plus handicapé que l'autre, sourit Dominique. Chez les personnes avec un handicap sensoriel, la sensation d'apaisement est décuplée ; ils ressentent tout de manière deux fois plus intense, grâce à l'environnement apaisant et la communication non verbale.
Les structures d'accueil jouent un rôle crucial dans cette accessibilité. La personne à besoins spécifiques doit pouvoir être accueillie partout. Les structures ont le devoir de mettre en place les moyens nécessaires pour pouvoir accueillir tout le monde. Bien entendu, si une surdité ou un handicap mental léger ne demanderont pas d’aménagements trop complexes, il en va autrement pour une personne présentant un handicap moteur et la possibilité de pouvoir lui permettre de se mettre à l’eau. Ou d’un handicap mental lourd demandant un encadrement humain conséquent. En ce qui concerne les personnes à mobilité réduite (parfois nommées PMR), il est nécessaire pour elles d’avoir des rampes d’accès et/ou un fauteuil permettant la mise à l’eau. À la gravière du Fort, des rampes ont été conçues permettant ce type d’accès. Heureusement, de nombreuses structures se sont adaptées pour permettre de rendre la plongée plus inclusive. C’est le cas notamment de ce club en Martinique où l’accueil de la personne à besoins spécifiques est une évidence depuis de très nombreuses années. Ou de nombreux centres de plongée à l’étranger équipés pour l’accueil des plongeurs et plongeuses à mobilité réduite.
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L'Encadrement : Pilier de la Plongée Inclusive
L’encadrement est certainement l’obstacle le plus important à la pratique de la plongée pour une personne à besoins spécifiques. Les moniteurs doivent être formés aux particularités que demande la conciliation de la plongée et du handicap. Ils doivent connaître les bonnes pratiques et les bons gestes à avoir. En effet, il est indispensable que les encadrants qui emmènent les personnes à besoins spécifiques soient non seulement formés aux particularités des différents handicaps, mais également aux solutions et aides à mettre en place. Cela demande du travail en terme de formation et de l’investissement en temps, mais cet investissement est récompensé par la joie et les progrès des plongeurs.
Claudine, une internaute engagée, explique que le projet du club associatif "Bulles Rebelles", situé dans l’Essonne en Île-de-France, consiste à faire découvrir la plongée à des enfants et des adultes en situation de handicap dans des établissements ou structures accueillant ces personnes et ayant des bassins ou piscines de rééducation. Pour cela, les bénévoles cherchent à acquérir un camion équipé avec tout le matériel de plongée (compresseur, blocs, stabs, combinaisons, moyens de secours, matériels de désinfection…). Ceci, afin de pouvoir se déplacer directement dans des structures et d’éviter le déplacement des personnes et de leurs encadrants. Le groupe est composé d’encadrants et de moniteurs bénévoles formés à l’encadrement et à la formation de ces plongeurs aux besoins spécifiques. L’objectif est de donner envie à ces personnes porteuses d’un handicap de pratiquer de façon régulière une activité dont les nombreux bienfaits sont prouvés. Mais également de pouvoir proposer en fin de formation une sortie en mer chaude. Rien que ça ! Il est reconnu que la plongée apporte beaucoup tant au niveau physique que moral. Les bénévoles de Bulles Rebelles ont un grand rêve : avoir un véhicule autonome avec tout le matériel de plongée et de désinfection à bord.
Plongée Adaptée vs. Plongée "Handi" : Un Débat sur l'Inclusion
La sémantique des termes utilisés pour désigner les personnes en situation de handicap et les activités qui leur sont destinées est d'une importance capitale. Ayant travaillé de nombreuses années dans ce secteur, ce sujet tient tout particulièrement à cœur à certains experts. Très clairement, définir une personne uniquement par une difficulté ou différence dont elle est porteuse ne paraît pas relever d’une démarche inclusive. C’est la réduire uniquement à une caractéristique, alors qu’elle est avant tout une personne avec ses forces et faiblesses. D’ailleurs, le terme "handicapé" est largement connoté négativement et devient parfois une insulte "handicapé !".
Aussi, même si ce n’est pas non plus parfait, pour concilier plongée et handicap, certains préfèrent la plongée "adaptée" à la plongée "handi". Cela, car la plongée peut être adaptée à de très nombreuses situations (enfants, seniors, personnes porteuses d’un handicap, diabétiques…). C’est donc une démarche plus inclusive. Ce regard critique n'enlève en rien le mérite de l’action positive des nombreux bénévoles, ces hommes et ces femmes qui œuvrent pour permettre l’accès à la plongée pour toutes et tous, quelle que soit la difficulté rencontrée.
La première prise de conscience de la plongée adaptée peut survenir de manière inattendue. Une experte raconte sa rencontre avec Benni, un jeune homme qu'elle avait côtoyé dans le cadre d'un projet autour du handicap mental dans l’institution spécialisée où il résidait. Le vendredi suivant, alors qu'elle s’apprête à se mettre à l’eau à la carrière de Floreffe, une voix l’appelle : “Hélène”. Elle se retourne et voit Benni prêt à s’immerger lui aussi. En s’approchant, elle lui demande : “tu vas plonger ???” (comme s’il était là tout équipé pour regarder). Avec son grand sourire, il lui dit que oui. Qu’il plonge depuis plusieurs années dans ce club et qu’il vient tous les 15 jours plonger là en été. Ainsi donc, les personnes à besoins spécifiques porteuses d’un handicap mental pouvaient elles aussi plonger. Plongée et handicap mental n’était donc pas incompatible. Si elle savait que les personnes à mobilité réduite avaient accès à l’activité, elle ignorait que c’était aussi le cas pour ceux ayant un handicap mental. En réalité, il y a peu de handicaps qui résistent à la possibilité de découvrir l’univers sous-marin. De nombreuses différences permettent malgré tout de découvrir les merveilles du monde sous-marin et de concilier plongée et handicap.
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Sécurité et Exigences pour une Pratique Harmonieuse
Malgré tous ses avantages, la plongée peut être contre-indiquée dans certains cas, et la sécurité reste primordiale. Par conséquent, la Fédération Française d’Études et de Sports Sous-Marins (FFESSM) et la Fédération Française Handisport mettent l'accent, parmi les exigences générales pour pratiquer la plongée HandiSub, sur la connaissance et la capacité de nager une distance minimale de 100 mètres (dans n'importe quel style et temps) et l'absence de contre-indication médicale générale, en plus de suivre la formation correspondante et de passer un examen médical spécifique. Le but de cet examen médical est de découvrir les capacités des plongeurs afin de déterminer le type d'adaptation dont ils ont besoin. Chaque PESH (Personne en Situation de Handicap) peut ainsi utiliser son potentiel physique différemment et afficher une motivation différente. Ainsi, les aptitudes en plongée peuvent être fort variables d’un plongeur à l’autre, malgré l’équivalence des troubles fonctionnels. Bien que cela puisse sembler effrayant ou risqué, la plongée sous-marine avec un handicap peut être sécuritaire avec la formation et l'équipement appropriés. La plongée est une activité qui doit toujours se faire en groupe et jamais individuellement. Au minimum, vous devez toujours être accompagné d'une personne afin que si l'un des deux plongeurs a un problème, l'autre puisse l'aider.