Le passage du Nord-Ouest, ce labyrinthe glacé de voies navigables reliant les océans Atlantique et Pacifique, est l'occasion de découvrir vraiment la nature à l'état brut. Sa traversée n’étant possible que quelques semaines par an, il s’agit d’une aventure unique pour les voyageurs les plus intrépides qui se fraient un chemin entre l’Alaska et le Groenland. Totalisant près de 1 700 miles nautiques, de l’île de Baffin à l’est à la mer de Beaufort à l’ouest, une croisière dans le passage du Nord-Ouest révèle des paysages à couper le souffle, des panoramas grandioses et d’innombrables îles escarpées. Ce dédale arctique, autrefois quasi-inaccessible, attire de nouveau l’attention internationale dans le contexte du réchauffement climatique, la banquise devenant de moins en moins étendue et de moins en moins épaisse même durant l’hiver. Le passage du Nord-Ouest s’ouvre ainsi peu à peu à la navigation commerciale et à la navigation de plaisance, bien qu'il reste actuellement praticable uniquement pendant le court été arctique, car il est pris par les glaces le reste de l’année.
Géographie et Enjeux Stratégiques de l'Arctique Canadien
Le fameux passage du Nord-Ouest permet aux navires de relier l’océan Atlantique à l’océan Pacifique (ou vice-versa) en passant entre les îles arctiques du Nord canadien, puis à travers la mer de Beaufort et la mer des Tchouktches. Ce passage se compose en réalité de plusieurs routes maritimes car les diverses îles du Canada arctique sont séparées les unes des autres et du continent américain par une série de chenaux plus ou moins profonds. Cette particularité géographique donne lieu à des défis de navigation considérables, exigeant un respect attentif des conditions météorologiques et des glaces.
Au-delà des aspects géographiques, le Passage du Nord-Ouest est au cœur d'un débat géopolitique significatif. Il existe une différence forte d’interprétation du droit de la mer entre les USA et le Canada. Pour les USA, le passage du Nord-Ouest est un détroit international, donc libre de navigation tant que le transit y est "continu et rapide". Mais les Canadiens considèrent ce passage comme des eaux intérieures, donc sous leur pleine et entière juridiction. Afin de bien faire comprendre cette position, ils ont décidé, dans les années 1950, de "peupler" l’Arctique canadien. C’est ainsi que quelques familles d’un village de la baie d’Hudson se sont retrouvées larguées dans ce qui devait devenir Resolute, un village créé de toutes pièces. Ce lieu était également l'emplacement de l’un des radars de la DEW line (Defense Early Warning), radars permettant la détection des lancements de missiles balistiques soviétiques. La DEW line n’existe plus aujourd’hui ou plus précisément elle a été modernisée pour devenir le North Warning System. Une base militaire et scientifique y est toujours présente, ayant peu, voire pas, de contact avec les quelque 250 habitants de Resolute. Cette dualité entre navigation internationale et souveraineté nationale confère une dimension stratégique persistante à cette route maritime.
L'Écho de l'Histoire : Explorations et Mystères Arctiques
L'histoire du Passage du Nord-Ouest est jalonnée de quêtes épiques, de découvertes audacieuses et de tragédies glaçantes.
Les Pionniers et la Quête du Passage
Il n’existe à ce jour pas de trace des premières civilisations qui auraient pu fouler la côte est de l’actuel Canada. Cependant, les récits vikings indiquent avec une forte probabilité que ceux-ci ont très probablement et à plusieurs reprises atteint l’île d’Ellesmere lors d’expéditions de chasse et de commerce avec des groupes Inuits. L’intensification des relations commerciales entre l’Europe et la Chine à la fin du XVème siècle pousse les navigateurs à chercher de nouvelles voies de navigation plus rapides.
