Le Pavillon Jaune et l'Étendue de l'Étiquette Navale: Significations, Traditions et Règlements en Mer

En mer, les pavillons ne contribuent pas seulement à embellir le paysage; ils sont surtout là pour transmettre des informations cruciales. Leurs dimensions, leur emplacement et leur usage sont le résultat de réglementations et de coutumes anciennes, façonnées par des siècles de navigation. Cette étiquette navale, riche d'histoire et de particularités, mérite d'être connue et maintenue en vie, car elle fait la richesse d'un patrimoine séculaire. Si, à terre, les drapeaux peuvent se décliner comme les feux de circulation - vert pour la baignade autorisée, jaune pour la prudence, et rouge pour l'interdiction sur les plages ou au bord des lacs - en mer, la symbolique est souvent plus complexe et plus codifiée, notamment pour le mystérieux pavillon jaune.

Le Pavillon Jaune: De la Quarantaine à la « Libre Pratique »

Le pavillon jaune, désigné par la lettre « Q » dans l'alphabet visuel du Code International des Signaux, possède une histoire particulièrement riche et une signification qui a profondément évolué avec les progrès de la médecine et les changements dans les pratiques maritimes.

Une Origine Historique Liée à la Quarantaine et aux Épidémies

Traditionnellement, le pavillon jaune était hissé à l'arrivée dans un port en raison des nombreuses épidémies et maladies que les navires pouvaient potentiellement apporter. Au XVIIIe siècle, le pavillon jaune était devenu obligatoire en Angleterre pour les navires mis en quarantaine. Cette mesure visait à protéger les populations côtières des fléaux sanitaires qui voyageaient avec les marins et les cargaisons.

L'histoire tragique de la dernière grande peste ayant frappé la France continentale en est une illustration poignante. Cette épidémie, arrivée en 1720 par le Grand Saint-Antoine en provenance du Levant, provoqua une catastrophe humanitaire majeure. Le navire avait enfreint les mesures de quarantaine, et en quelques mois, la moitié des habitants de Marseille décédèrent, tandis que 100 000 personnes moururent dans la région. Cet événement souligne la nécessité historique et l'importance vitale des mesures de quarantaine et des signaux visuels comme le pavillon jaune pour prévenir la propagation des maladies.

Jusqu'à une époque relativement récente, les procédures restaient strictes. En 1965, par exemple, à New York, il était impératif de hisser ce pavillon et d'attendre en zone de quarantaine, entre le pont de Verrazano et la statue de la Liberté, la visite du service de santé avant toute autorisation de contact avec la terre.

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L'Évolution de la Signification: Demande de Libre Pratique

Avec les progrès de la médecine et l'amélioration des mesures sanitaires, la signification du pavillon jaune a changé. Aujourd'hui, bien que son nom traditionnel de « pavillon de quarantaine » subsiste, sa fonction principale s'est transformée pour les navires de commerce et de plaisance. Comme l'explique Yves Nadalié, « pour les bateaux de plaisance ceci équivaut à une demande de la libre pratique, en clair, l’autorisation pour les occupants de descendre à terre ».

Le pavillon « Q » (tout jaune) s'envoie à bloc à bâbord, sous le premier étage de barres de flèche du mât le plus en avant. Ce pavillon du « Code International des Signaux » indique que vous demandez la « libre pratique », c'est-à-dire le droit de pénétrer et d'accoster dans les eaux du pays en question et de procéder aux formalités nécessaires auprès des autorités compétentes : immigration, douanes, police et capitainerie, ainsi que les services de santé.

Il est obligatoire de l'arborer dès l'arrivée dans les eaux territoriales de certains pays non européens. C'est à nouveau vrai pour le Royaume-Uni, par exemple, même si des deux côtés de l'Atlantique, cette pratique tend à se raréfier. Une fois les formalités effectuées et l'autorisation de libre pratique obtenue, le pavillon « Q » peut être rentré. Le pavillon jaune doit être arboré quand le bateau entre dans les eaux territoriales d'un état étranger hors de l'Union européenne. Il indique que le bateau aborde le pays et demande le droit de pénétrer dans les eaux du pays accueillant. Il montre aussi que le navigateur va faire la démarche d'effectuer les formalités d'entrée auprès des douanes et de l'immigration. Une fois ces formalités derrière vous, il est possible de rester dans le pays sans aborder ce pavillon « Q », même en changeant de mouillage.

L’épidémie de grippe A est même venue remettre au goût du jour ce pavillon, bien que sous une forme informatisée. Désormais, il est souvent nécessaire de remplir une déclaration maritime de santé en ligne, témoignant de l'adaptation des anciennes traditions aux réalités contemporaines.

Le Pavillon National: Symbole d'Appartenance et de Souveraineté

Tout navire doit arborer son pavillon national à l'arrière, une marque d'identité indispensable qui permet d'identifier la nationalité du navire et éventuellement son statut. Ce pavillon est également appelé les « Couleurs » et il est important de noter qu'il n'y a aucun « drapeau » à bord dans le vocabulaire maritime strict.

