Patrick Florès et le Surf Réunionnais : Entre Crise Requins, Résilience et Quête de Renouveau

La situation du surf à La Réunion, intrinsèquement liée aux défis posés par la crise requin, est un sujet d'une complexité et d'une intensité particulières. Au cœur de cette problématique se trouve Patrick Florès, entraîneur national des équipes de France de surf et figure politique locale, dont les paroles et les actions résonnent avec l'histoire et l'avenir de ce sport sur l'île. Le parcours des jeunes surfeurs réunionnais, leur formation, leurs espoirs et les drames vécus sont autant de facettes d'une réalité qui a profondément transformé la pratique sportive et la vie quotidienne.

Une Représentation Réunionnaise en Mutation aux Championnats du Monde Juniors

Les championnats du monde juniors de surf, prévus du 11 au 18 octobre 2015 en Californie, illustrent de manière éloquente les conséquences de cette crise. Seulement deux Réunionnais, Lisa Girardet et Mathis Crozon, feront partie de l'équipe de France. Cette proportion est jugée faible par rapport à la tradition de l'île. Patrick Florès observe que "le nombre de sélectionnés venus de l'île a fondu comme neige au soleil" en raison de la crise requin. Cependant, il ne manque pas de souligner le caractère exceptionnel de cette présence : "Mais au contraire, moi je trouve ça incroyable d'avoir encore deux réunionnais de sélectionnés !" Il reconnaît que les conditions d'entraînement ont été considérablement bouleversées ces dernières années, rendant la tâche ardue pour les jeunes athlètes. "Il est clair que cela n'a pas été évident ces dernières années pour l'entraînement," affirme-t-il. Lisa et Mathis sont le fruit d'un "programme de sauvetage du surf réunionnais" et ont pu bénéficier des dispositifs mis en place par la ligue réunionnaise de surf et la fédération depuis plusieurs années. Un autre jeune talent, Luca Bernard, est "passé juste à côté de la sélection, il est passé à une ou deux places près," témoignant de la compétition acharnée et du niveau d'exigence.

L'Évolution Drastique des Conditions d'Entraînement et un "Trou de Génération"

Les heures et les modalités d'entraînement ont été radicalement modifiées. "Les heures d'entraînement ne sont plus les mêmes. Ça n'a plus rien à voir avec avant," explique Patrick Florès. A La Réunion, les sportifs doivent désormais s'entraîner avec le Pôle Espoir, mais uniquement "dans des heures bien définies." Cette contrainte tranche avec la situation d'antan : "A l'époque, ils s'entraînaient au Pôle Espoir, mais en dehors de ça, ils avaient le triple de pratique en 'free surf'." Cette différence majeure a créé un déficit évident. Florès insiste : "Je trouve ça exceptionnel d'avoir encore deux réunionnais sélectionnés pour l'instant." Il est indéniable qu'historiquement, le surf réunionnais a toujours été un pilier du surf français, avec un "gros pourcentage de Réunionnais dans les équipes de France. Ça ne date pas d'hier. Cela a toujours été le cas." Depuis les années 80, le surf réunionnais s'est affirmé "à la pointe du surf français."

Face à cette nouvelle donne, Patrick Florès ne se voile pas la face : "Pour l'instant, dans la nouvelle génération, on n'a plus la quantité qu'on avait avant. On a accès maintenant sur la qualité." Il reconnaît l'existence d'un "trou de génération," une réalité qu'il est impossible d'ignorer. "Mais il faut savoir que c'est assez sélectif, puisqu'il n'y a que le Pôle espoir. Derrière, nous n'avons pas de jeunes qui peuvent s'entraîner. On n'a plus de gamins de 10 ans qui s'entraînaient tout seul avec leurs parents à Trois-Bassins." Cette situation, selon lui, n'est "pas du fait de la ligue réunionnaise de surf, la crise nous a amené là."