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La première tentative confirmée de trouver cette route est attribuée à Jean Cabot en 1497. Le navigateur italien aspirait, tout comme son cadet Christophe Colomb, à découvrir la route occidentale vers les Indes. Il est établi que Jean Cabot est arrivé en Angleterre avant la fin de l’année 1495 et qu’il souhaitait entreprendre une expédition pour atteindre Cathay (c'est-à-dire la Chine du Nord) par l’ouest en voyageant beaucoup plus au nord que Christophe Colomb. Il réussit à persuader le roi d’Angleterre qu’il était possible de naviguer vers les Indes orientales en passant par le nord-ouest de l’Amérique. Jean Cabot effectuera trois tentatives. La première en 1496 fut un échec cuisant : Cabot ne va pas au-delà de l’Islande en raison de disputes avec son équipage, du mauvais temps et du manque de nourriture. Le 2 mai 1497, l’explorateur quitte à nouveau Bristol à bord du Matthew, un navire de 50 tonneaux ayant un équipage de dix-huit personnes. À bord se trouvaient non seulement des marins de Bristol, mais également des marchands, un barbier génois et même un ressortissant de Bourgogne ! Il aborde fin juin les îles de Cap-Breton et de Terre-Neuve (péninsule de Bonavista), à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent. Cabot était persuadé, à tort, d’avoir atteint l’Asie. L’année suivante, il repart de Bristol avec cinq navires pour une nouvelle expédition dont le but probable aurait été de passer au sud-ouest des terres abordées lors du deuxième voyage. Il semble également que l’établissement d’un comptoir de commerce, soit à Cathay elle-même, soit sur l’itinéraire entre l’Angleterre et Cathay, ait été planifié.
En 1539, Hernán Cortés, le célèbre conquistador espagnol qui s’est emparé de l’Empire aztèque pour le compte de Charles Quint, commissionna Francisco de Ulloa pour naviguer le long de la péninsule de Basse-Californie sur la côte Ouest d’Amérique. Ulloa conclut que le golfe de Californie était la partie méridionale d’un plus grand détroit, reliant le Pacifique au golfe du Saint-Laurent. Ce voyage perpétue la notion d’une île de Californie et marque le début de la recherche du détroit d’Anian, un détroit qui, selon les Espagnols, conduisait au Passage du Nord-Ouest. En 1567, celui-ci apparaît pour la première fois sur une carte sous la forme d’un détroit étroit et légèrement incurvé séparant l’Île de Californie de l’Amérique et situé à la latitude de San Diego.
La fin du XVIème siècle se montre propice à la formation d’expéditions de découverte du passage. À cette époque, la pression sur les équipages anglais est énorme : les navires de commerce anglais ont en effet de plus en plus de mal à échapper à l’hostilité des flottes espagnoles et portugaises, toutes les deux maîtresses des mers du Sud. Les Anglais essayaient de découvrir une route maritime vers le Pacifique et la Chine en doublant l’Amérique par le Nord. De 1576 à 1578, Martin Frobisher entreprend trois voyages vers l’Arctique canadien pour trouver le fameux passage. Au cours de ses voyages, il découvre et cartographie une partie de l’île de Baffin, une terre à l’époque Meta Incognita (terre inconnue). Ces expéditions furent l’occasion pour les Européens de rencontrer des Inuits en 1576 et de lancer la première ruée vers l’or connue de notre histoire. Celle-ci ne dura que deux étés, le fameux or n’étant que de la pyrite (un oxyde de fer de couleur dorée). Cette expérience se révéla économiquement non profitable mais elle participa au développement du mythe de l’exploration des ressources dans les régions extrêmes (frontier region) qui persévère jusqu’à nos jours.
