La photographie sous-marine, bien plus qu'une simple technique de capture d'images, se révèle être un art à part entière. Elle offre un moyen incomparable de faire découvrir au plus grand nombre les beautés insoupçonnées de nos eaux douces et salées, ouvrant une fenêtre sur des mondes souvent inaccessibles. Les photographes sous-marins sont de véritables artistes, composant des chefs-d’œuvre où la lumière joue un rôle primordial, sculptant les formes et révélant les couleurs. Leurs terrains de jeux sont aussi variés qu'impressionnants : épaves mystérieuses, cénotes aux eaux cristallines, récifs coralliens foisonnants de vie, abysses profonds, étendues de glace immaculées, ou encore des eaux aux teintes vertes émeraude. Au cours de leurs immersions, des compagnons de plongée extraordinaires se présentent à eux : baleines majestueuses, requins puissants, mérous emblématiques, murènes discrètes, limules ancestrales, hippocampes gracieux et nudibranches aux couleurs éclatantes, autant de sujets qui enrichissent la toile de l'océan.
Un Art Exigeant : Maîtrise Technique et Sensibilité Artistique
La photographie sous-marine est une discipline exigeante qui demande une parfaite maîtrise des techniques de plongée, de la lumière et du cadrage. Sous l’eau, les conditions environnementales transforment radicalement les paramètres habituels de la photographie : la lumière se comporte différemment, les couleurs s’estompent rapidement à mesure que l'on descend en profondeur et les mouvements des sujets sont souvent plus lents, ce qui rend la prise de vue particulièrement complexe. Pour pallier ces défis, les photographes doivent souvent utiliser des éclairages artificiels, tels que des flashs ou des éclairages vidéo, et adapter constamment leurs réglages pour capturer toute la richesse et la vibrance des fonds marins. Ce défi technique constant en fait un art à part entière, nécessitant à la fois une patience inépuisable et une expertise technique affûtée.
En tant que photographe professionnel depuis plusieurs décennies, j'ai acquis l'art de capturer des images percutantes et significatives. Pourtant, en scrutant les photos partagées sur les réseaux sociaux, dans certains magazines, ou lors de festivals et d'expositions, je constate la présence de photos captivantes, chargées d'émotions et suscitant un vif intérêt. Cependant, je reconnais que ces œuvres originales sont relativement rares. Sur le plan technique, ces photos répondent aux critères stricts des festivals et des expositions, mais elles manquent parfois d'âme. On peut alors se demander : est-il vraiment nécessaire de recréer des images déjà existantes ? Devons-nous continuer à présenter des œuvres déjà vues et revues ? Est-ce nécessaire de créer des photos qui ont déjà été réalisées ? Cette déception peut décourager les photographes, les privant de leur passion. Pourtant, il existe la possibilité de créer des photos originales, porteuses de sens et suscitant un réel intérêt. Car, en photographie, tout a déjà été exploré, mais tout reste à inventer. Chaque photographe est unique, avec sa personnalité, son style, sa vision. C'est dans cet esprit que j'ai décidé de partager mes connaissances avec d'autres passionnés. Si vous souhaitez révéler votre identité, votre personnalité, votre style et renouer avec la nature, je vous invite à me rejoindre lors d'un stage photo ou à explorer mon blog dédié à l'approche photographique. J'y dévoile des méthodes pour créer des images authentiques, à votre image, qui vous rendront reconnaissable. Je suis Amar Guillen, et depuis plus de 15 ans, j'anime des stages photo pour partager mes secrets permettant de créer des images intrigantes, percutantes et porteuses de sens.
Nicolas Floc'h et les Paysages Immergés de Bretagne : Une Vision en Noir et Blanc
Le littoral breton, avec ses eaux riches et ses paysages sous-marins variés, a été le théâtre d'un projet photographique d'une envergure remarquable mené par Nicolas Floc'h. Entre 2015 et 2021, Nicolas Floc’h a sillonné les côtes bretonnes, s'étendant de Saint-Nazaire à Saint-Malo, plongeant soixante-dix fois entre 2 et 50 mètres de profondeur pour saisir avec son grand-angle des paysages sous-marins d’une infinie beauté. De ce projet est née une exposition baptisée Initium Maris, paysages immergés, qui a été proposée au Centre d'art Gwinzegal à Guingamp, ouverte du mercredi au dimanche, de 14h à 18h30, avec une entrée libre, sauf les jours fériés.