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Particularités du Pavillon National Français

En France, la distinction entre le drapeau national et le pavillon national est subtile. Si l'apparence est la même que le drapeau tricolore, il est tout de même légèrement différent. La largeur des bandes est progressive : bleu 30%, blanc 33%, rouge 37%. Ceci est conçu pour donner l'impression de largeurs identiques lorsque le pavillon flotte au vent, corrigeant une illusion d'optique en mouvement. Le pavillon national n'est donc pas obligatoirement identique au drapeau national dans tous les pays.

Dimensions, État et Emplacement

Le pavillon national doit être proportionnel à la taille du navire. Pour un bateau de 15 mètres, par exemple, le pavillon fera au maximum 1,5 mètre de long et 1 mètre de haut, puisque les pavillons sont au format 2/3 (le guindant, c'est-à-dire la hauteur, égale les 2/3 du battant, la longueur). Dans cet exemple, le pavillon est très grand et doit être le plus grand pavillon arboré à bord. Par respect pour le pays d'enregistrement, le pavillon doit toujours être en bon état, sans usure ni déchirure, et être hissé à bloc.

L'emplacement du pavillon national varie selon le type de gréement. Pour un gréement de type sloop, il se place sur un mâtereau droit, également appelé digon, à la poupe. L'ouvrage 3C du Shom (Signalisation maritime) apporte une précision intéressante : si le skipper est titulaire d'un brevet de capitaine, le pavillon national se porte à tribord, mais s'il ne l'est pas, il se porte à bâbord. Cette règle s'applique donc à la majorité des plaisanciers. Pour un gréement ketch ou yawl, le pavillon national doit être installé en tête de mât d'artimon ou de tape-cul. Pour tous les gréements, le pavillon doit être à la poupe, comme indiqué pour le sloop, ce qui implique un double système pour les gréements autres que sloop afin de respecter cette tradition.

Le Deuil en Mer

Le pavillon national peut également servir à marquer un deuil. Pour cela, il est hissé à bloc, puis descendu lentement à mi-hauteur. Sur les sloops, où le mâtereau est souvent trop petit pour que ce geste ait un sens clair, la solution de remplacement est d'utiliser une drisse et le pataras. Le signe de deuil sera alors le pavillon national porté à mi-hauteur du pataras. Le deuil se porte le jour de l'annonce du décès, jusqu'au coucher du soleil, et pas plus. Pour mémoire, même si les mouvements de pavillon national pour le salut restent d'application, ils ne sont, en pratique, pas utilisés pour la plaisance.

Le Pavillon de Courtoisie: Honorer la Nation Hôte

En plus de son pavillon national, un navire doit hisser celui du pays hôte lorsqu'il navigue dans ses eaux, c'est ce que l'on appelle le pavillon de courtoisie. C'est un témoignage de respect envers le pays qui accueille le bateau.

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Le pavillon de courtoisie s'envoie à bloc à tribord, sous le premier étage de barre de flèche du mât le plus en avant. Comme pour le pavillon national, le pavillon de courtoisie n'est pas nécessairement le même que le drapeau national du pays (l'exemple du Royaume-Uni en est une illustration). Par contre, il est toujours de forme rectangulaire, et ses dimensions typiques sont de 30x40 cm. Un aspect important de l'étiquette est qu'il ne doit pas être arboré la nuit.

Acquisition et Fabrication des Pavillons de Courtoisie

En Europe, on trouve facilement les pavillons de courtoisie des pays qui sont les destinations communes des croisières estivales, c'est-à-dire les pays européens et ceux du pourtour méditerranéen. Cependant, il est plus difficile de trouver chez les shipchandlers européens les pavillons de destinations plus lointaines comme les îles Turks and Caicos, les Bahamas ou même le Cap Vert. Heureusement, ce n'est pas bien grave, car au fur et à mesure de l'avance du voyage, il est souvent possible d'acquérir ces pavillons sur place. Il est parfois même possible de s'en faire faire une série à bon compte ; on peut penser en particulier à Gersonito qui traîne toujours en saison sur les quais de Salvador de Bahia et qui fabrique tous les pavillons souhaités. Si, toutefois, l'on souhaite s'équiper avant de partir, il est possible de les fabriquer soi-même ou de les faire fabriquer par des spécialistes comme www.undrapeau.com (04 94 10 63 35), dejean-drapeaux.com (05 56 29 01 09) ou www.drapeaux-flags.com (04 22 14 09 61).

Pavillons Personnels, de Club et Régionaux: Affirmer son Identité et ses Affiliations

Au-delà des pavillons nationaux et de courtoisie, l'univers de la pavillonnerie offre de nombreuses façons pour les marins d'exprimer leur identité, leurs affiliations et même leurs convictions.