Les Grandes Expéditions du XIXe et XXe Siècles
Le 5 août, après 130 milles nautiques plus à l’ouest et sans rencontrer aucune glace, on arrive dans un haut-lieu du Passage du Nord-Ouest : Terror and Erebus Bay (Beechey Island). C’est une grande baie, bien abritée sauf des vents du sud. Cette baie est entrée dans l’histoire quand l’expédition de l’Amiral Sir John Franklin y a hiverné pendant l’hiver 1845/1846 avec ses deux navires, le Terror et l’Erebus. Ces deux navires seront broyés par les glaces à la fin de l’été 1846. La disparition de cette expédition provoquera en Grande-Bretagne une émotion encore plus grande que la disparition de l’expédition Lapérouse en France. Des dizaines d’expéditions seront montées pour retrouver les restes des équipages, Lady Franklin à elle seule en montera trois. Finalement, ce n’est qu’en 2014 et 2016 que seront retrouvées les épaves, respectivement l’Erebus et le Terror. Il y a sur Beechey Island de nombreux cairns et stèles à la mémoire des membres des différentes expéditions. Parmi celles-ci, il en est une qui touche particulièrement : celle à la mémoire du lieutenant de vaisseau Joseph-René Bellot, qui disparut non loin de là alors qu’il participait - officier de Marine français embarqué sur un navire de guerre anglais ! - à sa deuxième expédition à la recherche de Franklin et de ses hommes. Subsistent également les restes de Northumberland House, véritable maison réalisée en 1852/1853 avec les restes d’un navire naufragé et destinée à servir d’abri aux explorateurs de passage. De la nourriture y était entreposée à leur intention.
Le passage du Nord-Ouest est indissociable du nom de Roald Amundsen, qui fut le premier à le franchir avec son bateau, le "Gjoa", entre 1903 et 1906. Il a hiverné deux hivers de suite à Gjoa Haven et s’y est manifestement plu, faisant en particulier des observations sur le pôle magnétique terrestre. L'héritage d'Amundsen se poursuit : le "Maud", un navire construit pour lui pour ses expéditions arctiques mais qu'il dut revendre, coule peu après à Cambridge Bay. La Norvège a depuis racheté l’épave et a décidé de ramener le bateau du glorieux explorateur en Norvège.
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La Vie Sauvage de l'Arctique Canadien : Un Écosystème Préservé
L’un des points forts de toute expédition dans le passage du Nord-Ouest est la possibilité d’apercevoir une faune extraordinaire. Certaines des espèces les plus fascinantes du monde prospèrent ici, au milieu de la glace, de la neige et des montagnes. Pendant la navigation, vous pourrez observer les petits rorquals, les baleines boréales et les bélugas, ainsi que le narval, un animal quasi mythique. Des narvals remontant à la surface de l'eau peuvent être observés. Sur la terre ferme, partez à la recherche de caribous, de renards arctiques et de l’insaisissable ours polaire. Ceux qui ont des jumelles pourront observer les ours polaires chasser sur des étendues d’un blanc immaculé, et les renards arctiques s’élancer dans la toundra. Les mouettes tridactyles, les "pingouins" (terme souvent utilisé à tort pour désigner des alcidés comme les guillemots ou les mergules, absents de l'Arctique pour les vrais pingouins) et les mouettes blanches planent au-dessus de vos têtes, ajoutant à la richesse aviaire de la région.
Outre ces observations emblématiques, la faune arctique réserve d'autres surprises. Lors d'une escale à Pearce Point Harbor, il est possible de faire ami-ami avec un phoque barbu. À Herschel, un bœuf musqué peut également être aperçu, animal emblématique de ces régions. La découverte de cette vie sauvage offre une immersion profonde dans un écosystème unique et fragile.
Naviguer le Passage : Expériences et Défis Modernes
Les expéditions modernes dans le Passage du Nord-Ouest combinent l'aventure avec le confort et un engagement envers la compréhension scientifique de la région.