En latin, "Initium Maris" signifie "le début de la mer", une expression éloquente qui renvoie au commencement de l’exploration d’un monde enfoui et finalement méconnu, un monde d'une complexité et d'une splendeur souvent insoupçonnées. Sous la lumière naturelle des eaux bretonnes, cette faune et flore marine que nous croyons connaître prend une dimension nouvelle, loin des clichés habituels sur ce fameux monde du silence, révélant des forêts d’algues ondoyantes, des tapis d’anémones aux couleurs subtiles, des colonies d’étoiles de mer par milliers, des étendues de laminaires géantes et des gorgones ramifiées. La perspective adoptée par Nicolas Floc'h est unique. Comme il le souligne, il échappe un peu à l'exotisme de l’image sous-marine en couleur. En effet, le choix du noir et blanc pour ses clichés est aussi une forme d’hommage et un clin d’œil aux pionniers de la photographie américaine, tels que Timothy O’Sllivan, William Henry Jackson, et ceux qui ont documenté la Grande Dépression. Il évoque ainsi que « On lisait la crise sur les visages et sur les vues urbaines qu’ils capturaient », établissant un parallèle entre la force narrative de ces images historiques et celle qu'il cherche à insuffler à ses propres œuvres sous-marines.
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Les méthodes d'exploration de Nicolas Floc'h sont aussi diverses que son approche artistique. Ayant plongé depuis l’enfance à La Turballe en Loire-Atlantique, il a une connaissance intime de ces milieux marins. À cet endroit-là, explique le photographe, les paysages se sont radicalement transformés au fil des années, ce qui nourrit sa démarche. Pour la plupart de ses plongées, celles effectuées entre 2 et 50 mètres de profondeur, Nicolas Floc’h s’est débrouillé seul avec son bateau, plongeant en apnée jusqu’à 15 mètres ou en bouteille jusqu’à 50 mètres. Pour les prises de vue en grande profondeur, il a collaboré avec l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), témoignant de la rigueur scientifique de son travail. En 2021, il a participé à la campagne océanographique ChEReef à bord du navire Thalassa, avec pour objectif d’évaluer l'état de santé des coraux profonds dans le canyon sous-marin de Lampaul, situé à 200 km au large des côtes bretonnes, dans un site Natura 2000. L’intérêt de son travail pictural réside précisément dans ce double regard à la fois scientifique et artistique, une démarche originale qui est devenue sa marque de fabrique. Né à Rennes en 1970, Nicolas Floc'h a commencé son parcours par une pratique de sculpteur, ce qui se ressent dans la composition et la profondeur de ses images. Par ailleurs, Nicolas Floc’h travaille actuellement sur une nouvelle série de photographies autour du fleuve Mississippi et de son bassin versant, un système hydrographique qui couvre 40% des États-Unis et débouche sur le Golfe du Mexique. Pour offrir une lecture de ce réseau hydrographique, il va se déplacer en bateau mais également en voiture pour parcourir près de 20 000 kilomètres, prouvant une fois de plus son engagement et son sens de l'exploration.
La Photographie Sous-Marine comme Outil de Sensibilisation et de Recherche Scientifique
Au-delà de sa dimension esthétique et artistique, la photographie sous-marine joue un rôle clé dans la sensibilisation à la protection des océans. L'exploration sous-marine ne consiste pas seulement à découvrir des créatures mystérieuses ou à capturer des images impressionnantes, bien qu'elle excelle dans ces domaines. Elle permet également d'étudier les écosystèmes marins avec une précision inégalée et de mettre en lumière des menaces environnementales croissantes, telles que le réchauffement climatique, la pollution plastique et chimique, ainsi que la destruction des habitats naturels, autant de défis majeurs pour notre planète. Chaque cliché est un témoignage visuel précieux de la biodiversité marine et des menaces qui pèsent sur elle. Les images spectaculaires des récifs coralliens aux couleurs éclatantes, des grands prédateurs dans leur élément naturel ou des créatures abyssales aux formes étranges suscitent non seulement l’admiration du public, mais aussi une prise de conscience essentielle quant à la fragilité de ces écosystèmes.
Laurent Ballesta, biologiste marin et photographe naturaliste de renommée mondiale, incarne parfaitement cette fusion entre l'art et la science. Il est le co-fondateur de la société Andromède Océanologie, et son but est clair et ambitieux : explorer et magnifier les fonds marins, rechercher et comprendre leurs mécanismes, protéger et restaurer les milieux menacés. Grâce à ses plongées et ses photographies, Laurent Ballesta sensibilise le grand public à la fragilité des océans et à l'importance cruciale de leur préservation. Ses expéditions ne sont pas de simples voyages ; elles servent aussi de base à des recherches scientifiques approfondies qui pourraient contribuer de manière significative à des actions concrètes en faveur de la biodiversité marine. Cette rencontre entre l'art visuel et l'engagement environnemental résonne avec force, prouvant que les images peuvent avoir un impact profond et durable. Le grand public peut, grâce à des photographes comme Laurent Ballesta, découvrir des écosystèmes méconnus et comprendre l’urgence de leur préservation. Cette manière d’explorer l’image pour faire ressentir un environnement rappelle certaines formes d’art immersif, où le spectateur est littéralement plongé dans l’œuvre, connectant ainsi l'émotion à la compréhension.