Le Guidon de Club et le Pavillon du Propriétaire

Les plaisanciers arborent souvent le pavillon de leur club. Si vous êtes fier de votre club, l'étiquette vous oblige à le porter aux nues, c'est-à-dire au point le plus haut du bateau. On l'appelle un guidon, car sa forme est traditionnellement triangulaire (le battant équivaut à deux fois le guindant). Comme son installation peut être une contrainte, il est permis de l'y laisser à poste tant que le bateau est utilisé. Cependant, comme les têtes de mâts deviennent de plus en plus encombrées d'antennes et d'accessoires en tous genres, le guidon de club a tendance à disparaître ou à descendre d'un étage sous les barres de flèche bâbord. Il ne peut être semblable à un pavillon national ou à un signal du Code International des Signaux. Il doit se hisser sur la drisse de pavillon tribord, sauf dans le cas où un pavillon de courtoisie est requis ; alors et seulement alors, il s'envoie sous la barre de flèche bâbord.

Les plus prétentieux ont leur pavillon personnel, également appelé pavillon de propriétaire. Ce pavillon peut être rectangulaire ou triangulaire. C'est le seul pavillon qui trouve sa place normale sur le pataras et le seul à pouvoir flotter sans le pavillon national, offrant une flexibilité unique dans son affichage.

Le Pavillon d'Invité et les Identités Régionales

Si des invités étrangers sont reçus à bord, il est de bon goût d'arborer le pavillon national du plus important d'entre eux sur une drisse de pavillon à bâbord, témoignant d'un respect particulier pour la nationalité représentée.

L'Europe des régions est également en mouvement, et ceux qui se reconnaissent d'une région et soutiennent son identité peuvent arborer le fanion de celle-ci sous les barres de flèches bâbord, dans l'esprit d'un pavillon de propriétaire. Par contre, si l'on souhaite honorer cette région en tant que visiteur, en y étant de passage, il faut alors le hisser à tribord, dans l'esprit d'un pavillon de courtoisie. L'Europe elle-même est une grande région et doit être traitée comme telle. Le drapeau européen, cependant, n'a actuellement pas sa place comme pavillon national, même avec un insert national.

Autres Pavillons et Pratiques Marginales

Certains bateaux arborent des fanions publicitaires sous les barres de flèche ou un grand pavillon publicitaire hissé à mi-course sur l'étai durant les événements festifs au port. Il est important de noter que nous sommes alors en dehors de toute étiquette navale formelle. Quant au Jolly Roger, le pavillon « Pirate », il relève davantage du folklore que des règles maritimes établies.

L'Art du Pavoisement: Célébrations et Signaux Complexes

Au-delà des pavillons d'identification et de courtoisie, l'étiquette navale comprend des pratiques de pavoisement pour des occasions spéciales et l'utilisation de signaux plus complexes pour la communication en mer.

Le Grand Pavois et le Petit Pavois

Les pavois s'arborent à l'occasion des fêtes locales ou nationales. Le Grand Pavois est une guirlande colorée qui enchante les visiteurs, mais beaucoup ignorent que ses 40 pavillons représentent chacun une lettre ou un chiffre, conformément au Code International des Signaux. L'idéal est d'avoir des sections de pavois qui tombent juste avec les écarts entre les points de fixation. Sinon, il convient de placer le pavois pour qu'il fasse une ligne continue dans les hauteurs et de le rallonger dans les bas avec du bout.

Pour naviguer sans le tracas que causerait le Grand Pavois, il existe le Petit Pavois. Celui-ci se compose simplement d'un pavillon national en tête de chaque mât et d'un pavillon national de plus petite dimension (représentant 25% de la taille du pavillon principal) dans le balcon avant. Le Petit Pavois peut également être porté en honneur d'une nation étrangère lors de certaines occasions.

Le Code International des Signaux

La signification et l'usage des pavillons font l'objet de conventions internationales. Le code maritime international des signaux permet à deux navires de communiquer entre eux de manière claire et concise. Certains pavillons sont obligatoires à bord (national et de courtoisie), ou utiles (le pavillon « Q »). Les autres, appartenant au Code International des Signaux, sont rarement à bord de nos bateaux de plaisance pour la bonne raison que plus personne ne les utilise pour leur fonction première : la transmission par signaux visuels, bien que la règle veuille que les pavillons soient toujours envoyés seuls sur une drisse, ce qui implique d'installer plusieurs drisses de pavillon. Seuls les pavillons du « Code International des Signaux » peuvent être superposés pour signifier un message standard. Quelques exemples de signaux via le Code Maritime International incluent des messages comme celui fait par un bateau de pêche signifiant « mes filets sont accrochés », ou l'utilisation des pavillons Victor ou Alpha pour indiquer « ma dernière drissée était erronée ».

Matériaux, Entretien et Réflexions sur une Tradition Séculaire

Dans ce monde de traditions hérité des anciens, l'on hisse ou envoie les couleurs la journée, pour les rentrer avant la nuit. Cette routine simple fait partie intégrante de l'étiquette navale.

La Qualité des Matériaux

Concernant les matériaux, l’étamine qualité marine était traditionnellement en coton ou en laine. Aujourd’hui, l’étamine est en polyester, une fibre plus résistante qui conserve un aspect « tissu mat », garantissant ainsi la durabilité des pavillons face aux rigueurs de l'environnement marin.

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