La Piscine de Bethesda : Histoire, Archéologie et Signification Profonde d’un Miracle Biblique

Le chapitre 5 de l’Évangile selon Jean nous raconte un miracle de Jésus qui a lieu dans des circonstances particulièrement étranges. Ce récit extraordinaire, ou bizarre, semble sortir tout droit du monde de la magie, mais il est ancré dans une réalité historique et archéologique confirmée. Il y est fait une guérison remarquable, mais comme elle est publique, elle déclenche une polémique orchestrée par les teignes religieuses qui utilisent les interdits du sabbat rajoutés à la loi de Moïse pour chercher des poux au Seigneur.

Le texte évoque une "fête juive" durant laquelle Jésus monta à Jérusalem. À priori, il s’agit de la Pâque, cependant, traditionnellement elle est appelée la fête ; or ici, il est seulement question d’une fête juive. Il y en avait trois qu’on célébrait tous les ans et qui, selon la Loi, étaient obligatoires pour tous les hommes. Dans le deuxième chapitre de cet évangile, il a déjà été question d’une Pâque. Or, comme Jean mentionne une autre Pâque dans le chapitre suivant, qui se fête en Avril, c’est qu’ici, il s’agit de la fête du Pourim qui se célèbre en Mars en souvenir de la délivrance du peuple juif par le moyen de la reine Esther (Esther 9:18 etc). C’est dans ce contexte festif que se déroule l’un des miracles les plus emblématiques du Christ, à la piscine de Bethesda, un lieu dont la découverte et l'étude ont profondément renforcé la crédibilité historique des Écritures.

Un Site Archéologique de Portée Historique

À Jérusalem, près de l’actuelle porte Saint-Étienne, se trouvait une piscine, en fait deux anciens bassins de retenue des eaux. Cette porte est au nord-est de Jérusalem; c’est par là qu’entrait le petit bétail. Elle s’appelle aujourd’hui « Saint Étienne ». L’emplacement de la piscine nous est connu avec certitude. Des travaux archéologiques l’ont localisée dans la partie nord-est de la vieille ville de Jérusalem, qui au 1er siècle de notre ère s’appelait Bezetha, ce qui veut dire « la ville neuve ».

Les découvertes effectuées à partir de 1871 près de la basilique française Sainte-Anne de Jérusalem changèrent radicalement la donne quant à l'existence de cette piscine. C’est là qu’à la suite de restaurations entreprises sur l’église Sainte-Anne à Jérusalem dès 1888, deux grandes piscines avec cinq portiques et de nombreux fragments de l’époque romaine ont été exhumés (Jean 5,2). Ces fouilles entreprises près de l’église Sainte-Anne ont mis à jour les restes d’une ancienne église sous laquelle se trouve une crypte dont le mur est divisé en 5 parties imitant des arches. Sur le mur, on peut encore distinguer les restes d’une vieille fresque représentant un ange en train d’agiter l’eau. Donc dans un premier temps, on a un vieux mur avec les restes d’une peinture. Des fouilles ultérieures en dessous de la crypte, sous le mur avec la fresque, révélèrent une série de marches conduisant à une piscine qui en réalité était deux piscines côte à côte, avec 5 portiques creux sur le côté nord, exactement à l’aplomb des imitations d’arches du mur nord de la crypte. Bref, le site de la piscine de Béthesda a été identifié avec certitude.

Tout cela est essentiel pour illustrer la véracité des détails que nous donne l’Évangile selon Jean, ou tout au moins du cadre dans lequel le récit a lieu. On ne peut évidemment pas tout prouver, mais comme cette piscine existait vraiment, on peut en déduire que l’histoire que Jean raconte est vraie. Et par extension, on peut aussi accepter que le récit que nous fait l’apôtre Jean de la vie du Christ est exact dans ses moindres détails.

