Barland: L'Odyssée Pionnière du Surf Français, Entre Innovation et Héritage Océanique

L'histoire du surf en France est intimement liée à celle de la marque Barland, dont les racines plongent dans l'effervescence des premières vagues surfées sur la côte basque. Bien avant que le surf ne devienne un phénomène mondial, des figures audacieuses ont œuvré à poser les fondations de cette culture en France, et parmi elles, Michel Barland se distingue comme un véritable pionnier, dont l'ingéniosité et la passion ont façonné un héritage qui perdure encore aujourd'hui. L'émergence des planches de surf en mousse polyuréthane aux États-Unis dans les années 50 marqua un tournant décisif. La plupart des planches mesuraient alors plus de 10 pieds, mais cette nouvelle fabrication leur conférait une légèreté sans précédent. Cette caractéristique aida à élargir considérablement le public, qui pouvait désormais plus facilement porter ces nouvelles planches, contrairement aux anciens troncs de 70 kilos, participant grandement au boom du surf de l'époque en Californie. C'est dans ce contexte d'innovation outre-Atlantique que l'aventure française allait débuter, portée par la curiosité et la détermination de quelques visionnaires.

Les Premiers Coups de Rabot: La Naissance d'une Légende Basque

L'hiver 1957-1958 fut une période charnière sur la côte basque. Michel Barland, ingénieur et homme débrouillard, s'est lancé avec ses amis, Jacky Rott et Henri Hennebutte, dans un projet original : fabriquer les meilleures planches de surf possibles. Fasciné par les premières images de cette pratique exotique, il chercha à s'inspirer et à innover. Sa quête des matériaux idéaux le mena à la recherche du bois le plus léger, et il se tourna alors vers le balsa, une ressource presque introuvable en France à l'époque. C'est à partir d'une simple photo de planche de surf aperçue dans un magazine de National Geographic datant de 1935 qu'ils confectionnèrent leur premier modèle. Ce fut un acte de pure ingéniosité et de persévérance, transformant une image statique en un objet fonctionnel destiné à glisser sur les vagues.

En janvier 1958, le précieux balsa arriva enfin à l'atelier de Barland, marquant le véritable début du travail. Ce labeur acharné aboutit rapidement à un premier succès tangible : la fabrication de deux planches, l'une arborant une couleur aluminium et l'autre un gris pâle. À cette époque, les rails de ces premières créations étaient droits et non arrondis, reflétant les techniques et les connaissances encore naissantes en matière de shape. Un événement majeur vint confirmer l'orientation du jeune mouvement surf en France : en juillet 1958, Peter Viertel fit son retour à Biarritz, apportant avec lui trois planches en balsa directement venues d'Amérique. Son aisance sur l'eau, démontrant les capacités supérieures de ces planches importées, fut une révélation. Il prêta l'une de ses planches à Barland qui, à son tour, surfa bien mieux qu'avec sa première réalisation, confirmant l'importance des matériaux et des techniques de fabrication avancées. Fort de ces expériences et de son apprentissage rapide, Michel Barland réussit à vendre sa troisième création en contreplaqué à la fin de l'été, une preuve précoce de la demande pour ces nouveaux engins de glisse.

Jusqu'en 1958, ces boards étaient uniquement réalisées en bois, mais l'arrivée du plastique allait changer radicalement les choses, ouvrant de nouvelles perspectives en termes de légèreté et de durabilité. Faisant face aux mêmes problèmes et questionnements techniques et commerciaux, les deux hommes, Michel Barland et Jacky Rott, prirent la décision d'unir leurs forces, donnant ainsi naissance à la marque Barland-Rott. Cette association marque la création de la première entreprise de fabrication de planches de surf en France. La qualité intrinsèque de leurs produits, combinée à leur position de quasi-monopole sur un marché naissant, les conduisit rapidement au succès, établissant les fondations d'une entreprise qui allait devenir emblématique du surf français.

Michel Barland: L'Ingénieur Visionnaire et Précurseur du Shape Moderne

Michel Barland n'était pas seulement un des premiers à fabriquer des planches en France ; il est aujourd'hui considéré comme l'un des premiers shapers du pays, et surtout, le premier en termes de professionnalisme. À une époque où de nombreux passionnés fabriquaient leurs propres planches de manière artisanale, Michel Barland se distinguait par son approche méthodique et sa vision entrepreneuriale. Il avait un petit atelier et vendait ses surfs, faisant de cette passion une activité structurée. Tandis qu'à l'époque, tout le monde faisait des planches, il est le seul à avoir continué après l'arrivée des planches américaines sur le marché, notamment parce qu'il avait la place et la capacité financière de s'adapter et d'innover.