Pour ce faire, Laurent Ballesta dirige une équipe de confiance pour participer à plus de huit expéditions scientifiques nommées GOMBESSA, chacune repoussant les limites de l'exploration sous-marine :L'expédition GOMBESSA dédiée au Cœlacanthe a impliqué des plongées à 120 mètres de profondeur en recycleur en Afrique du Sud. Le cœlacanthe est un fossile vivant témoin d'une bifurcation évolutive datant de 380 millions d'années, une espèce que l'on croyait disparue depuis 65 millions d'années jusqu'à ce que Marjorie Courtenay-Latimer le découvre en décembre 1938 et que Peter Timm soit le premier à l'observer dans son élément. Beaucoup rêvent de pouvoir un jour nager aux côtés d'un cœlacanthe, comme l'a fait l'équipe Gombessa.L'expédition Le Mystère Mérou a filmé la reproduction des mérous camouflage du Pacifique dans la Passe Sud de l’Atoll de Fakarava en Polynésie française, offrant des insights précieux sur le comportement de ces espèces.L'expédition Antarctica fut une aventure dans les profondeurs glacées, menée en collaboration avec le photographe animalier Vincent Munier, qui a notamment réalisé de magnifiques photographies de la panthère des neiges. L'expédition a exploré l'écosystème profond sous la banquise, où certaines photographies ont nécessité un assemblage minutieux de plusieurs prises de vue, tel que le gros bloc de glace, avec ses coéquipiers éclairant la surface du bloc au fur et à mesure pour capturer chaque détail.L'expédition 700 requins dans la nuit a mis en avant l'étude du comportement des requins dans la Passe Sud de l'Atoll de Fakarava en Polynésie française. L'utilisation d'un effet dit "Matrix", grâce à plusieurs dizaines de caméras d'action installées sur une structure en demi-cercle, a permis de mieux comprendre la chasse de la meute de requins de récif, révélant des comportements complexes et fascinants.Enfin, l'expédition Planète Méditerranée a été une exploration de plongée à saturation entre Marseille et Monaco. Le plus frustrant, quand on plonge, c'est de devoir remonter et de n'avoir qu'un temps trop court au fond. On le dit bien : la surface n'est qu'une pause entre 2 plongées. Pour pallier à cela, l'équipe Gombessa s'est enfermée, pendant 28 jours, dans un module sous pression constante pour pouvoir explorer plus longtemps, grâce à une nacelle des profondeurs opérant entre 60 m et 140 m. Cela a permis d'éliminer le besoin de faire des paliers entre deux plongées, ouvrant de nouvelles perspectives pour la recherche. Planète Méditerranée a ainsi pu mettre en avant de nombreuses recherches scientifiques, soulevant des questions passionnantes comme : à quand une fusion entre Gombessa I et Gombessa V ? Et retrouvera-t-on le cœlacanthe lors d’une expédition à saturation ? Ces expéditions illustrent l'engagement total de Ballesta et son équipe pour repousser les frontières de la connaissance et de la préservation marine.
Témoignages Photographiques de la Faune et Flore Marine Bretonne : Entre Redécouverte et Alertes
La Bretagne, avec ses côtes découpées et ses eaux dynamiques, est un laboratoire naturel pour l'observation et la documentation de la vie marine. Ici aussi, la photographie sous-marine joue un rôle essentiel, non seulement pour la beauté des images, mais aussi pour le suivi écologique et la sensibilisation.
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Un exemple édifiant est le retour de la langouste royale, une espèce qui avait été décimée dans les années 50 du fait de la surpêche, et qui avait alors disparu des fonds marins et des étals des poissonniers. Face à cette disparition alarmante, des hommes et des femmes ont commencé à se battre pour enrayer cette spirale négative. En 2007, une zone de cantonnement a été créée sur la Chaussée de Sein, fruit d'une concertation fructueuse avec les pêcheurs de la zone, l’Ifremer et en partenariat avec le comité départemental des pêches du Finistère. Dix ans plus tard, le retour de la langouste dans les fonds marins est devenu une réalité tangible. Jean-Yves Havaux et Katell Henry ont souhaité travailler sur cette belle réussite humaine, et la valoriser en images, documentant cette renaissance avec passion. Depuis maintenant deux années, ces photographes sous-marins passionnés consacrent leurs plongées à observer le retour de cette reine dans son milieu, et à partager régulièrement leurs observations avec les acteurs scientifiques. Leurs travaux cherchent à répondre à des questions fondamentales : quel est son habitat préféré, quelles sont ses modes de déplacement, à quelle vitesse grandit-elle ? Leurs images contribuent ainsi directement à la compréhension et à la gestion de cette espèce emblématique.