La Persistance de l'Excellence Réunionnaise Malgré les Difficultés

Malgré le "trou de génération" et les obstacles, le surf réunionnais continue de briller grâce à des talents formés avant la crise requin. Récemment, "Jérémy Florès a créé l'exploit en remportant le Billabong Pro Tahiti, alors que Johanne Defay s'était imposée lors de l'US Open." Ces succès sont des preuves tangibles de la qualité des surfeurs réunionnais. Patrick Florès, dont le fils Jérémy est une figure emblématique, est le père du célèbre surfeur réunionnais et il est aussi entraîneur national. Il maintient une perspective optimiste pour l'avenir : "Maintenant, tant mieux que le surf réunionnais continue à briller avec des Johanne, des Maxime et des Jérémy qui ont été formés avant la crise requin." Il réaffirme son admiration face à la résilience des jeunes : "Je le répète : je trouve tout de même exceptionnel, malgré cette crise, d'avoir encore des jeunes qui réussissent comme un Jorgann Couzinet qui brille."

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L'entraîneur est persuadé d'un renouveau imminent : "Ca va redémarrer. Je sais. J'en suis persuadé et je l'ai toujours su. Je ne suis pas rentré pour rien. C'est pour ça que je suis revenu." Il met également en lumière d'autres dynamiques : "quelque part, il ne faut pas oublier qu'on a des jeunes réunionnais qui sont en France en ce moment comme Louis Alamélou. Ils ont fait le choix avec leurs parents de vivre 7 mois de l'année en France." Ces jeunes, dont on "n'entend pas trop parler," surfent "8 mois de l'année," accumulant une expérience précieuse. "Ça va venir," promet-il.

L'Importance de la Mobilité et le Style Unique du Surf Réunionnais

Patrick Florès insiste sur la nécessité pour les surfeurs réunionnais de pouvoir diversifier leur pratique : "Il faut à un moment donné qu'un surfeur réunionnais puisse aller sur la côte basque et dans les landes surfer des 'beach break' (vagues qui s'écrasent directement sur le sable), que ce soit la crise ou non." Cependant, il reconnaît l'attrait indéniable de l'île : "il est quand même plus intéressant pour un surfeur réunionnais de rester sur son île quand c'est l'hiver en France. On est bien d'accord." Pour lui, la possibilité de "pouvoir surfer toute l'année" sur son île est cruciale. Les vagues de La Réunion confèrent aux surfeurs un "style qui est propre aux Réunionnais," un "style plus fluide." Cette spécificité "donne une confiance en soi que l'on n'a moins lorsqu'on surf sur du sable où il n'y a pas de danger."

Le Drame d'Elio Canestri et la Prise de Conscience Collective

La situation a été brutalement rappelée à l'ordre par le décès tragique d'Elio Canestri, jeune membre du Pôle Espoirs, attaqué mortellement par un requin. Patrick Florès, élu en charge de la sécurisation des activités balnéaires à Saint-Paul, commune où s'est déroulé ce drame, se dit "sous le choc." Pour lui, ce n'est pas un motif d'abandon : il assure que le surf réunionnais va "continuer de se battre." Il exprime une douleur profonde face à l'interdiction de l'océan pour les jeunes : "Comment peut-on reprocher à un adolescent de vouloir pratiquer son sport, sa passion ? Avant, on pouvait surfer par tous les temps, à toute heure. Ce n'est plus possible aujourd'hui," explique Patrick Florès. Il adresse un message clair à la nouvelle génération : "Le surf, c’est une passion mais je veux que les enfants comprennent qu’il faut faire preuve de patience et qu’ils m’écoutent. Le comportement de ma génération n’est plus valable. On ne doit pas prendre exemple sur nous. Le risque d’être attaqué existe à tout moment de la journée. Les temps ont changé. Plus rien ne sera plus jamais comme avant."