Les Expéditions Organisées et la Vie à Bord
Depuis 1896, des organisateurs d'expéditions emmènent les voyageurs curieux dans les endroits les plus isolés et fascinants de la planète. Une expédition offre le meilleur des deux mondes : l’expertise de l’expédition et le luxe du confort, combinés à l’opportunité de changer votre vision du monde. Les bateaux d’expédition, plus petits et plus agiles, sont parfaits pour explorer le littoral, repérer les phoques et les baleines, et opérer des débarquements dans des zones reculées pour une découverte à pied. La vie à bord d’un navire d’expédition est inoubliable, offrant une expérience mêlant aventure intrépide, confort luxueux et voyage éthique, faisant de ces vacances un moment unique.
À bord, le confort et le style sont primordiaux. Les suites spacieuses incluent des balcons privés, des dressings, un accès illimité à la gastronomie raffinée et un service de blanchisserie gratuit. Tout est conçu pour envelopper les passagers dans le confort et la relaxation, leur permettant de réfléchir paisiblement aux découvertes de la journée et de faire le plein d’énergie avant la prochaine aventure. L'exploration culinaire est une partie intégrante de l'expérience. Les restaurants proposent une large gamme de délicieux plats modernes, tous préparés à bord avec des ingrédients frais. Les chefs experts apportent leur passion pour la nourriture et le voyage, incorporant des ajouts locaux si possible, et travaillant à maintenir leurs cuisines et leurs créations durables. Après des heures d’exploration dans les climats froids, se réchauffer dans un sauna ou se détendre dans un spa sont deux moyens parfaits de célébrer une journée bien remplie. Tous les navires incluent un bain à remous extérieur et certains ont une piscine, d’autres offrent des massages et des soins de beauté, des moments bien mérités avant les aventures du lendemain.
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Apprentissage et Engagement Scientifique
Le cœur d’une expédition moderne réside dans son Centre Scientifique à bord. Doté d’une technologie de pointe, il offre de nombreuses opportunités d’acquérir une compréhension plus approfondie de tout ce qui a été vu sur terre et en mer. Il y a des salles de conférence, une petite bibliothèque et des espaces spécialisés pour des ateliers de photographie, de biologie et bien plus encore. C’est aussi là que se trouve l’équipe d’expédition. La curiosité est la clé d’une expédition extraordinaire. Au cours des explorations, l'envie d’en savoir plus sur les merveilles naturelles observées est assouvie par le programme Science et éducation, conçu pour améliorer les connaissances et la compréhension. Il s’agit d’une expérience d’apprentissage immersive, permettant d’en savoir plus sur les paysages, la faune et la flore de l’Alaska, avec l’aide d’experts. Les passagers ont même l’occasion de soutenir la recherche en temps réel et de recueillir des données précieuses qui contribueront à la conservation et à la compréhension de notre planète.
L'apprentissage actif est encouragé. Le centre scientifique est l’endroit où les passagers et l’équipage se retrouvent, ce qui permet de mieux comprendre les territoires explorés. Vous utiliserez des microscopes perfectionnés pour analyser l’eau de mer, les fossiles et les échantillons biologiques collectés plus tôt sur le terrain. Des salles de conférence, une petite bibliothèque et des espaces spécialisés permettent d’organiser des ateliers de photographie, de biologie et bien d’autres choses encore. L’équipe d’expédition à bord est là pour partager ses vastes connaissances et aider à faire bon usage du centre scientifique ultramoderne du navire. L’équipe comprend également des scientifiques invités qui mènent leurs propres recherches à bord et qui seront ravis de partager leurs découvertes. Cet engagement se traduit par une participation active au changement : de nombreux projets essentiels de science participative sont soutenus à bord des navires, notamment la recherche sur les nuages de la NASA, la biodiversité des algues, les études sur les communautés de phytoplancton et bien d’autres encore.