Dans la baie de Saint-Brieuc, un autre projet d'envergure a vu le jour, concrétisé par la trilogie « Faune et flore sous-marines de la baie de Saint-Brieuc ». Consacré aux algues, poissons et mammifères marins, le livre 3 de cette série vient de paraître, clôturant cette œuvre monumentale. Publié en 2017, le 1er tome était consacré aux éponges, anémones, vers, et autres invertébrés fascinants. En 2020, paraissait le livre 2, qui mettait en lumière les mollusques et les échinodermes de la baie. Le 3e et dernier ouvrage, qui vient de sortir, porte sur la richesse des algues et plantes aquatiques, des poissons et des mammifères marins. Les deux auteurs de cette trilogie se qualifient eux-mêmes de « promeneurs sous-marins ». Ces passionnés, qui plongent depuis des années, sont également membres historiques du Narco club de Saint-Quay-Portrieux (Côtes-d’Armor). Pierre Cottin, l'un des auteurs, a fondé plusieurs clubs subaquatiques dans les Côtes-d’Armor et signe la plupart des textes du livre ainsi qu’une grande partie des photos, puisant dans un fond d’images saisies depuis quatre décennies, témoignant d'une connaissance profonde du milieu. Laurent Richard et Pierre Cottin parlent de « témoignage photographique », soulignant l'importance de leurs images pour la mémoire collective de la baie. Au total, la trilogie recense et présente quelque 450 espèces sous-marines. « C’est l’essentiel des espèces qu’on peut voir en plongée, explique Laurent Richard. Notre idée de départ est de montrer que la baie de Saint-Brieuc est magnifique et extrêmement riche, dans une approche non pas scientifique mais naturaliste. » Les ouvrages fournissent des repères d’identification essentiels, en premier lieu aux plongeurs, et lorsque cela est possible, ils présentent deux ou trois angles de vue différents qui permettent de caractériser précisément l’espèce. Par exemple, la blennie gattorugine, ou cabot, est un poisson peu farouche et aisément identifiable. Un band de tacauds communs est souvent croisé par les plongeurs près de refuges tels qu’épaves et massifs rocheux. L’hippocampe à museau court, pouvant mesurer jusqu’à 17 cm, figure également parmi les trésors de la baie. Le livre 3 répertorie pas moins de 38 variétés d’algues, depuis les différentes laminaires aux fucales, en passant par les queues de poulain, les sargasses japonaises et autres algues brunes et rouges dans leur grande diversité. On y découvre aussi deux plantes aquatiques, la zostère marine et la zostère naine, qui abritent un fabuleux petit monde. Du côté des poissons cartilagineux, les deux photographes plongeurs montrent plusieurs sortes de raies et de requins peuplant la baie. Une grande diversité de laminaires se déploie dans les fonds marins de la baie de Saint-Brieuc, formant de véritables forêts sous-marines.
Cependant, au-delà de la célébration de cette biodiversité, ces promeneurs sous-marins lancent également une alerte. Dix années se sont écoulées depuis le moment où ils ont commencé à mettre en œuvre leur projet d’édition, une décennie pendant laquelle Laurent Richard et Pierre Cottin ont observé des dégradations de la faune et de la flore. « Nous avons vu, au fil des années, les paysages se modifier et se dépeupler », confient-ils. Des espèces comme les juliennes, turbots, baudroies et Saint-Pierre se raréfient de manière préoccupante, et les gorgones, si fragiles, étouffent. Bien que Laurent Richard et Pierre Cottin se défendent de faire un « livre militant », leurs observations les poussent à pointer les dangers qui menacent la baie de Saint-Brieuc. « Il y a dix ans, notre intention était de rendre visible la concentration de vivant qu’elle recèle et montrer le maximum de belles choses. Aujourd’hui, la baie reste exceptionnelle mais elle subit une pression anthropique excessive. » L’activité humaine, selon eux, ne laisse guère d’espaces de quiétude à la faune et à la flore. Les plongeurs pointent en premier lieu la surpêche, les dragues et les engins traînants qui malmènent les fonds, des pratiques qui mettent en péril la richesse et l'équilibre de cet écosystème marin précieux. Leurs images deviennent ainsi des témoins essentiels de la beauté passée et des défis actuels, des appels silencieux à l'action pour la préservation.
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