En "quelques mots," Patrick Florès résume "la situation qui sévit depuis quatre ans à La Réunion." En tant qu'élu l’an dernier à la Ville de Saint-Paul, il est responsable de la sécurisation des activités balnéaires. Il rappelle avec gravité que "le danger est réel, sinon nous n'aurions pas mis en place la sécurisation par des zones expérimentales." Terriblement affecté par ce nouveau drame, qui endeuille pour la 5e fois en quatre ans la communauté du surf réunionnais, il révèle qu'une réunion s’était tenue le samedi soir précédant l'attaque "où il avait été clairement dit qu'en raison des mauvaises conditions de mer, la mise à l'eau était formellement déconseillée et qu'il n'y aurait pas de surveillance." Le drame d'Elio Canestri est "un drame insoutenable pour la commune de Saint-Paul," d'autant plus que "On voyait les choses s’éclaircir enfin…" ajoute Patrick Florès.

Les Mesures de Sécurisation et les Leçons du Passé

Surfeur réunionnais depuis 40 ans, Patrick Florès s'était félicité quelques jours auparavant "du travail réalisé en un an avec la Région et l’État." Cependant, "Ces vigies n’avaient pu être déployées ce week-end en raison de la turbidité de l’eau…" Il souligne les progrès accomplis : "En un an, nous avons beaucoup avancés. On se projetait déjà sur le travail à mener sur les prochaines zones, après celles de Roches Noires et de Boucan Canot."

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Interrogé sur l’efficacité des dispositifs imaginés, Patrick Florès se défend et argumente : "On fait exactement ce qui se fait depuis 40 ans en Afrique du Sud et en Australie." Il déplore le temps perdu : "On n’en serait pas là si on avait lancé l’appel d’offre dès le premières attaques en 2011, au lieu d’attendre." Il confie même un regret personnel : "Et personnellement, je ne serai pas rentré en politique. Je ne suis qu’un surfeur, pas un politicien." Le coût humain est lourd : "Tous ces jeunes sont partis trop tôt." Il témoigne de son engagement sans faille : "Depuis mars 2014, je me suis battu tous les jours. On a répondu en moins d’un an à la problématique, on y est presque, les vigies vont être mises en place cette semaine, les filets seront bientôt posés." Concernant le calendrier, il précise : "Quand ? La date butoir est pour le mois de septembre, si ça se fait avant tant mieux !" Des filets de sécurité seront déployés sur les plages de la côte ouest, partie touristique de l'île, "un peu comme ce qui se fait en Australie et en Afrique du sud."

Un Combat Continu pour l'Avenir du Surf Réunionnais

Quant à l’avenir du surf réunionnais, la réponse de Florès est pleine de détermination : "On se bat, on tient le coup. On va reprendre." Il insiste sur l'importance du surf réunionnais dans son rôle d'entraîneur : "J’ai besoin du surf réunionnais en tant qu’entraîneur des équipes de France." Il évoque les succès passés pour justifier cette persévérance : "On a été chercher des titres de champions du monde avec mon fils (Jérémy), avec Cannelle Bulard, … On continuera. En déplaise à certains qui pensent le contraire." Cette lutte est aussi un hommage : "On continuera pour ce petit (Elio Canestri), pour les autres aussi. On continuera à surfer et on continuera à gagner des titres."

Patrick Florès déplore par ailleurs un déséquilibre écologique qui, selon lui, contribue à la problématique : "Il n’y a plus de régulation par la pêche traditionnelle. Il y a 15 ans, le requin (bouledogues) était commercialisé et les requins de récif étaient les seuls régulateurs du lagon. Sans eux, toutes les autres espèces se multiplient." L'attaque de requin ayant coûté la vie à Elio est la 16e à La Réunion depuis 2011, et la 7e mortelle (5 surfeurs et 2 baigneurs), sans compter deux autres ayant causé de graves mutilations. C'est la deuxième attaque mortelle de l'année ; deux mois auparavant, le 14 février, une jeune femme de 20 ans avait été mortellement attaquée alors qu’elle se baignait à quelques mètres du rivage à l'Etang-Salé. La dernière attaque sur un surfeur avant celle d'Elio remontait au 22 juillet 2014, sur le spot de Saint-Leu.

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