Lire aussi: Planches de surf en plastique : pour qui ?

L'ingénieur bayonnais est sans conteste considéré comme un pionnier majeur dans le monde du surf. Son esprit inventif ne se limita pas à la simple fabrication de planches. Il lui a fallu deux ans pour mettre au point la première machine à shaper au monde, un accomplissement monumental qui allait révolutionner le processus de fabrication. Cette avancée technique fut incarnée par sa machine à pré-shape, inventée à la fin des années 70. Assistée d'un ordinateur, elle permettait d'automatiser une partie significative du processus de fabrication des planches de surf, représentant une véritable révolution. "C'était une machine incroyable," s'émerveille Alain Gardinier, auteur et journaliste spécialiste du surf, soulignant que "il a été précurseur dans beaucoup de domaines." Cette machine de pré-shape, visible encore aujourd'hui dans l'atelier, fut la première jamais conçue, témoignant de l'esprit d'innovation qui a toujours animé la famille.

L'innovation est d'ailleurs le fer de lance de la famille Barland depuis toujours. Le grand-père de Michel avait déjà développé les premières machines à coudre les espadrilles, preuve d'un héritage d'ingéniosité. Son père, véritable génie de la mécanique, a fait prendre un vrai tournant à l'entreprise, en insufflant cette culture de l'invention et de la perfection technique. Il fut l'un des "tontons surfeurs," parmi les premiers à découvrir le surf en France. La discipline devint une telle passion pour lui qu'il décida de fabriquer ses propres planches de surf. Cette dualité entre la passion pour la glisse et l'excellence mécanique a fait que depuis, deux mondes différents cohabitent harmonieusement au sein de l'entreprise Barland, unissant l'art du shape à la précision de l'ingénierie.

L'Héritage Durable: Barland Aujourd'hui, Entre Tradition et Innovation

Aujourd'hui encore, la marque Barland continue de produire des planches de surf, et notamment "les meilleurs longboards français" pour de nombreux amateurs. L'entreprise a su évoluer tout en conservant son savoir-faire artisanal et son engagement envers la qualité. Barland propose des modèles étudiés et adaptés à toutes les pratiques, du gun au thruster, du longboard au single, twin, quad, et même aux planches de Stand Up Paddle (SUP). Toutes sont assurées d'un glaçage et d'un savoir-faire de qualité, fièrement réalisés dans la région de Bayonne. La présence d'un ambassadeur tel que P. Lizarazu démontre que la marque sait de quoi elle parle lorsqu'elle propose une planche adaptée à la pratique du stand-up paddle, attestant de son expertise et de sa reconnaissance dans le milieu.

Le catalogue de Barland offre une diversité de planches, chacune conçue avec des caractéristiques spécifiques pour optimiser l'expérience de glisse. Par exemple, une des planches pour le stand-up paddle se distingue par un très bon confort et une stabilité maximale, en faisant la plus grande planche de la gamme, idéale pour la découverte et la promenade. Grâce à son rocker, elle reste très maniable dans toutes les conditions, offrant une polyvalence appréciable. Une autre planche, moins encombrante que la précédente, s'adaptera davantage à une pratique du surf version longboard, parfaite pour les figures comme le nose-riding et les pas croisés. Une troisième option pour le stand-up paddle propose de très bons appuis et une bonne relance de conduite, autant en surf que lors de la rame. Ces descriptions détaillées illustrent la précision et l'adaptation des designs Barland aux besoins variés des surfeurs.

L'entreprise familiale Barland ne se limite pas à la fabrication de planches de surf. En plein centre de Bayonne, cette entreprise résiste au temps grâce à une autre activité historique. Les Barland comptent aussi parmi leurs clients historiques le petit train de la Rhune. Ils s'occupent de l'entretien des motrices et sont les seuls à en posséder les plans originaux, ce qui témoigne de leur expertise mécanique et de la confiance placée en leur savoir-faire depuis des décennies. Cette dualité entre la passion pour la glisse et l'excellence en mécanique industrielle est une caractéristique unique de la maison Barland, un trait qui s'inscrit dans l'innovation transmise de génération en génération.