Activités et Challenges en Milieu Arctique
Même si depuis le navire, vous bénéficierez d’une vue inégalée sur la région, la meilleure façon de découvrir le Passage du Nord-Ouest est de marcher sur la terre ferme. Il y a des promenades tranquilles le long du littoral ou, pour ceux qui aiment les défis, des randonnées à travers des terrains rocheux. Vous aurez l’occasion d’apercevoir des oiseaux et des animaux sauvages, d’observer la flore et la faune de près et de respirer l’air incroyablement frais de cette région sauvage isolée et intacte. Avec son labyrinthe de canaux en constante évolution, le passage du Nord-Ouest est également l’endroit idéal pour pratiquer le kayak, que vous soyez un professionnel chevronné ou un grand débutant. Pagayez le long du littoral, en vous arrêtant sur de minuscules îles en chemin, et trouvez l’endroit idéal pour faire de la randonnée, prendre des photos ou repérer un nouvel animal inscrit sur votre liste des espèces à voir en Arctique.
La navigation dans le Passage du Nord-Ouest présente de nombreux défis logistiques. Faire le plein d’eau est aisé tant qu’il y a des montagnes et des glaciers, et il n'y a pas d’inquiétudes sur la propreté de l’eau, le risque de pollution industrielle ou qu’un ours y fasse ses ablutions au même moment étant assez faible. En revanche, il faut ôter les gants, et l’eau n’est pas chaude. Le ravitaillement en carburant est une autre préoccupation majeure. La prudence veut que l’on puisse rejoindre exclusivement au moteur, non le village suivant (qui peut être en rupture de stock) mais celui d’après, d’où une autonomie au moteur "raisonnable" de 1 200 milles nautiques. Mais tout comme à Pond Inlet, la réglementation interdit maintenant les ravitaillements "beachés" sur la plage. La perspective de se coltiner des dizaines et des dizaines de jerricans n'est pas réjouissante. À Resolute, par exemple, un patron d’entreprise locale de BTP a trouvé une solution : la construction d'un quai. L'important pour les navigateurs est aussi de trouver Internet, denrée plutôt rare dans ce pays. Il peut être trouvé chez le patron de la société locale de BTP, celui-là même qui a construit le quai.
Les conditions de navigation sont étroitement surveillées. Tous les jours, le service canadien des glaces établit une carte à 18h Z, basée sur des observations satellites et radar aéroporté. Certaines informations ont parfois déjà plus de douze heures lors de l’établissement de la carte et la variabilité d’un jour à l’autre est étonnamment grande. C'est une source imparfaite donc, mais c’est la seule et unique et elle est très précieuse. Les navigateurs reçoivent également ce genre de cartes en mer mais en noir et blanc. Le détroit de Bellot, bien que petit, convient d'être traité avec respect. Parfois, "ça bloque encore", même si c’est plus dégagé côté Prince Regent Inlet. Il ne faut pas tenter le diable et rapidement se dégager.
Les difficultés ne manquent pas. Près de Cambridge Bay, les fonds sont faibles, il y a des cailloux un peu partout et du courant. La première difficulté est le "Simpson Strait". Au plus étroit, la partie navigable ne fait que 200 m, les îles sont basses et le phare peut être éteint. Les conditions météorologiques sont imprévisibles ; un coup de vent d’ouest peut être annoncé, et il faut bien être conscient qu’ici ce n’est pas comme le Pacifique ou l’Atlantique, on ne "voit" pas arriver les systèmes météo, puisqu’ils se créent sur place. Cela peut mener à des traversées difficiles avec mauvaise visibilité, grains de neige et forts vents.
Un autre défi concerne la fiabilité des cartes nautiques. Près de Prudhoe Bay, il existe un certain nombre de petites îles basses. Lors d'une approche de Spy Island, ce qui est visible sur le radar ne correspond en rien à la carte. C'est une omission délibérée d’informations concernant la sécurité de la navigation, que l'on peut qualifier de faute, de négligence, voire de délit, d'autant que l’information est ouvertement disponible sur Internet.