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L'Évolution Architecturale du Site

L'histoire de la piscine de Bethesda remonte bien avant l'époque de Jésus. Les fouilles menées en profondeur ont permis de découvrir que le premier ensemble, comportant deux grands bassins, remonterait au roi Ézéchias (VIIe siècle avant Jésus-Christ, époque du prophète Isaïe). Au VIIIe-VIIe siècle avant Jésus-Christ, face aux menaces de siège que faisait planer alors le puissant empire assyrien, Ézéchias, roi de Juda, décida d’assurer l’approvisionnement de la ville en eau. Celle-ci, puisée à la source du Gihon, est acheminée à l’intérieur des murs de la ville à travers une galerie souterraine - le fameux « tunnel d’Ézéchias » - pour être ensuite conservée dans un réservoir spécialement creusé pour la circonstance (2 Rois 20, 20).

Le grand-prêtre Simon fils d’Onias (220-195 environ sous la domination séleucide) augmenta ce réservoir d’un second bassin au sud de la même digue, mais plus vaste : 60 m sur 50 m, de la même profondeur de 13 m : « De son temps fut creusé le réservoir des eaux, un bassin grand comme la mer. » (Si 50,3). Le canal du premier bassin devint souterrain. L’évangéliste Jean mentionne cinq portiques ; ceux-ci devaient surmonter le rectangle du périmètre et la digue centrale. Sur la digue précisément et en s’appuyant sur les bassins au prix de huit arches gigantesques montant du fond du bassin sud, une arche est encore entière et les départs des sept autres sont visibles.

La piscine probatique, ou Bethesda, a connu plusieurs transformations au fil des siècles. La vocation thérapeutique du site affirmée par saint Jean est confirmée de manière éclatante par l’archéologie. Après la rénovation de la ville voulue par l’empereur Hadrien en 135, l’occupant romain édifia au IIe siècle un sanctuaire à Sérapis-Esculape, ces petits bains étant toujours considérés comme merveilleux ; il en reste des ex-voto en latin. On aurait même retrouvé sur un mur une fresque représentant un ange venant agiter l’eau du bassin. Ces éléments suggèrent fortement que la piscine de Bethesda faisait partie d’un Asclépiion, c’est-à-dire un centre de guérison dédié au dieu gréco-romain du bien-être et de la santé. La dévotion d’Asclépios était renommée dans toutes les régions dominées par l’Empire romain. La piscine de Bethesda faisait probablement partie de l’hellénisation de Jérusalem, avec plusieurs autres projets importants qui comprenaient un théâtre et un bain romains. C’est probablement en référence à une telle hellénisation de Jérusalem que les dévots juifs qumrâniens (les esséniens de Qumrân, principaux adversaires des pharisiens), dans leur commentaire sur le prophète Nahum, ont écrit : « Jérusalem… était devenu une demeure pour les méchants des païens… » (4QpNah).

Le Patriarche de Jérusalem Juvénal (422-458) fit construire, à la demande de l’impératrice Eudoxie, une grande église orientée, 18 m de large sur 45 m de long, Sainte-Marie de la Probatique. Il se trouve que le chœur est précisément au-dessus d’une partie des « grottes miraculeuses, là où Jésus a rencontré et relevé le paralytique. Les Perses ravagèrent le lieu en 614 et, après leur passage, le patriarche Modeste (630-634) restaura le temple de la Très Sainte Mère de Dieu. Les Croisés, arrivés en 1099, trouvèrent des ruines et édifièrent vers 1130 la grande église romane dédiée à la vénérable sainte Anne et un monastère de bénédictines sur son flanc sud. Saladin transforma en 1192 ce superbe bâtiment en école coranique, sans le détruire.

La Légende de l'Eau Agitée et son Origine

C’est dans ces galeries entourant la piscine que se trouvait un grand nombre de malades : des aveugles, des paralysés, des impotents. Ces galeries étaient remplies d'hommes et de femmes attendant un mouvement particulier de l'eau. Le passage, tel que rapporté dans certains manuscrits, indique : « Car un ange descendait de temps en temps dans la piscine, et agitait l’eau; et celui qui y descendait le premier après que l’eau avait été agitée était guéri, quelle que fût sa maladie. » Ce récit de l'ange a longtemps intrigué.

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Il est très important de noter que dans la guérison rapportée au chapitre cinq de l’Évangile de Jean, Jésus ne commande pas à celui qu’il a guéri de se laver dans la piscine (de Bethesda), tandis que dans l’histoire de la guérison de l’aveugle au chapitre neuf, il a donné un ordre direct d’aller se laver à la piscine de Siloé. Tous les premiers anciens manuscrits omettent le verset 4 qui parle de l'ange. D’après les spécialistes qui étudient ce genre de chose, ce passage aurait été rajouté par un scribe pour expliquer la tradition locale. Les copistes se permettaient quelques fois des fantaisies et ce passage en est peut-être bien une. Jamais au grand jamais, ils n’auraient osé ôter quoi que ce soit du texte, par contre y ajouter par voie d’explication était une pratique rare mais possible. Tout en essayant d’aider ses lecteurs, le scribe a envoyé toutes les générations suivantes de lecteurs dans la mauvaise direction interprétative, manquant ainsi le but de l’histoire.

L’agitation de l’eau faisait partie d’une cérémonie lorsque les prêtres du temple d’Asclépios ouvraient les tuyaux de liaison entre les parties supérieure et inférieure de la piscine. Parce qu’un ensemble de tuyaux était plus haut que l’autre, cela provoquait une « agitation » de l’eau dans la piscine. Le mot « bouillonner », que le malade utilise dans sa réponse à Jésus, a pu donner naissance à l’histoire de l’ange.

Ces malades se trouvent là parce qu’ils croient vraiment que la possibilité de guérir de cette façon est possible. Aujourd’hui encore, bien des malades courent ici ou là dans l’espoir de trouver un remède à leur mal. Beaucoup ont une véritable affliction physique tandis que d’autres souffrent plutôt d’une maladie qu’on qualifie de mentale, par manque d’un meilleur mot. Au milieu de tout ça apparaît Jésus.

La Rencontre du Christ avec le Paralytique

C’est ici que Jésus fait allusion à la raison de l’infirmité de cet homme. Apparemment, il s’est rendu coupable vis-à-vis de Dieu d’une certaine manière; sa maladie est la conséquence d’une faute particulière. Il y avait là un homme malade depuis trente-huit ans (Jean 5.5). L’attention de Jésus se porte sur un malade, un jour de sabbat et pendant une fête. Voilà 38 ans que ce paralysé est en souffrance. Après toutes ces années, on peut dire que sa situation est désespérée; peut-être même que son cas est le pire de tous. La suite du texte semble dire que son état est le résultat du péché sans aucune autre précision.

Jésus le vit couché ; quand il sut qu’il était là depuis si longtemps, il lui demanda : « Veux-tu être guéri ? » Le vocabulaire employé indique que Jésus sait de quel mal cet homme souffre, soit à cause de sa connaissance surnaturelle, soit parce qu’il s’est renseigné. C'est une question bien étrange. Bien sûr qu’il veut recouvrer la santé ! Pas si vite, pas si sûr ! Pensez au changement qu’une guérison va provoquer dans sa vie. L’auteur, le Dr Carl Simonton, affirme que certains ne veulent pas vraiment retrouver la bonne santé parce que tant qu’ils sont malades leur entourage est aux petits soins avec eux et accepte tous leurs caprices. Cela dit, 38 ans c’est long. Cet homme est dans cet état depuis si longtemps qu’il est peut-être déprimé, voire désespéré au point où il en a même perdu la faculté de vouloir. Il vient bien là au bord de la piscine tous les jours mais c’est plutôt une affaire de routine qui lui donne quelque chose à faire, un endroit où aller, un but en quelque sorte. Il n’y croit plus à la guérison. Jésus désire que ce paralysé quitte des yeux la piscine pour le regarder lui. Ce paralysé ne prête sans doute pas trop attention aux autres, juste à l’eau.

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Le paralytique répondit : « Maître, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine quand l’eau commence à bouillonner. » Ce pauvre homme sent la compassion de Jésus et n’hésite pas à lui raconter sa misère. Sa réponse montre que ce n’est pas le désir de guérir qui lui manque mais les moyens de parvenir à la piscine au moment du bouillonnement miraculeux, car sans force et apparemment sans ami véritable, il n’y arrive pas. Évidemment, les personnes les plus gravement atteintes sont celles qui ont le plus de mal à se déplacer et entrer dans la piscine. Cet homme ne connaît pas Jésus et rien n’indique qu’il y a de sa part une foi quelconque; il n’envisage retrouver la santé que grâce au jaillissement intermittent de la source. Il se dit donc que cet étranger qui vient de lui adresser la parole l’aidera peut-être à descendre dans la piscine au prochain passage du soi-disant ange ou plutôt à la prochaine manifestation du petit geyser. Dans la plupart des récits des Évangiles, celui qui cherche une guérison, ou un proche de celui-ci, fait une démarche de foi, mais la puissance de Jésus n’est pas limitée par quoi que ce soit et certainement pas par l’attitude du malade, encore que parfois Jésus refuse un miracle à cause de l’incrédulité des assistants.

Alors, Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ta natte et marche. » À l’instant même l’homme fut guéri. Ce paralysé est évidemment en très mauvais état physique, mais la Parole créatrice de Jésus a un effet immédiat et accomplit un miracle. En lui ordonnant de se lever et de marcher, Jésus lui donne également la capacité neurologique et musculaire d’obtempérer. L’homme a dû ressentir en lui-même ses forces soudainement revenir, ses muscles atrophiés par des années d’inactivité reprendre naissance et forme. La puissance surnaturelle de Dieu est évidente dans la guérison instantanée du paralysé. Un prophète de l’Ancien Testament a prédit que le Messie accomplirait de tels prodiges : « Là, on verra la gloire de l’Éternel et la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux chancelants. Ce jour-là s’ouvriront les oreilles des sourds et les yeux des aveugles. » Ce miracle est la preuve que le Messie est présent en Israël.

La Polémique du Sabbat et les « Teignes Religieuses »

Ce miracle, cependant, se passait un jour de sabbat. Les responsables des Juifs interpellèrent donc l’homme qui venait d’être guéri : « C’est le sabbat ! » Ces responsables juifs sont des membres du sanhédrin, le grand Conseil de la nation (Jean 5:15,33). Avec les lois de pureté rituelle et la circoncision, le sabbat était l’un des éléments principaux de l’identité juive. Ce jour de repos est souvent au centre des conflits entre Jésus et ses adversaires. La loi de Moïse exigeait que tout travail cesse alors, mais d’autres règles, créées beaucoup plus tard par des autorités religieuses juives, vinrent se greffer, compliquer les choses et ajouter au devoir initial. À l’origine, le sabbat a été conçu pour que l’homme puisse se reposer et passer du temps dans l’adoration de son Dieu. Or la tradition juive rigoureuse enseignait que celui, qui transportait volontairement un objet quelconque d’un lieu public à un lieu privé un jour de sabbat, devait être lapidé jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Le paralytique, fraîchement guéri, répliqua : « Mais, celui qui m’a guéri m’a dit : “Prends ta natte et marche.” » Les chefs juifs lui demandèrent alors : « Et qui t’a dit cela ? » Le paralytique qui a été guéri se rend compte qu’il est en train de violer la loi des pharisiens, mais il ne fait que suivre les directives que Jésus lui a données. En voulant savoir qui lui a dit de rentrer chez lui en portant sa natte, les teignes religieuses se rendent ridicules au possible. Ils ont sous leurs yeux la preuve de la guérison, mais au lieu de se réjouir avec cet homme, ils sont profondément contrariés.

Peu de temps après, Jésus le rencontra dans la cour du Temple. Il lui dit : « Te voilà guéri. Mais veille à ne plus pécher, pour qu’il ne t’arrive rien de pire. » On aimerait penser que suite à sa guérison, le paralytique est allé au temple pour rendre grâces à Dieu. C’est là qu’à nouveau, il rencontre Jésus qui lui donne un sérieux avertissement. Selon les Écritures, c’est le péché qui est la cause de toutes les souffrances et de la mort; c’est la loi universelle du monde moral (comparez Jean 9:2). Cet ancien paralytique ne semble pas reconnaissant envers Jésus, de plus, il va voir les chefs juifs pour leur dire exactement qui l’a guéri. Une première lecture donne une mauvaise impression de cet homme; on dirait qu’il est allé dénoncer Jésus, un peu comme quelqu’un qui, pendant la dernière guerre, aurait donné le nom d’un résistant à la Gestapo. Cependant, il semble plutôt qu’il a saisi cette occasion pour se montrer aux religieux et défendre celui qui a opéré sa merveilleuse délivrance en donnant cette fois-ci le nom de son bienfaiteur.

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