Lire aussi: Tout savoir sur le planning en planche à voile technique

Au Cœur de la Création: Une Visite Révélatrice des Ateliers Barland

Pénétrer dans les ateliers Barland, c'est remonter le temps tout en découvrant une modernité discrète au service de la tradition artisanale. Une visite commence souvent par le "shop proprement dit" avec ses racks où s'alignent par ordre de grandeur une multitude de planches. De l'autre côté, l'atelier mécanique, "l'autre activité de l'entreprise familiale," rappelle la diversité des compétences de la famille. Puis, plus en recul, un large chemin débouche sur un immense atelier, le cœur battant de la fabrication des planches.

Dès que les portes sont franchies, la première chose qui frappe est le "nombre impressionnant de pains de mousse." Parfaitement rangés de façon verticale et horizontale, ils sont omniprésents, prêts à être transformés. L'ambiance est calme, et seules quelques silhouettes entrent parfois dans le champ de vision, signe d'une concentration intense. Un "bruit de scierie" attire l'attention, menant à la découverte d'une "sorte de gros wagon vert." À l'intérieur, visible par une fenêtre, un pain de mousse se fait dégrossir par une "fraise automatisée." C'est là que l'on comprend être devant "la première machine de pré-shape jamais conçue," un héritage direct de l'ingéniosité de Michel Barland. La personne présente confirme : "c'est bien elle," validant l'importance historique de cet outil de production.

Timidement, l'exploration se poursuit dans cet immense atelier. Aux "stands de shape alignés" et aux "outils disposés à proximité," il est clair que l'on se trouve dans la salle de ponçage. L'espace est ouvert et le système de fixation des planches sur les stands ne manque pas d'étonner : il s'agit de "ventouses branchées sur un système d'aspiration." Malgré une expérience limitée dans le domaine, le confort de ce type d'installation est évident. À l'un des stands, la pose d'un boîtier s'effectue. Là aussi, le système de dépression est choisi pour la mise d'un gabarit où viendra se caler la défonceuse. Les gestes sont sûrs et rapides, témoins d'un savoir-faire précis et maîtrisé.

C'est dans ce cadre que l'on rencontre Philippe Barland, le successeur de Michel, décrit comme un homme à la "stature droite" et au "regard pénétrant," dont la voix est "forte, posée et empreinte d'un fort accent régional." Il guide la visite en présentant ses dernières créations. La salle de glass, par exemple, est particulièrement impressionnante. Très haute de plafond, elle dégage un "sentiment de clarté immense." L'odeur de la résine est présente mais n'est pas entêtante, grâce à un "léger courant d'air artificiel" qui traverse la pièce et chasse cette odeur si particulière. L'absence de tente ou de four à ultraviolets indique que la résine U.V n'est pas employée ici, préférant une approche plus traditionnelle et maîtrisée.

Philippe Barland dévoile alors son "dernier gun !" : une planche effilée, offrant un "rocker important mais progressif sur une très longue partie," trônant au milieu de la pièce. Son concepteur explique son utilisation future en se concentrant uniquement sur des "éléments de glisse pure," comme si le shape lui-même était secondaire et que l'on revenait à l'essence même du surf. Cette idée peut paraître paradoxale dans un atelier de fabrication, mais elle souligne la philosophie de Barland, axée sur les sensations. Un autre prototype est présenté, au shape généreux et "tout dédié à la glisse facile." Loin des standards effilés et pointus de la région, cette planche est ronde sans être un egg, approche une longueur de mini-malibu, et est équipée de "cinq inserts de dérives rendant possible tous les montages actuels." Philippe explique qu'il ne se cantonne pas à des modèles ayant fait leurs preuves, mais qu'il est "dans une recherche constante," cherchant "de nouvelles idées, de nouvelles formes," s'appuyant sur son expérience sans hésiter à se lancer dans de nouvelles aventures, comme en témoignent les fameux modèles "memory forms."

Lire aussi: Prix des planches de surf custom : l'analyse détaillée

Lors d'une discussion sur un projet de Stand Up Paddle adapté à la fois au lac Léman et à la houle Landaise, Philippe Barland écoute silencieux, réfléchissant. Il résume ensuite en mots simples le principe de la planche, en insistant sur la "glisse et ses sensations," ne parlant de longueur, largeur et épaisseur qu'en fin de conversation. La visite se termine par la présentation de l'Egg Fish, une planche intriguante avec les courbes classiques d'un egg mais un "tail de fish miniature" (un swallow découpé dans un round tail). Philippe en explique l'avantage : "Ben la glisse bien sûr !" C'est "un très bon compromis pour les surfers n'ayant plus la forme de jeunes de vingt ans et cherchant avant tout à prendre des vagues sans forcément enchaîner figures sur figures." Le shaper, fidèle à sa réputation, exprime également son opinion, sans pitié, sur "certaines productions asiatiques," avec un langage fleuri mais un ton toujours posé. Cet atelier est un lieu chargé d'histoire, où l'innovation se mêle à une passion inaltérable pour la glisse.