Les Communautés Arctiques et Leurs Réalités
Le voyage dans le Passage du Nord-Ouest offre une occasion unique d’explorer non seulement le passé de ce lieu extraordinaire, mais aussi son présent. Les visiteurs sont accueillis dans des communautés inuites dynamiques, ainsi que dans des villes modernes, ce qui permet de mieux comprendre les cultures et les modes de vie en Arctique et aux alentours.
Dans chaque village, le Canada mandate une société de BTP pour créer et entretenir les infrastructures locales et surtout employer des Inuits, ce qui leur garantit un revenu minimum. Gjoa Haven, où Amundsen a hiverné, est un exemple de village où les traditions perdurent ; dans la douceur du soir, les villageois viennent en famille pêcher l’Arctic Char, un excellent poisson tant frais que fumé. Si Gjoa Haven était une préfecture, Cambridge Bay est une métropole. Traditionnellement, les voiliers de passage rendaient visite à Peter Semiotuk, routeur bénévole des aspirants au Passage du Nord-Ouest. Il continue maintenant à les router depuis Winnipeg où il a pris sa retraite. À Cambridge Bay, on croise aussi les brise-glaces canadiens, comme le Sir Wilfrid Laurier, des bâtiments pas très grands (4 000/5 000 T), anciens mais remarquablement entretenus, et dont la conception - propulsion électrique - est très intéressante. Ces bâtiments sont d’une importance cruciale pour le Nunavut.
Plus à l'ouest, la transition entre les territoires est palpable. À Tuktoyaktuk, on n'est plus au Nunavut mais dans les "Territoires du Nord-ouest". Le pavillon blanc et jaune avec le cairn est donc rentré, et on arbore la feuille d’érable. On y trouve les mêmes constructions approximatives et un premier aigle. On peut aussi y constater la quantité de bois flotté échoué sur les plages, tout ce bois arrivant de Sibérie et continuant beaucoup plus loin, jusqu’aux côtes du Groenland. Il est à noter que, contrairement à une idée reçue, quand on pense habitations inuites, on pense igloos, mais c'est une erreur. Les igloos étaient des abris provisoires, des résidences d’été.
Herschel, une île située plus à l'ouest, fut un haut lieu de la pêche à la baleine fin XIXème, début XXème siècle. À la grande époque baleinière, plus de cinquante navires pouvaient mouiller dans cette superbe rade. Herschel était occupée toute l’année, jusqu'à 500 personnes y hivernaient. On trouvait à Herschel des magasins d’avitaillement (pour les hommes comme pour les navires), un casino, des bars accueillants… Les baleiniers ne voyaient pas passer l’hiver ! Jusqu’à ce qu’un pasteur, le révérend Stringer, débarque avec sa femme et ne remette de l’ordre dans ce lieu de débauche. Aujourd'hui, il y a un véritable petit village sur l’île. Pour en parler, Ricky, le deuxième ranger, dit même "downtown". Les maisons sont soigneusement entretenues par les rangers qui tournent pendant la saison. Les visiteurs sont chaleureusement accueillis par les rangers présents. En changeant de province, on est maintenant au Yukon.
Géologie Singulière : Pingos et Curiosités Naturelles
Outre les paysages grandioses et les panoramas à couper le souffle, la région du Passage du Nord-Ouest recèle des curiosités géologiques uniques. Sur la route, près du Cap Bathurst, on découvre des raretés déjà signalées par l’Amiral Franklin lors d’une autre tentative de franchissement du Passage, par l’ouest cette fois-ci, 20 ans avant celle qui lui fût fatale. Parmi ces raretés géologiques courantes dans la région, on trouve les Pingos. Ce sont des collines de glace, recouvertes de terre. C’est la pression osmotique de la glace au-dessus du pergélisol qui les crée et les fait grandir, elles peuvent atteindre 70 m. À terre, c’est sympa, cela donne un peu de relief à un paysage maintenant désespérément plat. Le problème est que ça existe aussi sous l’eau. Certains sont bien mentionnés sur les cartes, mais pas tous, ajoutant un élément de surprise et de danger pour la navigation.