Un Témoin de l'Histoire: La Planche Barland Historique Retrouvée

Les archives du surf regorgent d'histoires fascinantes, et l'une d'entre elles a récemment refait surface, mettant en lumière une pièce unique de l'héritage Barland. "DANS LES ARCHIVES - Un Biarrot remet la main sur l’une de ses premières planches." Cette planche, commandée au shaper Michel Barland en 1964, a refait surface lors d’une vente aux enchères à Saint-Jean-de-Luz, le vendredi 7 juillet 2023. Son premier propriétaire, qui l’avait perdu de vue depuis des décennies, a eu une "belle surprise" en la voyant ressurgir. Lorsqu'il l'a fait fabriquer, ce surfeur n’imaginait certainement pas qu’elle se retrouverait un jour en tête d’affiche de la première vente aux enchères consacrée uniquement à la glisse en Europe.

Cette "planche unique" vintage sortait véritablement du lot. Un détail en particulier la rend unique : "sa dérive en forme de tunnel." Cette caractéristique a provoqué l'émerveillement des experts. "Normalement 99 % des planches ont le même type de dérives. Celle-ci est totalement incroyable. On n’avait jamais vu ça. C’est une pièce exceptionnelle," s'exclame Alain Gardinier, auteur et journaliste spécialiste du surf. Fascinés par le modèle, les experts de la maison de vente à l'origine de l'événement ont cherché des éléments d'explications à cette fantaisie de design. Ils ont ainsi retrouvé la trace du premier propriétaire. "Ce n’a pas été très compliqué. Son nom et son adresse sont encore inscrits sur un patch en résine," explique Alain Gardinier. Contacté par la maison de vente, le propriétaire originel, alors âgé de 77 ans, "n’en revenait pas." Le passionné a expliqué que la forme de tunnel devait permettre "un meilleur écoulement de l’eau," une innovation audacieuse pour l'époque.

La planche est d'un grand intérêt historique. Signée Barland-Rott, elle fait partie des premières générations de planches conçues sur la Côte basque, juste après l'arrivée du surf en 1957. Son fabricant, Michel Barland, est sans ambiguïté considéré comme l'un des premiers shapers de France. Alain Gardinier précise : "C’était le premier en termes de professionnalisme. Il avait un petit atelier et vendait ses surfs. À l’époque, tout le monde faisait des planches. Mais c’est le seul à avoir continué après l’arrivée des planches américaine sur le marché, car il avait la place et la capacité financière." L'ingénieur bayonnais est donc non seulement un pionnier, mais aussi un innovateur constant, comme le prouve sa machine à pré-shape, inventée à la fin des années 70, qui fut une révolution.

La "résurgence de ce souvenir n’a pas laissé indifférent le septuagénaire." Arnaud Lelièvre, commissaire-priseur chez Côte basque enchères et en charge de l'opération, témoigne : "Cette planche lui permettait de retrouver une part de sa passion de jeunesse. Il s’est montré extrêmement enthousiaste et a tout fait pour la racheter." Le Biarrot avait fait fabriquer cette planche en 1964, alors qu'il était étudiant. L'achat représentait alors un investissement conséquent, "l’équivalent d’un mois de salaire de travail estival." Il avait dû "réfléchir à ce qu’il voulait pour choisir un aileron comme ça." Bien que la planche n'ait pas encore révélé tous ses secrets et que "nous n’avons pas de certitudes sur sa trajectoire" après tant de décennies, c'est aussi "ça qui fait tout son charme," commente Arnaud Lelièvre. Pour ramener la planche à la maison, le premier propriétaire a dû faire face à quatre autres acheteurs lors de la vente aux enchères, une bataille qu'il a finalement remportée. Estimé initialement à 600 euros, "l’objet chargé de nostalgie a été adjugé à 2 000 euros." "C’est un résultat très bon qui nous a un peu surpris, car la planche n’était pas en parfait état," explique Arnaud Lelièvre, y voyant le reflet de "l’intérêt actuel pour les shapeurs locaux." Cette première vente publique mettant la glisse à l'honneur a été un succès, avec de nombreuses belles planches des années 60 à 80 qui ont créé la surprise, et une nouvelle vente sur le thème de la glisse devrait être organisée l'année prochaine par Côte basque enchères.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *